Tvrtko Jakovina

Publié le 19 Avril 2010

Tvrtko Jakovina



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I. Biographie

 

Tvrtko Jakovina, né le 2 mars 1972 à Požega, est un historien croate

De mars à septembre 1998 il a travaillé à l'Institut des sciences sociales "Ivo Pilar". Il est ensuite passé au poste d'assistant à la Chaire pour l'histoire mondiale, chargé du cours sur l'Histoire mondiale du XXe siècle, au département d'histoire de la Faculté de philosophie de l'Université de Zagreb.


Il a publié sa thèse de doctorat intitulée "L'Allié communiste américain ; les Croates, la Yougoslavie titiste et les Etats-Unis d'Amérique 1945-1955". Le livre a reçu le Prix annuel de la Société des enseignants universitaires et autres scientifiques de Zagreb pour un ouvrage scientifique dans le domaine des sciences humaines. Depuis 2003 il est chargé de cours.

En raison de certains textes et opinions sur l'histoire récente, il a fait l'objet de critiques de la part des milieux de droite.

Livres :

  • Socijalizam na američkoj pšenici, Matica hrvatska, 2002., Zagreb.
  • Američki komunistički saveznik; Hrvati, Titova Jugoslavija i Sjedinjene Američke Države 1945.-1955., Profil/Srednja Europa, 2003., Zagreb.

 


II. Texte                          

 

Les Yougoslaves à la conférence de paix de Paris et l’héritage de la première guerre mondiale


La première guerre mondiale et son héritage chez les Slaves du Sud

Un de mes jeunes collègues, assistant en histoire américaine, évoqua le sujet d’un test qu’il avait donné à ses élèves: citer la liste des cinq plus grands présidents américains. A ma grande surprise, Woodrow Wilson, vingt-huitieme président des Etats-Unis, n’avait été mentionné dans aucune copie. A sa grande surprise, Wilson aurait vraisemblablement figuré (selon moi) sur la liste de la plupart des étudiants européens. Qu’il ait été naïf et idéaliste, ou un messie et un homme d’Etat en avance sur son temps, Wilson posa au moins trois pierres angulaires de la politique du monde moderne: les Etats nationaux, la démocratie et la sécurité collective (voir, par exemple, Sheffield, 2002, p. 278; Best et al., 2003, pp. 39-41). La fin de la première guerre mondiale marqua incontestablement le début d’une nouvelle ère. Meme si elles furent loin d’etre parfaites, et bien que certaines élites nationales aient considéré par la suite que leur "âge d'or" se situait au XIXe siècle plutôt qu’au suivant (c’est le cas, par exemple, des Croates), les conséquences de la Grande Guerre, positives et durables, représentèrent une victoire.

La première guerre mondiale modifia radicalement la situation des Slaves du Sud et la géographie politique de l’Europe du Sud-Est. Trois des 14 points énoncés par Woodrow Wilson en janvier 1918 concernent directement cette région. Bien que tous les Yougoslaves aient été finalement réunis dans le même Etat, le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, et en aient dès lors partagé les conséquences, l’héritage de la première guerre mondiale ne fut et n’est pas le même pour l’ensemble des ex-Yougoslaves. Dès le lendemain de la guerre, il représentait beaucoup plus pour les Serbes que pour le reste de la population. Tout cet ensemble de villages qui reçurent le nom du régent Alexandre Karađorđević fut fondé dans la partie orientale de la Croatie (Slavonie), en Vojvodine (aujourd’hui au nord de la Serbie) et en Macédoine (qui était alors appelée Serbie du Sud), ou des terres furent octroyées aux vétérans serbes. D’autres mesures, en revanche, furent loin d’être populaires. Le territoire du royaume des Serbes, Croates et Slovènes qui faisait autrefois partie de l’Autriche-Hongrie était plus étendu, plus peuplé et plus riche que celui de la Serbie (Macédoine et Monténégro compris). Aussi la population du premier fut-elle mécontente de la décision d’échanger les anciennes couronnes austro-hongroises au taux de quatrecouronnes pour un dinar (voir, Tuđman, 1993, pp. 298-302; Pirjavec, 1995, p. 20).

A l’issue de la Grande Guerre, les Slaves du Sud, autrefois séparés, furent finalement réunis dans un même Etat et sous l’autorité d’une même dynastie, celle des Karađorđević. C’est ce qui explique que l’héritage de la guerre ait été célébré. Bien que "l’idée yougoslave" fût a l’origine croate, les Serbes et de nombreux autres Slaves y adhérèrent. La fondation du nouvel Etat peut être mise au crédit à la fois des milieux militaires et politiques de Serbie et des responsables politiques slovènes, croates et serbes de l’Empire austro-hongrois.

Après la seconde guerre mondiale, la position officielle de la Yougoslavie socialiste de Tito fut identique à celle adoptée par la gauche, c’est-à-dire les intellectuels communistes, durant l’entre-deux-guerres. La création de l’Etat yougoslave et l’unification des Slaves du Sud constituaient une réalisation positive. Tout le reste était bien entendu négatif: le système capitaliste, la monarchie, la dictature, l’absence de règlement de la question nationale. Du fait de cette situation et d’une historiographie toujours très soucieuse de "distance historique", les ouvrages consacrés a la Grande Guerre furent assez peu nombreux, surtout dans certains pôles yougoslaves. Les Macédoniens furent généralement déçus des conséquences de la premiere guerre mondiale. Les Bulgares avaient tenté pendant le conflit d’éradiquer toute trace d’influence serbe; au lendemain de la guerre, les Serbes firent de même, en sens inverse.

Rétrospectivement, et bien qu’ils n’eussent pas été reconnus au départ, les Macédoniens furent heureux de la création de la Yougoslavie. Durant la seconde guerre mondiale et dans la Yougoslavie de Tito, certaines prérogatives d’Etat leur furent concédées. Aussi leur lecture du traité de Versailles fut-elle conforme à la doctrine officielle de l’époque socialiste. Les Albanais du Kosovo ne s’accommodèrent jamais vraiment de la souveraineté serbe ni de l’instabilité, doublée de répression, qui précéda et suivit les opérations militaires. Malgré le déclenchement de la guerre à la suite de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand à Sarajevo, le théâtre des hostilités fut relativement éloigné du territoire de la Bosnie-Herzégovine. Sa population musulmane et croate perçut extrêmement mal l’assassinat de l’archiduc commis par Gavrilo Princip, membre de l’organisation "Jeune Bosnie", avec l’appui d’une société secrète composée d’officiers de l’armée serbe, la "Main noire". Après la première guerre mondiale, le pont qui enjambe la Miljacka à Sarajevo reçut pourtant le nom de Gavrilo Princip. Ce dernier était principalement dépeint dans les manuels scolaires yougoslaves comme un patriote issu des classes opprimées, un jeune homme qui commit un acte patriotique certes désespéré mais compréhensible. Ce même pont a aujourd’hui retrouvé le nom de "Latinska çuprija" qu’il portait avant la Grande Guerre. Le monument érigé en mémoire du couple assassiné de la famille impériale fut démoli peu de temps après la guerre et ne fut jamais reconstruit. L’empreinte des pas de Princip fut figurée sur le sol à l'endroit même où il se tenait au moment de l’attentat et devint l’une des curiosités touristiques de la ville.

Les Yougoslaves à la conférence de paix de Paris et l'héritage de la première guerre mondiale

Les Croates combattirent sur plusieurs fronts. Au début des hostilités, ils se trouvaient exclusivement dans les rangs de l’armée austro-hongroise, sur les champs de bataille de Serbie, de Galicie et plus tard d’Italie. Ils furent par ailleurs des milliers à prendre part en qualité d’engagés volontaires aux combats du front dit de Salonique à l’automne 1918. Ceux-la, comme le futur cardinal croate Alojzije Stepinac ou le futur ban de Croatie et dernier Premier ministre royal Ivan Šubašić, furent systématiquement considérés comme davantage partisans de la monarchie et de la Yougoslavie, du moins à ce moment. Mais sans l’auteur croate Miroslav Krleža et ses romans, puis les films et téléfilms adaptés de ses oeuvres, le souvenir de la premiere guerre mondiale en Croatie aurait difficilement subsisté au quotidien. Rares sont en effet les monuments aux morts élevés en l’honneur des soldats tombés sur le champ de bataille. L’historiographie croate n’a jamais accordé trop d’attention à cette période: elle s’arrêtait à l’assassinat de Sarajevo ou commençaiit a la création du nouveau royaume. Les ouvrages consacrés aux diffrérents épiisodes de la vie politique durant la guerre, à l’action du Comité yougoslave ou des partis politiques du Sabor (parlement) croate à la même époque représentaient généralement les efforts déployés pour la création de l’Etat yougoslave. Avec la fin de la guerre froide et l’éclatement de la Fédération yougoslave, le discours public croate associa systématiquement à la Yougoslavie les termes de Grande Serbie ou de communiste. La troisième expression la plus courante raillait "la Yougoslavie, produit de Versailles" (et de sa conférence). Elle matérialisait le sentiment d’une gigantesque conspiration dirigée contre les Croates et leur droit à l’indépendance. Comme l’objectif était, au cours des années 1990, de sortir de la Yougoslavie, tout élément en rapport avec cet Etat et surtout sa création même avait une connotation négative.

Les Slovènes se sentirent nettement moins frustrés par le rattachement de leur pays à la Yougoslavie. Bien plus réalistes que les Croates, ils comprirent que leurs chances de voir régler la situation de 1918 dans un sens plus favorable à leur "cause nationale" étaient inexistantes. Les Italiens, sortis vainqueurs de la guerre et qui étaient finalement parvenus à franchir la Soća (Isonzo), annexèrent d’énormes portions du territoire national slovène (et croate) que leur avait attribué le traité secret de Londres. Des unités de l’armée serbe contribuàrent à empêcher l’armée italienne de s’emparer encore de Ljubljana (Krizman, 1989, p. 338). Les Slovènes, dont la population instruite était la plus avancée de l’ensemble des Slaves du Sud, parvinrent à affermir leur position d’abord à l’époque du royaume, puis dans la Yougoslavie de Tito. Les régions abandonnées à l’Italie en 1919 furent partiellement récupérées en 1945. L’ouest de la Slovénie regorge de monuments et de cimetières aménagés en souvenir de la première guerre mondiale; il abrite également le magnifique musée de Kobarid, auquel le Conseil de l’Europe a décerné il y a quelques années le prix du meilleur musée de l’année. Comme pour les Croates, la fin de la premiere guerre mondiale sonna pour les Slovènes le glas d’une union étatique séculaire avec la dynastie des Habsbourg.

Le Monténégro occupe une position particulière. Ce pays rangé aux côtés des Alliés, mais occupé, fut expressément mentionné dans les "14 points" du président Wilson; son monarque, d’une longévité mémorable, grand-père du régent serbe et futur roi de Yougoslavie, fut dépossédé de son trône tandis que le pays était privé de sa souveraineté. Les Monténégrins, de confession orthodoxe, furent partisans d’un Etat uni. Tous n’approuvèrent cependant pas les méthodes employées pour parvenir à l’unification de la Serbie et du Monténégro. Les "Verts", fidèles à la dynastie monténégrine des Petrović, s’opposaient aux "Blancs"; surnommés ainsi à cause de la couleur des tracts qui propageaient leurs idées, ceux-ci convoquèrent les élections de la Grande Assemblée nationale du Monténégro, laquelle déposa Nicolas Ier et proclama l’union avec la Serbie. Toutes les tentatives ultérieures de modification de la situation, comme la révolte de Noël 1919, s’avérèrent vaines (Tuđman, 1993, pp. 250, 273). La glorieuse histoire de cette principauté longtemps indépendante, pauvre, mais qui avait su tisser un remarquable réseau de relations diplomatiques, fut une source permanente d’inspiration pour de nombreux Monténégrins, même ceux pour qui leur identité nationale était en partie serbe. Ceux qui se sentaient davantage ou exclusivement monténégrins exaltaient leur dynastie, leur opposition aux Ottomans et leur indépendance. Aujourd’hui, alors que le Monténégro s’est acheminé vers une souveraineté pleine et entière de Podgorica, l’unification sans condition avec la Serbie de 1918 est de plus en plus souvent considérée comme une erreur.

Pour les Serbes, la premiere guerre mondiale représenta un événement historique aussi capital que glorieux. Rares furent les nations confrontées à tant d’épreuves en un laps de temps aussi court: deux guerres balkaniques, puis une guerre mondiale en moins de trois ans. Les Serbes parvinrent à remporter une série de batailles contre les forces austro-hongroises en 1914, avant d’être défaits; ils procédèrent alors au repli du gouvernement et de l’armée plus au sud, tout en demeurant une force politique respectée et promise à un brillant avenir. Au lendemain de la guerre, ils durent choisir entre le rattachement de régions qu’ils considéraient comme indubitablement serbes (la Grande Serbie) et la solution yougoslave, signifiant la constitution d’un Etat plus vaste. Le royaume nouvellement créé des Serbes, Croates et Slovènes était dominé par les Serbes et incarnait, en un sens, l’aboutissement triomphal d’un siècle d’évolution et d’accroissement territorial de la Serbie. Enivrées par la victoire, les élites serbes se conduisirent malheureusement davantage en occupants et en maîtres qu’en frères. Les Croates étaient surtout mécontents d’avoir perdu les institutions et l’autonomie dont ils avaient joui pendant des siècles de domination habsbourgeoise. Dans la deuxième moitié des années 1980, un nombre croissant d’historiens serbes commencèrent à contester publiquement la solution retenue en 1918. Selon eux, le choix d’un Etat plus réduit aurait été nettement plus profitable aux intérêts nationaux serbes. Cette entité aurait englobé les deux tiers de la Croatie, ainsi que la totalité de la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro et la Macédoine.

Lorsque la guerre éclata en 1914, le futur préident et dirigeant yougoslave Josip Broz Tito était caporal dans l’armée austro-hongroise. Les premiers combats livrés sur le front de Serbie, auxquels il prit part et où il combattit courageusement en compagnie de milliers de citoyens issus de cette partie de l’Empire austro-hongrois, dont des Serbes, furent finalement gommés de sa biographie officielle. Longtemps après, alors qu’il voyageait dans cette partie de la Serbie, il évoqua les lieux où son unité s’était battue. Alexander Ranković, l’homme fort de la Serbie durant les premiers temps de la Yougoslavie de Tito, lui recommanda de rester discret à ce sujet (Ridley, 2000, p. 71). Durant la guerre qui opposa l’OTAN à la Serbie en 1999, le monument érigé en l’honneur de la France, en souvenir du soutien qu’elle lui avait apporté pendant la Grande Guerre, fut recouvert à cause de sa participation aux attaques lancées par l’OTAN. Lors du procès de l’ancien président serbe, Slobodan Milošević, devant le Tribunal pénal international de La Haye, l’un des "amis de la cour" rappela les exploits de Tito sur le front serbe en 1914. Il fut interrompu par le juge, qui demanda qu’on ne tînt aucun compte de ses observations, au motif qu’elles étaient étrangères à l’affaire. Cet incident est néanmoins extrêmement révélateur. L’histoire de l’Europe du Sud-Est demeure très présente et très utilisée (de manière détournée) dans le débat politique.

La première guerre mondiale

Les Slaves du Sud comprennent les peuples séparés du reste du groupe slave par les Hongrois et les Roumains. Seuls les Bulgares, les Serbes et les Monténégrins avaient accédé à l’indépendance avant le déclenchement de la première guerre mondiale. Les habitants de la Macédoine demeurèrent sous domination ottomane jusqu’en 1912, au moment du partage de la Macédoine historique entre la Grèce, la Bulgarie et la Serbie. La Bosnie-Herzégovine appartint à l’Empire ottoman jusqu’en 1878, mais ne devint officiellement austro-hongroise qu’en 1908. A compter de cette date, tous les Croates et Slovènes, ainsi que les Serbes qui vivaient en Vojvodine, Croatie et Bosnie-Herzégovine, furent sujets austro-hongrois. L’Autriche-Hongrie était confrontée au grave problème du mécontentement des Slaves, qui ne se limitaient pas à ceux de l’Europe du Sud-Est. Bien que la question des nationalités prît chaque jour davantage d’ampleur, l’Empire résistait à la contestation nationaliste. Tous les Slovènes, répartis en plusieurs provinces historiques, ainsi que les Croates de Dalmatie et d’Istrie, faisaient partie de la moitié autrichienne de la monarchie. Le reste de cette population était intégré au royaume de Hongrie et parvint à préserver son autonomie et son parlement (Sabor).

Les effectifs militaires du territoire de la Croatie-Slavonie étaient rattachés à la "Honvéd" hongroise, mais la langue de commandement de ce que l’on appelait la "Domobranstvo" était le croate (depuis 1868); les officiers étaient croates, les uniformes portaient des insignes croates et le drapeau lui-même était bordé des couleurs nationales croates (Ćutura et Galić, 2004, pp. 39-40). Malgré ces caractéristiques probablement flatteuses pour l’élite nationale croate, une telle organisation posait un problème de fonctionnement pratique (comment commander une armée dont les soldats parlaient trois langues différentes), sans doute plus préoccupant qu’aucun autre. Quel qu’ait été leur degré d’insatisfaction face à la situation générale, ces populations slaves étaient divisées, faibles, en petit nombre et démunies. Les Serbes possédaient leur propre Etat, ce qui inquiétait Vienne. Belgrade ambitionnait en effet de devenir le Piémont des Slaves du Sud.

"La monarchie doit prendre une décision énergique pour démontrer sa capacité de survie et mettre un terme à la situation intolérable qui prévaut au sud-est", faisait observer le Premier ministre hongrois lors de l’assassinat de l’archiduc François- Ferdinand à Sarajevo le 28 juin 1914 (Best et al., 2003, p. 266). Que le Premier ministre serbe Nicolas Pašić ait été informé ou non de l’attentat importe peu (MacMillan, 2003, p. 113). La guerre éclata après l’ultimatum lancé aux Serbes. Il était vain d’espérer écraser la Serbie, humilier la Russie et faire voler en éclats l’Entente. La majorité des soldats qui participèrent à l’offensive lancée contre la Serbie étaient des Croates et des Serbes de la double monarchie. L’armée serbe remporta les premieres batailles, mais ne tarda pas à perdre Belgrade. Lorsque la Bulgarie entra en guerre aux côtés des puissances centrales, le territoire serbe et monténégrin fut partagé et occupé par celle-ci et l’Autriche-Hongrie jusqu’aux tout derniers jours du conflit.

L’Italie ne demeura neutre au début des hostilités que pour rejoindre l’Entente en mai 1915. Après des mois de négociation entre les deux parties, l’accord secret de Londres assura aux Italiens l’attribution de gigantesques portions du territoire albanais, croate et slovène, ainsi que le Sud-Tyrol. L’Italie lança sans succès quatre offensives sur l’Isonzo (Soča) en 1915, afin d’affaiblir les positions autrichiennes et de tenter une percée jusqu’a Trieste, puis jusqu’a Vienne et Budapest (Sheffield, 2002, pp. 326-331; Boban, 1992, p. 17). Ce plan prévoyait une jonction avec les troupes russes sur le sol hongrois, mais les forces italiennes étaient trop faibles pour y parvenir. Les interminables campagnes de 1915 se poursuivirent en 1916.

Aucun déplacement d’envergure du front ne se fit en 1917. Le commandant en chef des forces austro-hongroises sur place était le général croate Borojević. Lorsque la révolution éclata en Russie, les Affaires étrangères soviétiques dénoncèrent la diplomatie secrète et publièrent l’ensemble des accords secrets connus des diplomates tsaristes. L’attitude du commissariat du peuple aux Affaires étrangères et du marin Markin fut profitable aux intérêts austro-hongrois. Le service de propagande de guerre de Vienne fit imprimer, sous forme de tracts, les cartes des territoires attribués à l’Italie par l’accord de Londres de 1915. Les soldats slovènes et croates, majoritaires le long du front de la Soča, en furent indignés. La première victoire éclatante remportée par les Italiens avec l’aide des Britanniques et des Français fut celle de Vittorio Veneto, livrée du 24 octobre au 4 novembre 1918. Trieste fut finalement perdue. Grâce aux succès militaires obtenus sur le front de Salonique au sud-est, la perspective de former un Etat uni apparut pour la première fois de leur histoire aux Slaves du Sud. Un grand nombre de conceptions diverses s’opposaient quant à son organisation, mais il n’aurait qu’une armée et une dynastie.

Des troupes coloniales françaises entrèrent en 1919 à Zagreb. Un bataillon fut cantonné dans le centre même de la ville. Il se composait de Vietnamiens, que les habitants de Zagreb qualifièrent de "Chinois". Ils donnèrent des représentations d’opéra populaire et des spectacles de danse auxquels assista la population locale (Šuvar, 2001, p. 31). Mais ces Vietnamiens ne furent stationnés sur place qu’à titre temporaire. La Grande Guerre marqua un véritable tournant historique. Ainsi, après mille ans d’union politique avec les Magyars et un demi-millénaire de vie commune avec les Habsbourg, les Croates appartenaient à un nouvel Etat dont ils n’étaient plus cette fois la composante la moins développée, mais au contraire la plus avancée et la plus riche. La capitale avait changé de même que la dynastie et la religion dominante. Le système en place était moins occidental, mais ceux qui en avaient la charge étaient considérés comme des frères et parlaient une langue similaire. Un grand nombre de Croates et de Slovènes demeurèrent en dehors des frontieres du nouvel Etat; tous les Serbes, en revanche, vivaient désormais sous leur propre autorité. Les élites nationales serbes, croates et slovènes ne partageaient pas la même conception de l’organisation du nouveau royaume. Ces divergences furent patentes durant la guerre.

Au moment de l’ouverture des hostilités, Pierre Ier, que l’on considère souvent comme l’un des souverains les plus libéraux de l’histoire de la Serbie, régnait sur le pays. Le gouvernement était dirigé par Nicolas Pašić, l’un des plus brillants hommes politiques de la Serbie moderne. Dès le mois de septembre 1914, les responsables politiques du pays évoquèrent leur intention de constituer un puissant Etat, qui regrouperait l’intégralité des Serbes, Croates et Slovènes. Cet objectif, qui allait au-delà d’une simple libération, fut réaffirmé début décembre 1914 à Niš, dans le sud du royaume (Dimić, 2001, p. 11).

Dans le camp adverse, une partie de l’élite politique croate quitta le pays et forma le Comité yougoslave. Le siège de cet organe était établi à Londres. Il était présidé par le Croate Ante Trumbić, originaire de Split, en Dalmatie. Le projet de ses membres visait à la création d’un Etat commun avec la Serbie et le Monténégro. L’un d’eux, Frano Supilo, sans doute l’un des meilleurs hommes politiques que la Croatie ait jamais eu, était partisan d’un Etat fédéral et non centralisé, une position que ne partageaient absolument pas ses homologues serbes. Déçu par l’attitude de Pašić et de l’Entente après la divulgation du traité de Londres, il démissionna. Les représentants du Comité yougoslave signèrent finalement en 1917 avec les Serbes la déclaration de Corfou, dont l’esprit était conforme à la conception fédéraliste.

Le futur Etat devait prendre la forme d’une monarchie constitutionnelle, parlementaire et démocratique. La Constitution devait garantir l’existence de trois drapeaux, trois religions et deux alphabets. Le changement d’attitude des autorités serbes fut de courte durée, du fait de la révolution russe et de la complication des relations politiques (Goldstein, 1999, pp. 110-111; Boban, 1992, p. 8). Les Croates, Slovènes et Serbes qui étaient restés fidèles aux Habsbourgs et continuaient à prendre part à la vie politique dans la moitié autrichienne de la double monarchie adoptèrent en 1917 la résolution dite de mai. Celle-ci demandait la constitution d’une entité distincte de Slaves du Sud au sein de l’Empire. Ils constituaient un cercle yougoslave, présidé par le Slovène Anton Korošec et se réclamaient des traditions parlementaires et historiques croates (Dimić, 2001, pp. 21-24; Krizman, 1989, p. 342). A la suite de cette décision, lorsque la fin de l’Autriche-Hongrie approcha, les délégués des Slovènes, Croates et Serbes formèrent le Conseil national (Narodno vijeće) à Zagreb. Le 29 octobre 1918, le vijeće proclama l’indépendance et la création de l’Etat des Slovènes, Croates et Serbes, avec Zagreb pour capitale. Il ne fut cependant pas reconnu par la communauté internationale; dépourvu de forces armées, confronté à la progression militaire de l’Italie dans les régions promises à cette derniere par le traité de Londres et dans bien d’autres zones encore, le nouvel Etat se trouva en grande difficulté. Une délégation conduite par le Dr  Ante Pavelić (un dentiste) partit pour Belgrade, poussée par les Croates de Dalmatie, directement menacés par les Italiens, et ignorant les appels de Stjepan Radić et du Dr  Hrvoj, qui conjuraient les délégués de ne pas se rendre en Serbie "comme des oies dans le brouillard". Le discours d’unification fut lu au régent Alexandre Karađorđević le 1er  décembre 1918.

Paris, 1919

La conférence tenue à Versailles débuta en janvier 1919. Les pays vaincus qui existaient encore n’y furent pas invités. Bien que la conférence de Paris comptât jusqu’a 58 commissions différentes, les décisions du Conseil des cinq et plus encore du Conseil suprême, composé des Premiers ministres et des présidents du Royaume-Uni, de la France, des Etats-Unis et de l’Italie, faisaient loi (Kissinger, 1994, p. 232). Pour autant, ces représentants ne partageaient pas les mêmes valeurs ni la même conception de la manière dont il convenait d’organiser la paix.

Les pourparlers de paix de Paris eurent lieu alors que les combats se poursuivaient. La "Grande Guerre" ne s’acheva en effet pas à la fin de l’année 1918. Les troupes britanniques, françaises, américaines et japonaises combattaient au contraire encore les Rouges en Russie soviétique. Les Russes eux-mêmes étaient en pleine guerre civile. Quelques années plus tard, une fois les forces contre-révolutionnaires repoussées, l’un de leurs chefs, le général Wrangel, vint s’établir avec des milliers de Russes dans le nouveau royaume des Serbes, Croates et Slovènes; il mourut à Belgrade où il fut inhumé. Une guerre russo-polonaise faisait rage au même moment. Les Hongrois se battaient encore sur deux fronts, en Slovaquie moderne et en Roumanie. Les Irlandais s’efforçaient d’obtenir leur indépendance. Un vent d’insurrection et de révolution communiste soufflait partout. La population de l’ensemble du continent était totalement épuisée par un conflit qui avait causé un nombre colossal de victimes et de gigantesques dommages matériels. C’est dans cette atmosphère que se déroulèrent des négociations qui, dans une certaine mesure, se voulaient une réponse à la situation. La rectification des frontières représenta l’une des questions les plus brûlantes. Certains tracés, comme celui de la frontiere orientale de la Pologne, furent redessinés sur le champ de bataille.

Les pourparlers, dès lors, servirent en partie à légitimer des modifications opérées par la force. Ils offrirent l’occasion de pousser à la tenue de référendums et de plébiscites. Des référendums furent ainsi organisés dans le Burgendland (Autriche), au Schleswig-Holstein et en Silésie, mais il n’y eut aucun plébiscite au Sud-Tyrol, en Alsace-Lorraine, à Dantzig ou dans le corridor polonais. Cela s’explique bien entendu par le fait que les quatre grands étaient en mesure de prévoir que les plébiscites organisés dans ces régions auraient produit des résultats contraires à ceux qu’ils souhaitaient.

Les priorités des cinq grands étaient différentes. Le Japon souhaitait la reconnaissance internationale de son annexion des colonies allemandes du Pacifique. La Grande-Bretagne se préoccupait de son empire. La France voulait prendre sa revanche. Les Etats-Unis étaient partisans de l’autodétermination nationale et de la création d’une Société des Nations. L’Italie désirait l’application de l’accord de Londres de 1915. La Grèce tentait, à la fois diplomatiquement et militairement, de restaurer une version de l’Empire byzantin aux dépens de ce qui était encore l’Empire Ottoman. Les négociations de paix de Paris reconnaissaient la déclaration Balfour de 1917 et l’accord Sykes-Picot.

Tous ces éléments jouèrent un rôle crucial dans la définition du territoire de la Yougoslavie, ou plus exactement du royaume des Serbes, Croates et Slovènes, dont le pays avait pris le nom depuis le 1er  décembre 1918. Le royaume des Slaves du Sud existait déja avant le début de la conférence de Versailles. Le seul point qui restait à régler était celui des frontières. La délégation yougoslave présente lors de la conférence se composait de différentes personnes. La majorité d’entre elles étaient Serbes, mais le ministre des Affaires étrangères était un Croate de Dalmatie, le président du Comité yougoslave Ante Trumbić. Bien que ce dernier eût signé l’acte d’unification en cyrillique et qu’il fût assurément proyougoslave et opposé à toute idée de maintien de l’Empire austro-hongrois, son discours à l’égard des Serbes n’était pas, c’est le moins que l’on puisse dire, politiquement correct.

«Vous n’allez pas comparer, j’espère, lança-t-il à un auteur français, les Croates, les Slovènes, les Dalmates, dont des siècles de communion artistique, morale et intellectuelle avec l’Autriche, l’Italie et la Hongrie ont fait de purs Occidentaux, avec ces Serbes à demi civilisés, hybrides balkaniques des Slaves et des Turcs.»

"Pour les Serbes tout est simple; pour les Croates tout est compliqué", déclara à l’inverse un délégué d’origine serbe à son homologue britannique (Macmillan, op. cit., p. 113). Alors que certains membres de la délégation étaient beaucoup plus soucieux de garantir les frontières méridionales de l’Etat et d’orienter ce dernier en direction de la péninsule balkanique, d’autres s’inquiétaient du sort des Slaves qui demeuraient au sein de l’Italie, de l’Autriche ou de la Hongrie (Boban, op. cit., pp. 17-19).

A la fin de la conférence de paix de Paris, la Bulgarie céda à la Serbie plusieurs portions de son territoire national, situées près de Strumica, Caribrod et Bosilegrad, ainsi que la région à l’est de Titmok. Le traité de paix de Neuilly fut signé avec la Bulgarie le 27 novembre 1919. Le royaume des Serbes, Croates et Slovènes y apposa sa signature le 5 décembre. La Roumanie se vit promettre l’intégralité du Banat. Velika Kikinda, Veliki Bečkerek (Zrenjanin), Vršac et Bela Crkva furent finalement accordés à la Serbie. L’accord définitif fut signé en 1924. La Hongrie perdit Medjimurje, Prekomurje, Prekodravlje (Gola, Ždala i Repeš) et Baranja, des régions peuplées presque exclusivement de Slovènes et de Croates, en vertu du traité de Trianon du 4 juin 1920. Bien que les revendications yougoslaves eussent également porté sur Klagenfurt, Villach et Volkermarkt, seules Maribor et Radgona furent finalement attribuées à la Yougoslavie. Le partage le plus douloureux fut celui effectué entre le royaume des Serbes, Croates et Slovènes et l’Italie. Le traité de Rapallo fut signé à l’extrême fin de l’année 1920. Toute la zone située à l’ouest de Snježnik et Idria en Slovénie, la totalité de l’Istrie, les îles de Cres, Lošinj, Lastovo et Palagruža, ainsi que la ville de Zadar, ancienne capitale de la Dalmatie, devinrent italiennes. La ville de Rijeka (Fiume) n’avait pas été promise aux Italiens par le traité de Londres; Gabriele D’Annunzio, aventurier haut en couleur et grand poète italien, occupa la ville à l’aide d’une armée privée irrégulière en 1919. Rijeka obtint le statut de ville libre distincte, mais fut annexée ultérieurement par l’Italie (Boban, op. cit., pp. 17-19).

Conclusion

La première guerre mondiale fut-elle l’événement clé du XXe siecle, à l’origine de tout ce qui suivit, comme l’estime Gary Sheffield (Sheffield, 2002, pp. 264 et 274)? Certains experts de premier plan vont jusqu’à affirmer qu’elle fut un conflit tragique et inutile. D’autres la jugent tragique, mais pas inutile, puisqu’elle servit à lutter contre l’autocratie militariste et agressive. Tous les pays ne devinrent pas des démocraties, la sécurité collective que devait garantir la Société des Nations nouvellement créée s’avéra illusoire et les nouveaux "Etats-nations" étaient loin de correspondre à leur appellation (la Tchécoslovaquie regroupait 10 millions de Tchèques et de Slovaques, 3 millions d’Allemands, 700 000 Hongrois, 500 000 Ukrainiens et 60 000 Polonais). Les négociations de paix de Paris ou le traité de Versailles ne furent pas la cause directe de la seconde guerre mondiale, mais leurs imperfections étaient telles qu’elles contribuèrent assurément au déclenchement de ce nouveau conflit. Les accords de paix conclus à Paris en 1919 ne mirent pas un terme à toutes les guerres. Mais la démocratie libérale n’aurait pas triomphé sans la victoire obtenue à l’occasion de la Grande Guerre.

Le royaume des Serbes, Croates et Slovènes représentait la meilleure solution possible pour chacun. Tout autre décision aurait été moins favorable aux Slovènes et surtout aux Croates. L’union avec les Serbes préserva d’énormes portions du territoire national, qui seraient autrement devenues italiennes (Antić, 2004, pp. 15-21). Les espoirs des Croates, qui pensaient occuper au sein du nouvel Etat une position pratiquement dominante, au moins dans les domaines économiques, du fait de leur avancée, s’avérèrent vains. Les Serbes, malgré la courte majorité dont ils bénéiciaient, prétendaient tout dominer, ce qui aurait alors supposé un recours à la force. La fin de la premiere guerre mondiale et le mouvement révolutionnaire qui remporta la lutte en Russie et secoua brièvement tant de villes européennes marquèrent-ils le début de la guerre froide? Si l’on entend par guerre froide avant tout un combat d’idées, ce fut effectivement le cas. Les nouveaux dirigeants du royaume des Serbes, Croates et Slovènes établirent un réseau de "camps d’internement" dans différentes régions du nouvel Etat. Les personnes internées n’étaient pas toutes de potentiels bolcheviques ou d’anciens prisonniers de guerre capturés par les Russes; il se trouvait également parmi elles des loyalistes fidèles aux Habsbourg, des membres des minorités nationales, etc. (Miloradović, 2004 , pp. 267-274). Quatre-ving mille détenus au total séjournèrent dans ces camps, dont 57 000 avaient été faits prisonniers en Russie. Sur un plan politique, cette décision s’avéra extrêmement impopulaire. Cette erreur, à laquelle tant d’autres s’ajoutèrent, représenta le "début d’un processus dont la Yougoslavie ne se releva jamais" (MacMillan, op. cit., p. 117).

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Extrait de "Carrefours d'histoires européennes - Perspectives multiples sur cinq moments de l'histoire de l'Europe" [document PDF]


                                                                       

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Historien

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