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Publié le 5 Novembre 2011

Tito et la révolution yougoslave

 

La maladie du président yougoslave Tito braque tous les regards sur ce pays. Les journaux dissertent à perte de vue sur la possible déstabilisation de la Yougoslave après sa disparition. Alors que Josip Broz Tito se débat avec la mort, certains n'hésitent pas à lui faire jouer un rôle dans ce qu'ils appellent la «crise afghane». Dans ce concert, un seul grand absent: la révolution yougoslave.

Pourtant, le Parti Communiste yougoslave, personnifié par Tito, a joué un rôle clé dans le tournant historique que fut la première révolution victorieuse en Europe, après 1917 et la crise du stalinisme que la rupture Tito-Staline a révélé au grand jour. Et vouloir comprendre la spécificité de la société yougoslave sans analyser son histoire relève de la gageure. Mais l'heure n'est pas actuellement à la compréhension et à l'analyse. Les porte-plume officiels préfèrent dénoncer «le péril rouge»... Quant à nous, nous ouvrons le débat sur un premier bilan de la révolution yougoslave.

Tito aura été le dernier représentant de la première génération de dirigeants staliniens issus du mouvement communiste, c'est-à-dire de la génération charnière entre l'Internationale Communiste incarnant le programme et l'espoir de la révolution socialiste mondiale et les partis communistes dégradés au rôle d'instruments de la diplomatie du Kremlin. Tito a exprimé et assumé toutes les contradictions déchirantes de cette génération.

Il était sincèrement attaché à la cause du communisme tel qu'il la comprenait. Il désirait conquérir le pouvoir politique dans son pays en renversant celui de la bourgeoisie. Il était en même temps fanatiquement fidèle à la direction de l'Union soviétique, qu'il identifiait avec le communisme international. La contradiction non résolue poussa à la duplicité et au cynisme.

Lorsque Staline assassina la direction du PC yougoslave marquée par des luttes fractionnelles, Tito accepta de ses mains la direction du PC à reconstruire. Il paya ce cadeau d'une approbation tacite de l'assassinat, en URSS, de quelques-uns de ses camarades tes plus proches, des figures les plus prestigieuses du communisme yougoslave tel Gorkitch, l'ancien secrétaire du PC yougoslave.

L'épopée de la résistance yougoslave

Mais il ne devint ni un laquais servile, ni un simple exécuteur des ordres reçus du Kremlin. Lorsque la Yougoslavie fut envahie par les armées impérialistes allemandes et italiennes en 1941, il profita de la décomposition avancée de l'Etat royal bourgeois, du désarroi politique de la petite-bourgeoisie, du désir de l'avant-garde ouvrière et étudiante d'en découdre avec les tortionnaires qui avaient introduit une surexploitation barbare dans leur pays, pour déclencher une insurrection anti-impérialiste massive, qui prit la forme d'une véritable épopée.

Ce qui était au début la lutte de résistance armée de quelques milliers de communistes, devint, après des années de combats héroïques contre l'armée la plus puissante du monde, un soulèvement de plus de trois cent mille partisans. L'ensemble des masses laborieuses s'y trouvèrent impliquées. Malgré la manipulation bureaucratique incontestable et l'emploi démagogique du nationalisme débridé, le caractère de masse, débridé, le caractère de classe de cette guerre de libération apparut de plus en plus nettement.

Le soulèvement anti-impérialiste se doubla d'une guerre civile qui déchira chaque ville et chaque village du pays en deux camps irréconciliablement opposés; le camp des classes exploiteuses et le camp des classes exploitées.

Ainsi, Tito et le Parti communiste yougoslave furent les seuls en Europe occupée à réussir ce qui aurait dû être la tâche de tous les communistes et de tous les marxistes révolutionnaires : transformer un mouvement de résistance de masse contre l'oppression et la surexploitation introduites par les occupants impérialistes en une véritable révolution socialiste, en destruction du pouvoir de classe, de la propriété et de l'Etat de la bourgeoisie.

Staline ne se trompa guère. Il critiqua durement la création de brigades prolétariennes dans l'armée des partisans yougoslaves. Il critiqua le recrutement massif de prisonniers de guerre et de déserteurs italiens, allemands, bulgares, hongrois, par cette armée. Il reprocha à Tito de menacer la solidité de l'alliance avec les impérialistes anglo-américains par sa politique «extrémiste». Il réduisit au minimum l'aide matérielle aux partisans. Il chercha à susciter des oppositions plus loyales au Kremlin au sein de la direction yougoslave. Il lui imposa, appuyant Roosevelt et Churchill, un compromis politique temporaire, avec la présence de ministres bourgeois au sein d'un gouvernement de coalition et un référendum sur la question de la monarchie.

Rien n'y fit. La guerre civile était trop profonde, la mobilisation de masse trop ample, le dynamisme révolutionnaire des partisans trop affirmé, pour laisser la place à une restauration de l'ordre bourgeois. Dès le référendum de 1945, ce qui subsista de l'Etat bourgeois fut balayé. La propriété capitaliste fut rapidement éliminée. La révolution socialiste triompha en Yougoslavie. Un Etat ouvrier, bureaucratiquement dégénéré dès ses origines, fut érigé dans ce pays.

L'opposant victorieux à Staline

De ce fait, le conflit avec la bureaucratie soviétique devint inévitable. Staline avait, à sa manière, de la suite dans les idées. Un parti communiste, même stalinisé dans son idéologie et ses méthodes, qui échappait au contrôle du Kremlin, c'était une brèche ouverte dans toute la forteresse bureaucratique, brèche par laquelle toutes sortes de «monstres» allaient s'infiltrer. Il fallait donc frapper et éliminer l'hérétique. Le Kominform fut créé à cette fin. L'excommunication eut lieu en 1948.

Mais se trouvant investi du pouvoir d'Etat, Tito et les communistes yougoslaves disposèrent d'une base matérielle pour résister victorieusement. Ils devinrent les premiers opposants à tenir tête avec succès à Staline, non seulement sur le plan des idées, mais sur celui du pouvoir. Malgré le blocus, malgré la tentative de susciter des mouvements insurrectionnels voire des attentats, malgré la concentration des armées soviétiques aux frontières de la Yougoslavie, la deuxième résistance yougoslave fut autant couronnée de succès que la première. Krouchtchev en débarquant en 1955 sur l'aérodrome de Belgrade, en demandant publiquement pardon des insultes et des calomnies lancées pendant sept ans contre Tito par la formidable machine de propagande orchestrée à Moscou, accorda au vieux dirigeant communiste yougoslave une satisfaction et un triomphe politique sans précédent dans l'histoire de l'URSS.

Pour pouvoir organiser avec succès leur résistance contre Staline - résistance éminemment progressiste, et qui a, en quelque sorte, officiellement ouvert la crise du stalinisme - Tito et ses compagnons ont dû lui trouver à la fois une base populaire plus large et un fondement théorique et politique dépassant l'actualité conjoncturelle. A cette fin, ils ont fait machine arrière dans le domaine de la collectivisation forcée de l'agriculture, et adopté le système de l'autogestion ouvrière. Le communisme yougoslave s'identifia avec la formule : «Les usines aux ouvriers, la terre aux paysans. »

Les contradictions de l'autogestion yougoslave

Le système yougoslave d'autogestion ouvrière est une manifestation éclatante de la tendance de la révolution socialiste à effectuer, à l'échelle de l'histoire, une oeuvre d'autocritique de longue haleine, tendance que Marx avait prévue prophétiquement dans sa préface au «Dix-huit Brumaire de Louis Bonaparte». Il représente une correction du système de gestion bureaucratique consolidé en en URSS depuis la dictature stalinienne. Mais il n'en représente qu'une correction partielle.

D'abord, il fut octroyé par en haut, par une aide de la bureaucratie elle-même. Ses modifications et transformations successives se sont, pour l'essentiel, effectuées par des initiatives venues d'en haut, même si l'interaction entre ces initiatives et des mouvements au sein de la classe ouvrière s'est faite progressivement plus prononcé.

Ensuite, il est entaché d'une contradiction essentielle. L'autogestion limitée au seul domaine économique, encore essentiellement à celui des entreprises séparément, est largement vidée de sa substance potentielle, du fait de la survie du monopole du pouvoir politique dans les mains du PC yougoslave. La bureaucratie, d'abord, affaiblie sur le plan économique, peut prendre sa revanche sur le plan politique.

La thèse de Karadelj, théoricien titiste numéro 1, selon laquelle les partis politiques sont «au fond» incompatibles avec un système d'autogestion, n'est qu'un sophisme apologétique pour justifier dans les faits un régime qui continue à être celle du «parti unique», même s'il s'appelle Ligue et non Parti.

L'expérience yougoslave confirme ainsi, par la négative, la thèse programmatique de la Quatrième Internationale. Sans un pouvoir politique réel dans les mains de conseils des travailleurs démocratiquement élus, pas de véritable exercice du pouvoir ni économique ni politique par la classe ouvrière. Sans un système pluri-partidaire sans réelles libertés démocratiques pour l'ensemble des travailleurs, pas de véritable pouvoir des conseils ouvriers. l'acquis et ses limites.

Enfin, même sur le plan économique, les limites de l'autogestion yougoslave sont apparues rapidement. La nécessité d'une centralisation des décisions économiques est inéluctable au niveau actuel du développement des forces productives. Les dirigeants yougoslaves récusent la centralisation démocratique et consciente, par un congrès des conseils des travailleurs qui exerce effectivement le pouvoir suprême, - c'est-à-dire qu'ils récusent une articulation de l'autogestion selon le niveau où les décisions peuvent être prises effectivement et valablement. Ils la récuse non pour des raisons de cohérence doctrinale, mais parce qu'en tant que fraction de la bureaucratie, ils veulent à tout prix empêcher un pouvoir décisif dans les mains de la classe ouvrière. La fragmentation, le morcellement de cette classe reste la pré-condition du pouvoir qui subsiste dans les mains de la bureaucratie.

De ce fait, la centralisation empêchée au sommet s'impose plus ou moins spontanément par la base, c'est-à-dire par le marché et la concurrence. L'autogestion yougoslave s'incorpore de plus en plus le mythe du «socialisme de marché», avec toutes ses contradictions économiques, politiques et sociales flagrantes que la crise de 1968-1972 avait momentanément portées au paroxysme, avant tout une véritable «explosion» du chômage massif et de l'inégalité sociale, ainsi que du retour de l'accumulation primitive du capital dans les pores de l'économie socialisée.

Malgré le fait qu'elle est un produit de la bureaucratie et qu'elle est entachée de mille imperfections et contradictions, l'autogestion yougoslave n'en reste pas moins un pas en avant par rapport au système de gestion bureaucratique inauguré en URSS sous Staline et transplanté de là dans la plupart des Etats ouvriers. Son mérite principal, c'est d'assurer une marge d'autodéfense qualitativement supérieure à la classe ouvrière. Le nombre de grèves, de manifestations d'opposition ouvrière, la marge de la démocratie ouvrière, sont qualitativement supérieurs en Yougoslavie que dans tous les autres Etats ouvriers.

Certes, cette marge est loin d'être suffisante. La répression politique continue à sévir contre les tendances d'opposition, y compris les marxistes et communistes. Elle s'effectue souvent au déni cynique des principes mêmes de l'autogestion, comme ce fut le cas de la répression contre les professeurs de philosophie marxiste de l'université de Belgrade. Mais elle est réelle. Les travailleurs yougoslaves disent souvent avec fierté, que leur pays est le seul pays du monde où les directeurs ne peuvent pas licencier des travailleurs, mais où les travailleurs peuvent licencier des directeurs. Ce n'est pas encore le socialisme, ni même la démocratie socialiste. Mais c'est quand même un acquis qui n'est pas mince.

La Yougoslavie après Tito

La disparition de Tito laissera un pouvoir du PC yougoslave profondément ébranlé justement en fonction des contradictions du système d'autogestion yougoslave. Beaucoup de forces y agissent avec une relative autonomie. Beaucoup d'appétits sociaux et politiques antagonistes s'y manifestent presqu'ouvertement.

L'accentuation des inégalités sociales avait conduit, dans un pays multinational à l'exacerbation des conflits entre les nationalités. Aussi bien la direction du parti que la bureaucratie semblaient déchirées selon des lignes de clivages nationales. Seule l'armée était relativement unie, sous l'autorité bonapartiste de Tito.

Tito disparu, la tentation des uns d'accentuer le cours autonomiste, le risque de voir les autres accentuer une riposte centriste, pourraient susciter des interventions étrangères. Et la bureaucratie soviétique, et l'impérialisme américain (notamment avec son relais de l'OTAN en Italie) pourraient essayer de profiter d'une crise de régime en Yougoslavie pour modifier les rapports de forces en Méditerranée.

Par ailleurs, le conflit entre la classe ouvrière, d'une part, et les forces incarnant la remise en question bureaucratique de la planification et de l'emploi d'autre part, (qui suscitent à la limite des tendances à la restauration du capitalisme) se trouve de même aiguisé par la disparition de l'arbitre suprême.

Pour les marxistes yougoslaves comme pour le mouvement révolutionnaire international, il s'agit de comprendre l'enjeu des batailles à venir. Il faut défendre, l'acquis avec acharnement, défendre l'Etat ouvrier et l'autogestion contre tous leurs ennemis. Mais il faut les défendre par les méthodes d'indépendance de classe du prolétariat, qui s'inscrivent dans une bataille résolue pour le pouvoir politique et économique direct des conseils des travailleurs, démocratiquement centralisés, dans une bataille pour l'épanouissement plein et entier de la démocratie prolétarienne.

Par Ernest Mandel

La Gauche, 20 mars 1980

 

Source : lcr-lagauche.be

 

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Rédigé par brunorosar

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Publié le 28 Septembre 2011

Tito rompt avec Staline

 

 

L'erreur commise par le PCI est de dire : "les événements de Belgrade risquent de transporter en Yougoslavie le centre d'un véritable mouvement ouvrier". Maintenant ils montrent le mouvement de Tito comme un mouvement progressif. En fait qu'est-ce qu'il y a derrière Tito ?

Le socialisme dans les Balkans, avant 1914, était la fraction la plus avancée, avec le socialisme russe et allemand, du socialisme international. Après 18, la situation change complètement. Les méthodes staliniennes anéantissent dans ces pays encore plus qu'en Occident tout mouvement ouvrier sain. Ils ont poussé les éléments communistes, démunis de toute éducation, à la destruction physique. En 1944 il y avait en Roumanie 800 membres du P.C. Maintenant il y en a 800.000.

On peut dire en toute certitude que le mouvement ouvrier organisé devait être très faible en Yougoslavie. En fait, dans tous les pays balkaniques, et particulièrement en Yougoslavie, à la base du mouvement de Tito il y avait la Résistance, c'est-à-dire la lutte de partisans. Il n'y a pas de mouvement ouvrier organisé, comme en France où le Parti a des cadres, des "idéologues", une physionomie bien déterminée. En Yougoslavie il n'y a pas de P.C. organisé, avec des idéologues et des cadres. A la base du mouvement titiste il y a quelques centaines de malheureux passés par l'école stalinienne, mais avant tout il s'agit des éléments de la résistance formés de paysans et d'éléments d'autres classes.

Suivant le système stalinien, Tito a pu organiser le pays sur le modèle de l'U.R.S.S. Le régime institué était semblable aux autres régimes balkaniques. Le corps des officiers, la police secrète, la bureaucratie dominent le pays. Dans un pays où la paysannerie constitue la majorité écrasante, où la bourgeoisie est plutôt commerçante, n'étant pas une véritable classe dominante, la vie est toujours dominée en fait par l'Etat. Les secteurs économiques les plus importants sont monopole d'Etat.

Quand on cherche ce qu'il y a de progressif et de révolutionnaire, le Parti conscient, les communistes yougoslaves, on ne les trouve pas. En fait, il ne peut y avoir de véritable mouvement ouvrier sans activité révolutionnaire consciente.

Derrière le mot-d'ordre "Fédération danubienne", Tito ne vise que des buts d'hégémonie sur ses partisans balkaniques. A première vue, c'est un mot-d'ordre progressif qui a été celui de l'Internationale Communiste, mais il faut savoir sur qui l'on compte pour l'application des mots-d'ordre. Tito borne son mot-d'ordre à un moyen de négociation avec la Bulgarie, l'Albanie, alors que l'I.C. adressait le mot-d'ordre de Confédération balkanique aux masses ouvrières et paysannes. Ce qui distingue en fait le révolutionnaire du non-révolutionnaire, c'est de savoir sur qui on compte pour l'appliquer.

En fait, du côté de Tito on ne voit absolument rien qui puisse être qualifié de progressif. La raison du conflit entre la Yougoslavie et l'U.R.S.S., il faut la chercher ailleurs.

Sur quoi et sur qui s'appuie le régime de Tito ? Il ne s'appuie pas sur la classe ouvrière, mais sur la Résistance (sur les paysans et les éléments de toutes les classes, bureaucrates, officiers) qui a donné naissance à une hiérarchie de l'Etat, dans toutes les sphères, sur le modèle russe. Derrière Tito il n'y a aucune classe, aucun mot-d'ordre progressifs. Tito n'a fait aucune allusion au mouvement ouvrier international, et pour cause.

S'il n'y a pas de raisons idéologiques, où chercher l'origine de ce conflit qui est extrêmement important, car il s'agit d'une rupture dans le bloc stalinien, et d'une rupture profonde. Il ne s'agit pas d'une petite querelle, mais d'une question qui en fin de compte se réglera par la force des armes. Si Staline ne réussit pas à reprendre la situation en main de l'intérieur, ce à quoi il ne s'attend pas, ils seront obligés de résoudre la situation par les armes en liaison avec la situation internationale.

Puisqu'il n'y a pas de conflit entre le stalinisme et un mouvement progressif de gauche, la véritable situation révèle un conflit d'Etat à Etat, dont la structure et la base sociale sont sensiblement les mêmes. Pourquoi ce conflit ? Etant donné l'apparence de solidité du bloc stalinien et la soumission, tour à tour, de tous les pays qui se trouvent derrière le "rideau de fer", on pourrait être étonnés. En fait, vous savez que la bureaucratie stalinienne mène une politique d'oppression vis-à-vis des minorités nationales en U.R.S.S. même. A la fin de la guerre, Staline a déclaré que la victoire est due avant tout au peuple russe. Pour ceux qui connaissent l'histoire de l'oppression des différentes nationalités, cela est tout à fait significatif.

Le tsarisme s'appuyait avant tout sur les Grand-Russiens. Les Russes étaient les oppresseurs de toutes les nationalités de l'U.R.S.S., certaines comme les Ukrainiens plus avancés culturellement, d'autres se trouvant à différents stades de civilisation. Certains écrivains du camp ouvrier ont accusé Staline d'avoir détruit certaines nationalités en masse. Il est évident que cette lutte entre les minorités nationales et les Russes à l'intérieur de l'U.R.S.S., ne pouvait exploser à moins d'un affaiblissement décisif de l'Etat soviétique.

Par contre, dans les Balkans, en face d'Etats non soumis directement, la domination russe ne s'est pas établie sans frictions assez graves et pas non plus d'un seul coup. Les partis communistes dans les Balkans étaient très faibles, et en fait il a fallu un certain temps à la bureaucratie stalinienne pour prendre en main ces pays (elle a dû admettre un certain temps des "démocrates" à la tête de ces gouvernements, qui ont été éliminés par la suite : Pologne, Hongrie, Tchécoslovaquie...). Par contre Tito, déjà sous l'occupation, avait été reconnu par les "alliés" et en fait ce n'est pas tellement à l'aide d'agents staliniens que par ses propres forces, celles de la Résistance, que Tito a mis la main sur le pays.

Au lieu de mettre en pratique les projets de Fédération, l'URSS traite séparément avec les divers pays. Ce fut le système de Hitler en Europe. Les Etats-Unis font pareil avec le plan Marshall, par les traités bilatéraux (alors que les 16 devaient voir en commun, etc...). Si les Etats-Unis devaient traiter avec les Seize, ils auraient en face d'eux des forces trop importantes. La même chose pour la bureaucratie stalinienne.

Vous savez quel a été le comportement de l'U.R.S.S. dans ces pays. Leurs méthodes sont extrêmement brutales. Des gens qui les avaient accueillis assez bien au début, comme "libérateurs" et communistes, leur ont voué très vite de la haine. Ce conflit montre jusqu'à quel point la brutalité de la bureaucratie stalinienne a heurté le sentiment national des gens auxquels ils avaient à faire. Parce qu'en fait, c'est là l'origine du conflit.

Trotsky avait déjà expliqué à l'époque les raisons du procès de Toukhachevsky, qui a jeté les bases de l'Armée rouge moderne, qui en a réalisé la mécanisation ; on lui a fait un procès en l'accusant de négocier avec l'Allemagne (ce qui était le cas de Staline), en fait parce qu'il s'opposait à l'immixtion du G.P.U. dans les affaires de l'armée. Le conflit a été assez fort à l'intérieur de l'U.R.S.S. pour qu'on fusille Toukhachevsky. Figurez-vous cela d'Etat à Etat. En fait, c'est un heurt entre le nationalisme serbe et le nationalisme soviétique. Parce qu'en fait, effectivement, ce n'était pas dans les vues de Tito de s'allier au camp occidental. Géographiquement, il ne le peut pas. En réalité, il l'a fait en dépit du fait qu'il n'a pas sur qui s'appuyer. Il peut s'appuyer partiellement sur les Etats-Unis, mais tôt ou tard il y a danger qu'il devienne la victime de cette nouvelle orientation. C'est pourquoi Tito fait tout ce qu'il peut, tout en s'opposant aux visées de Staline, pour trouver des points d'appui dans les autres pays balkaniques.

Si les partis communistes de ces pays et du monde entier ont condamné Tito, les gouvernements n'ont pas la même position, ils ont une attitude plus nuancée. C'est là que Tito espère trouver un appui, dans les autres pays balkanique qui eux-mêmes ne sont pas du tout enchantés de se trouver écrasés par la bureaucratie stalinienne. En Pologne, en Tchécoslovaquie, ça ne marche pas tout seul. Les méthodes de la bureaucratie sont aussi brutales que celles de Hitler, qui a fini par dresser contre lui tout le monde.

On ne peut pas tromper les gens en leur disant que c'est un différend idéologique. Cela déchire le voile que l'unanimité des partis communistes avait tissé autour de la bureaucratie stalinienne. Et nous devons partir de ce fait, si l'U.R.S.S. se conduit d'une façon oppressive vis-à-vis des nations plus faibles, cela démontre qu'il y a aussi oppression de classe en U.R.S.S. La racine de l'oppression nationale est l'oppression de classe. S'il n'y avait pas de bureaucratie en U.R.S.S. et d'inégalité sociale, il n'y aurait pas non plus traitement inégal des petites nations.

Si l'U.R.S.S. avait traité sur un pied d'égalité la Yougoslavie, ils seraient fous d'avoir agi de cette façon. Quel intérêt a la Yougoslavie, si elle était traitée sur pied d'égalité, de se tourner vers le monde occidental ?

Du reste ils ne peuvent pas voiler entièrement ce fait, ils s'évertuent donc dans tous leurs articles d'expliquer que l'U.R.S.S. a joué un rôle éminent dans la libération des peuples... L'U.R.S.S. a le droit de critiquer les petits pays, mais les petits pays n'ont pas le droit de critiquer l'U.R.S.S. Même si l'U.R.S.S. joue un rôle spécial, cela n'implique pas l'inégalité entre nations. Car ainsi l'impérialisme justifie aussi le traitement vis-à-vis des colonies, parce qu'il apporte la culture. Ou l'Amérique vis-à-vis de l'Europe, "ils ont un rôle spécial dans le défense de l'Europe occidentale".

Ce n'est pas étonnant, après coup, qu'en absence d'un mouvement ouvrier, ce soit sur ce terrain que le point de scission se soit trouvé. Cela tient à toute l'histoire des Balkans et de la Russie. Néanmoins cela facilite la lutte que nous menons sur le terrain national et international, parce de plus en plus l'atmosphère totalitaire, l'unanimité sur laquelle reposait la religion stalinienne, n'existe plus actuellement ouvertement.

Cela provoque aussi sur le terrain international des changements extrêmement importants et cela ouvre de nouvelles possibilités, mais pas dans le sens direct. En réalité, le régime installé par les staliniens dans tous les pays éclate de ses propres contradictions, suscitées par lui-même, mais on ne peut pas parler de mouvement ouvrier, c'est une illusion pernicieuse. Ce qu'il fallait, c'est profiter de l'affaire de Tito pour attaquer le mouvement stalinien, mais non pas en se mettant du côté de Tito.



Les "arguments" du P.C.F.

La résolution du Bureau d'information essaie de donner un aspect idéologique au conflit. D'un côté le P.C. yougoslave nierait la lutte de classes, d'un autre côté il porterait la lutte de classes à la campagne. Les affirmations les plus contradictoires pour discréditer les dirigeants du P.C. yougoslave et les traiter de trotskystes, nous avons un document type du G.P.U.

Jusqu'à maintenant, c'était une démocratie populaire. Il ne suffit pas de la mauvaise volonté d'un individu pour tout changer. Comment le régime a-t-il pu sans coup d'Etat se transformer en régime policier ? C'était un régime policier. Tant qu'il marchait avec les staliniens, c'était bien, maintenant qu'il y a retournement, ça va mal.

L'affaire de Tito peut aussi affaiblir le camp impérialiste. Si des mouvements pareils se répétaient, cela enlève aux impérialistes l'argument principal pour faire la guerre : celui du Rideau de fer, alors qu'il y a résistance...



par Barta

Source : marxist.org

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Publié le 26 Mai 2011

Discours de Benoît XVI adressé à l'ambassadeur de Croatie, Filip Vučak, lors de son investiture près le Saint-Siège

 

 

Recevant en audience au Vatican le nouvel ambassadeur de Croatie, Filip Vučak, près le Saint-Siège, le 11 avril 2011, Benoît XVI a regretté les "voix chagrines" qui contestent régulièrement "la réalité des racines religieuses européennes".



Monsieur l'Ambassadeur,

Je suis heureux de vous accueillir en cette circonstance solennelle de la présentation des Lettres qui vous accréditent en qualité d'Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la Croatie près le Saint-Siège. Je vous remercie pour les paroles aimables que vous m’avez adressées. En retour, je vous saurai gré de bien vouloir exprimer au Président de la République, Monsieur Ivo Josipović que j’ai eu le plaisir de rencontrer récemment, mes vœux cordiaux pour sa personne ainsi que pour le bonheur et la paix du peuple croate.

Le début de votre mission coïncide heureusement avec le 20ème anniversaire de l’indépendance de la Croatie. Et l’an prochain sera celui de l’établissement des relations diplomatiques entre votre pays et le Saint-Siège. Nos relations sont harmonieuses et sereines. Le Saint-Siège a toujours eu pour la Croatie une sollicitude particulière. Mon lointain prédécesseur, le pape Léon X, voyant la beauté de votre culture et la profondeur de la foi de vos ancêtres, a défini votre pays comme le « scutum saldissimum et antemurale Christianitatis ». Ces antiques valeurs animent encore nos contemporains qui ont eu à affronter, il y a peu encore, des difficultés particulières. Il convient donc pour fortifier les générations actuelles de leur exposer avec clarté le riche patrimoine de l’histoire croate et de la culture chrétienne qui l’a irriguée en profondeur et sur laquelle votre peuple s’est toujours appuyé dans l’adversité.

C’est avec satisfaction que j’ai su que votre Parlement a proclamé l’année en cours comme l’« Année Bošcović ». Ce jésuite était un physicien, un astronome, un mathématicien, un architecte, un philosophe et un diplomate. Son existence démontre la possibilité à faire vivre en harmonie la science et la foi, le service à la mère-patrie et l’engagement dans l’Eglise. Ce savant chrétien dit aux jeunes qu’il est possible de se réaliser dans la société actuelle et d’y être heureux tout en étant croyant. D’ailleurs, les monuments et les innombrables crucifix qui parsèment votre pays sont la claire démonstration de cette heureuse symbiose. En voyant cette harmonie, les jeunes seront fiers de leur pays, de son histoire et de sa foi et ils se sentiront toujours plus les héritiers d’un trésor qu’il leur revient aujourd’hui de faire fructifier.

La Croatie intégrera bientôt pleinement l’Union européenne. Le Saint-Siège ne peut que se féliciter lorsque la famille européenne se complète et reçoit des Etats qui, historiquement en font partie. Cette intégration, Monsieur l’Ambassadeur, devra se faire dans le plein respect des spécificités croates, de sa vie religieuse et de sa culture. Il serait illusoire de vouloir renier sa propre identité pour en rejoindre une autre qui est née dans des circonstances si différentes de celles qui ont vu naître et se construire celle de la Croatie. En entrant dans l’Union européenne, votre pays ne sera pas uniquement récipiendaire d’un système économique et juridique qui a ses avantages et ses limites, mais il pourra également apporter une contribution propre et typiquement croate.


Il ne faudra pas avoir peur de revendiquer avec détermination le respect de sa propre histoire et sa propre identité religieuse et culturelle. Des voix chagrines contestent avec une stupéfiante régularité la réalité des racines religieuses européennes. Il est devenu de bon ton d’être amnésique et de nier les évidences historiques. Affirmer que l’Europe n’a pas de racines chrétiennes, équivaut à prétendre qu’un homme peut vivre sans oxygène et sans nourriture. Il ne faut pas avoir honte de rappeler et de soutenir la vérité en refusant, si nécessaire, ce qui est contraire à elle. Je suis certain que votre pays saura défendre sa propre identité avec conviction et fierté en évitant les nouveaux écueils qui se présenteront et qui, sous prétexte d’une liberté religieuse mal comprise, sont contraires au droit naturel, à la famille, et à la morale tout simplement.

Je voudrais aussi exprimer ma satisfaction pour l’intérêt porté par votre pays afin que les Croates en Bosnie-Herzégovine puissent remplir le rôle qui leur correspond en tant que l’un des trois peuples constitutifs du pays. Je constate également que, dans un désir de paix et de saines collaborations avec les pays de votre région géopolitique, la Croatie ne manque pas d’apporter sa spécificité pour faciliter le dialogue et la compréhension entre des peuples ayant des traditions différentes, mais vivant ensemble depuis des siècles. Je vous encourage à continuer sur cette voie qui consolidera la paix dans le respect de chacun. A l’intérieur même de vos frontières nationales, les quatre Accords signés par votre pays et le Saint-Siège permettent, dans le respect des spécificités propres, de discuter sur des matières d’intérêts communs. Il faudra poursuivre dans ce sens pour le bien des deux parties. Je suis heureux de constater que la Croatie promeut la liberté religieuse et respecte la mission spécifique de l’Eglise.

Pour toutes ces raisons, Monsieur l’Ambassadeur, je me réjouis profondément de pouvoir visiter votre pays dans quelques semaines. Mon prédécesseur, le vénéré Jean Paul II l’a fait trois fois, et moi-même, étant encore à la tête d’un Dicastère romain, j’y suis venu plusieurs fois. J’ai accueilli volontiers l’invitation des Autorités croates et celles des Evêques de votre noble pays. Comme vous le savez, le thème choisi pour le voyage sera : « Ensemble, dans le Christ ! ». C’est cet ensemble que je désire célébrer avec votre peuple. Ensemble malgré les innombrables différences humaines, ensemble avec ces différences ! Et cela, dans le Christ qui a accompagné le peuple croate depuis des siècles avec bonté et miséricorde. A cause de lui, je désire encourager votre pays et encourager l’Eglise qui se trouve parmi et avec vous. Elle qui accompagne avec la même sollicitude que le Christ, le destin et le cheminement de votre nation depuis ses origines. En cette heureuse circonstance, je voudrais aussi saluer chaleureusement les Evêques et les fidèles de l’Eglise catholique en Croatie.

Au moment où vous inaugurez votre noble mission de représentation auprès du Saint-Siège, je vous adresse, Monsieur l’Ambassadeur, mes vœux les meilleurs pour le bon accomplissement de votre mission. Soyez certain que vous trouverez toujours auprès de mes collaborateurs l’accueil et la compréhension dont vous pourrez avoir besoin. Confiant votre Pays à la protection de la Mère de Dieu, Notre Dame de Marija Bistrica, ainsi qu’à l’intercession du Bienheureux Alojzije Stepinac, j’invoque de grand cœur l’abondance des Bénédictions divines sur Votre Excellence, sur sa famille et sur ses collaborateurs, ainsi que sur tout le peuple croate et ses dirigeants.

 

 

Source :  benoit-et-moi.fr

 

 

Discours à la jeunesse

 

La traduction du discours que Benoît XVI a adressé à la jeunesse croate lors de la veillée de prière qu’il a présidée sur la place Josip Jelačić le samedi 4 juin 2001 au soir.

Chers jeunes,

Je vous salue tous avec beaucoup d’affection ! Je suis particulièrement heureux d’être avec vous sur cette place historique qui est le cœur de la ville de Zagreb. C’est un lieu de rencontres et d’échanges, où prévalent souvent les bruits et les mouvements de la vie quotidienne. Maintenant, votre présence la transforme presqu’en un « temple », dont la voûte est le ciel lui-même qui, ce soir, semble se pencher sur nous. Dans le silence, nous voulons accueillir la Parole de Dieu qui a été proclamée afin qu’elle illumine nos esprits et réchauffe nos cœurs.

Je remercie vivement Mgr Srakić, Président de la Conférence Épiscopale, de ses paroles pour introduire à notre rencontre ; et, de façon particulière, je salue et je remercie les deux jeunes, qui nous ont offert leurs beaux témoignages. L’expérience que Daniel a vécue rappelle celle de saint Augustin : c’est l’expérience de la recherche de l’amour « au-dehors » puis de la découverte qu’il est plus proche de moi que moi-même, qu’il me « touche » en mon for intérieur et me purifie… Mateja, par contre, nous a parlé de la beauté de la communauté, qui ouvre le cœur, l’esprit et le caractère… Merci à tous les deux !

Dans la Lecture qui a été proclamée, saint Paul nous a invités à être « toujours dans la joie du Seigneur » (Ph 4, 4). C’est une parole qui fait vibrer l’âme, si nous considérons que l’Apôtre des nations écrit cette Lettre aux chrétiens de Philippes alors qu’il est en prison, en attente d’être jugé. Il est enchaîné, mais l’annonce et le témoignage de l’Évangile ne peuvent être emprisonnés. L’expérience de saint Paul révèle qu’il est possible, dans notre cheminement, de conserver la joie même dans les moments d’obscurité. À quelle joie se réfère-t-il ? Nous savons tous que dans le cœur de tout homme demeure un fort désir de bonheur. Toute action, tout choix, toute intention renferme en soi cette exigence intime et naturelle. Toutefois, très souvent, nous nous rendons compte que nous avons mis notre confiance en des réalités qui ne satisfont pas ce désir, bien plus, qui montrent toute leur précarité. Et c’est en ces moments que nous expérimentons le besoin de quelque chose qui va « au-delà », qui donne un sens à notre vie quotidienne.

Chers amis, votre jeunesse est un temps que le Seigneur vous donne pour découvrir le sens de l’existence ! C’est le temps des grands horizons, des sentiments vécus avec intensité, mais aussi des peurs pour les choix qui engagent et qui sont durables, des difficultés dans les études et dans le travail, des interrogations sur le mystère de la douleur et de la souffrance. Plus encore, ce temps merveilleux de votre vie porte en lui une aspiration profonde, qui n’annule pas tout le reste mais l’élève pour lui donner sa plénitude. Dans l’Évangile de Jean, Jésus dit en s’adressant à ses premiers disciples : « Que cherchez-vous ? » (Jn 1, 38). Chers jeunes, cette parole, cette question franchit le temps et l’espace, elle interpelle tout homme et toute femme qui s’ouvre à la vie et cherche la juste route… Et voici ce qui est surprenant : la voix du Christ vous répète à vous aussi : « Que cherchez-vous ? ». Jésus vous parle aujourd’hui à travers l’Évangile et l’Esprit Saint, il est votre contemporain. C’est lui qui vous cherche, encore avant que vous ne le cherchiez ! Respectant pleinement votre liberté, il s’approche de chacun de vous et il se propose comme la réponse authentique et décisive à cette aspiration qui vous habite, au désir d’une vie qui vaille la peine d’être vécue. Laissez-le vous prendre par la main ! Laissez-le s’introduire toujours plus comme un ami et un compagnon de route ! Faites-lui confiance, il ne vous décevra jamais ! Jésus vous fait connaître de près l’amour de Dieu le Père, il vous fait comprendre que votre bonheur se réalise dans l’amitié avec lui, dans la communion avec lui, parce que nous avons été créés et sauvés par amour et c’est uniquement dans l’amour, celui qui veut et recherche le bien de l’autre, que nous expérimentons vraiment le sens de la vie et que nous sommes contents de la vivre, même dans les difficultés, les épreuves, les déceptions, en allant aussi à contre-courant.

Chers jeunes, enracinés dans le Christ, vous pourrez vivre pleinement ce que vous êtes. Comme vous le savez, c’est sur ce thème que j’ai écrit mon Message pour la prochaine Journée Mondiale de la Jeunesse, qui nous réunira en août à Madrid et vers laquelle nous sommes en marche. Je suis parti d’une expression incisive de saint Paul : « Soyez enracinés en lui, construisez votre vie sur lui ; restez fermes dans la foi » (Col 2, 7). En grandissant dans l’amitié avec le Seigneur, à travers sa Parole, l’Eucharistie et par votre appartenance à l’Église, avec l’aide de vos prêtres, vous pourrez témoigner à tous votre joie d’avoir rencontré Celui qui vous accompagne constamment et vous appelle à vivre dans la confiance et dans l’espérance. Le Seigneur Jésus n’est pas un Maître qui leurre ses disciples : il dit clairement que marcher avec lui requiert engagement et sacrifice personnel, mais cela en vaut la peine ! Chers jeunes amis, ne vous laissez pas désorienter par des promesses alléchantes de succès faciles, de styles de vie qui privilégient le paraître au détriment de l’intériorité. Ne cédez pas à la tentation de mettre votre confiance entière dans l’avoir, dans les choses matérielles, en renonçant à découvrir la vérité qui va au-delà, comme une étoile haut dans le ciel, là où le Christ veut vous conduire. Laissez-vous conduire vers les hauteurs de Dieu !

Durant le temps de votre jeunesse, le témoignage de nombreux disciples du Seigneur qui, à leur époque, ont vécu en portant dans leur cœur la nouveauté de l’Évangile, vous soutient. Pensez à François et Claire d’Assise, à Rose de Viterbe, à Thérèse de l’Enfant-Jésus, à Dominique Savio : combien de jeunes saints et saintes dans la grande assemblée de l’Église ! Mais ici, en Croatie, nous pensons, vous et moi, au Bienheureux Ivan Merz. Un jeune homme brillant, pleinement inséré dans la vie sociale qui, après la mort de la jeune Greta, son premier amour, entreprend le chemin universitaire. Durant la Première Guerre mondiale, il se trouve face à la destruction et à la mort, mais tout cela le modèle et le forge, lui faisant surmonter des moments de crise et de combat spirituel. La foi d’Ivan se renforce à tel point qu’il se consacre à l’étude de la Liturgie et commence un apostolat intense parmi les jeunes eux-mêmes. Il découvre la beauté de la foi catholique et comprend que la vocation de sa vie c’est de vivre et de faire vivre l’amitié avec le Christ. De combien d’actes de charité, de bonté, qui étonnent et émeuvent, est rempli son chemin ! Il meurt le 10 mai 1928, alors qu’il n’a que 32 ans, après quelques mois de maladie, en offrant sa vie pour l’Église et pour les jeunes.

Cette jeune existence, donnée par amour, exhale le parfum du Christ et est pour tous une invitation à ne pas avoir peur de s’en remettre au Seigneur, tel que nous le contemplons, de façon particulière en la Vierge Marie, la Mère de l’Église, qui est ici vénérée et aimée sous le titre de « Majka Boja od Kamenutih vrata » [« Mère de Dieu de la Porte de Pierre »]. Ce soir, je veux lui confier chacun de vous, pour qu’elle vous accompagne de sa protection et surtout pour qu’elle vous aide à rencontrer le Seigneur et à trouver en lui le plein sens de votre existence. Marie n’a pas eu peur de se donner tout entière au projet de Dieu. En elle, nous voyons le but auquel nous sommes appelés : la pleine communion avec le Seigneur. Notre vie entière est une marche vers l’unité et trinité d’amour qu’est Dieu. Nous pouvons vivre en étant certains de n’être jamais abandonnés. Chers jeunes croates, je vous embrasse tous comme des fils et des filles ! Je vous porte dans mon cœur et je vous donne ma Bénédiction. « Soyez toujours dans la joie du Seigneur » ! Que sa joie, la joie du véritable amour, soit votre force. Amen. Que Jésus et Marie soient loués !

Source : zenit.org

 

 

Regina Coeli du dimanche 5 juin

 

Le texte des paroles prononcées par Benoît XVI à l'occasion de la prière du Regina Coeli, à Zagreb. Le pape a prononcé ces paroles à la fin de la messe qu'il a présidée, en présence de quelque 400.000 fidèles, à l'hippodrome de Zagreb, et après l'intervention de Mgr Župan, évêque de Krk et président de la Commission épiscopale pour la pastorale des familles.

Chers frères et sœurs,

Avant de conclure cette célébration solennelle, je désire vous remercier pour votre intense et fervente participation, par laquelle vous avez aussi voulu exprimer votre amour pour la famille et votre engagement en sa faveur – comme l’a rappelé tout à l’heure Monseigneur Župan, que je remercie de tout cœur.

Je suis ici, aujourd’hui, pour vous confirmer dans la foi ; c’est le don que je vous porte : la foi de Pierre, la foi de l’Église ! Mais, en même temps, vous me donnez cette même foi, enrichie de votre expérience, de vos joies et de vos souffrances. Et vous me donnez en particulier votre foi vécue en famille, pour que je la garde dans le patrimoine de toute l’Église.

Je sais que vous trouvez une grande force en Marie, Mère du Christ et notre Mère. C’est pourquoi, en ce moment, nous nous tournons vers elle, regardant en esprit vers son sanctuaire de Marija Bristrica, et nous lui confions toutes les familles croates : les parents et les enfants, les grands-parents ; le chemin des conjoints, l’engagement éducatif, le travail professionnel et ménager. Nous invoquons son intercession pour que les institutions publiques soutiennent toujours la famille, cellule première de la société.

Chers frères et sœurs, d’ici une année, nous célébrerons à Milan la VIIème Rencontre Mondiale des Familles. Nous confions à Marie la préparation de cet important événement ecclésial.

En ce moment, nous nous unissons à la prière de tous ceux qui, dans la Cathédrale de Burgo de Osma, en Espagne, célèbrent la béatification de Juan de Palafox y Mendoza, figure lumineuse d’évêque du XVII° siècle au Mexique et en Espagne ; il fut un homme d’une vaste culture et d’une profonde spiritualité, un grand réformateur, un Pasteur infatigable et un défenseur des Indiens d’Amérique. Que le Seigneur accorde à son Église de nombreux et saints Pasteurs comme le Bienheureux Juan.

Je salue affectueusement les fidèles de langue slovène et je vous remercie pour votre présence. Que le Seigneur vous bénisse !

Je salue affectueusement les fidèles de langue serbe et je vous remercie pour votre présence. Que le Seigneur vous bénisse !

Je salue affectueusement les fidèles de langue macédoine et je vous remercie pour votre présence. Que le Seigneur vous bénisse !

Je salue affectueusement les fidèles de langue hongroise et je vous remercie pour votre présence. Que le Seigneur vous bénisse !

Je salue affectueusement les fidèles de langue albanaise et je vous remercie pour votre présence. Que le Seigneur vous bénisse !

Je salue affectueusement les fidèles de langue allemande et je vous remercie pour votre présence. Que le Seigneur vous bénisse !

Chères familles, ne craignez pas ! Le Seigneur aime la famille et il est proche de vous !

Regina Caeli...



Source : zenit.org

 

 

Discours de Benoît XVI à son départ de Croatie

 
Le discours que le pape Benoît XVI a prononcé, en fin d'après-midi le dimanche 5 juin, à l'aéroport international «Pleso» de Zagreb, avant de prendre l'avion pour Rome, au terme de ses deux jours de voyage apostolique en Croatie. Le pape a prononcé son discours après celui du président de la Répubique de Croatie, le Pr. Ivo Josipović.

Monsieur le Président de la République,

illustres Autorités,

chers Frères dans l’Épiscopat,

frères et sœurs dans le Seigneur !

Ma visite sur votre terre arrive à son terme. Bien que brève, elle a été riche de rencontres qui ont fait que je me suis senti comme l’un des vôtres, faisant partie de votre histoire, et elles m’ont donné l’occasion de confirmer l’Église qui chemine en Croatie dans la foi en Jésus-Christ, l’unique Sauveur. Cette foi qui vous est parvenue par le témoignage courageux et fidèle de beaucoup de vos frères et sœurs, dont certains n’ont pas hésité à mourir pour le Christ et son Évangile, je l’ai retrouvée ici, vivante et authentique. Rendons louange à Dieu pour l’abondance des dons de sa grâce qu’il dispose largement sur le chemin quotidien de ses enfants ! Je désire remercier tous ceux qui ont collaboré à l’organisation de ma visite et à son déroulement ordonné.

Je garde vivantes dans mon esprit et dans mon cœur les impressions de ces journées. Unanime et sincère a été, ce matin, la participation à la sainte Messe à l’occasion de la Journée Nationale des Familles. La rencontre d’hier au Théâtre National m’a permis de partager une réflexion avec les représentants de la société civile et des communautés religieuses. Ensuite, les jeunes, durant la veillée de prière intense, m’ont montré le visage lumineux de la Croatie, tourné vers l’avenir, illuminé par une foi vive, comme la flamme d’une lampe précieuse, reçue des pères et qui demande à être gardée et alimentée au long du chemin. La prière auprès de la tombe du Bienheureux Cardinal Stepinac nous a permis de nous souvenir, d’une manière spéciale, de tous ceux qui ont souffert - et souffrent encore aujourd’hui - à cause de la foi en l’Évangile. Continuons à invoquer l’intercession de cet intrépide témoin du Seigneur ressuscité, afin que, tout sacrifice et toute épreuve, offerts à Dieu par amour pour lui et pour nos frères, puissent être comme le grain de blé qui, tombé dans la terre, meurt pour porter du fruit.

Ce fut pour moi un motif de joie de constater combien est encore vivante aujourd’hui l’antique tradition chrétienne de votre peuple. Je l’ai touchée du doigt surtout dans l’accueil chaleureux que les gens m’ont réservé, comme ils l’avaient fait lors des trois visites du Bienheureux Jean-Paul II, reconnaissant la visite du Successeur de Pierre qui vient confirmer ses frères dans la foi. Cette vitalité ecclésiale, qui est à maintenir et à renforcer, ne manquera pas de produire ses effets positifs sur la société entière, grâce à la collaboration, que je souhaite toujours sereine et fructueuse, entre l’Église et les institutions publiques. À cette époque, où semblent manquer des points de référence stables et fiables, puissent les chrétiens, unis « ensemble dans le Christ », pierre angulaire, continuer à constituer comme l’âme de la Nation, en l’aidant à se développer et à progresser.

Sur le point de repartir à Rome, je vous confie tous aux mains de Dieu. Donateur de tout bien et Providence infinie, qu’il bénisse toujours cette terre et le peuple croate et accorde paix et prospérité à chaque famille. Puisse la Vierge Marie veiller sur la marche de votre patrie dans l’histoire et sur celle de l’Europe tout entière, et que vous accompagne aussi ma Bénédiction Apostolique, que je vous accorde avec grande affection.


Traduction française distribuée par la salle de presse du Saint-Siège
Source : zenit.org


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Publié le 19 Janvier 2011

"Je préfère mourir plutôt que faire vaciller la foi du peuple"


 

Nous publions ci-dessous une lettre du cardinal Stepinac, datée de Krašić, le 26 mars 1958, et adressée à Mgr Smiljan Čekada, évêque de Skopje:

Chère Excellence,

J'ai reçu ta chère lettre. Tu t'étonnes que je n'aie pas répondu à la lettre que tu m'as envoyée avant celle-ci, lorsque tu étais ici. Mais ne t'étonne point. L'udba (ndlr: Administration de la sécurité de l'Etat) recherchait alors partout mes lettres, en tendant des pièges. Le curé d'ici et le secrétaire de l'archevêque, par exemple, ont été complètement dénudés et perquisitionnés, même leurs chaussettes et chaque billet de banque du secrétaire ont été contrôlés, pour voir s'il y avait quelque chose écrit de ma main: mais ils n'ont trouvé aucune lettre. Il n'est pas difficile de deviner quel était le but de toute cette rigueur. Je devrais penser que le monde entier m'a oublié et donc me mettre à genoux et implorer la grâce de ces maîtres cruels. Et pourtant, pendant mes cinq années de détention à Lepoglava, je n'ai écrit pas même une lettre de l'alphabet à qui que ce soit; c'est pourquoi je pourrais aussi bien rester ici jusqu'à ma mort; mais, avec l'aide de Dieu frangar, sed non flectar face aux blasphémateurs représentés par le kpj (parti communiste yougoslave).

Tu me demandes si l'épiscopat pourrait prendre des initiatives pour ma libération à l'occasion de mon soixantième anniversaire. Je te répondrai brièvement.

Selon ma modeste opinion, maintenant, il est trop tard. C'est vrai, Dieu pourrait accomplir un miracle pour ma santé; mais il n'y a pas grand chose à espérer dans ma situation actuelle. Tout d'abord, il s'agit d'une maladie grave, d'une maladie mortelle: polycythémie ou encore leucémie. Pour celle-ci, il n'existe pas de remède: le traitement grâce auquel on pense pouvoir maintenir en vie le plus longtemps possible le patient, ce sont les injections de P32. En réalité, je continue de vivre grâce aux prélèvements de sang. Jusqu'à présent, pendant soixante mois, c'est-à-dire pendant cinq ans, on m'a prélevé 30 litres de sang; donc, en faisant le compte, un demi-litre par mois. Cela ne peut pas durer longtemps. De plus, à cause d'une thrombose, le professeur Riesner a dû pratiquer une opération chirurgicale pour ligaturer la veine principale de ma jambe, ce qui fait que le sang, depuis, ne circule plus librement et pendant la journée, j'ai toujours le pied gonflé. Même si pendant la nuit, la situation se normalise, dans la pratique, je ne peux plus rester à genoux, ni marcher longtemps sans souffrir. J'ai été contraint à plusieurs reprises de rester alité sans pouvoir célébrer la messe, ce qui pour moi, est très douloureux. En effet, qu'est-ce que le prêtre sans la messe? Toutefois, le bon Dieu n'a pas permis que cela dure longtemps. Ainsi, jusqu'à présent, j'ai pu célébrer toutes les messes pro populo, bien que parfois en retard. Mais je suis à présent en proie à une autre souffrance. Depuis seize mois, j'ai une douleur à la prostrate. Les médecins ont tout fait pour m'aider; mais la douleur réapparaît à chaque instant; je me sens alors faible et je ne peux même pas célébrer la messe. Je laisse aux médecins le soin de décider s'ils doivent m'opérer.

En outre, mes bronches ne sont pas en bonne santé. Lorsque les médecins ont demandé aux autorités de l'Etat de me laisser aller à la mer, ils ont répondu qu'il fallait présenter une requête. J'ai dit: «Jamais!». Je préfère mourir ici plutôt que de donner l'impression que l'Eglise cède, et précisément en raison de la mauvaise santé d'un évêque. Et sois assuré qu'ils auraient très vite diffusé cette nouvelle pour tromper le peuple, l'induire en erreur. Ils voudraient à présent que ceux à l'égard desquels ils ont commis une grande injustice, demandent grâce. Ils pourraient dire alors que c'est eux qui avaient raison, et pas l'Eglise, lorsqu'elle élève sa voix contre leur injustice.

Je ne parlerai même pas de mes autres souffrances physiques; mais, comme je le dis, tout me fait sentir, comme le dit saint Grégoire: Dominus pulsat, cum per aegritudinis molestias mortem esse vicinam designar. Cela ne devrait pas m'arriver à moi, en ce moment, et Dieu peut tout changer; mais il me semble qu'élever la voix, à présent, serait pour moi trop tard, du moins de ce point de vue, car ma santé est complètement ruinée.

Tu te souviendras des déclarations réitérées du maréchal Tito, qui disait que tant qu'il était en vie, je ne pourrais pas rentrer à Zagreb. Monsieur le maréchal se trompe s'il pense que j'ai le désir de rentrer à Zagreb, ou d'occuper une quelconque position. Ma seule ambition dans ce monde est celle-ci: résister jusqu'à la fin et mourir dans la grâce de Dieu, comme je l'ai écrit à quelqu'un qui voulait me consacrer un livre.

As-tu véritablement la garantie d'obtenir quelque chose, si tu prenais une initiative pour ma libération, même suaviter in modo, mais fortiter in re? Nous ne demandons pas une grâce aux puissants, comme si nous étions des mendiants, mais nous voulons que soient respectés les droits les plus élémentaires de la sainte Eglise catholique, qui n'est pas et ne peut pas être ancilla, mais libre.

Telles sont les motivations pour lesquelles je considère absolument inopportun d'entreprendre à présent toute initiative concernant ma libération. Et enfin, serais-je vraiment libre dans le palais archiépiscopal? Pour moi, ce serait cent fois pire qu'ici. En effet, quelle sorte de liberté ai-je jamais connue en ce lieu, en 1945 et en 1946? La liberté dans le communisme est un mensonge, c'est de la poudre aux yeux, jetée au monde; de même que c'est un mensonge que les élections sont libres. J'ai eu l'occasion de voir de la fenêtre de ma prison ceux qui, à force de coups et de menaces, se rendaient dans les maisons pour inviter à aller voter. En fait, il est préférable de ne rien entreprendre en ce qui me concerne, après 13 ans: laissons tout entre les mains de Dieu.

Il vaudrait mieux réfléchir sur la façon d'éliminer la peste de la cmd: il s'agit de l'Eglise nationale in fieri, sinon in esse, comme en Chine. On ne demande pas, en effet, ce qu'en pense tel ou tel prêtre vendu, mais ce qu'en pense l'udba, qui a fondé et qui guide tout cela. Il n'y a pas très longtemps, des représentants de l'udba, ivres, l'ont dit clairement à un curé de campagne, lorsqu'ils sont allés le voir: in vino veritas. Tout homme sage peut comprendre cela, sans qu'il y ait besoin d'explications supplémentaires. Si le dur programme du kpj en vue de déraciner le faux mysticisme (c'est-à-dire notre foi et l'Eglise) persiste, alors, tu veux dire qu'ils n'instituent pas la cmd pour renforcer l'Eglise dans notre patrie, mais que, selon la devise divide et impera, qu'ils le font pour pouvoir parvenir plus rapidement à sa destruction.

Entre temps, chère Excellence, je te recommande vivement d'être pleinement confiant en ce qui concerne l'avenir de notre Eglise. Même si je meurs ici, j'offre volontiers ma vie pour Dieu et pour l'Eglise catholique. Chaque jour, je prie Dieu de me donner la grâce de me faire mourir cent fois, plutôt que de faire vaciller la foi du peuple à cause d'un petit signe de faiblesse de ma part. Dieu ne perd jamais la bataille: je l'ai dit à plusieurs reprises et je le répète encore. Il ne la perdra pas non plus dans la lutte contre le kpj.

Lorsque tu auras lu cette lettre, brûle-la, car ceux qui cherchent mes lettres peuvent remonter jusqu'à toi, même si je ne t'écris aucun secret et que je ne me mêle pas de politique.

Je te salue fraternellement dans le Christ

Alojzije card. Stepinac

Archevêque de Zagreb

 

Source : http://osservatoreromano.eulogos.it/2010/_ORS_FRA_2010-016/_P9.HTM

 

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Publié le 4 Juillet 2010

Monseigneur Strossmayer, Discours à la Diète croate (1861)

 

 

Croate de famille allemande slavisée et grand propriétaire terrien en Dalmatie, de vocation religieuse sincère malgré les insinuations à ce sujet de son vivant, Mgr Josip Strossmayer, évêque de Diakovo-Sirmium, fut à la fois un grand patriote, un défenseur de l'idée d'union des Slaves du sud (autrement dit "Yougo-slaves"), le porte-parole et le mécène culturel de son peuple puisqu'il fondera l'Académie d'Agram (Zagreb) en 1867. Partisan de l'union des Eglises chrétiennes, latine et grecque, Mgr Strossmayer se trouve plus d'une fois en opposition avec l'Empereur François-Joseph.

 

Céline Gervais

 

Il me semble que je vois aujourd'hui les têtes blanches de nos aïeux se dresser dans cette enceinte. Pleins d'amour et de tendresse pour nous, de sagesse et de force, pleins de sollicitude pour notre avenir, ils assistent à nos conseils et ils nous disent : la question qui fait aujourd'hui l'objet de vos délibérations, nous l'avons délibérée il y a huit siècles ; le traité que nous avons signé avec les rois de Hongrie, non pas avec le peuple hongrois, ce traité à été déchiré ; libres et indépendants de tout temps, nous avons fait jurer aux rois de Hongrie et à leurs magnats de respecter nos libertés , nous avons eu leur signature pour garantie de leur serment. Voilà l'exemple que vous devez suivre si vous voulez aujourd'hui entrer en rapport plus intime avec la Hongrie. La nation vous a envoyés ici, non pour affaiblir par un traité fraternel cette antique indépendance, mais pour la raffermir et la restaurer. Nous, vos ancêtres, nous dont vous portez le nom, nous dont vous avez hérité la gloire et la liberté, nous vous conjurons de ne pas vous jeter imprudemment dans l'étreinte des étrangers. Jadis les Hongrois devaient par leur signature garantir notre liberté et notre indépendance. Vous avez le droit et le devoir de demander d'abord que l'on vous garantisse, sans conditions et formellement, la liberté, l'autonomie, l'intégrité de votre Etat. Cela est nécessaire pour vous et pour vos voisins. Il est nécessaire que l'Europe reconnaisse qui vous êtes ; qu'elle reconnaisse que vous n'êtes pas chez elle un élément étranger. Cela est nécessaire pour vos voisins, car ceux qui respectent et reconnaissent le droit et la liberté d'autrui, ceux-là défendent le mieux leur propre liberté. Cela est nécessaire pour vous et pour les Hongrois ; car sans cela il pourrait arriver précisément le contraire de ce que vous cherchez par cet accord. Au lieu de la concorde, de la fraternité, des garanties des libertés, l'inimitié, la haine et la ruine de la liberté.

 

L'Autriche ne peut se réorganiser que sur la base d'une complète fédération qui assure à chaque peuple des droits égaux, que les peuples puissent considérer comme la garantie de leur individualité et de leur droit historique. Cette base est la seule qui réponde aux diversités nationales de l'empire, la seule capable de guérir avec le temps les plaies de l'Etat, la seule capable, j'en suis profondément convaincu, de l'arracher au péril qu'il court en ce moment. La centralisation, sous quelque forme qu'elle se déguise, ne saurait aboutir...

 

Les Hongrois sont nos alliés naturels ; nous sommes prêts à entrer en accord avec eux, mais il nous faut des garanties. Comme Slaves, nous devons avoir une politique slave, nous devons nous efforcer de faire accorder à tous les peuples de l'empire les libertés dont nous avons toujours joui. Cette politique nous impose le devoir de résister virilement à toute centralisation, qu'elle vienne des Allemands ou des Hongrois. Car la centralisation ne répond nullement aux conditions de l'Autriche ou de la Hongrie ; elle ne répond pas à l'esprit du droit, elle ne répond pas à l'esprit de l'Evangile ; ce n'est pas seulement à la vie privée, mais aussi à la vie publique que s'applique le précepte : Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas ce qu'on te fît à toi-même. La centralisation est la domination d'une nationalité sur une autre ; elle n'est donc pas la liberté mais l'oppression. Si la centralisation absolutiste impose des chaînes de fer, la centralisation constitutionnelle impose des chaînes d'or ; mais cela importe peu aux peuples. Nous, Slaves, nous devons veiller avant tout à ce que Vienne et Pesth ne fassent pas alliance contre nous, à ce que l'injustice ne s'accouple pas à l'injustice, le centralisme au centralisme, dans le but d'écraser les Slaves. Une seule centralisation produit pour nous de mauvais fruits : que sera-ce quand nous aurons à lutter contre deux ? Cela n'est que trop possible... Messieurs, le sang et la sueur de la nation sont ses plus chers intérêts, surtout quand son sang est à demi épuisé et sa sueur à demi tarie.

 

On a souvent dans cette enceinte, dit-il à la fin de son discours, parlé de la question d'Orient, question que Dieu lui-même a mise à l'ordre du jour en Europe : l'Europe en parle ; l'Autriche en parle, car cette question est liée à son existence ou à sa ruine ; nous en parlons, nous aussi, et comment n'en parlerions-nous pas quand elle nous concerne plus que personne ? Il faudrait que nos coeurs fussent de pierre pour n'être pas émus des gémissements de nos frères qui souffrent sous le joug séculaire des Osmanlis.

 

Ils sont les enfants de notre race, le sang de notre sang ; chacune de leurs blessures nous fait souffrir.

 

... Deux mots seulement sur cette question : ou la question d'Orient sera résolue dans l'intérêt de la civilisation, du christianisme et de la liberté, ou dans l'intérêt d'une puissance que je ne veux pas nommer ici : car son nom est sur les lèvres de tous. Or, la question d'Orient ne peut être résolue au profit de la civilisation, du christianisme et de la liberté que par l'intermédiaire des Slaves du Sud : les fortifier, les éclairer est, au point de vue de la question d'Orient, un intérêt européen, autrichien et hongrois. La Hongrie doit songer, avant tout, qu'elle ne peut réussir dans la question d'Orient que par l'intermédiaire d'une fédération des Slaves méridionaux ; sans leur intervention, elle est aussi peu capable de résoudre cette question qu'elle l'eût été, au début du seizième siècle, de défendre son indépendance sans le recours des guerriers croates.

 

L. Léger, "Un évêque slave", Le monde slave II, Paris, 1879, p. 122-125.

 

 

Source : persee.fr

 

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Publié le 22 Novembre 2009

Par la proclamation trilingue "Vridni Dalmatini" du 20 février 1886, le général Molitor s'était adressé à la population de Dalmatie et l'avait informée que Napoléon prenait sous son aile les vaillants, généreux et fidèles Dalmates. Napoléon avait donné l'ordre au vice roi d'Italie, tout juste installé, d'organiser au plus tôt la province dalmate en instaurant une administration moderne, l'ordre et la sécurité. A cette fin, il avait envoyé deux administrateurs très compétents, le général Auguste Marmont, auquel il avait confié le commandement militaire, et le Vénitien Vincenzo Dandolo qu'il avait placé à la tête de l'administration civile.

 

          Proclamation

 

                 Habitans

             de la Dalmatie

 

  Vos destinées sont fixées : vous êtes

réunis aux états de l'EMPEREUR DES

FRANCAIS et ROY D'Italie

 

  Le plus grand des monarques vous

adopte pour ses enfants, et Il sait qu'il

acquiert en vous des sujets vaillants, géné-

reux et fidèles

 

  Vous avez pour garant de votre bon-

heur, celui de quarante millions d'habitans

que le génie de NAPOLEON a portés

au plus haut degré de prospérité et de

gloire.

 

  Vous avez pour garant d'un gouver-

nement juste et bienfaisant, l'amour des

peuples d'Italie pour leur VICE-ROY, ce

jeune Prince dont les vertus ont devancé

l'age de la Sagesse.

 

  BRAVES DALMATES !

Chargé de faire exécuter parmi vous les

intentions généreuses de notre AUGUSTE

SOUVERAIN, tous mes moments seront

consacré[s] à cet honorable employ.

 

  La forme du gouvernement en Dal-

matie, la marche de toutes les affaires, re-

steront provisoirement les mêmes qu'aupa-

ravant.

 

  Messieurs les Employés conserveront

leur place.

 

  La justice ainsi que tous les actes des

diverses autorités se feront au nom de

L'EMPEREUR DES FRANCAIS ET

ROY D'Italie.

 

Zara le 20 février 18

 

            MOLITOR

 

                       GENERAL DE DIVISION

                       COMMANDANT GENERAL

                        DES PROVINCES DE DALMATIE

                        ET ALBANIE

 

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Publié le 22 Novembre 2009

Un système autoritaire 


 

Dans une note confidentielle rédigée par ses soins et datant de septembre 1934, Robert Schuman, le futur promoteur de la constitution européenne, a décrit la situation qui prévalait alors en Yougoslavie, c'est à dire à la veille de l'assassinat d'Alexandre.

 

"Les renseignements qui vont suivre ont été recueillis au cours d'un récent voyage en Slovénie et Croatie, auprès d'une trentaine de personnes appartenant aux professions les plus diverses et qui ont occupé ou occupent des situtations politiques, administratives, ecclésiastiques de tout premier plan. Le régime policier qui terrorise la population de cette région m'empêche de fournir plus de précisions au sujet de mes informateurs ; ils ne manqueraient pas de subir les mêmes représailles que celles exercées ces dernières années à l'égard de ceux qui avaient osé entrer en contact avec des parlementaires et journalistes anglais (internement, amendes et prison, voire même assassinat). [...] Sans être officiellement avouée, la censure des lettres et de la presse fonctionne avec une rigueur extrême. L'usage des mots "slovène" et "croate" est, d'une façon générale, interdit ; il faut dire "yougoslave". Les circonscriptions administratives ont été complètement bouleversées, afin d'effacer le souvenir des frontières historiques et ethniques. Toutes les fonctions quelque peu importantes sont réservées aux Serbes. Sur 200 généraux, il y a 2 Croates, dont un est en mission en Albanie. Un seul diplomate en vue est croate. En Bosnie, ont été mis d'office à la retraite, sous prétexte d'économies, 30 magistrats, dont 29 Croates. Parmi les jeunes candidats, la préférence est toujours donnée aux Serbes. Les instituteurs et institutrices croates sont en grand nombre envoyés en vieille Serbie et en Macédoine, dans une région de religion et de culture absolument différentes. [...] La police est entièrement serbe ; copiée sur la police tsariste, elle est redoutable par l'organisation de la délation [...], par les tortures infligées aux prisonniers qui refusent de dénoncer leurs amis, par l'arbitraire et la sévérité des sanctions administratives que la police peut édicter, sans recours possible devant les tribunaux judiciaires. [...] La loi électorale et la terreur exercée par la police rendent impossible toute représentation de l'opposition au sein du pseudo-Parlement. Cette opposition se compose des Croates (4 millions), des Slovènes (1 million), des musulmans de Bosnie (3/4 de million) et des Serbes hors de Serbie, c'est à dire en Bosnie, au Banat, etc. (2 à 3 millions sur un total de 6 millions de Serbes). L'opposition contre le régime s'accentue en Serbie également. L'opposition vise de plus en plus la personne du Roi, qui est rendu responsable de l'installation, du maintien et du renforcement de la dictature. Les attentats se multiplient. En août, le Roi n'a pas osé assister à la manifestation des Sokols à Zagreb, malgré toutes les précautions prises par la police. Et cela, bien que les Croates n'aient nullement le tempérament révolutionnaire. [...] Inutile d'insister sur les événements récents qui dénotent un rapprochement du gouvernement de Belgrade avec l'Allemagne. Je retiens le fait que, lors du putsch du 25 juillet à Vienne, des centaines d'hitlériens armés sont venus de Yougoslavie envahir la Carinthie ; il est exclu que la police serbe n'ait pas été au courant. Le ton de toute la presse yougoslave était, sous prétexte d'hostilité à l'égard de la politique italienne, franchement favorable aux putchistes. Les Croates, par contre, sont hostiles à l'Anschluss comme, d'ailleurs, à toute expansion italienne, qui se ferait nécessairement à leurs dépens. Ils reprochent à la France de soutenir une dictature qui ne lui donne aucune garantie de stabilité et de fidélité ; qui, étant d'inspiration orientale, opprime des nations de culture occidentale."

 

Documents diplomatiques français 1932-1939, t. 7, Paris, ministère des Affaires étrangères, 1979, p. 650-651. Cf. Grmek, Gjidara et Simac, 1993, p. 146-149.

 

Source : Mirko D. Grmek - Louise L. Lambrichs - Les révoltés de Villefranche (Mutinerie d'un bataillon de Waffen-SS, septembre 1943), Seuil, 1998, p. 139-140.

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Publié le 17 Novembre 2009

Correspondance militaire de Napoléon Ier


 

I. Considérations sur l'utilité des places fortes - Choix de Zara comme grande place en Dalmatie.


Au général Dejean.


Saint-Cloud, 3 septembre 1806.


Monsieur Dejean, vous trouverez ci-joint le rapport du directeur du génie en Dalmatie. Je lui ai fait demander comment l'Autriche pourrait attaquer la Dalmatie : il n'a point compris cette question. J'entends que, pour y répondre, il me fasse lever la frontière de la Dalmatie et de l'Autriche ; qu'il indique les points où l'armée autrichienne pourrait réunir ses magasins en Croatie, la direction qu'elle donnerait à ses colonnes pour pénétrer en Dalmatie, enfin les positions défensives de la Dalmatie du côté de l'Autriche.

 

Je lui avais fait connaître que mon intention était que Zara fût considérée comme le centre de la défensive de toute la Dalmatie : il n'a pas compris davantage ce que j'entendais par cette expression. Il a cru que je voulais que toutes les troupes fussent réunies à Zara, et que je pensais que le point de défense devait partir de cette place, soit que la Dalmatie fût attaquée par l'Autriche, soit qu'elle le fût par la frontière de Turquie, ou par un débarquement.

 

Le directeur du génie, au lieu de tâcher de répondre aux questions qu'on lui posait, s'est jeté dans des plans de campagne évidemment ridicules, puisqu'ils dépendent de la force et de la constitution de l'armée ennemie, et de la force et de la constitution de l'armée française.

 

On a demandé dans le siècle dernier si les fortifications étaient de quelque utilité. Il est des souverains qui les ont jugées inutiles et qui en conséquence ont démantelé leurs places. Quant à moi, je renverserais la question et je demanderais s'il est possible de combiner la guerre sans les places fortes, et je déclare que non. Sans des places de dépôt on ne peut pas établir de bons plans de campagne, et sans des places que j'appelle de campagne, c'est à dire à l'abri des hussards et des partis, on ne peut pas faire la guerre offensive. Aussi plusieurs généraux qui, dans leur sagesse, ne voulaient pas de places fortes, finissaient-ils par conclure qu'on ne peut pas faire de guerre d'invasion. Mais combien faut-il de places fortes ? C'est ici qu'on se convaincra qu'il en est des places fortes comme du placement des troupes.

 

Prétendez-vous défendre toute une frontière par un cordon ? Vous êtes faible partout, car enfin tout ce qui est humain est limité : artillerie, argent, bons officiers, bons généraux, tout cela n'est pas infini, et, si vous êtes obligé de vous disséminer partout, vous n'êtes fort nulle part. Mais renfermons-nous dans la question.

 

La Dalmatie peut-être attaquée par mer, et ses ports et havres ont besoin de batteries qui les défendent. Il est plusieurs îles qui sont importantes. Il existe plusieurs forts auprès des grandes villes et des principaux ports qui peuvent aussi avoir de l'importance ; mais cette importance est secondaire. La Dalmatie du côté de terre, a une frontière étendue avec l'Autriche et la Turquie. Il existe plusieurs forts qui défendent les défilés ou passages des montagnes. Ces forts peuvent être utiles ; mais leur utilité est secondaire.

 

Les uns et les autres sont des forts de campagne, quoique de fortification permanente, et je les appelle ainsi, parce qu'ils peuvent servir pour mettre à l'abri un détachement, un bataillon, soit contre un débarquement, soit contre une invasion, pendant que l'armée française serait supérieure en Dalmatie, quoique cependant elle se trouvât momentanément inférieure au point du débarquement ou de l'invasion. Avant que la grande supériorité de l'ennemi soit bien constatée, ces forts, soit du côté de mer, soit du côté de terre, si l'on attaque la Dalmatie par mer ou par terre, ces forts, dis-je, peuvent servir et aider aux mouvements et aux manoeuvres défensives de l'armée française ; mais ils tombent du moment que la supériorité de l'ennemi sur l'armée française est bien constatée.

 

Il n'est aucun moyen d'empêcher une armée double ou triple en forces de l'armée que j'aurais en Dalmatie d'opérer son débarquement sur un point quelconque de quatre-vingts lieues de côtes, et d'obtenir bientôt un avantage décidé sur mon armée, si sa constitution est proportionnée à son nombre.

 

Il m'est également impossible d'empêcher une armée plus forte, qui déboucherait par la frontière d'Autriche ou de Turquie, d'obtenir des avantages sur mon armée en Dalmatie.

 

Mais faut-il que 6, 8 ou 12,000 hommes, que les événements de la politique générale peuvent me porter en Dalmatie, soient détruits et sans ressources après quelques combats ? Faut-il que mes munitions, mes hôpitaux et mes magasins disséminés à l'aventure, tombent et deviennent la proie de l'ennemi, du moment qu'il aurait acquis la supériorité en campagne sur mon armée de Dalmatie ? Non ; c'est ce qu'il m'importe de prévoir et d'éviter. Je ne puis le faire que par l'établissement d'une grande place, d'une place de dépôt qui soit comme le réduit de toute la défense de Dalmatie, qui contienne tous mes hôpitaux, mes magasins, mes établissements, où toutes mes troupes de Dalmatie viennent se reformer, se rallier, soit pour s'y renfermer, soit pour reprendre la campagnes, si telles sont la nature des événements et la force de l'armée ennemie. Cette place, je l'appelle place centrale. Tant qu'elle existe, mes troupes peuvent avoir perdu des combats, mais n'ont essuyé que les pertes ordinaires de la guerre ; tant qu'elle existe, elles peuvent elles-mêmes, après avoir pris haleine et du repos, ressaisir la victoire, ou du moins m'offrir ces deux avantages, d'occuper un nombre triple d'elles au siège de cette place, et de me donner trois ou quatre mois de temps pour arriver à leur secours ; car, tant que la place n'est pas prise, le sort de la province n'est pas décidé, et l'immense matériel attaché à la défense d'une aussi grande province n'est pas perdu.

 

Ainsi, tous les forts situés aux débouchés des montagnes sont destinés à la protection des différentes îles et ports ne sont que d'une utilité secondaire. Mon intention est qu'on ne travaille, pour améliorer ou augmenter leurs fortifications, que lorsque je connaîtrai les détails de chacun d'eux, et que lorsque les travaux de la place principale seront arrivés à un degré suffisant de force, et que mes munitions de guerre, mes hôpitaux, mes magasins d'habillement et de bouche seront centralisés dans ma place de dépôt, qui doit fournir ce qui est nécessaire à la défense des localités, mais de manière qu'en peu de temps tout puisse se reployer sur cette place, afin d'éprouver, en cas d'invasion de la part de l'ennemi, la moindre perte possible.

 

Une place centrale une fois existante, tous les plans de campagne de mes généraux doivent y être relatifs. Une armée supérieure a-t-elle débarqué dans un point quelconque, le soin des généraux doit être de diriger toutes les opérations de manière que leur retraite sur la place centrale soit toujours assurée.

 

Une armée attaque-t-elle la frontière turque ou autrichienne, le même soin doit diriger toutes les opérations des généraux français. Ne pouvant défendre la province toute entière, ils doivent voir la province dans la place centrale.

 

Tous les magasins de l'armée y seront concentrés, tous les moyens de défense s'y trouveront prodigués, et un but constant se trouvera donné aux opérations des généraux. Tout devient simple, facile, déterminé, rien n'est vague quand on établit de longue main et par autorité supérieure le point central d'un pays. On sent combien de sécurité et de simplicité donne l'existence de ce point central et combien de contentement elle met dans l'esprit des individus qui composent l'armée. L'intérêt de sa conservation agit assez sur chacun pour que l'on sente que l'on est là en l'air : d'un côté, la mer couverte de vaisseaux ennemis ; de l'autre les montagnes de la Bosnie peuplée de barbares ; d'un troisième côté, les montagnes âpres de la Croatie, presque impraticables dans une retraite, lorsque surtout il faut considérer ce pays comme pays ennemi. Trop d'inquiétude anime l'armée si, dans cette position, elle n'a pas pour tous les événements un plan simple et tracé ; ce plan simple et tracé, ce sont les remparts de Zara. Quand, après plusieurs mois de campagne, on a toujours pour pis aller de s'enfermer dans une ville forte et abondamment approvisionnée, on a plus que la sûreté, la sûreté de l'honneur.

 

Il est facile pour peu que l'on médite sur ce qui vient d'être dit et que l'on jette un coup d'oeil sur la Dalmatie de voir que Zara doit être la place centrale ou de dépôt. Elle doit l'être, car, lorsque mes ennemis m'attaqueront en Dalmatie, je serai ami ou ennemi de l'Autriche. Si je suis ami de l'Autriche, la supériorité des ennemis ne sera que de bien courte durée ; j'ai trop de moyens d'y faire passer des secours. Cette hypothèse est trop favorable, et, dans ce cas, il convient que la place de dépôt soit le plus près possible de l'Isonzo, par où je puis faire passer mes secours : or la place de la Dalmatie la plus proche de l'Isonzo est Zara.

 

Si au contraire, je suis en guerre avec l'Autriche, ce qui est l'hypothèse la plus probable, la place de Zara m'offre beaucoup d'avantages. Les 10 ou 12,000 hommes que j'ai en Dalmatie, se réunissent à Zara et peuvent se combiner avec mon armée de l'Isonzo, et par là entrent dans le système de la guerre ; les Autrichiens ne peuvent pas les négliger ; ils seront donc obligés de placer un même nombre d'hommes pour les tenir en échec, et par ce moyen la Dalmatie ne m'affaiblit pas. En occupant par mes armées beaucoup de terrain, je ne dois point perdre de vue de les faire concourir toutes à un plan de campagne général, de n'éprouver aucun affaiblissement, ou que le moindre possible, de cette grande extension que les intérêts du commerce et de la politique générale exigent sous d'autres points de vue.

Si les Autrichiens croient utile d'attaquer la Dalmatie, et l'attaquent en effet avec des forces très-supérieures, mon armée assiégée dans Zara est plus près d'être secourue par mon armée d'Italie.

 

Enfin Zara doit être la place de dépôt, parce qu'elle l'est ; que c'est le seul point de Dalmatie qui soit régulièrement et fortement fortifié, ou du moins telle est l'idée que j'en ai prise d'après les renseignements et les plans que m'a envoyés le génie ; que je ne ferais point en six ans, et avec bien des millions, ce qui déjà existe à Zara ; que la province est accoutumée à y voir sa capitale, et qu'il me faudrait de véritables raisons pour y forcer les habitudes.

 

Mais s'ensuit-il dont que toutes mes troupes doivent être réunies autour de Zara ? Certainement non. Mes troupes doivent occuper les positions que mes généraux jugeront les plus convenables pour un camp destiné à se porter sur tous les points de la frontière. Mais l'emplacement que doivent occuper ces troupes dépend de leur nombre, des circonstances, qui changent tous les mois. On ne peut attacher aucune importance à prévoir ce qu'il convient de faire là-dessus.

 

Conclusion. - Le quartier général permanent sera à Zara. Tous les magasins d'artillerie, du génie, de l'habillement, des vivres, des hôpitaux, seront à Zara ; on garnira tous les autres points autant qu'il le faudra pour la défense journalière, mais Zara sera le centre de la défense de la Dalmatie. C'est donc actuellement au génie à me présenter des projets pour rendre Zara digne du rôle qu'elle est appelée à jouer un jour.

 

On m'a envoyé des plans, mais aucune description du local environnant, et tant que le génie ne donnera pas la description exacte à 1,200 toises autour de la place, je ne comprendrai rien et ne pourrai pas avoir d'idées nettes.

 

Zara, étant destinée à réunir tout le matériel et le personnel de la division française en Dalmatie, n'aura jamais moins de 3,000 hommes et peut-être jusqu'à 8,000 hommes de garnison.

 

On peut prendre beaucoup de maisons nationales puisqu'il y a beaucoup de couvents ; et d'ailleurs, quand la garnison est plus forte qu'elle ne devrait être, des baraques et des blindages logent les troupes.

 

Il parait que Zara a 600 toises depuis l'ouvrage à corne jusqu'à la mer, et seulement 200 toises de largeur. Une garnison ainsi renfermée ferait une triste défense ; elle n'aurait point de sortie, et, après que l'ennemi aurait construit quelques redoutes, elle se trouverait bloquée par des forces très inférieures. Ce n'est point s'étendre trop que de donner 5 à 600 toises de largeur à la place de Zara ; l'ennemi se trouverait alors éloigné de la ville et du port, serait obligé de donner à sa ligne de circonvallation près de 3,000 toises, et serait, sur chacun de ces points, attaquable par la garnison tout entière.

 

La fortification actuelle de Zara doit être considérée comme la forteresse ; 1,500 hommes seraient aujourd'hui plus que suffisants pour la défendre pendant bien du temps. Il faut établir des fortifications pour une garnison de 4, 5, 6 et 8,000 hommes, qui puisse avoir tous les avantages, harceler l'ennemi et l'obliger à venir l'assiéger avec des forces doubles.

 

La manière d'exécuter les nouveaux ouvrages est d'une importance majeure ; les sommes qu'on peut avoir à y dépenser sont limitées, ainsi que le temps nécessaire pour les achever. Ces ouvrages doivent être conduits de manière qu'à la fin de chaque année ils obtiennent tous un nouveau dégré de force. La Dalmatie n'est, après tout, qu'un avant-poste. Quelque importance qu'elle ait, de sa conservation ne dépend point la sûreté de l'Empire. On ne peut donc y dépenser que des sommes très-bornées, lorsque l'on voit surtout que sur nos côtes nos établisssements maritimes ne sont pas suffisamment garantis, et que sur une partie de nos frontières notre système de fortification est à créer ; 3 ou 4,000 francs paraissent donc être le maximum de ce que l'on peut, chaque année, dépenser à Zara. Il faut donc que tous les ouvrages qu'on établira remplissent deux conditions :

 

1re condition : - Eloigner l'ennemi du corps de place et lui donner des sorties de tous côtés, de manière que l'ennemi ne puisse pas bloquer aisément la place ;

 

2ème condition : Que l'ennemi soit obligé de prendre les nouveaux ouvrages avant d'entrer dans la place : or il ne peut y entrer que par l'ouvrage à corne ; donc il faut que ces ouvrages contribuent à la défense de l'ouvrage à corne.

 

C'est donc de ce côté qu'il faut porter tous les ouvrages d'une fortification permanente qui ajouteront à la défense réelle. Des camps retranchés, des ouvrages de campagne qu'on peut tracer et préparer, étendront la défense de Zara bien au-delà du port, toutes les fois que la garnison sera nombreuse et composée de la réunion de toute l'armée. Mais comme l'argent et tous les moyens destinés à la fortification de Zara sont bornés, il est convenable que tous les ouvrages de fortification permanente soient employés à augmenter la résistance du seul côté par lequel on peut entrer dans la place. Alors de nouveaux ouvrages d'une bonne fortification, placés de manière à flanquer et protéger le côté de l'ouvrage à corne, exigeront autant de sièges différents. L'ennemi sera obligé de les prendre les uns après les autres. Ainsi se succéderont les mois qui donneront aux secours le temps d'arriver.

 

Je n'approuve donc point le projet de fortification qu'a tracé le directeur du génie, en qui je reconnais d'ailleurs de l'habileté et la connaissance de son métier. Je n'adopte point ls projets proposés, par la seule raison que l'ennemi peut les négliger et s'emparer de la place sans les attaquer. Dès lors ils ne constituent pas la défense directe ; ils peuvent exiger une armée assiégeante plus forte et rendre la défense plus meurtrière et plus brillante, mais ils ne retarderont pas réellement la reddition de la place.

 

L'ouvrage qu'on propose de construire au lazaret a l'avantage de défendre l'ouvrage à corne. Mais ce fort est bien faible ; situé à 400 toises de la place ; il n'en reçoit aucun secours ; il n'est donc pas d'un bon système de mettre ainsi un ouvrage en l'air; à une aussi grande distance des points de protection ; il est donc évident qu'il faut le soutenir avec un autre ouvrage placé à la tête de la vallée Vicinoni.

 

L'ouvrage à corne du projet est l'ouvrage le plus considérable que le directeur propose ; il donne des sorties, mais ne contribue en rien à la défense de l'ouvrage à corne de la place. Ne serait-il pas préférable de placer ce nouvel ouvrage à corne de manière qu'il eût des flancs sur celui de la place, et que l'ennemi fût obligé de s'emparer du nouvel ouvrage avant de cheminer sur la place ?

 

S'il n'y avait point de raison de porter sa défense jusqu'au lazaret, le nouvel ouvrage qu'on aurait construit à la tête de Valle Vicinoni pourrait remplir tous les buts et ne faire cependant qu'un seul fort. On appuierait sa droite par un ouvrage à 200 toises de la place, afin que cet ouvrage tirât des feux plus immédiats du fort à la tête des valli et de l'enceinte de la place.

 

Il aurait encore l'avantage d'appuyer la droite d'un camp retranché qui aurait sa gauche à Valle di Conte. Si la garnison était de plus de 3 ou 4,000 hommes, on pourrait en peu de jours faire des lignes qui deviendraient bientôt assez respectables pour que l'ennemi ne s'amusât point à les attaquer, et fît un meilleur emploi de ses munitions en marchand droit sur la porte qui doit le faire entrer dans la place. Tout ce qu'on pourrait désirer, c'est que ce camp retranché eût un réduit en fortification permanente, tant pour ne pas risquer de perdre son monde si jamais le camp était forcé, que pour avoir des sorties directement sur la rive droite du port. Ces réduits sont très-faciles à faire, puisque la rive droite n'est qu'à cent toises de l'enceinte. Mais l'intérêt de ces ouvrages est secondaire. Ils ne peuvent être faits que lorsque les autres ouvrages qui remplissent la seconde condition, d'obliger l'ennemi à les attaquer avant de prendre la place, auront déjà un degré de force convenable ; or on sait qu'avec 300,000 francs par an on ne pourra atteindre ce but qu'après quelques années.

 

Ainsi donc il faut : 1° un projet de fortification permanente pour la tête de Valle Vicinoni, qui flanque l'ouvrage à corne et appuie la droite du camp retranché et puisse donner refuge à une portion de troupes si jamais ce camp était forcé ; 2° un tracé de camp retranché ; 3° deux ou trois petites lunettes de fortification permanente sur la rive droite du port, qui servent de réduit au camp retranché.

 

Je désire que le premier inspecteur me fasse un tracé, sur le plan, qui réalise ces idées, indépendamment des détails de localités qui me sont inconnus, l'explique à un officier du génie intelligent qui se rende sur les lieux et fasse, avec le directeur, le véritable tracé. Cet officier restera quinze à vingt jours à Zara, de manière à voir tout par lui-même à une lieue de distance et dans tous les sens, et à pouvoir répondre à toutes les demandes qu'on lui fera. Il rapportera avant la fin d'octobre un plan de la place, des profils et des sondes tout autour et dans le port, le nivellement du terrain à 1,200 toises, du moins pour les points où cela peut être nécessaire, une description du local qui fasse connaître le terrain.

 

Le nouveau tracé me sera soumis pour qu'on puisse y travailler sur-le-champ. Comme les fonds sont déjà faits, le directeur peut dès à présent commencer les approvisionnements. Mais il ne fera travailler qu'après avoir reçu les instructions définitives du premier inspecteur. Je présume que l'hiver n'empêchera pas de travailler, et que l'on pourra commencer dès le mois de novembre.

 

Je désire que vous donniez des instructions conformes à cette dépèche au général Marmont, commandant mon armée en Dalmatie, que vous en donniez également au génie et à l'artillerie et aux vivres, pour que les idées soient fixes et convenues. Quelque chose qui arrive, le général français en Dalmatie a bien manoeuvré, lorsque, attaqué par des forces supérieures, il est parvenu à réunir tous son personnel et son matériel à Zara, et qu'il a trouvé des munitions de guerre et de bouche pour y rester un an ; car 6 ou 8,000 hommes de garnison doivent, contre 12 ou 18,000 hommes, dans une si bonne position et avec les fortifications déjà existantes, faire une longue et vigoureuse défense.

 

 

 

II. Instructions pour le général Marmont commandant en Dalmatie.


Au Prince Eugène.


Saint-Cloud, 28 juillet 1806.


Mon Fils, j'ai reçu votre dépêche de Venise, en date du 21. Le commandant de la marine a montré en général peu d'activité. Il n'avait pas besoin de grand ordre pour expédier à Raguse quelques chaloupes avec des munitions, du moment qu'on a su que cette place était bloquée. Je vous écrit, par ma dernière lettre, que mon intention n'était pas qu'on évacuât Raguse. Ecrivez au général Marmont qu'il en fasse fortifier les hauteurs. Qu'il organise son gouvernement et laisse son commerce libre ; c'est dans ce sens que j'entends reconnaître son indépendance. Qu'il fasse arborer à Stagno mes drapeaux italiens ; c'est un point qui dépend aujourd'hui de la Dalmatie. Donnez-lui ordre de faire construire sur les tours de Raguse les batteries nécessaires, et de faire construire au port de Santa-Croce une redoute formée en maçonnerie. Il faut également construire dans l'île de Lacroma un fort ou redoute ; les Anglais peuvent s'y présenter, il faut être dans le cas de les y recevoir.

 

Le général Marmont fera les dispositions qu'il jugera nécessaires ; mais recommandez-lui bien de laisser les 3es et 4es bataillons des 5è et 23è à Raguse, car il est inutile de traîner loin de la France des corps sans soldats. Aussitôt qu'il pourra, il renverra en Italie les cadres des 3es et 4es bataillons. Si cela pouvait se faire avant l'arrivée des Anglais, ce serait un grand bien. Ecrivez au général Marmont qu'il doit faire occuper les bouches de Cattaro par le général Lauriston, le général Delzons et deux autres généraux de brigade, par les troupes italiennes que j'ai envoyées et par les troupes françaises, de manière qu'il y ait aux bouches de Cattaro 6 ou 7,000 hommes sous les armes. Ne réunissez à Cattaro que le moins possible des 5è et 23è ; mais placez-y les 8è et 18è d'infanterie légère et le 11è de ligne, ce qui formera 6 bataillons qui doivent faire 5,000 hommes ; et, pour compléter 6,000 hommes, ajoutez-y le 60è.

Laissez les bataillons des 5è et 23è à Stagno et à Raguse, d'où ils pourront se porter sur Cattaro au premier événement.

 

Après que les grandes chaleurs seront passées et que le général Marmont aura rassemblé tous ses moyens et organisé ses forces, avec 12,000 hommes il tombera sur les Monténégrins pour leur rendre les barbaries qu'ils ont faites ; il tâchera de prendre l'évêque, et, en attendant, il dissimulera autant qu'il pourra. Tant que ces brigands n'auront pas reçu une bonne leçon, ils seront toujours prêts à se déclarer contre nous. Le général Marmont peut employer le général Molitor, le général Guillet et les autres généraux à ces opérations. Il peut laisser pour la garde de la Dalmatie le 81è.

 

Ainsi le général Marmont a sous ses ordres, en troupes italiennes, un bataillon de la Garde, un bataillon brescian et un autre bataillon ; ce qui, avec les cannoniers italiens, ne fait pas loin de 2,400 hommes. Il a, en troupes françaises les 5è, 23è et 79è, qui sont à Raguse et qui forment, à ce qu'il paraît, 4,500 hommes, le 81è, et les hôpitaux et détachements de ces régiments, qui doivent former un bon nombre de troupes. Il a enfin les 8è et 18è d'infanterie légère et le 11è et 60è de ligne.

 

Je pense que le général Marmont, après avoir bien vu Zara, doit établir son quartier général à Spalatro, faire occuper la presqu'île de Sabioncello, et se mettre en possession de tous les forts des bouches de Cattaro. Il doit dissimuler avec l'évêque de Monténégro, et, vers le 19 ou le 20 septembre, lorsque la saison aura fraîchi, qu'il aura bien pris ses précautions et endormi ses ennemis, il réunira 12 ou 15,000 hommes propres à la guerre des montagnes, avec quelques pièces sur affûts de traîneaux, et écrasera les Monténégrins. L'article du traité relatif à Raguse dit que j'en reconnais l'indépendance, mais non que je dois l'évacuer.

 

Des quatre généraux de division qu'a le général Marmont, il placera Lauriston à Cattaro et Molitor à Raguse, et leur formera à chacun une belle division. Il tiendra une réserve à Stagno, fera travailler aux retranchements de la presqu'île et au fort qui doit défendre Santa-Croce, ainsi qu'à la fortification du vieux Raguse et aux redoutes sur les hauteurs de Raguse. Il est fâcheux que le général Molitor ait emmené des troupes ; il aurait mieux fait de laisser tous ses efforts à Lauriston.

 

Faites-moi connaître où se trouvent les 3es bataillons du 11è et du 60è, les 3es bataillons du 8è et 18è légers, et si les ordres que j'ai donnés pour la formation des réserves en Dalmatie sont déjà exécutés.

Vous ne m'avez pas envoyé l'état de situation depuis le 1er juillet. Demandez au général Lauriston des plans des ports et du pays de Raguse. J'ai accordé 400,000 francs pour l'approvisionnement de cette place. Faites-y passer tout cela en munitions de bouche.

 

Ecrivez au sénat de Raguse qu'il fasse faire l'évaluation des pertes de la ville, mon intention étant de lui accorder un secours.

 

                                                                                                                                                                      Napoléon

 

Comm. par S.A.I. Mme la duchesse de Leuchtenberg.

 

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Publié le 11 Novembre 2009

Une relation privilégiée


 

Un document important nous révèle, en même temps que le caractère du pouvoir royal, l'esprit des relations qui s'étaient instaurées très tôt entre le Saint-Siège et la Croatie. En effet, le 9 octobre 1076, le roi Zvonimir avait prêté serment dans l'église Saint-Pierre à Solin. Voici le texte de ce serment :


Moi, Dimitrie, de mon nom royal Zvonimir, prince de la Croatie avec la grâce de Dieu, ayant été élu roi selon la loi, c'est à dire par le clergé et par le peuple, dans la basilique de Saint-Pierre à Solin et ayant reçu le sabre, le sceptre et la couronne, je te promets d'exécuter les consignes de ta Sainteté et de rester fidèle au Siège apostolique, de respecter en conséquence les ordres des légats du Saint-Siège dans ce Royaume, d'observer les lois de la justice, de défendre l'Eglise, de respecter ses propriétés, de veiller au paiement de la dîme, à la dignité de vie des évêques, des prêtres, des diacres et des sous-diacres ; de protéger les opprimés, les veuves et les orphelins, de faire respecter le caractère religieux du mariage et de m'opposer à la rupture des liens matrimoniaux, et de combattre l'esclavage. Je m'efforcerai, avec l'aide de Dieu, de ne rien accomplir que de juste. [1]


[1] Dabinović, L'Histoire juridique de la Croatie, Zagreb, 1939, p. 85.

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Publié le 8 Novembre 2009

Un régime incapable


 

Une mise en garde allemande contre les agissements de l'Etat oustachi [1]

 

Ce rapport d'un officier subalterne au commandant de la Wehrmacht en Croatie montre que, malgré leur alliance plus étroite avec le régime oustachi, les Allemands éprouvaient parfois la même répugnance que les Italiens à l'égard des méfaits de ce dernier.


Arthur Haeffner

capitaine a.D.

Svačićev Trg 3

Zagreb


Rapport


à l'attention de M. le Général Dr h.c. Glaise v. Horstenau


1. Massacre de Serbes aux alentours de Banja Luka :


Il y a environ 8 jours, dans les villages de Drakulić et de Šargovac, aux environs de Banja Luka, quelque 2300 personnes, dont beaucoup de femmes et d'enfants, appartenant à la population orthodoxe restée sur place, ont été exterminées. Pour motiver cette action, les oustachis ont invoqué le fait qu'un acte de sabotage dirigé contre la mine de charbon "Lauš" avait été projeté par la population de ces villages. En réalité, ce sont les moines d'un couvent franciscain voisin qui seraient à l'origine de ce nouveau massacre de masse.

 

Comme cet événement s'est produit non loin de la ville natale du ministre ing. Bešlagić, ce dernier doit avoir exigé du gouvernement la mise en route d'une enquête sévère à propos de ce crime. Même dans l'entourage des députés du Sabor, cette nouvelle action ignominieuse des oustachis doit avoir soulevé une forte émotion.

 

2. Tête de tchetnik sur la place principale de Brčko.


Voici deux semaines environ, la tête d'un insurgé a été exhibée au bout d'une pique sur la place principale de Brčko, ainsi que cela était d'usage au temps des Turcs.

Lorsque le chef de district fut requis de s'exprimer, sur l'initiative des Croates, à propos de cet acte barbare, il régla la question de curieuse manière en expliquant que cette tête décollée de tchetnik n'avait été exhibée sur le piquet qu'à des fins d'identification, car il avait entendu dire qu'il pouvait s'agir de celle du chef de l'insurrection en Serbie, le général Draža Mihailović. Qu'il ne s'agit là que d'un prétexte fallacieux, nul ne saurait sérieusement en douter.

 

3. Pillage de commerces à Brčko :


Des oustachis étrangers aux lieux sont récemment apparus à Brčko, où ils ont chargé tout l'inventaire de trois grandes quincailleries sur des camions et ont disparu avec le tout, sans laisser aux propriétaires de ces commerces, qui sont des Orthodoxes, le moindre reçu. Les oustachis ont refusé de donner toute indication sur leurs commanditaire et la destination de la marchandise, dont la saisie aurait également soulevé les protestations de la population croate et musulmane.

 

Ainsi qu'on peut le voir par les exemples mentionnés ci-dessus, la période d'"action révolutionnaire" des oustachis, que le Poglavnik avait pourtant déclarée close dans son discours du 30 juin 1941, n'est dans les faits toujours pas achevée. Après toutes les expériences que l'on a eues avec le régime oustachi, cela n'étonne plus personne ici, et il règne parmi les plus larges couches de la population croate la ferme conviction qu'on ne saurait espérer de changement aussi longtemps qu'à Berlin on ne se rendra pas compte que tous les espoirs investis dans le régime oustachi reposent sur une méconnaissance totale de la réalité des faits, concernant aussi bien la politique que la vision du monde.

 

Il serait indubitablement préjudiciable pour l'intérêt du Reich, dont la puissance est à l'heure actuelle l'ultime protection de ce régime, si, dans les centres de décision allemands, l'on ne reconnaissait l'incapacité d'ensemble du régime oustachi qu'à partir de faits constructifs, en attendant que celle-ci se manifeste également par la complète banqueroute de l'administration et de l'économie de ce pays.

 

Le fait que ce régime, vu son fiasco de politique intérieure qui s'aggrave de jour en jour par manque d'autorité et de capacité d'organisation, se dirige immanquablement, à pas de géant, vers une catastrophe économique aux dimensions imprévisibles, ce fait ne peut échapper qu'à ceux d'entre les Allemands dont les liens, embrumés par l'afféterie pseudo-national-socialiste des oustachis, sont incapables de jugement clair et objectif.

 

                                                                  (Signature)

 

Zagreb, le 1er mars 1942.

 

[1] Wehrmachtbefehlhaber Südost. Akte Gen. Glaise von Horstenau, n°85446. Bundesarchiv-Militärarchiv, Freiburg in Breisgau.

***

Source : Marco Aurelio Rivelli, Gaby Rousseau, Le génocide occulté : état indépendant de Croatie, 1941-1945, L'AGE D'HOMME, 1998, pp 60-61. 

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Rédigé par brunorosar

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