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Publié le 1 Octobre 2013

L'Art radionica lazareti

Les projets de Art Radionica Lazareti (page Facebook), un centre pluridisciplinaire d’art contemporain situé à Dubrovnik, sont également tournés vers l’international depuis sa création en 1980. Très actifs dans les réseaux nationaux, leur action est réellement militante et basée sur la collaboration. S’ils ont de nombreux contacts avec des réseaux européens, comme Trans Europe Halles par exemple, ils ne sont membre d’aucun d’entre eux et cette démarche informelle leur convient bien, comme nous l’explique, Slaven Tolj, artiste et fondateur de l’association : « Nous ne sommes pas encore dans les réseaux. On commence à s’organiser, on voulait se mettre dans Trans Europe Halles mais finalement on n’y est pas entrés, même si on participe à des actions avec eux. Le problème est que nous sommes toujours dans la reconstruction et puis j’aime bien les partenariats informels. Lorsque l’on est dans une association, au bout de quelques années, les choses changent, tout devient plus formel, ils changent leur stratégie... Nous travaillons plus par contacts personnels et maintenant, beaucoup d’artistes nous connaissent et entrent en contact avec nous pour nous proposer des festivals, des projets ». La question de la rigidité chronique des réseaux que soulève Slaven Tolj est intéressante, car des structures comme le Art Radionica Lazareti sont en perpétuelle évolution et leur réorganisation constante ne peut pas correspondre à des réseaux dont la bureaucratie et l’organisation complexe ralentissent la flexibilité. Les réseaux et les rencontres qu’ils organisent peuvent s’avérer amener plus de contraintes que de plus values pour des structures telles ce celles-ci, comme on l’avait déjà constaté pour le

Pekarna de Maribor en Slovénie.

De fait, la situation de ce centre culturel situé à Dubrovnik, dans les bâtiments de la quarantaine face au port de la ville fortifiée, est particulière tant d’un point de vue géographique que d’un point de vue politique : il est extrêmement excentré par rapport à Zagreb (pointe est de la côte dalmate) et son espace est l’objet de nombreuses convoitises. Les bâtiments ont été mis à disposition de l’association afin qu’elle y établisse un centre culturel. La reconstruction du site, en partie détruit par les bombardements, a été reconnu patrimoine culturel de l’Humanité par l’UNESCO, et a reçu des fonds internationaux pour sa réhabilitation. Mais les autorités tardent à remettre à l’association les autorisations de construire. Slaven Tolj raconte : « L'ancien gouvernement local était d’accord, mais il y a eu des élections et depuis trois ans et tout est plus compliqué... En ce moment, ils nous mettent la pression pour que l’on parte du Lazareti, pour faire de cet espace un casino et un hôtel. On a résisté, on a fait appel à nos contacts internationaux, aux médias, même le gouvernement de Croatie nous a appuyé. Maintenant je pense que ça va aller mais à Dubrovnik, tout est différent, ils veulent faire de l’argent, l’immobilier devient fou... ». Les réseaux nationaux ont été d’un grand soutien dans la bataille médiatique avec le gouvernement local. Ils ont permis entre autres une dénonciation de la situation à un niveau national et international, offrant une visibilité qui a facilité la pression politique du gouvernement croate. On voit ici l’importance du dialogue avec les pouvoirs locaux : une relation conflictuelle entre l’association et l’institution mène à l’accroissement de la précarité de la structure.

Pourtant, Slaven Tolj sait que l’installation de ce centre culturel et le développement d’activités commerciale leur offrira une grande stabilité, ce qu’il recherche, c’est l’indépendance : « Notre problème dans cet espace, c’est la stabilité. On a des problèmes pour les fonds structurels, c’est pour cela que l’on veut développer les aspects commerciaux du Lazareti avec une librairie, un restaurant, un club pour financer le fonctionnement. Ce sera la solution pour survivre. Notre projet aujourd’hui c'est de finir l'espace et de mettre en place des programmes culturels ».

Source : Sur le rôle de l'art et de la culture indépendante dans la société : du développement local à la construction d'une identité européenne, 2003-2004. (Document PDF)

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Rédigé par brunorosar

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Publié le 5 Juin 2013

L'arboretum de Trsteno

 

Trsteno, également connu en italien sous le nom de Canossa, est un village au nord ouest de Dubrovnik,

Ce village est célèbre pour son arboretum, le plus vieux d’Europe.

On doit la création de cet Arboretum à la fin de XVème siècle à une famille d’aristocrates locale les GOZZE. Ces derniers avaient en effet ordonné aux capitaines des navires de ramener de leurs voyages toutes les graines et les plantes qu’ils pourraient.

L’âge exact demeure inconnu, il était toutefois là en 1492 date à laquelle fut érigé un aqueduc afin de l’irriguer. (Ce dernier est toujours fonctionnel !!!)

 

Depuis 1948 l’arboretum est la propriété de l’Académie croate des sciences et des arts. L’arboretum est protégé depuis 1962. Toutefois l’arboretum a souffert des guerres liées à l’éclatement de la Yougoslavie et a été frappé par un incendie qui ravagea 120,000 m² suite une manœuvre de l’armée populaire yougoslave.

 

Source : http://larboretum.wordpress.com/2011/01/04/arboretum-de-trsteno/

L'arboretum sur Silence, ça pousse !

 

 

L'arboretum de Trsteno

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Rédigé par brunorosar

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Publié le 6 Avril 2013

Un arsenal précieusement dorloté

 

 

 

L'arsenal constituait le point névralgique du port, et la plupart des mesures votées dans les conseils concernant le port étaient liées directement à sa construction ou à son entretien. Les trois arcs qui limitent aujourd'hui l'espace du café-terrasse donnant sur le vieux port, sont les seules traces de l'arsenal qui occupait rigoureusement le même emplacement au cours du Moyen Âge. Au mois d'août 1345, le Sénat décida de fortifier l'arsenal, mesure renouvelée en 1364, le recteur de la ville étant chargé de couvrir les frais de l'opération. Les mesures s'intensifièrent au Xve siècle. En 1412 le Petit Conseil statua à nouveau sur la construction de l'arsenal en apportant un certain nombre de détails : il était précisé que la largeur de chacun des arcs de l'arsenal devait être de douze coudées (approximativement 6,12 m). Le conseil prévoyait la construction de trois cales, sous trois arcades, séparées par des murs latéraux. Le souci constant du gouvernement était d'écarter tout danger de ces lieux sensibles de la ville. En 1420, il décida de faire clore les arcades de l'arsenal en construisant un mur de petite épaisseur jusqu'à la hauteur des piliers qui soutenaient les arcs. Nous sommes partiellement informés sur les prix de ces constructions. Une ou deux exceptions permettent d'entrevoir l'ordre de grandeur : en 1425, pour la construction de deux arcs de l'arsenal (il s'agissait apparemment d'un remplacement), l'Etat dut débourser la coquette somme de 1000 hyperpères (375 ducats vénitiens, suivant le cours de l'époque).

 

Tout au long du Xve siècle, l'intérêt des Ragusains pour leur arsenal ne cessait de croître en même temps que l'importance de leur marine et le volume de leurs échanges commerciaux. A cette époque cependant, les menaces pour la ville ne venaient pas uniquemement de l'arrière-pays. Venise, à nouveau maîtresse de l'Adriatique au Xve siècle, après une éclipse de plusieurs décennies suite aux guerres vénéto-génoises et vénéto-hongroises du XIVe siècle, faisait de son mieux pour détourner le commerce ragusain au profit d'autres ports de l'Adriatique qu'elle contrôlait directement, en particulier Cattaro (Kotor) au fond du golfe du même nom, et Split. D'autre part, les pirates catalans, originaires de Sicile ou des ports de l'Italie du Sud et bénéficiant souvent d'une complicité des autorités du royaume de Naples, venaient inquiéter les Ragusains jusqu'aux pieds des murs de la ville. Les représailles ragusaines n'étaient pas toujours efficaces, d'autant plus que les Catalans jouissaient de puissantes complicités au sein de leur nombreuse colonie, constituée essentiellement de marchands de laine ibérique à Dubrovnik. C'est certainement suite à une attaque des pirates catalans contre un navire ragusain, en 1426, que les autorités de la ville décidèrent de piéger dans le port un navire marchand catalan qui approchait de la ville. Peine perdue, car du haut des murs, alors que le navire catalan se trouvait peut-être encore à la hauteur de l'île de Lopud, un marchand catalan et non des moindres, qui jouissait de l'hospitalité ragusaine, lui fit signe, torche à la main, de rebrousser chemin. Cette complicité valut au marchand un mois de prison ferme dans les geôles ragusaines pour entrave aux mesures du gouvernement.

 

Les menaces qui planaient au Xve siècle incitèrent les Ragusains à redoubler de vigilance. En 1436, de nouvelles mesures furent prises pour fermer l'arsenal face au port. Un nouveau dispositif fut mis en place. On fit enfouir de grosses pierres taillées sous les pilastres qui soutenaient les arcs de l'arsenal et sous le niveau de la mer dans le prolongement des plans inclinés le long desquels glissaient les embarcations lors de la mise à la mer. Les pierres étaient échancrées sur toute leur largeur. Entre les pilastres, à la hauteur, des chapiteaux qui soutenaient les arcs, on inséra des poutres en bois elles aussi échancrées sur leur surface intérieure, de manière à ce que les deux échancrures, celles de la pierre inférieure et celle de la poutre supérieure, correspondent parfaitement. Des poutrelles verticales furent ensuite insérées entre les deux échancrures, en nombre suffisant pour clôturer toute la surface entre les pilastres allant des poutres supérieures horizontales jusqu'aux pierres enfouies sous le niveau de la mer. Pour empêcher tout déboîtement des poutrelles verticales, la première et la dernière poutrelle dans la rangée furent munies de serrures dont les clés furent soigneusement gardées au même endroit que les clés des tours du port. Le dispositif de 1436 évoque la nécessité de creuser le mur qui séparait l'arsenal des offices de la douane du sel à l'intérieur du périmètre urbain, car la poupe de la nouvelle galère en cours de construction dans l'arsenal dépassait de deux coudées la longueur de la cale et empêchait la fermeture de l'arsenal du côté du port en cas de besoin. Accessoirement, nous apprenons que, lors de la construction, la galère était posée sur la cale, la proue tournée vers le port, contrairement à la position du navire dans le chantier naval moderne. Au cours de la même année il fut décidé que la porte de l'arsenal, probablement celle qui permettait l'accès depuis l'intérieur du périmètre urbain, serait munie d'une serrure afin qu'elle puisse être fermée à clé tous les jours entre la troisième cloche du soir et l'Ave Maria du matin. Durant la journée la clé devait être déposée auprès du recteur de l'arsenal.

 

 

 

Source : Nenad Fejic - Construire et contrôler : le gouvernement de Dubrovnik (Raguse) face au défi de la construction et de la protection des infrastructures portuaires (XIVe-XVe siècles)

 

http://www.persee.fr/

 

 


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Rédigé par brunorosar

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Publié le 8 Juin 2012

 

Les « verts » du sculpteur Michel di Giovanni au Musée de Dubrovnik

 

 

Les très célèbres chevaliers à l'armure de Dubrovnik que les habitants appellent les "Verts" à cause de la patine verte qui les a couvert peu à peu durant les années, ont été transférés dans le sous-sol du Musée historique de la ville, jadis la demeure du recteur de la République, où ils sont les objets les plus visités et photographiés de la région.


"Les Verts" datent de la Renaissance.  Œuvre de Michel di Giovanni, sculpteur et architecte de Fiesole, ils sont en bronze et ont une hauteur de 191cm.


Revêtus d'une armure de soldats romains, ils avaient été réalisés à la commande du Petit Conseil de La République de Raguse (1358-1808), et jusqu'à 1905, ils ont sonné chaque heure sous la grande cloche du Palais du Duc, et ce, depuis leur arrivée  en ville vers 1478.


Très abîmés, les sonneliers dits aussi Maro et Baro ont été restaurés et laissés dans les sous- sols du Musée du Dôme, qui n'existe plus aujourd'hui.


Ce sont leurs copies conformes qui ont continué de sonner l'heure, au-dessus du magnifique Stradun, rue centrale de la Vieille ville, qui ressemble à une salle des fêtes. Peu de gens se sont rendu compte que les vieilles statues avaient été remplacées.


Aujourd'hui, les sonneliers "travaillent" encore et sans arrêt.


 

http://dubrovacki.hr/datastore/imagestore/original/1246540468DSC_7413B.jpg


Les "Verts" originaux ont été restaurés par les frères Papa, artisans locaux qui ont étudié en Italie. Puis, Maro et Baro ont trouvé leur place dans le palais Sponza, avec leurs avatars et une vieille horloge appelée "La Pieuvre".


En 2003 a commencé une nouvelle restauration, terminée en 2009.


Exposés à Zagreb dans le cadre d'une exposition du Musée d'art et d'artisanat, ils sont revenus à Dubrovnik l'année dernière, à la mi-mai, après avoir passé un temps à l'Institut  croate de restauration des œuvres d'art, où ils se sont encore rajeunis!


Au Palais du recteur fut organisée une autre exposition consacrée à leur restauration.


Enfin tranquilles, et après avoir par ailleurs survécu sans aucune égratignure au terrible tremblement de terre de 1667 qui a détruit la ville, Maro et Baro "posent" aujourd'hui pour les touristes et les visiteurs.

 

 

Source : mediterranee.com


 

 

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Rédigé par brunorosar

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Publié le 20 Décembre 2011

Dubrovnik, perle de l'Adriatique


 

Près de la place centrale de l’horloge dans l’ancienne ville, une petite ruelle porte le nom de « žudiska Ulica », Rue aux Juifs. Raguse a connu une époque de prospérité et de croissance entre le 13e et le 16e siècles grâce au commerce avec les ports italiens et ceux de la mer Egée qui abritaient une importante population juive. Les Juifs furent ainsi « tolérés » comme « marchands itinérants » à Dubrovnik à partir de 1352, sans toutefois avoir le droit de s’y établir. Ce n’est qu’après l’expulsion des Juifs d’Espagne en 1492, qu’ils furent autorisés à résider dans l’enceinte de la ville.

 

En 1546, le périmètre du ghetto était limité à une seule rue, et fut élargi par la suite à deux autres artères voisines. Il y avait des portes en fer aux deux extrémités permettant le contrôle du trafic dans le ghetto. A noter que le nombre de Juifs n’a jamais dépassé les 250 sur une population totale d’environ 6.000 âmes. Aujourd’hui, la Croatie compte 2.500 Juifs, dont 1.500 à Zagreb. Les autres petites communautés se trouvent à Split, Osijek et Dubrovnik.

 

La plus ancienne synagogue séfarade en Europe

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/fd/%D7%90%D7%91%D7%99%D7%A9%D7%99_%D7%98%D7%99%D7%99%D7%9B%D7%A8_157.jpgC’est au deuxième étage, dans une maison étroite de style gothique datant du 14e siècle, et redécorée en style baroque au cours du 17e siècle, que se trouve la plus ancienne synagogue séfarade encore en activité. Quelque peu endommagée, la structure a résisté au tremblement de terre de 1683, aux deux guerres mondiales, au régime communiste et aux bombardements serbes des années 90. Les murs ont étés fraîchement repeints, les planchers poncés et vernis, le plafond d’un bleu azur est décoré avec une multitude d’étoiles en or. De lourdes tentures en velours marron formant un baldaquin au-dessus de l’arche recouvrent les fenêtres.


Derrière le rideau qui cache les portes incrustées, se trouvent plusieurs manuscrits sur parchemin, dont un est originaire d’Espagne. Soutenues par des chaînes, des lampes en bronze de style florentin contiennent de l’huile dans des coupes en verre, ressemblant plutôt aux lampes des églises ou des mosquées des Balkans. La plus importante œuvre d’art est un tapis de style maure datant du 13e siècle avec un dessin floral aux couleurs brillantes, sur fond sombre en soie. Certains affirment qu’il s’agirait d’un don de la Reine Isabelle à son médecin juif quand celui-ci fut contraint de quitter l’Espagne.


La partie réservée aux femmes a été agrémentée d’une galerie adossée au mur sud et en y incorporant une pièce du troisième étage du bâtiment adjacent. Un treillis décoratif la sépare de la salle de prière située en contrebas. L’accès à la galerie des femmes derrière les hautes grilles en bois se fait par la maison voisine, la maison d’Emilio Tolentino. Lorsque les nazis envahirent la ville, la famille Tolentino réussit à sauver une grande partie des objets en argent servant au culte.


L’armoire abritant traditionnellement les rouleaux de la Torah et les ornements est restée vide pendant des années, l’ancien président de la communauté, Michael Papo, ayant estimé qu’ils étaient mieux « conservés et protégés » par des Juifs croates exilés à New York que dans « une synagogue sans Juifs où ils risquaient d’être utilisés à des fins non religieuses ». Une bataille juridique s’ensuivit, avant que la Cour suprême ne décide finalement du retour des objets vers Dubrovnik.

 

« Ce n’est pas notre guerre »

Suite au déclin économique de la ville à la fin du 18e siècle, des restrictions furent imposées à tous les étrangers, y compris aux Juifs auxquels il fut interdit de faire du commerce. Ce n’est qu’avec l’arrivée en juin 1808 des troupes françaises de Napoléon, que ces restrictions furent levées. Dans une ordonnance promulguée par le général en chef  Marmont, il est dit que « toutes les lois de l’ancien gouvernement de Raguse qui restreignent les droits civils des Juifs dans ce pays sont abolies, ils jouissent des mêmes droits que les autres citoyens ».


Au cours des années qui suivirent la fin de la Première Guerre mondiale et l’intégration de la Croatie dans la République fédérative de Yougoslavie, le nombre de Juifs n’a cessé de diminuer. Au début de la Seconde Guerre mondiale, ils n’étaient plus que 87, principalement des Ashkénazes venus d’Allemagne, d’Autriche et de Tchéquie. La Croatie fut occupée en avril 1941 par les Italiens et administrée par Ante Pavelić . Les biens appartenant aux Juifs furent confisqués, mais les Italiens refusèrent de les déporter. Ce n’est qu’en novembre 1942 qu’ils cédèrent aux injonctions des nazis et que les Juifs furent internés dans l’île de Lopud, d’où ils furent déportés vers le camp de concentration de Hrab au nord de la Dalmatie, avec les autres Juifs de Yougoslavie; 27 d’entre eux périrent dans les camps de la mort.


En 1948, avec l’arrivée au pouvoir des communistes sous la direction du maréchal Tito, les Juifs émigrèrent vers Israël, à la fois pour des raisons économiques -confiscation de leurs biens- et religieuses. A l’instar des autres religions, il était en effet « mal vu » de fréquenter les lieux du culte, que ce soit des églises, des mosquées ou des synagogues.


Dernière péripétie de la Yougoslavie, la guerre qui fit éclater la Fédération. Comment les Juifs de Croatie l’ont-ils vécue ? « Ce n’est pas notre guerre » considérait une majorité de Juifs de la région. Mais les bombardements continus de la vieille ville par les Serbes -alors que ni les Turcs, ni aucun envahisseur ne l’avaient fait avant eux- seront mal vécus par l’ensemble des Croates, quelle que soit leur appartenance ethnique ou religieuse.

 

REPÈRES HISTORIQUES

 

1546 Début de la présence des Juifs à Dubrovnik, alors dénommée Raguse. 1622 Suite à une accusation de meurtre rituel, la majorité des Juifs fuient la ville pour s’établir à Florence et dans l’Empire ottoman. 1808 Conquête de la région par les troupes françaises de Napoléon. 1918 Dubrovnik fait partie du Royaume des Croates, Serbes et Slovènes. 1942-43 Occupation italienne et déportation des Juifs vers des camps de concentration. 1948 Arrivée au pouvoir des communistes sous la direction du maréchal Tito, exode vers Israël. 1963 et 79 Tremblements de terre. 1991-92 Guerre dans l’ex-Yougoslavie et bombardement de la ville par les Serbes. 1997 Rénovation de la synagogue.

 

Une femme, présidente de la Communauté

Après la rénovation de la synagogue en 1997 -notamment avec l’appui financier de deux philanthropes catholiques américains Otto et Jeanne Reusch-, c’est une femme, le Dr. Sabrina Horović, qui dirige la petite communauté, succédant à son père le Dr. Bruno Horović. « Les relations sont parfois tendues avec la communauté de Zagreb, principalement avec le rabbin loubavitch qui voit d’un mauvais œil certaines “libertés” prises par les Juifs de Dubrovnik en matière de prescriptions religieuses » confie-t-elle. « Il est probable que la présence d’une femme à la tête de la communauté ne soit pas faite pour leur plaire ».


En l’absence d’un rabbin attitré, le rabbin de Zagreb vient à l’occasion des fêtes y célébrer les offices religieux. Ni école juive, ni éducation juive institutionnelle, c’est aux parents (ou aux grands-parents) qu’incombe la transmission des connaissances juives. En été, les enfants sont inscrits dans des camps d’été, notamment en Hongrie.


Les Juifs sont principalement actifs dans les professions libérales. Le Dr. Horović est elle-même professeur en criminologie à l’Université de Sarajevo en Bosnie. Assez curieusement, peu vivent du commerce, les magasins d’or et de bijoux de la ville étant plutôt aux mains des Albanais.


S’il n’y a pas d’antisémitisme déclaré -les relations avec les voisins croates sont bonnes de l’avis de Sabrina Horović
-, il n’en reste pas moins vrai qu’il vaut mieux ne pas afficher ouvertement son appartenance juive. Comme elle l’affirme : « Si je visais une position importante dans le gouvernement ou dans l’administration croate, je devrais vraisemblablement abandonner mes fonctions de présidente de la communauté juive ».

 

 

Mardi 9 septembre 2008

 

Source : http://www.cclj.be/article/1/894

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Rédigé par brunorosar

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Publié le 9 Décembre 2011

   
   Pavo Urban

 

 

Pavo Urban, né à Dubrovnik en 1968 et décédé dans la même ville en 1991, était un photographe qui fut engagé dans la défense de sa ville natale.

 

Biographie

 

Pavo Urban termine l'école primaire et secondaire à Dubrovnik. Au sortir de l'école secondaire maritime il s'inscrit à la Faculté des études maritimes, également à Dubrovnik, et navigue brièvement à bord des bâtiments de la compagnie Jadrolinija. Son intérêt pour la photographie remonte à ses années lycéennes. Il fut membre du club de photographie "Marin Getaldić" à Dubrovnik et exposa lors d'expositions. Il travailla également comme photographe pour le Festival d'été de Dubrovnik et le Théâtre Marin Držić. Lorsque débute la guerre en automne 1991 il est en train de passer son examen d'entrée à l'Académie des arts dramatiques à Zagreb, mais il prend la décision de rentrer à Dubrovnik bientôt assiégée par les unités de l'Armée populaire yougoslave et par les agresseurs serbes et monténégrins.

 

Dans la tourmente de la guerre

 

En juillet 1991, il se porte volontaire et à partir de septembre il prend part aux préparatifs de défense de la ville. Le 29 septembre il rejoint les positions défensives de la Paroisse ragusaine (Župa dubrovačka). Après l'occupation de la paroisse il se replie sur Dubrovnik et au moyen de photographies et de vidéos il dénonce la destruction de la ville. Son travail est publié par les journaux Slobodna Dalmacija et Dubrovački vjesnik ainsi que par ce qui était alors le Ministère de l'Information de la République de Croatie.  

 

Décès

 

Pavo Urban est décédé non loin de la colonne de Roland des suites d'un tir de mortier alors qu'il photographiait les bombardements intensifs du coeur de la ville, pourtant placée sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Sur les clichés pris juste avant sa mort on peut observer la pluie d'obus qui s'est abattue à quelques pas de lui sur le Stradun (principale artère de la vieille cité).

 

 

 
 
 
 

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Rédigé par brunorosar

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Publié le 18 Mars 2010

Une ville secouée par de fortes secousses


Dans sa longue histoire, Dubrovnik a été souvent éprouvée par des secousses sismiques. Celle qui la frappa en 1667 eut des dimensions catastrophiques. Presque la moitié de la population de la ville y trouva la mort. Ce séisme provoqua une longue césure dans le processus d'édification de la ville, et dans une certaine mesure, la rupture définitive avec les règles de construction traditionnelle. Ce phénomène eut pour conséquence une totale transformation de certaines structures architecturales, d'ensemble d'espaces et de milieux urbains.

En offrant diverses facilités, le Sénat s'efforça de stimuler la réparation des maisons endommagées, ce qui explique le fait, qu'après le séisme, les changements survenus soient si nombreux et que les palais entament les parcelles contiguës, seul le réseau de communications publiques est épargné. Vers la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle, toute une série d'interventions dans le tissu urbain est entreprise. Sur l'emplacement des édifices détruits dans la partie centrale de la ville une nouvelle place est aménagée, ce qui permit, sur le bord méridional de la partie la plus ancienne de la ville, la construction de l'imposante église des jésuites. L'église et le collège attenant ont été reliés à la place nouvellement créée par un harmonieux escalier baroque. Cette intervention porte en elle toutes les caractéristiques de l'urbanisme baroque, qui se reflètent à la fois dans une large percée reliant les différentes parties de la ville. C'est la première fois que fut éliminée, dans les espaces urbains, la limite séparant la "civitas" du "burgus", limite observée par toutes les régulations précédentes.

A l'oeuvre de rénovation de la ville prirent part de nombreux architectes étrangers. Les projets du complexe des jésuites furent confiés à Andréa Pozzo, architecte de Rome, la "scalinata" fut conçue par Pietro Passalacqua; le plan de la nouvelle cathédrale baroque fut dressé par Andréa Buffalini d'Urbino, et celui de la nouvelle église Saint-Biaise par Marino Groppeli de Venise, dont les oeuvres exécutées durant les dix ans de son séjour à Dubrovnik portent la marque d'un talent exceptionnel. Selon les dessins de Giulio Cerutti, architecte de Rome, furent restaurées les maisons s'alignant des deux côtés du Stradun, rue la plus imposante de la ville. C'est ainsi que s'achève la nouvelle image de Dubrovnik, telle que nous la connaissons encore de nos jours.

La crise de l'organisation politique et territoriale de la République de Dubrovnik s'amorce dès le XVIIIe siècle; au début du XIXe siècle, au cours des guerres napoléoniennes, Dubrovnik perd son indépendance pour devenir bientôt une des villes provinciales au sein de l'Empire d'Autriche. La léthargie dans laquelle est tombée la ville lui a valu d'éviter des interventions architecturales d'envergure, de sorte que l'ancien tissu ne fut jamais sérieusement détérioré et que la ville médiévale occupe une place exceptionnelle dans l'histoire de la construction urbaine sur la côte adriatique.



par Nada Grujić

Source : Dubrovnik 1991-1992   [document PDF]

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Publié le 26 Novembre 2009

Les relations de Dubrovnik avec les Ottomans


 

Les diplomates de la République de Dubrovnik n'avaient pas eu la tâche facile. La Hongrie, le suzerain nominal de leur Etat, était encore capable d'agir avec agressivité à l'époque où ils avaient conclu leur premier accord avec les Ottomans. Les hommes d'Etat en Europe, notamment le pape, continuaient à raisonner en termes de croisade anti-ottomane et ils regardaient de travers tout gouvernement chrétien entretenant de bonnes relations diplomatiques et commerciales avec les "infidèles". Il avait fallu pas mal de prévoyance, en 1397, pour réaliser que les Ottomans étaient déjà devenus la puissance dominante dans les Balkans et pour s'en être tenu à cette opinion après la grande défaite ottomane à Ankara en 1402. Il avait également fallu beaucoup d'habileté, du moins avant la bataille de Varna en 1444, pour rester à l'écart d'alliances anti-ottomanes sans pour autant s'attirer les foudres de ceux qui combattaient les sultans. Les diplomates de Dubrovnik étaient même parvenus à obtenir une permission papale (1432) pour commercer avec l'ennemi. Après Varna, il avait cette fois encore fallu une grande adresse pour que les relations entre Dubrovnik et les Ottomans soient maintenues quasiment inaltérées malgré les nombreuses transformations que subit l'empire ottoman. Que ces relations eussent été mutuellement avantageuses a favorisé les diplomates de Dubrovnik, mais cela n'a en rien diminué l'ampleur de leurs accomplissements.

 

Les rapports entre la petite cité-Etat et le vaste empire sont extrêmement intéressants et sui generis. Dubrovnik fut le seul Etat vassal de l'Empire ottoman dont le territoire n'a jamais été envahi durant sa longue vassalité. Pas une seule fois les Ottomans ne sont intervenus dans ses affaires et elle possédait un statut ambigu du point de vue de la jurisprudence des Ottomans musulmans. Il n'y a guère de doute que Dubrovnik était moins embarrassée par ses liens avec les Ottomans que ne l'étaient la Moldavie, la Wallachie et la Transylvanie, et il est clair que ses citoyens jouissaient d'égards particuliers de la part de leurs "suzerains".

 

Les relations définies par les traité de 1397 connurent une césure après 1402. Elles furent renouées en 1442, renégociées en 1458, et prirent leur forme finale en 1481. Si à plusieurs reprises les Ottomans avaient unilatéralement modifié en leur faveur l'accord de base (1481), Dubrovnik s'était toujours opposée à ces violations, ses diplomates ayant toujours su les annuler après de courtes périodes, lorsqu'ils réaffirmaient les stipulations de base qui restèrent pratiquement inchangées jusqu'à l'arrivée de l'armée napoléonienne en Dalmatie. Ces documents ou traités étaient des Ahdnames, le même genre de documents juridiques musulmans qui liaient les autres Etats vassaux aux Ottomans. Ils ne rentraient pas clairement dans la division précise de l'univers en deux parties, le dar al-Islam et le dar al-Harb, et ils ne s'accordaient pas non plus aux préceptes de l'école juridique dominante de l'empire ottoman, celle des hanafites, parce qu'ils créaient un troisième univers. Les Ottomans avaient réglé ce problème juridique en considérant toute terre qui leur payait quelque chose comme faisant partie du dar al-Islam, et ils insistaient sur l'interprétation de leurs accords avec d'autres dirigeants en appelant haraç ce qui était payé, c'est à dire la taxe versée en échange de la permission de jouir de l'usufruit de la terre. S'agissant de ceux dont les rapports n'étaient pas que vassalité par sophisme mais également dans les faits (Moldavie, Wallachie et Transylvanie incluse), les habitants étaient toujours référés comme des zimmi et ils étaient traités en conséquence à chaque fois qu'ils pénétraient dans d'autres parties de l'empire. L'intervention dans leurs affaires, qui a déjà été discutée, était de ce fait pleinement justifiée.

 

Si sur le papier les relations de Dubrovnik avec Istanbul étaient similaires à celle des autres états vassaux, elles ne l'étaient pas dans la réalité. Biegman a eu un mot heureux lorsqu'il a appelé Dubrovnik "la partie autonome de l'Empire ottoman". Non seulement la République-cité se gouvernait elle-même selon ses convenances, mais elle était également capable d'exercer les obligations élémentaires de tout état souverain, la protection de ses citoyens sur place et à l'étranger, y compris quand elle avait à faire face à son "maître" nominal. Même si la plupart des documents font référence aux Ragusains comme des zimmi, plusieurs les décrivent comme des frengi (une expression utilisée pour les habitants chrétiens du dar al-Harb), Biegman ayant même découvert un document utilisant le terme "Latins" pour identifier les habitants de Dubrovnik. Manifestement, le statut précis et la situation de la ville et de ses habitants n'étaient pas des plus clairs dans l'esprit des Ottomans.

 

L'art d'avoir maintenu ce statut vague durant des siècles a certainement été l'accomplissement majeur de la diplomatie de Dubrovnik et cela explique, dans une grande mesure, son aptitude à avoir préservé une pleine indépendance en toutes fins utiles.

 

Au-delà des intérêts communs d'Istanbul et de Dubrovnik, ou de l'habileté des diplomates de cette dernière, un facteur d'importance dans le statut particulier de la ville dalmate aura été sa forme de gouvernement. Dans leurs affaires extérieures les Ottomans traitaient toujours avec des individus - rois, princes, émirs, sultans mamelouks - et même lorsqu'ils devaient faire certaines concessions à l'intérieur de leur propre Etat et accorder certains privilèges à des hommes forts locaux, cela découlait toujours d'une aptitude d'un individu ou d'une famille à acquérir ou à maintenir une position de pouvoir. Ainsi, conformément aux vues ottomanes sur leur propre Etat, le "prince" était la figure clé dans tous leurs calculs. Celui-ci était leur vassal, il leur devait loyauté et était responsable du comportement de ses sujets, du versement des taxes et de la conduite d'une politique acceptable pour les Ottomans. Le droit de le confirmer ou de le nommer, ainsi que la possibilité de le destituer et d'assurer sa fiabilité en l'entourant de "conseillers" ou de "gardes du corps" réglaient, du moins pour les Ottomans, tous les problèmes théoriques nécessaires pour traiter avec une république oligarchique. Aussi longtemps qu'ils tolérèrent Dubrovnik, ils eurent à accepter la république et à traiter avec son sénat, un organe collectif. Il n'y avait pas de personnalité dirigeante au travers de laquelle les Ottomans auraient pu contrôler les affaires de la ville comme ils le faisaient ailleurs. Le fait en soi que tous les messages ottomans adressés à Dubrovnik étaient envoyés aux beys (sénateurs) de cette ville suggère l'incapacité ottomane à appréhender le concept d'organe dirigeant collectif, et c'est aussi un signe sur la position de Dubrovnik dans le sens hiérarchique des valeurs chez les Turcs. Un bey était une personnalité importante de haut rang dans la société ottomane. Les nobles de Transylvanie ou les boyards des Principautés danubiennes n'ont jamais été considérés comme des beys à Istanbul, du moins à ma connaissance, mais les sénateurs de Dubrovnik le furent.

 

Une autre différence significative entre la situation de Dubrovnik et celle des autres Etats vassaux était la place accordée à ses citoyens qui vivaient dans l'empire ottoman au sens strict. A nouveau, la situation ne cadre pas avec la structure juridique de l'état turc. Si Dubrovnik avait été considérée par les Ottomans comme un état indépendant, alors ses habitants auraient été regardés comme des étrangers et ils auraient pu résider dans l'empire en tant que visiteurs durant une année, à condition d'avoir reçu la permission requise. En restant plus d'une année ils auraient perdu ce statut spécial en devenant automatiquement des sujets zimmi du sultan. Si leur ville avait été considérée comme faisant partie intégrante de l'empire, ils auraient possédé un statut zimmi avec toutes les restrictions et obligations inhérentes. Visiblement, sous aucune de ces alternatives Dubrovnik n'aurait pu exercer les activités commerciales qui rendaient la coopération avec les Ottomans si avantageuse pour les deux parties, et effectivement leurs citoyens bénéficiaient d'un statut particulier.

 

Dubrovnik avait instauré des colonies avec des droits particuliers dans tous les centres commerciaux importants de la Bosnie et de la Serbie. Ces colonies connaissaient de vastes privilèges commerciaux et des exonérations fiscales, elles vivaient en conformité aux lois de leur ville et elles se gouvernaient pratiquement par elles-mêmes. Après la conquête ottomane, les principaux centres commerciaux sur le territoire bulgare, et même Buda et Pest, avaient également reçu des colonies de marchands de Dubrovnik, qu'elles soient grandes ou petites. Mes propres calculs fixent le nombre de ceux qui, comme citoyens de Dubrovnik, bénéficiaient du droit à un statut spécial dans l'Empire ottoman entre deux et trois mille, ou environ dix pour-cent de la population de la République. Le commerce de Dubrovnik n'aurait pas pu exister sans ces gens. Leur statut spécial le permettait.

 

Les habitants des colonies ragusaines conservaient leur "citoyenneté" de Dubrovnikois sans qu'importe combien de temps ils avaient résidé sur le territoire ottoman. Ils étaient exonérés de toutes les redevances personnelles perçues sur les zimmi et ils ne devaient pas payer le transit et les droits de marché qu'avaient à payer les zimmi et les musulmans qui étaient impliqués dans le commerce. Après la conquête ottomane, le nombre de places où Dubrovnik fut autorisée à maintenir des consuls résidents diminua fortement, mais les Ragusains qui vivaient à l'étranger étaient encore jugés par leurs propres autorités selon leurs propres lois. Leurs propriétés étaient garanties et il n'existait pas de droit d'héritage ou de taxes sur les domaines des défunts, y compris quand les héritiers vivaient à Dubrovnik et non pas dans les colonies où le disparu avait possédé sa fortune. Ces concessions importantes rendaient la coopération entre les Ottomans et Dubrovnik à la fois possible et profitable.

 

Un autre trait unique dans les relations entre Dubrovnik et l'Empire ottoman avait été les consuls. Non seulement Dubrovnik fut le seul vassal à avoir possédé des consuls dans un petit nombre de cités ottomanes, mais elle avait également maintenu des contacts avec le gouvernement central d'une manière presque identique à celle des états indépendants. Au lieu d'un kapi kahya, un agent résident, pour traiter leurs problèmes à Istanbul, Dubrovnik envoyait chaque année dans la capitale impériale des représentants particuliers avec des instructions spécifiques. Ces envoyés étaient chargés de discuter et de régler toutes les matières et questions d'intérêt commun. Naturellement, les arrangements impliquaient fréquemment des pots-de-vin mais ceux-ci étaient strictement limités par les instructions que les envoyés avaient reçues de la part du Sénat de Dubrovnik. Ainsi, Dubrovnik, au contraire de la Moldavie et de la Wallachie, n'eut pas à supporter le lourd fardeau que devinrent ces pots-de-vin au fur à mesure que la corruption s'aggrava à Istanbul.

 

Si en plus des caractéristiques venant d'être citées on considère le droit de Dubrovnik de maintenir des consuls dans les états étrangers, de conclure des traités avec eux et d'affréter des bateaux battant son propre pavillon, on en reste à l'impression que Dubrovnik était un état indépendant dans la forme légale la plus stricte. Mis à part qu'elle reconnaissait un suzerain, la seule fonction d'un état indépendant que Dubrovnik ne détenait pas - et en fait n'aurait pas pu - était celle d'exercer une défense nationale. Même si sa situation n'avait jamais été sérieusement menacée après 1420, le fait même que tout le monde savait qu'elle était protégée par l'armée ottomane agissait comme une sérieuse dissuasion pour des agresseurs potentiels. En ce qui concerne les pirates, Dubrovnik se tournait régulièrement vers l'aide d'Istanbul et elle recevait en général l'intervention requise.

 

Les Ottomans accordaient ce statut spécial à Dubrovnik en échange de services économiques. Ils obtenaient un débouché sur la mer adriatique ainsi qu'une source fiable pour des importations nécessaires et des biens de luxe. Outre les avantages commerciaux, Dubrovnik servait également de "fenêtre vers l'ouest" pour les Ottomans, et c'est au travers de la République que des informations très prisées ou même des renseignements secrets parvenaient à Istanbul.

 

Pour rendre possible ce flux de biens et d'informations, les Ottomans avaient accordé à Dubrovnik "le statut de Nation la plus favorisée" dans le sens strict du terme. Sur les biens exportés à partir du territoire ottoman, un marchand de Dubrovnik payait une taxe de deux pour-cent comme le faisait tout autre marchand, fut-il un sujet ottoman ou un marchand étranger. Le statut "de plus favorisée" était reflété dans les taxes d'importation. Celles-ci s'élevaient à cinq pour-cent sur les biens importés par les marchands étrangers, quatre pour-cent sur celles manipulées par les marchands zimmi, et trois pour-cent sur les marchandises importées par des hommes d'affaire musulmans. Les marchands de Dubrovnik payaient cinq pour-cent sur les biens qu'ils vendaient à Istanbul, Edirne et Bursa, mais seulement deux pour-cent sur les biens qu'ils amenaient sur les autres marchés dans l'empire. La taxe de cinq pour-cent était collectée dans les trois cités mentionnées au moment où les biens étaient vendus. Là, les fonctionnaires musulmans surveillaient la collecte et il y avait généralement un représentant de Dubrovnik à proximité, à Istanbul, pour défendre les droits de ses concitoyens lorsque surgissaient des difficultés. Ce n'était pas le cas dans toutes les autres places et c'est la raison pour laquelle les diplomates de Dubrovnik étaient parvenus à obtenir auprès des Ottomans un arrangement qui transformait la taxe de deux pour-cent en un payement annuel d'une centaine de milliers d'akçes devant être remis en deux versements tous les six mois. Qui plus est, cette somme, qui était considérée par les Ottomans comme une "taxe fermière", devait être collectée et délivrée à Istanbul par le mültezim (fermier-receveur) nommé parmi ses propres citoyens par le Sénat de Dubrovnik pour une période de trois ans. Cette stipulation importante rendait impossible pour les autorités locales, en dehors des trois villes d'Istanbul, d'Edirne et de Bursa, de créer des difficultés aux marchands de Dubrovnik, et cela empêcha également les abus liés aux taxes fermières qui sévirent de plus en plus dans tous les autres territoires ottomans à partir de la fin du 16ème siècle.

 

Outre les taxes d'importation et d'exportation, les biens importés, les profits sur les biens qu'exportaient les marchands de Dubrovnik ainsi que les sommes relativement faibles que les fonctionnaires ottomans recevaient comme pots-de-vin, le seul avantage financier dont bénéficiait l'Empire ottoman dans sa relation avec Dubrovnik était le tribut de 12.500 ducats que la ville versait chaque année. L'ensemble de l'accord était sensé du point de vue d'Istanbul étant donné que sans Dubrovnik l'empire n'aurait pas eu un seul débouché commercial de premier ordre sur l'Adriatique qui puisse gérer un volume de commerce étonnamment vaste pour une grande variété de biens, permettant à l'économie des Balkans de continuer de fonctionner.

 

Ce court résumé sur la situation de Dubrovnik en tant que vassal d'Istanbul durant plus de trois cents ans ne représente pas seulement la troisième variété de cette forme de dépendance que les Ottomans avaient établie, mais elle indique également pourquoi Dubrovnik fut capable de jouer le rôle culturel dans l'histoire des peuples des Balkans auquel le début de ce chapitre se référait et auquel cette troisième section sera consacrée. Seul un petit état de la sorte, virtuellement indépendant, situé directement dans les Balkans, avec des contacts libres et fréquents avec l'Ouest et suffisamment prospère pour pouvoir rémunérer le travail des artistes et des écrivains, a pu opérer comme le "Piémont culturel" des Slaves du Sud.

 

Dans son rôle culturel important, Dubrovnik a également été aidée par l'ensemble de son histoire. La cité-Etat, d'abord fondée par les colons romains de Dalmatie, finit par devenir la réplique de la cité-Etat italienne sur les rivages orientaux de l'Adriatique. Son organisation politique, sa raison d'être, le commerce, la situation des citoyens et l'image qu'ils avaient d'eux-mêmes trouvaient leur pendant dans les cités-Etats italiennes. Dubrovnik n'avait jamais cessé d'être "romaine", et plus tard "italienne" dans sa conception du monde et dans sa mentalité, mais à l'inverse des modèles italiens auxquels elle peut être comparée, Dubrovnik avait vécu dans deux mondes, celui italien et celui des Balkans. Si ces gens chérissaient les valeurs occidentales, ils étaient néanmoins des Slaves balkaniques qui comprenaient parfaitement le milieu d'où ils venaient et dans lequel leurs congénères continuaient de vivre. Dans une certaine mesure les gens de la Dalmatie peuvent être inclus dans ces généralisations, mais Dubrovnik l'indépendante fut idéalement placée en servant non seulement comme "fenêtre sur l'Ouest" pour l'empire en général, mais aussi pour les peuples des Balkans en particulier.

 

Source : Peter F. Sugar - Southeastern Europe under Ottoman Rule 1354-1804, University of Washington press, Seattle and London, 1996, p. 173-179.  

 

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Publié le 26 Novembre 2009

Pourquoi Saint-Blaise ?


 

Raisons pour lesquelles on a choisi Saint-Blaise comme protecteur de la ville de Dubrovnik.

 

Saint-Blaise, protecteur ragusain, a joué un rôle important dans la vie quotidienne de la ville de Dubrovnik. Sa fête est le 3 février. Il est relié à de nombreuses cérémonies, moeurs et lois. De nombreuses églises ont été construites en son honneur à l'intérieur de la ville. Au cours de fêtes, on proclamait la "franchisia" de St. Blaise - liberté ou franchise de St. Blaise. En effet, ceux qui avaient des dettes pouvaient entrer dans la ville sans aucun problème trois jours avant et trois jours après la fête ainsi que durant la fête, sans être cités au tribunal. Le 23 février 1453, la franchise de St. Blaise a été prolongée à sept jours avant et après la fête.

 

St. Blaise a vécu au III siècle, il a été évêque à Sébaste en Cappadoce et martyr à l'époque de l'empereur Dioclétien en 287 ou sous Licinius en 316. Il a été proclamé protecteur de la ville après la fondation et l'agrandissement de la ville et n'a donc pas été le motif de la fondation de la ville. Les annalistes mentionnent l'an 971 quand le saint a fait un miracle en sauvant la ville du siège vénitien et quand il a été pris comme protecteur de la ville. Une église en son honneur a été construite en 972 en-dehors des remparts de la ville.

 

Les premières reliques de St. Blaise ont été apportées dans la ville après son inauguration, à l'époque de l'évêque Vitalis Gucetic (1023-1057). Il s'agit des os du crâne et de la jambe.

 

Les Ragusains ont choisi pour protecteur un saint oriental, St. Blaise. La première église qui a été édifiée dans le Kastel a été celle des Sts Serge et Bacchus, saints orientaux également. Le choix est en effet significatif. La ville qui a été fondée en tant que forteresse byzantine est devenue en s'agrandissant progressivement une civitas. La petite commune, se trouvant au carrefour de l'Orient et de l'Occident, sous la pression continue de nombreux conquérants et des Vénitiens qui voulaient la mettre sous leur tutelle, prend un protecteur originaire d'Orient - de Byzance. Mais, même si elle dépendait politiquement de l'Orient, elle a accepté et respecté sans restriction et sans doute possible Rome avec les évêques qui lui étaient soumis. Le choix du patron fut en fait une solution plus politique que religieuse. Ainsi, ce choix, même si Dubrovnik n'était pas en possession des reliques du saint qui sont venues plus tard à Byzance (spécialement le reliquaire du crâne), a été en quelque sorte conditionné par le besoin de se mettre sous la protection de Byzance devant la menace constante de Venise. La légende qui nous parle des débuts du culte de St. Blaise, est justement liée à la sauvegarde de la ville devant l'occupation vénitienne en 971.

 

Source : Željko Peković - Dubrovnik - La fondation et le développement de la ville médiévale, Musée des monuments archéologiques croates, Split, 1998, p. 92,94,95. Edition bilingue croate-français traduite par Romana Becafgo.

 

 

A la Saint-Blaise

 

Pendant quatre siècles, le drapeau de l'Etat de Dubrovnik fut hissé trois fois par an sur la place de Luža : le 3 février, jour de la Saint-Blaise, le 5 juillet, en l'honneur de la main du saint vénérée comme relique (on baissait le drapeau trente jours plus tard seulement) ainsi que le 3 mai, pendant trois jours, pour la Festa del Altero (sans doute en souvenir du jour où la colonne de Roland fut érigée). Cette coutume fut conservée jusqu'en 1807, année où l'occupant napoléonien interdit de hisser le drapeau de l'Etat de Dubrovnik derrière la colonne de Roland sur la place de Luža. En 1825, la colonne de Roland tomba, victime d'une tempête. La statue de pierre fut transportée dans le Palais du Recteur où elle fut conservée jusqu'à nouvel ordre. En 1878 le monument fut à nouveau érigé, le visage tourné, cette fois, vers le nord.

 

A partir de 1894, à la Saint-Blaise, il fut à nouveau permis de hisser, sur la place de Luža, la bannière du saint pendant une semaine. La coutume remonte à une décision du Grand Conseil datant du 25 juin de l'an 1347, date à laquelle la main du saint fut gardée comme relique dans l'église Saint-Blaise. Il est permis de penser que la bannière fût hissée chaque année sur la place de Luža bien avant l'installation de la colonne de Roland en son centre. Le drapeau de la République de Dubrovnik, créé plus tard, avait un fond blanc sur lequel se détachait la silhouette de Saint-Blaise, avec de chaque côté les lettres S et B (Sanctus Blasius). Une fois le drapeau hissé, ledit privilège du drapeau entrait en vigueur pour trois jours et plus tard sept jours, période pendant laquelle les débiteurs et les hors-la-loi étaient affranchis de leur peine.

 

Au XVIIIe siècle, il était coutume d'installer à côté de l'étendard de l'Etat un autre drapeau qui portait l'inscription LIBERTAS (le mot étant réparti sur trois lignes). Ce dernier pouvait être hissé sur les bateaux de la flotte de Dubrovnik, et à côté du drapeau principal, la bannière de saint Blaise. Sur toutes les mers du monde, la marine de Dubrovnik, considéraient le drapeau LIBERTAS comme le symbole de la plus haute valeur de la République, à savoir la liberté. En 1950, à l'ouverture du IIe Festival d'été de Dubrovnik, on hissa sur un mât, derrière la colonne de Roland, le drapeau LIBERTAS qui devint alors le symbole du festival, qui est la manifestation culturelle la plus ancienne et la plus renommée de Croatie.

 

Aujourd'hui plus personne ne se souvient de qui vient cette merveilleuse idée, qui, un demi-siècle après la reprise de la cérémonie, semble si évidente. Et chaque année, le 10 juillet, à 21 heures, au son de l'Hymne à la liberté de Jakov Gotovac et sur les vers du poète baroque de Dubrovnik, Ivan Gundulić (XVIIe siècle), le drapeau du Festival est hissé sur la colonne de Roland, et pendant six semaines, Dubrovnik devient la Cité des Arts. 

 

Sous le regard vigilant du Roland, le recteur remet la clé de la ville aux artistes et leur ouvre les places, les églises, les cours intérieures, les fortifications pour qu'ils puissent y présenter leurs oeuvres artistiques. Les vers solennels du poète pétrarquiste Hanibal Lucić (XVe, XVIe siècles) sont récités, chantant les louanges, l'art et la littérature de la ville : Dubrovnik, honneur de notre langue, demeure toujours florissante et prospère jusqu'à la fin des temps. Sous l'envol de douzaines de colombes, et au son des trombones et du carillon des clochers de toutes les églises de la ville, le festival imaginaire est inauguré, et les manifestations commencent. La tradition du Festival d'été de Dubrovnik continue et s'étend sur une période de 45 jours. Les sites naturels monumentaux sont transformés en scène à ciel ouvert, et offrent des représentations théâtrales, des concerts, des opéras, des spectacles de danse classique et de danses folkloriques. Dans le cadre harmonieux des édifices de la Renaissance de la ville de Dubrovnik on joue les pièces de Shakespeare, Držić, Goethe, Lucić, Gundulić, Vojnović, Krleža, Goldoni et bien d'autres encore. Nombre d'orchestres symphoniques et d'orchestres de chambre de renom ont interprété les oeuvres de Mozart, Haydn, Sorkočević, Jarnović.

 

Par Branka Franičević 

 

Source : Orlandovski europski putovi - ouvrage collectif - Adriana Kremenjas-Daničić, 2006, pp. 439-440. 

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Publié le 17 Novembre 2009

Le culte de Dubrovnik, phare de la culture croate


 

Longtemps seule région croate indépendante aussi bien des Habsbourg d'Autriche que des Doges de Venise, l'ancienne république maritime de Dubrovnik (Raguse) occupe une place majeure dans l'histoire et la culture croates.

 

Si l'histoire culturelle de la ville nous est aujourd'hui bien connue, en particulier "l'âge d'or" (XVe - XVIIIe siècles), la période plus récente est curieusement moins étudiée. Celle-ci correspond simultanément au déclin de la république, entamé en 1808 avec sa dissolution par Napoléon, et au début du culte de Dubrovnik, amorcé pendant le mouvement national croate et qui se poursuit sous différentes formes jusqu'à nos jours.

 

Ivan GundulićMarin Držić , Boskovic, Palmotic, Djurdjevic sont autant de Dubrovnikois illustres vénérés au XIXe siècle par les Croates eux-mêmes et par l'ensemble des Slaves du Sud, qui ont érigé l'ancienne Raguse en bastion de la culture, de l'identité et de la liberté slaves face aux envahisseurs ottomans et italiens.

 

 

La faute aux Français


La République de Dubrovnik cesse d'être un protagoniste politique au moment où Napoléon l'englobe dans les Provinces illyriennes. Ce territoire correspond alors à une large partie de la Slovénie et de la Croatie actuelles. Le Congrès de Vienne (1815) l'attribue ensuite à l'Autriche, qui l'incorpore à la Dalmatie. Mais la puissance du régime oligarchique dubrovnikois, fondée sur son rôle d'intermédiaire commercial entre les Balkans et le Levant, commence déjà à faiblir avant l'arrivée des Français.

 

En effet, les marchands chrétiens profitent du déclin de l'autorité ottomane en Bosnie et en Serbie pour évincer les Ragusains du commerce balkanique. L'impressionnante flotte marchande de la ville est par conséquent amenée à naviguer de plus en plus au-delà de l'Adriatique, transportant notamment les marchandises étrangères dans les ports de l'Atlantique et la Méditerranée. Enfin, la politique des Habsbourg, soucieux de recentrer le commerce ottoman vers leurs provinces danubiennes, ne fait qu'accentuer le déclin de Dubrovnik.

 

 

Un déclin culturel


L'élite ragusaine, particulièrement fière du rôle qu'avait joué la petite république dans l'histoire des lettres slaves, est aussi confrontée au déclin culturel et à la pénétration progressive d'une certaine conscience nationale italienne. Celle-ci est importée par les éducateurs et fonctionnaires originaires des provinces italiennes des Habsbourg. La quantité d'ouvrages publiés en italien augmente considérablement tandis que les livres en langue croate se font beaucoup moins nombreux. Au milieu du XIXe siècle, les Ragusains se sentent comme des sentinelles veillant sur la "tombe" de leur ville. Ivan Stojanovic (1829-1900), prêtre, moraliste et amateur d'histoire, divise l'histoire de Raguse au XIXe siècle en trois périodes : la chute et la mort de Dubrovnik ; l'état du corps moral après la mort ; enfin le corps complètement décomposé. En effet, la ville ne produit plus de grands hommes de lettres ou de scientifiques, à l'exemple d'un Rudjer Boskovic (1717-1787), père de l'atomisme de réputation internationale. A l'exception peut-être du dramaturge Ivo Vojnović (1857-1929) et du peintre Vlaho Bukovac (1855-1922), qui passent de longues années à Paris, les Dubrovnikois se distinguent peu sur la scène artistique croate.

 

 

La vénération


Ainsi commence ce que nous pouvons appeler le "culte" de Dubrovnik. D'abord local, il est rapidement pancroate, voire panslave. Il constitue effectivement l'une des pierres angulaires du mouvement national croate, élan politique et romantique semblable aux "réveils" des autres peuples slaves. Les racines de cette dynamique sont perceptibles dès le milieu du XVIIIe siècle, au moment où la question du standard linguistique croate est tranchée en faveur du dialecte stokavien (le croate est alors, comme aujourd'hui, composé de trois dialectes : stokavien, cakavien et kajkavien).

 

Le cakavien et le kajkavien, parlés respectivement par les Croates du littoral adriatique et ceux du nord-ouest de la Croatie, sont définitivement écartés de la codification de la langue standard, ce qui ne les empêche pas bien sûr d'enrichir considérablement le fond lexical. Le standard croate émergeant se fonde donc sur les parlers d'une partie de la Dalmatie, de l'Herzégovine occidentale et de la Slavonie. Il trouve son expression artistique dans les oeuvres des poètes tels que Andrija Kačić Miošić (1704-1760) ou Matija Antun Relkovic (1732-1798). Ces écrivains s'inspirent largement de la tradition littéraire stokavienne de Dubrovnik. Quantité d'autres hommes de lettres suivent leur exemple. Ainsi, dès la période baroque, l'influence de la poésie baroque de Raguse est déterminante ; ses modèles thématiques, stylistiques et linguistiques s'exportent bien au-delà de ses frontières pour embrasser tous les pays croates. Les oeuvres de Gundulic (1589-1638), de Palmotic (1606-1657) et de Djurdjevic (1657-1737), qui expriment chacun à sa façon les idées de la Réforme, de l'unité culturelle slave et du patriotisme ragusain, constituent des références prestigieuses.

 

 

Un culte fédérateur


Au début du XIXe siècle, l'engouement est tel que Zagreb s'arrache les classiques baroques. Ils y sont lus, récités et bien sûr imités. Le plus grand hommage que l'on puisse rendre à un poète est de le comparer à un Ragusain. Les écrivains de Zagreb et de Dubrovnik correspondent et tissent entre eux des liens personnels de plus en plus nombreux. Ce phénomène atteint son zénith lors de la deuxième phase du Renouveau croate. Il cristallise autour du mouvement illyrien, sorte de yougoslavisme avant l'heure qui échoue faute d'avoir pu rallier les Slovènes et les Serbes de l'empire des Habsbourg. Les éveilleurs illyriens croient notamment que les Illyriens, tribu slave installée dans une grande partie de l'Europe du sud-est avant les migrations des Slaves, étaient des Slaves, d'où l'appellation "illyrien", reprise aussi quelques décennies auparavant par les Français (Provinces illyriennes).

 

Originaire des alentours de Zagreb et locuteur kajkavien, Gaj est né en pleine "ragusophilie". Son mouvement est admiratif de la grande Dubrovnik, cette lointaine patrie des muses slaves, autrefois libre. L'éloignement géographique de la ville ne fait qu'enflammer la dévotion. Le "pèlerinage" à Dubrovnik devient une mode. Les Zagrébois se déplacent pour voir la maison de "l'immortel Gundulic". Gundulic personnifie la vision idéalisée de l'"Athènes illyrien". Sa légende occupe une place sans pareille dans l'idéologie panslave du mouvement de Gaj, et son oeuvre domine l'orientation ragusaine des proches de ce dernier, dont les activités "nationales" sont culturelles (publication d'un journal, d'une revue, création de la Matica Hrvatska, etc.) avant d'être politiques, ce qui les rapproche des autres Slaves d'Europe centrale. Plus tard, la meilleure illustration picturale du "thème ragusain" est sans aucun doute le grand rideau du Théâtre national croate, exécuté par Bukovac (1895), et que l'on peut admirer à Zagreb.

 

 

 

Cette oeuvre célèbre, devenue un cliché patriotique, représente Gundulic en train de recevoir les hommages des chefs de file illyriens. Le poète, assisté d'une muse, est assis dans un temple néoclassique, entouré de satires, de nymphes et de paysans jetant des fleurs. Gaj s'approche de Gundulic en tenant une couronne de laurier dorée, suivi d'une procession de Croates illustres. Antun Mihanovic (1796-1861), auteur de l'hymne national croate et qui a permis la publication d'une édition zagréboise des oeuvres de Gundulic, le poète Ivan Mazuranic (1814-1890), l'historien Ivan Kukuljevic Sakcinski (1816-1889) et bien d'autres.

 

A l'arrière plan sont représentés le port de Dubrovnik et Zagreb, traduction symbolique de l'union du nord et du sud des terres croates. On pourrait aisément multiplier les exemples d'hommages rendus à Gundulic et aux auteurs de Dubrovnik. Mentionnons seulement la rédaction (1844) par le grand poète Ivan Mazuranic des 13e et 15e chants manquant (sur un total de vingt) du poème épique Osman, la plus grande oeuvre du Dubrovnikois. Enfin, il faut rappeler que le culte de Dubrovnik avait pour les Illyriens un but immédiatement pratique. Ils souhaitaient rassembler tous les Croates ainsi que tous les Slaves du Sud derrière une culture et une langue illyriennes communes.

 

 

La critique du symbole


Ces grandes manifestations romantiques ne signifient par pour autant que l'on ne critique pas Dubrovnik et son culte, même à l'époque illyrienne. On reproche ainsi à certains auteurs, plutôt minoritaires, de ne pas avoir écrit en croate ou simplement d'avoir trop fait usage du latin. Les critiques sont toutefois plus sévères au XXe siècle. L'écrivain Anton Gustav Matoš (1873-1914), par ailleurs amoureux de la culture et de l'esprit français, est certes admiratif du raffinement ragusain et du haut niveau de "sociabilité" que seules, selon lui, les noblesses dubrovnikoises et polonaises avaient atteint parmi les Slaves, mais il ne demeure pas moins critique du manque de "croatisme" et d'engagement politique des grandes figures de cette république symbole de liberté. Il ne considère pas que la ville ait compté de si grands républicains et soutient que son indépendance a été maintenue à coup d'impostures et de mendicité, autrement dit de diplomatie. Il crée le mot "raguzirati", verbe qui traduit l'idée de ne pas prendre de risque et d'être opportuniste.

 

Ainsi, le grand sculpteur Ivan Meštrović, ami de Rodin, aurait "ragusé" avec ses confrères dalmates lorsqu'il participa à la Sécession au nom du yougoslavisme, dont il était le principal représentant sur le plan artistique. Il a d'ailleurs réalisé bon nombre de sculptures inspirées du thème du Cycle du Kosovo. Quant à Miroslav Krleža (1893-1981), figure dominante de la littérature croate au XXe siècle, il s'en prend au culte de Gundulic dans un poème où il ridiculise aussi les thèmes de l'auteur d'Osman.

 

Mais au-delà des considérations esthétiques et intellectuelles, la réputation de la ville elle-même, en tant que simple destination touristique, ne fait que croître, en particulier après la Deuxième Guerre mondiale. Les hordes de touristes étrangers prennent d'assaut les vieilles rues de la ville-musée chaque été, en particulier dans les années 80, jusqu'à l'éclatement de la Guerre d'indépendance de Croatie (1991-1995). Aujourd'hui, "l'Athènes croate", la "Perle de l'Adriatique" (selon l'expression désormais consacrée à l'étranger), attire à nouveau des touristes du monde entier qui, même s'ils ignorent parfois le culte qui lui a été voué dans le passé, participent à leur façon au "culte moderne" tant ils usent de superlatifs devant la beauté et l'ambiance exceptionnelle de Dubrovnik.

 

Par David Beausoleil

 

Source : Regard sur l'Est

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Rédigé par brunorosar

Publié dans #Dubrovnik

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