Articles avec #intellectuels et activistes tag

Publié le 8 Septembre 2016

Les Juifs de Croatie et leur rabbin marocain


 

Notre visite de la synagogue de Dubrovnik a suscité une curiosité pour un pays dont l’histoire des Juifs est méconnue. Comme à Vienne, la synagogue est dans une petite rue, presque une impasse, à peine repérable par une inscription gravée sur la porte. Il ne faut pas qu’elle soit trop visible de l’extérieur pour ne pas attirer l’attention. Il est vrai que les Juifs n’y ont jamais été les bienvenus. La Croatie a été le pays qui a anticipé la Shoah et qui l’a appliquée bien avant les Allemands.

Les Juifs étaient arrivés sur le littoral dalmate à l’époque romaine. Après l’expulsion des Juifs d’Espagne en 1492, la communauté s’était enrichie de Juifs séfarades rejoints par la suite par une forte immigration ashkénaze. En 1526, la Croatie passa sous la domination des Habsbourg et les Juifs subirent une «lente ségrégation» avec la création de ghettos et l’instauration d’une taxe de tolérance.

Le 10 avril 1941, après l’invasion allemande, un gouvernement ultranationaliste dirigé par Ante Pavelic fut mis en place en Croatie et des lois antisémites furent promulguées. Les Juifs furent arrêtés à Zagreb en mai 1941 et ensuite internés dans des camps, Jasenovac en particulier.

Les Oustachis, à leur arrivée au pouvoir, détruisirent la grande synagogue de Zagreb en octobre 1941 pour convertir son terrain en parking. Entre août 1942 et septembre 1943, les Juifs de la zone occupée par les Allemands furent déportés vers Auschwitz, soit environ 7 000 personnes. Dans la zone d’occupation italienne, les autorités refusèrent de livrer les Juifs ce qui permit à nombre d’entre eux d’y trouver refuge. Les autorités italiennes les ont ensuite regroupés dans le camp de l’île de Rab. Quand les Allemands occupèrent la zone italienne en septembre 1943, ce furent les partisans yougoslaves qui aidèrent les Juifs à leur échapper.

Le camp de concentration de Jasenovac, surnommé l’«Auschwitz croate», était un camp de concentration et d’extermination créé par le régime des Oustachis dans l’État indépendant de Croatie pendant la Seconde Guerre mondiale. Il fut le seul camp d’extermination non géré par les nazis, de sa construction jusqu’à sa destruction. Il fut le plus grand camp de Croatie et le troisième camp de la mort le plus destructif, après ceux d’Auschwitz et de Treblinka. L’État indépendant de Croatie fut le premier pays à mettre en place la Solution finale dans un camp. En effet, les Juifs de l’État indépendant de Croatie en furent les premières victimes. Certes, des exterminations de Juifs avaient bien débuté en Union soviétique dans la même période, pendant l’été et l’automne 1941, mais elles n’avaient pas encore eu lieu dans des camps.

À Jasenovac furent déportés des Serbes, des Juifs et des Tziganes ainsi que ceux qui résistaient aux nazis et aux Oustachis ; mais le camp ne possédait pas de chambres à gaz. Les prisonniers y étaient achevés par épuisement au travail, par manque de nourriture et aussi et surtout, avec des armes à feu et des armes blanches. Une partie des victimes fut enterrée alors qu’une autre fut brûlée dans des fours crématoires, aménagés dans une ancienne briqueterie.

 

Le camp était dirigé par le général oustachi Vjekoslav Luburić. Le garde du camp Petar Brzica s’y illustra en coupant, en une nuit, la gorge de 1360 Serbes et Juifs avec un couteau de boucher ce qui lui valut le titre de «roi des coupe-gorges». Daesh n’avait donc pas innové.

 

Pour marquer la particularité du camp de concentration croate, en juillet 2010, le président israélien Shimon Peres déclara : « Ce camp se distingue des autres à plus d’un titre. Tout d’abord parce que les victimes n’étaient pas nécessairement uniquement juives. Et il se distingue aussi par la façon dont on y tuait les gens, à l’aide de marteaux, de couteaux, de pierres, autant de manifestations d’un pur sadisme ».

 

Selon l’étude de démographes, le nombre réel de victimes à Jasenovac fut de 85000, dont 50000 Serbes, 13000 Juifs, 12000 Croates et 10000 Tsiganes. Avant-guerre, la communauté juive croate comptait 24000 âmes. Elle s’est depuis réduite à 3000 membres, dont la moitié vit dans la capitale Zagreb.

 

Israël et la Croatie ont établi des relations diplomatiques en 1997. La visite d’État du président croate en Israël, Stjepan Mesic, qui s’était déroulée du 29 au 31 octobre 2001, fut une étape majeure sur le plan bilatéral. Ce fut l’occasion pour le président croate de mettre les choses au point en ce qui concerne les crimes oustachis. Il a déclaré qu’il saisissait « chaque occasion qui se présentait pour demander pardon à tous ceux à qui des Croates ont causé du tort, notamment aux Juifs, en rappelant que durant la Seconde Guerre mondiale, le régime collaborationniste installé au pouvoir en Croatie avait participé au crime de l’Holocauste. La Croatie actuelle et la Croatie antifasciste née pendant la guerre le condamnent ».

 

La communauté juive de Croatie, complètement assimilée, doit beaucoup à un jeune rabbin d’origine marocaine de Casablanca, Kotel Dadon, né en Israël en 1967 après la guerre de Six-Jours, d’où la symbolique de son prénom (Mur des Lamentations). Il avait fait des études à la Yeshiva Ha Kotel de 1987 à 1991, puis à l’Université Bar Ilan de 1991 à 1995 tout en poursuivant une formation rabbinique à l’Académie du Midrash Sefardi de Jérusalem.

 

Il avait épousé une juive de descendance hongroise ce qui lui permit en 1995 de s’installer à Budapest, la ville natale de sa femme rencontrée en Israël. Il avait alors pour objectif de parfaire sa connaissance du droit européen pour devenir avocat en Israël. Mais il fut repéré très vite. Contacté par l’organisation juive américaine Joint Distribution Committee, il accepta sur l’insistance de son rabbin de «dépanner» les Juifs de la Croatie voisine en dirigeant les grandes cérémonies des fêtes juives. À la demande des responsables locaux de la communauté, il accepta de devenir leur rabbin permanent en 1998 et le jeune polyglotte qui maîtrisait l’anglais, l’arabe et le hongrois, se mit à la langue croate. Il fut nommé grand rabbin de la Croatie en 1998.

 

Il occupa son poste jusqu’en 2006 en travaillant à la renaissance d’une communauté juive en voie d’extinction. La Seconde Guerre mondiale, suivie par quarante ans de communisme, avait porté un coup fatal à toute pratique religieuse juive en Croatie. Il dut tout créer et tout inventer car rien n’avait été fait depuis la Seconde Guerre mondiale.

 

Kotel Dadon a été contraint de tout reprendre à zéro. Notamment il a dû rappeler les règles élémentaires de ne pas manger de porc, de ne pas procéder à la crémation interdite chez les juifs pratiquants. Il traduisit phonétiquement les prières du shabbat en croate pour que l’assistance puisse reprendre en chœur les chants. Il mit en place la cacherout pour fournir une alimentation orthodoxe aux fidèles. Il relança les mariages religieux et les circoncisions. Enfin en septembre 2003, il ouvrit une école juive à Zagreb avec une dizaine d’élèves. Mais le conseil de la Communauté juive de Zagreb, avec une ingratitude qui ne fut pas à son honneur, refusa de prolonger son contrat lui préférant le rabbin ashkénaze Zvi Eliezer Alonie, né de parents survivants du camp de Bergen-Belsen.

 

Un Marocain pouvait difficilement diriger des fidèles ashkénazes. Ce renvoi fut mal compris et mal interprété par les Juifs croates puisqu’il entraîna un schisme au sein de la communauté.

 

Mais Dadon avait fait son choix. Après avoir obtenu en 2006 un doctorat de théologie juive, il enseigna à la faculté de philosophie de Zagreb et à l’Académie militaire croate. À ce titre, il avait choisi de devenir citoyen croate. Un de ses fils est cependant revenu à ses sources puisqu’il occupe un emploi de chef de cuisine dans un palace d’Eilat. Aujourd’hui, depuis Zagreb, Dadon s’est politisé et il dit prier pour la paix entre Israéliens et Palestiniens qui doit passer par des «concessions douloureuses des deux côtés». Dadon se sent à l’aise en Croatie.

 

D’ailleurs il se promène dans les rues avec sa kippa noire perpétuellement vissée sur le crâne.


 


 

Source : frblogs.timesofisrael.com, le 8 septembre 2016. 

 

 

Voir les commentaires

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Intellectuels et activistes

Repost 0

Publié le 14 Février 2016

Comment la Croatie a réussi à défendre le mariage contre le totalitarisme médiatique


 


 

Interview de Zeljka Markic, après son intervention au cours du Family Day, à Rome, le 30 janvier 2016 : « cela a été la bataille de David contre Goliath, et cependant nous avons gagné le référendum. Il n’est pas vrai que lutter ne change rien. »


 

Son intervention, au Cirque Massimo a été l’une des plus applaudies. Zeljka Markic, mère de quatre enfants, médecin et journaliste pendant les années de la guerre serbo-croate, est leader du Comité promouvant le référendum contre le mariage homosexuel en Croatie et en Slovénie. Son engagement a conduit à rebattre les cartes d’un débat dont l’issue apparaissait pourtant jouée d’avance. « La raison de tout homme – explique-t-elle au journal Tempi – peut reconnaître comme évident le fait que le mariage est l’unique forme de société naturelle précédant et fondant l’État. Une telle vérité ne peut être contredite que par des motifs politico-idéologiques. Seul le rapport entre l’homme et la femme qui s’unissent de façon stable et duquel naissent des enfants peut garantir la continuité de l’espèce et l’éducation saine de la famille. En effet, lorsque tu te maries, l’État ne te demande pas si tu es tombé amoureux, mais si tu t’engages à être fidèle à ton conjoint et à éduquer les enfants. Pour cela, même si l’homosexualité a été anoblie par certaines sociétés, il ne lui a jamais été donné aucune valeur juridique. »


 

Malgré la volonté du gouvernement croate de gauche d’introduire le mariage entre les personnes de même sexe, en 2013 vous êtes parvenue non seulement à repousser cette instance, mais aussi à renforcer la Constitution, en établissant que le mariage concerne seulement un homme et une femme. Comment avez-vous réussi ?

 

La mobilisation a commencé en 2012 quand le gouvernement socialiste chercha à introduire dans toutes les écoles publiques, depuis l’école primaire jusqu’au secondaire, des programmes d’éducation sexuelle, saturés de l’idéologie du gender. Mais, 97 pour cent des enfants de Croatie fréquentant les écoles publiques, de nombreux parents, médecins, psychologues se sont regroupés et ont mobilisé la société civile jusqu’à se présenter devant la Cour Constitutionnelle. Les juges nous ont donné raison en expliquant qu’il fallait respecter les exigences religieuses et philosophiques des parents. Ce qui a joué en notre faveur c’est que ce fut aussi une bataille courageuse menée par un peuple qui, après des années de régime communiste, a immédiatement reconnu les méthodes totalitaires imposées par la pensée unique.

 

 

En Italie, c’est surtout le monde catholique qui s’est mobilisé.

 

La société a besoin de nos valeurs de croyants qui défendent la vérité sur l’homme. Rien n’est imposé ici : il faut même dire que celui qui défend la vérité libère l’homme du mensonge du pouvoir. En ce sens, la présence chrétienne garantit la démocratie. Et puis, comme tout citoyen, le chrétien est appelé à donner sa propre contribution au débat public. Sous une dictature comme celle de notre situation moderne, que je définis comme le totalitarisme du relativisme médiatique, si nous ne parlons pas, nous, de la vérité, si nous ne la rappelons pas, qui peut le faire à notre place ? Nous avons une grande responsabilité.


 

La majorité des médias soutient l’introduction des soi-disant nouveaux droits. Comment une action culturelle opposée, faite de peu de moyens et à la résonnance limitée peut-elle influencer le débat ?

 

Pendant la campagne référendaire en Croatie, il a été calculé que 90 pour cent des médias étaient contre le référendum. Pendant trois mois consécutifs, la radio, la télévision, les journaux, ont cherché à le boycotter, en mystifiant la réalité, comme j’ai vu qu’ils avaient essayé de le faire avec le Family Day en Italie. Mais le front référendaire croate, à travers des médias de second ordre, et en organisant des rencontres dans tout le pays, a continué à combattre en montrant le mensonge de l’idéologie du gender d’un point de vue anthropologique, scientifique, religieux. Cela a été la bataille de David contre Goliath, et cependant nous avons gagné le référendum avec presque 70 pour cent des voix. Ce fait a révélé le fossé existant entre le Parlement et les électeurs, et a montré à tous que la politique ne suivait plus le peuple, mais d’autres logiques. Le gouvernement a d’ailleurs perdu les élections suivantes. Face à une telle violation de la démocratie, se taire revient en effet à consentir.

 

 

Pourquoi dites-vous cela ? Ne serait-il pas meilleur de trouver un accord, et de chercher un compromis ?

 

Ce n’est pas moi qui le dis, mais c’est l’expérience de tous les pays qui démontre que c’est une illusion de penser à sauver quelque chose. Tous ceux qui ont accepté un compromis, en donnant une certaine forme de reconnaissance juridique aux couples composés de personnes du même sexe, ont fini, plus ou moins rapidement, à approuver un simili mariage entre les personnes du même sexe. Si nous ne défendons pas l’union stable d’un homme et d’une femme, et que nous permettons de légiférer sur les sentiments, nous contribuons finalement à accroître l’instabilité dans les relations et dans la société.


 

Qu’est-ce qui a changé en Croatie après le référendum ?

 

Le président a perdu les élections il y a une année, et récemment, le premier ministre du gouvernement socialiste, qui avait fait tout son possible pour promouvoir les lois en faveur de l’idéologie du gender, n’a pas été réélu. Cela démontre qu’il n’est pas vrai que la lutte ne change rien. Tu peux choisir : ou bien tu restes dans ton fauteuil à te dire que s’opposer est inutile, ou bien tu choisis de prendre tes responsabilités de citoyen et d’affirmer la vérité avec amour et respect. Mais aussi sans timidité ou complexe d’infériorité, parce que, je le répète, les gens ne sont pas stupides et ils ont besoin de la vérité.

 

 

 

 

Par Benedetta Frigerio

Source : terredecompassion.com, le 8 février 2016.


 

Voir les commentaires

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Intellectuels et activistes

Repost 0

Publié le 1 Novembre 2015

Anđelko Milardović

 

 

Anđelko Milardović est né en 1956 à Ogulin. Pendant ses études, il a obtenu une maîtrise, un master et un doctorat en sciences politiques. Il est conseiller scientifique de l'Institut des migrations et des études ethniques. Il est professeur de sciences politiques des Etudes croates à l'Université de Zagreb. Il enseigne “Introduction à la science politique”, “Idées politiques contemporaines et des idéologies” et “Sociologie de la politique”. En 1994, il a établi Pan liber, circulation de livres dans le domaine de la science politique, la sociologie, la politique, l'histoire culturelle, et le droit constitutionnel. Il est le fondateur et directeur du Centre des recherches politiques à Zagreb. Il a participé à plusieurs formations d'études : Université Georg Août, Göttingen (1988), Institut d'études européennes, Bonn (1991), Institut des sciences politiques, Heidelberg (1994), Société autrichienne de littérature, Vienne (1994). Il a publié plusieurs livres sur l'histoire, la structure, la méthodologie de la science politique et l'idéologie politique.

 

Source : Interview, 09.01.2012, Bibliothèque nationale et universitaire de Zagreb, http://www.cpi.hr/

 

Source : http://www.southeast-europe.org/pdf/12/DKE_12_F_I_Ivana-Jukic--Suranji-Csaba_Milardovic_Hrysoula-Dimitropoulos.pdf

 


 

 


 

Voir les commentaires

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Intellectuels et activistes

Repost 0

Publié le 17 Juin 2015

L’opinion d’un professeur sur l'indépendance croate provoque de vives critiques


 

Les critiques formulées contre un professeur croate qui a exprimé son opinion sur l'indépendance du pays est un rappel que nous devons nous défendre contre la persécution et l'intimidation qui font taire ceux qui ont des opinions différentes.


 

Le professeur Dejan Jović a été licencié de son poste d'analyste principal du cabinet du Président de la Croatie par le président Ivo Josipović début octobre. La cause de son licenciement était un article sur l'indépendance croate qu'il a publié dans l’édition en ligne de Politička misao (Pensée politique), une revue académique de sciences politiques.

 

Son point de vue était que, contrairement au récent référendum écossais, le référendum sur l'indépendance croate de 1991 n'a été ni juste ni libre, en raison des menaces continues de violence et d'insécurité qui ont empêchées la partie adverse (qui était à ce moment-là contre l’indépendance pleine des anciennes républiques yougoslaves) à formuler et présenter sa plate-forme et ses arguments.

 

La déclaration officielle du cabinet du Président a été brève et disait que le président était en désaccord avec son conseiller sur ce point de vue particulier et qu’il estime que la sécession était démocratique en dépit des circonstances extrêmement périlleuses qui ont finalement conduit à la guerre.

 

Cependant, certains commentateurs estiment que remettre en question la croyance que chaque nation tend vers l'indépendance et la disqualifier comme un mythe (comme lors du récent référendum en Ecosse), touche à un dogme profondément enraciné dans la société croate depuis son indépendance. La comparaison du professeur entre le référendum écossais et les référendums organisés en Yougoslavie avant son éclatement a provoqué un vif (surtout unilatéral) débat politique.

 

Attaqué pour ses convictions

 

Les positions du professeur Jovic ont été vivement critiquées par les partis politiques nationalistes en Croatie, tandis que le côté «libéral» a silencieusement pris ses distances. Le professeur Jović a été attaqué en tant que personne et en tant qu'expert dans tous les grands médias par les représentants de la plupart des partis politiques et par les éditorialistes, tandis que ses collègues de la communauté académique ont gardé le silence sans montrer la solidarité avec un collègue attaqué parce qu’il a donné son opinion.

 

Même les attaques à motivation ethnique (le professeur Jović appartient à la minorité ethnique serbe en Croatie) ont été unanimes. La rapidité avec laquelle tout le monde s’est éloigné de lui le faisant passer pour un paria politique en quelques jours, rappelle quelque peu le traitement des dissidents dans le bloc de l'Est dans les années 60 et 70 - ironique, compte tenu du fait que le chef du plus grand parti de l'opposition croate (et le parti qui a critiqué professeur Jović le plus) parle souvent de «l'âge des ténèbres du communisme».

 

Un débat bien argumenté est nécessaire

 

Le Centre d'études sur la paix a publié une lettre de soutien pour le professeur Jović ce qui a motivé d’autres personnes ou groupes à s’opposer publiquement au discours de haine. La lettre insiste sur le fait qu’il est encore impossible de discuter, de manière critique et observée, de l'histoire récente croate sans attirer le discours de haine et une attention indésirable encore pire.

 

La persécution de ceux qui ont des opinions différentes est une pratique courante dans notre système et nous devrions la combattre. Il est évident que les persécutions comme celle-ci pourraient ne pas s'arrêter avec le professeur Jović, mais pourraient facilement se propager et se diriger vers toute la minorité serbe. Voilà pourquoi notre lettre invitait tous les observateurs silencieux à dénoncer publiquement ces pratiques. De cette façon ils briseraient le cercle vicieux d'un discours qui manque de bons arguments et, au fond, repose uniquement sur l’idéologie - ce discours prévaut dans notre société.

 

Le CEP espère que le grand public et le public des professionnels défendra les arguments contre la force, la persécution et les tactiques d'intimidation comme moyen de communication. Nous invitons tous ceux, dont les opinions diffèrent des opinions exprimées par le professeur Jović, de les formuler dans un contexte scientifique, politique ou public sans appels à la persécution - notre nation a 23 ans et il est temps pour elle de grandir.

 

 

Collaborateurs: Petra Jurlina (CEP) et Marwan Zeitoun (CEP), octobre 2014, Zagreb, Croatie


 


 


 

Source : liberties.eu, le 21 novembre 2014.

 

 

Voir les commentaires

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Intellectuels et activistes

Repost 0

Publié le 27 Décembre 2014

Hrvoje Špehar

 

 

Hrvoje Špehar est le directeur du Centre d’Études européennes de la faculté des Sciences politiques de Zagreb


Deux favoris dans les sondages pour les élections présidentielles croates le 28 décembre prochain : le chef de l’État sortant Ivo Josipović (SDP) et Kolinda Grabar-Kitarović (HDZ). Face au manque de confiance des électeurs, ces deux candidats ont pris leur distance par rapport à leur parti. Un nouveau venu sur l’échiquier politique, Živi zid, mené par Ivan Sinčić, pourrait aussi jouer les trouble-fêtes. Entretien.

 


Le Courrier des Balkans (CdB) : Le 28 décembre, un an et demi après l’adhésion de la Croatie à l’Union européenne, les électeurs croates sont appelés aux urnes pour choisir leur nouveau président. Un référendum pour ou contre Ivo Josipović ?

Hrvoje Špehar (H.Š.) : Notre économie est en panne sèche depuis des années et la Croatie manque cruellement de résultats. Sommes-nous satisfaits ou sommes-nous prêts au changement ? Le moment est crucial.

 

CdB : À propos de changement, les pouvoirs du chef de l’État sont réduits par rapport à ceux du gouvernement. En quoi ces présidentielles peuvent influencer la politique du pays ?

H.Š. : Les fonctions du président ne sont pas marginales… Il ne faut pas croire que le chef de l’État symbolise seulement le pays à l’étranger. Bien que la réforme constitutionnelle de 2001 ait réduit ses pouvoirs, il reste le décideur de la politique étrangère et de la défense. Les questions liées à la crise ukrainienne lui reviennent, tout comme les relations régionales avec l’OTAN et les pays hors de l’Union européenne. Le président est enfin associé au gouvernement. Si la justice ne fonctionne pas, cela relève de sa responsabilité.

 

CdB : Quatre candidats sont en lice. Les sondages donnent favoris Ivo Josipović et l’ancienne diplomate Kolinda Grabar-Kitarović, aujourd’hui représentante de l’Union démocratique croate (HDZ).

H.Š. : Les citoyens ne font plus confiance aux partis politiques traditionnels. Ivo Josipović peut gagner les élections à condition de prendre ses distances avec le Parti social-démocrate (SDP). Une position délicate, car il est responsable de la politique des cinq dernières années. Et rien ne fonctionne ! Kolinda Grabar-Kitarović, c’est pareil : plus elle se détache du HDZ, plus elle a de chances de gagner. C’est un aspect de cette campagne : Ivo Josipović fait son possible pour ne pas être présenté sous l’étiquette du SDP à cause de l’impopularité du parti.

 

CdB : Ivo Josipović est pourtant apprécié des Croates, selon la presse nationale, et malgré la chute de popularité gouvernement de Zoran Milanović. Comment l’expliquez-vous ?

H.Š. : Je ne suis pas athéiste, et je ne crois pas non plus aux sondages. La vérité n’est pas dans ces questionnaires publics qui influencent sans informer les électeurs sur les possibles victoires.

 

CdB : Les deux autres candidats ont une chance de passer le cap du premier tour ?

H.Š. : Attendons la fin... Rappelez-vous en 2000 : personne ne pensait que Stjepan Mesić allait gagner les élections. Je ne crois pas aux enquêtes d’opinion, elles sont à la solde des candidats et faussent la donne.

 

CdB : La nouveauté, c’est le parti Živi zid (« bouclier humain »). Son représentant Ivan Sinčić a tout juste 24 ans. Qu’en pensez-vous ?

H.Š. : C’est le résultat d’une mauvaise politique sociale, ou de son absence. Živi zid montre qu’il y a non seulement des problèmes économiques, mais aussi des problèmes vitaux à résoudre, comme l’hébergement, les droits des travailleurs... Si les jeunes se transforment en activistes, c’est parce qu’il y a un vide en politique.

 

CdB : Et cette campagne présidentielle ? A-t-elle été vide ?

H.Š. : Nous n’avons aucun bilan du mandat d’Ivo Josipović, aucun débat scientifique sur sa politique où interviendraient des politologues, des sociologues ou encore des philosophes. Des questions qu’il faudrait poser dans les médias et les sondages, au lieu de : « Qui soutenez-vous ? ».

 

CdB : Votre bilan du premier mandat du Président Josipović ?

H.Š : Nous nous souviendrons de lui comme d’un petit président. Durant ces cinq ans, il est resté à côté de la politique. Face à une situation difficile, ce n’est plus un politicien, mais un musicien ou un président proche des citoyens. Quand la situation est sans complexité, il s’affiche comme un chef de l’État engagé en faveur des droits de l’homme. Il y a une chose qu’on ne peut pas lui reprocher : il a gardé la même attitude avec le gouvernement de droite, au début de son mandat, et l’exécutif de gauche, après la victoire de Milanović.

 

CdB : Les élections législatives se tiendront en 2015. Que se passe-t-il si Ivo Josipović n’est pas réélu ?

H.Š. : Je pense qu’il s’en prendra au gouvernement, car il pourrait s’ériger comme une victime de ces cinq ans de politique. Je ne suis pas sûr que le gouvernement tiendrait jusqu’à la fin de son mandat. Cela pourrait faire exploser le SDP, qui a traversé plusieurs scandales, notamment l’affaire Linić.

 

CdB : Si Kolinda Grabar-Kitarović est élue ? Quel impact une victoire du HDZ aurait sur la géopolitique régionale, après le retour de Šešelj en Serbie ?

H.Š. : Tout le monde veut la stabilité. La Croatie n’est pas seulement tournée vers les Balkans. Nous sommes aussi un pays méditerranéen à la fois très proche des pays d’Europe centrale, de l’Autriche, de la Hongrie. De même, la Serbie n’est pas seulement tournée vers la Croatie. Elle demeure très liée à la Russie. La géopolitique régionale ne se résume pas à la relation entre la Croatie et la Serbie. Quant à Madame Grabar-Kitarović, elle pourrait effectivement changer de discours, juste un peu, sur les questions européennes.


 


 

Propos recueillis par Laetitia Moreni

 

Source : balkans.courriers.info, le 22 décembre 2014.

 

 

Voir les commentaires

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Intellectuels et activistes

Repost 0

Publié le 6 Septembre 2014

Leo Marić est un écrivain nationaliste. L’article ci-dessous datant d’août 2014 a été traduit par polemia.com.

 

 

 

La Croatie européenne : à gauche ou à droite ? 

 

 

« La véritable question est de savoir à quel moment le rêve va se dissiper et ces politiques vont conduire à un conflit avec l’Union Européenne ? »

 

Cet article, écrit par un jeune journaliste croate, retrace les événements politiques majeurs ayant marqué la Croatie depuis son adhésion à l’Union Européenne le 1er juillet 2013. Bien que certaines analyses soient propres à l’auteur de cet article, il montre comment de façon surprenante ces événements ont jusqu’à présent conforté le sentiment « euro-réaliste » (donc favorable à l’Union) d’une large partie de la droite nationale-conservatrice croate.


Tous les pays d’Europe Centrale qui sont devenus membres de l’UE durant l’élargissement de 2004 ont connu de grands changements concernant leur politique intérieure et leur structure sociale lors de ces dix dernières années. La promotion du multiculturalisme, de l’homosexualisme, de la théorie du genre et de l’idéologie des droits de l’homme sont quelques uns des projets imposés par l’UE aux élites politiques de ses nouvelles colonies en Europe Centrale.

Lorsque la Croatie a rejoint l’UE le 1er juillet 2013, après un processus de dix années de négociations, nombreux ont cru que la Croatie connaîtrait un processus similaire. Mais les choses se sont passées différemment, du moins durant cette première année d’adhésion à l’UE.

 

Un long chemin vers le paradis

La route de la Croatie vers l’UE a commencé dès que la Croatie est devenue indépendante en 1991 et obtenu sa reconnaissance internationale en 1992. Le sentiment pro-européen était probablement le seul sujet politique sur lequel les élites dirigeantes avaient une opinion consensuelle. Que l’on soit conservateur, social-démocrate, libéral ou même nationaliste ne faisait aucune différence dans les années 1990 en ce qui concerne l’UE.

En 2000, le parti de centre-droit HDZ perdit les élections, remportées par la coalition des ex-communistes et des libéraux du SDP, et c’est à cette période qu’ont commencé les discussions sérieuses avec Bruxelles. C’est en février 2003, sous le gouvernement de Ivica Račan, que la Croatie a déposé sa demande d’adhésion, tandis que les négociations d’adhésion ont commencé en octobre 2005 sous le gouvernement de centre-droit de Ivo Sanader.

De 2003 à 2013, la Croatie a rencontré de nombreux obstacles à son adhésion à l’UE, le plus important étant l’accusation de non-coopération avec le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (2003-2005), et le conflit territorial maritime entre la Croatie et la Slovénie (2009). Ce processus d’adhésion était de loin le plus long.

Au terme de ce processus, un référendum d’adhésion a eu lieu en janvier 2012 : 66% des votants se sont exprimés en faveur de l’adhésion, un tiers s’y est opposé, tandis que 56% des électeurs inscrits se sont abstenus.

Tout comme les Croates en général, les cercles nationaux-conservateurs étaient eux aussi divisés sur la question. Ceux qui étaient opposés à l’adhésion à l’UE ont mis en avant les dangers de l’UE pour les intérêts nationaux croates et la volonté de l’UE d’imposer son agenda sociétal « libéral ».

De l’autre côté, les nationaux-conservateurs partisans des processus d’intégration euro-atlantiques (principalement l’aile droite du HDZ, ainsi que des partisans de petits partis ou associations de droite se réclamant de l’héritage du premier président de la Croatie indépendante Franjo Tuđman) expliquaient leur positionnement en affirmant que la Croatie doit voir l’UE comme un instrument, plutôt que comme une fin en soi. La diplomatie d’un pays de 4 millions d’habitants devrait, selon eux, essayer d’utiliser l’UE pour défendre les intérêts nationaux croates dans la région. En ce qui concerne l’UE en tant qu’institution, les nationaux-conservateurs favorables à l’UE affirmaient durant la campagne référendaire qu’elle devrait être une Europe composée d’Etats indépendants et souverains… comme si cela dépendait de la Croatie.

 

Conflit avec Berlin autour de l’extradition de Josip Perković

Dans le même temps, le parti de centre-droit HDZ a perdu les élections législatives de décembre 2011 et la coalition de centre-gauche est revenue au pouvoir.

En dépit de sa forte orientation pro-EU, le gouvernement de Zoran Milanović est entré en conflit avec Berlin à propos de l’extradition de Josip Perković, ancien haut responsable des services secrets yougoslaves. Les autorités allemandes ont lancé un mandat d’arrêt pour Perković et sept autres fonctionnaires des services secrets yougoslaves, en raison de leur responsabilité supposée pour l’assassinat en Allemagne en 1983 du réfugié politique croate Stjepan Đureković.

En raison de l’existence du mandat d’arrêt européen, le gouvernement croate était dans l’obligation d’extrader Perković en Allemagne, en particulier après le 1er juillet 2013, date de l’adhésion de la Croatie à l’Union Européenne. Mais le gouvernement croate, composé essentiellement d’ex-communistes, a empêché l’extradition en modifiant la loi nationale croate (1) sur la coopération judiciaire avec l’UE ; cette loi a été surnommée lex Perković.

Une situation paradoxale se produisait alors, avec un gouvernement croate refusant d’extrader un communiste responsable de l’assassinat d’activistes politiques croates. La conséquence concrète d’une politique gouvernementale aussi irrationnelle fut que l’Allemagne, l’allié politique le plus proche de la Croatie (par le passé comme depuis 1991) et soutien inébranlable de l’adhésion de la Croatie à l’UE, aura finalement été le dernier pays de l’UE à ratifier le traité d’accession (2).

Le conflit a continué après le 1er juillet 2013, avec le refus du Premier ministre Milanović d’adapter la loi aux standards européens. Ce n’est que sous une lourde pression de l’UE et de l’opposition de centre-droit que le gouvernement a finalement accepté de réviser de nouveau la loi, permettant ainsi l’extradition de Perković en Allemagne en janvier 2014.

L’affaire Perković est l’un des sujets politiques ayant marqué l’année 2013 en Croatie. Elle a été largement utilisée par les nationaux-conservateurs comme l’affirmation de la légende selon laquelle l’Union Européenne conduit à une lustration dans l’Europe centrale post-communiste.

Cette légende urbaine, promue depuis le début des années 2000, tente de présenter la situation politique croate comme étant exceptionnelle en Europe centrale en maintenant l’illusion que la Croatie est le seul pays post-communiste n’ayant pas purgé ses cadres anciennement communistes de la classe politique.

L’adhésion de la Croatie à l’UE a coïncidé avec le conflit violent entre un gouvernement croate composé d’anciens communistes et l’Union Européenne à propos de l’extradition d’un ancien fonctionnaire communiste. Ainsi, la légende urbaine propagée depuis une décennie par les nationaux-conservateurs devenait une réalité.

 

Révolution conservatrice

L’un des préoccupations majeures du gouvernement de centre-gauche depuis son arrivée aux affaires fin 2011 était la réalisation de réformes sociétales.

Le gouvernement a d’abord essayé d’introduire deux nouveaux sujets dans les écoles et les lycées – l’éducation sanitaire et l’éducation civique – en vue de promouvoir l’idéologie du genre et l’idéologie des droits de l’homme auprès de la jeunesse croate. Le projet a échoué avec l’opposition massive des ONG catholiques, des étudiants et des enseignants.

A l’automne 2012, le gouvernement a également prévu une nouvelle loi sur les unions civiles entre personnes de même sexe. Une initiative citoyenne « Au nom de la famille » a organisé une pétition au printemps 2013 pour la tenue d’un référendum sur la définition constitutionnelle du mariage. En dépit de l’exigence très élevée de la collecte de la signature de 10% des électeurs inscrits en deux semaines, l’initiative est parvenue à recueillir 750.000 signatures, soit plus de 20% du corps électoral national croate, pour la tenue d’un référendum.

Tout au long des mois qui ont suivi, le gouvernement a tenté d’obstruer la tenue de ce référendum en envoyant la question du vote (« Soutenez-vous l’introduction d’une disposition dans la Constitution de la République de Croatie que le mariage est l’union d’un homme et d’une femme ? ») à la Cour Constitutionnelle afin d’examiner son statut constitutionnel, en reportant le décompte des signatures, et enfin avec Peđa Grbin – responsable de la commission des affaires constitutionnelles – qui a publiquement mis en doute l’obligation de la majorité parlementaire de retranscrire dans la loi les résultats d’un vote référendaire.

Ce comportement ouvertement anti-démocratique a été récompensé par le référendum du 1er décembre 2013, au cours duquel 65% des suffrages exprimés étaient en faveur de l’introduction de la disposition constitutionnelle selon laquelle le mariage est le fait d’une union d’un homme et d’une femme.

Une nouvelle fois, la réaction de l’Union Européenne fut intéressante. Lorsque le gouvernement croate a exhorté l’UE de présenter une position officielle à propos du référendum sur le mariage, la porte-parole de la Commission Européenne Pia Ahrenkilde Hansen répondit clairement que les lois relatives à la famille et au mariage relevaient exclusivement du domaine de compétence national. Viviane Reding en fit de même.

En ne prenant pas position sur le référendum du mariage, l’illusion était immédiatement créée que l’Union Européenne ne promeut pas l’homosexualisme et que les seuls coupables sont à rechercher parmi le gouvernement croate de centre-gauche.

L’une des raisons probable pour une telle réaction (ou absence de réaction) est que ce référendum a coïncidé avec l’affaire Perković, avec laquelle le gouvernement croate était en conflit avec Berlin, et que l’UE aurait rendu la monnaie de sa pièce au gouvernement Milanović en s’abstenant de prendre position sur le référendum croate d’initiative populaire relatif à la définition constitutionnelle du mariage.

 

Projet « multi-culturel » défait à Vukovar

Le troisième question importante ayant polarisé l’opinion publique croate en 2013 est la question des inscriptions en alphabet cyrillique à Vukovar.

Vukovar est une ville de l’est de la Croatie où une grande bataille a eu lieu en 1991 entre l’armée croate et l’armée populaire yougoslave (JNA) dominée par les Serbes. La JNA a attaqué et finalement conquis la ville, et la bataille a été suivie de crimes commis contre des civils et des prisonniers de guerre (3).

A la différence des autres parties de la Croatie habitées par des populations serbes, qui eurent des velléités séparatistes (avec la République serbe de Krajina) mais furent reprises lors des opérations militaires de l’armée croate entre 1992 et 1995, la ville et la région de Vukovar furent réintégrées pacifiquement au sein de l’Etat croate en 1998.

Dès lors, à la différence des autres régions qui ont vu de nombreux Serbes quitter les régions reconquises (ou en être expulsés), la plupart des Serbes de la région de Vukovar – y compris ceux ayant soutenu les initiatives séparatistes – y vivent toujours, certains d’entre eux occupant des postes dans l’administration ou la police. Du point de vue des Croates de cette région, le plus difficile est que les actions et crimes commis par les séparatistes Serbes contre les Croates n’ont pas été sanctionnés dans cette région.

Cette frustration, combinée à un fort taux de chômage et à une frustration élevée de l’opinion publique, a causé de violentes et massives protestations dans l’est de la Croatie

suite à l’annonce de la mise en place de panneaux bilingues (avec des inscriptions en alphabet cyrillique serbe) sur les bâtiments publics de Vukovar.

La loi sur les minorités nationales en Croatie veut que les municipalités et les villes ayant plus de 33% d’habitants appartenant à une minorité nationale disposent de panneaux bilingues sur les bâtiments publics et les institutions locales, ce qui est le cas dans toutes les communes de Croatie ayant une présence significative de minorités nationales (c’est ainsi le cas pour la minorité italienne en Istrie, la minorité hongroise en Slavonie et la minorité serbe dans la région de Lika et dans l’est de la Slavonie).

Vukovar est la seule exception à cette règle, en raison du fait que les habitants de cette ville et une large partie de l’opinion publique croate pensent qu’en raison du fait qu’il s’agit d’une « ville héroïque » ou martyre durant la guerre, elle a droit à un statut spécial dérogatoire à la règle générale.

Après que le gouvernement de centre-gauche ait annoncé l’installation de panneaux bilingues à Vukovar, les vétérans de guerre croates de Vukovar ont organisé un « Quartier Général pour la défense de Vukovar croate », organisation qui a rapidement obtenu un large soutien en Croatie.

Malgré les protestations pacifiques du « QG », le gouvernement a maintenu sa volonté de renforcer le bilinguisme dans la ville, ce qui a provoqué des réactions violentes des manifestants qui ont empêché par la force les fonctionnaires de l’Etat d’apposer les panneaux en cyrillique et ont détruit ceux qui étaient déjà apposés.

De façon non-intentionnelle, le gouvernement croate a ainsi provoqué une résurgence des sentiments anti-serbes en Croatie et des destructions de panneaux en cyrillique ont même eu lieu dans des municipalités et villes où leur présence ne faisait jusqu’alors pas débat.

Le « QG » a finalement organisé une pétition en vue de l’organisation d’un référendum national sur le statut des langues minoritaires, proposant d’augmenter le nombre requis de citoyens issus d’une minorité nationale pour l’apposition de panneaux bilingues de 33% à 51%. La pétition a récolté 650.000 signatures en novembre 2013, mais le gouvernement a jusqu’à présent repoussé la tenue du référendum.

Une nouvelle fois, le gouvernement croate a demandé à l’Union Européenne de réagir et de « raisonner » la population. Et à nouveau, la Commission européenne a répondu négativement, répondant par un communiqué officiel que le bilinguisme et les questions linguistiques sont du ressort de la compétence nationale.

Quand on sait avec quelle détermination les institutions de l’UE promeuvent et défendent le multiculturalisme, on peut aisément penser que ce n’est pas nécessairement le respect de la souveraineté nationale qui a motivé cette décision.

Néanmoins, les nationalistes croates ont de nouveau eu Bruxelles comme allié de circonstance dans ce dossier.

 

L’Union Européenne comme procuration pour la politique extérieure croate

L’adhésion de la Croatie à l’UE a entraîné des changements dans les relations entre la Croatie et la Bosnie-Herzégovine, et la question des droits des Croates dans ce pays. Les Croates constituent environ 15% de la population de la Bosnie-Herzégovine et sont une « nation constitutive » (le système politique de la Bosnie-Herzégovine ressemble fortement à celui du Liban moderne, avec le système du consociationalisme et des quotas ethniques pour les postes politiques), mais leur position politique a été fortement diminuée lors de la dernière décennie en raison des velléités des Bosniaques d’établir un contrôle politique total sur la fédération de Bosnie-Herzégovine.

L’Etat croate, qui était dans l’obligation de protéger les Croates de la Bosnie-Herzégovine selon les accords de Dayton, n’a rien entrepris pour préserver leurs droits et leurs positions, ce qui est en partie le fait du président croate Stjepan Mesić (2000-2010), ancien communiste et radicalement anti-nationaliste. Un désintérêt similaire était également le fait des gouvernements de centre-droit d’Ivo Sanader et de Jadranka Kosor, ce qu’ils ont ultérieurement justifié par la priorité donnée aux négociations d’adhésion avec l’Union Européenne.

La situation s’est rapidement inversée lorsque le centre-gauche est revenu au pouvoir en décembre 2011. Ironiquement, ce sont les ex-communistes et les libéraux qui ont accordé davantage d’attention à l’influence politique des Croates en Bosnie-Herzégovine, tandis que le Premier ministre croate Zoran Milanović était le premier chef de gouvernement croate à effectuer une visite en Bosnie-Herzégovine destinée exclusivement à rendre visite aux communautés croates d’Herzégovine et de Bosnie centrale.

Toutefois, la position du parti de centre-droit HDZ a également changé. Le député européen HDZ Davor Ivo Stier a lancé le débat autour de l’avenir de la Bosnie-Herzégovine au Parlement Européen et dans d’autres institutions de l’UE. Sa motion proposant le fédéralisme comme « solution intermédiaire » pour la Bosnie-Herzégovine (entre le centralisme bosniaque et le séparatisme serbe) a été soutenue par tous les députés européens croates, y compris les sociaux-démocrates.(4)

On peut certes s’interroger si ces déclarations parlementaires et ce lobbying effectué au sein des politiciens à la semi-retraite généralement envoyés au Parlement Européen peut entraîner une amélioration significative de la situation des Croates en Bosnie-Herzégovine. En effet, le Parlement Européen n’est pas encore décisif dans la politique extérieure de l’UE, et même s’il devait l’être à l’avenir, les 11 députés européens croates (soit 1,5% des sièges du Parlement Européen) sont peu susceptibles d’avoir un impact significatif sur le processus de décision.

 

Conclusion

Le contexte politique croate a connu de grands changements durant les 12 premiers mois de l’adhésion de la Croatie à l’Union Européenne, bien que ceux-ci soient indépendants de cette adhésion à l’UE :

– certains vieux partis établis de longue date dans la scène politique croate semblent avoir définitivement décliné (tels le HSS, Parti paysan croate ; le HSP, Parti croate du Droit ; le HSLS, Parti social-libéral croate) tandis que de nouvelles forces (aussi bien de gauche libérale que de droite conservatrice) sont en train d’émerger

– le premier référendum d’initiative populaire a eu lieu (les deux précédents avaient pour sujet l’indépendance en 1991 et l’adhésion à l’Union Européenne en 2012)

Mais peut-être que le changement le plus important est l’introduction de sujets idéologiques dans la rhétorique politique. Durant l’année 2013, la droite croate a bâti son identité idéologique autour de trois principes de base : l’anti-communisme, le conservatisme sociétal et le nationalisme.

Le premier principe (l’anti-communisme) s’est illustré au travers de l’affaire Perković, tandis que le second (le conservatisme sociétal) s’est articulé autour de la thématique de la famille et de l’homosexualisme. Enfin, le nationalisme a ressurgi au travers de l’opposition des panneaux bilingues à Vukovar et de la volonté d’intervenir diplomatiquement en faveur des Croates en Bosnie-Herzégovine.

Il est prévisible que l’opposition de centre-droit, réunie autour du HDZ, va continuer de faire la promotion de ces trois thématiques, au moins jusqu’aux prochaines élections législatives (prévues à l’automne 2015). La véritable question est de savoir à quel moment le rêve va se dissiper et ces politiques vont conduire à un conflit avec l’Union Européenne ?

 

 

 

Notes :

(1) Le 28 juin 2013, soit trois jours avant l’adhésion officielle de la Croatie à l’UE.

(2) Le Bundestag a ratifié le 16 mai, le Bundesrat le 7 juin, et le Président fédéral allemand le 14 juin 2013.

(3) Dont le français Jean-Michel Nicollier, engagé volontaire dans l’armée croate.

(4) http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//TEXT+CRE+20140205+ITEM-021+DOC+XML+V0//EN&language=en&query=INTERV&detail=3-822-000

 

 

 

Source : polemia.com, le 29 août 2014.

url : http://www.polemia.com/la-croatie-europeenne-a-gauche-ou-a-droite/

 

 

Voir les commentaires

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Intellectuels et activistes

Repost 0

Publié le 3 Août 2014

Jelena Rajak

 

Jelena Rajak est née à Zagreb, où elle a étudié la langue française et la littérature comparée tout en pratiquant le théâtre. En France, elle poursuit des études en arts du spectacle, parmi lesquelles l’enseignement du département Danse de l’Université Paris 8 fut décisif. En 2003, elle est lauréate du "Prix jeune chercheur" de la Fédération Internationale pour la Recherche Théâtrale récompensant une analyse phénoménologique des états du corps dans le butô, fondée sur sa propre pratique. Elle partage son temps entre ses activités professionnelles de traduction, de recherche et d’écriture, et une pratique amateur de la danse contemporaine et des méthodes somatiques. Elle a traduit en croate notamment le Dictionnaire du théâtre de Patrice Pavis et la Poétique de la danse contemporaine de Laurence Louppe. Elle publie des articles dans des revues spécialisées croates (Kretanja, Kazalište) et étrangères (Funambule, Repères, Performance Research). Après avoir enseigné le croate à l’Institut National de Langues et Civilisation Orientales à Paris, elle suit une formation en médiation artistique. Elle s’intéresse particulièrement au processus de création conçu comme un va-et-vient entre le mouvement et l’écriture.

 

Voir les commentaires

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Intellectuels et activistes

Repost 0

Publié le 20 Juillet 2014

Croates de Bosnie-Herzégovine : "les fascistes ne me feront pas taire"

 

 

Le 23 juin dernier, Slavo Kukić, professeur de sociologie de l’université de Mostar, était violemment agressé dans son bureau. Son « crime » ? Avoir critiqué les célébrations organisées pour le retour de Darijo Kordić, l’ancien commandant des forces croates de Bosnie-Herzégovine, le HVO, condamné à 25 ans de prison pour crimes de guerre. Dragan Čović, le chef de l’Union démocratique croate de Bosnie-Herzégovine (HDZBiH), avait notamment pris part à ces manifestations. Entretien.


 

Novosti (N.) : Après l’attaque que vous avez subi, vous avez déclaré que cette agression avait été planifiée bien avant le retour de Darijo Kordić en Bosnie-Herzégovine. Qui veut vous faire taire, et pourquoi ?

Slavo Kukić (S.K.) : L’agression avait été planifiée depuis longtemps. L’homme qui m’a frappé travaille pour une agence de sécurité, propriété d’un conseiller du ministre des Affaires intérieures du Canton d’Herzégovine et Neretva, Slađan Bevanda. Ce dernier est aussi le président du HDZ de Mostar et l’un des collaborateurs les plus proches d’un criminel, le chef de l’Union démocratique croate de Bosnie et Herzégovine (HDZBiH), Dragan Čović.

 

N. : Vous avez qualifié Dragan Čović de « cancer pour les Croates de Bosnie-Herzégovine ». Vous soutenez qu’il est d’accord avec Milorad Dodik et qu’il veut détruire le pays.

S.K. : Dragan Čović soutient que les Croates sont discriminés dans le pays. Il réclame une troisième entité, une chaine de télévision publique « en langue croate », afin de respecter l’identité nationale croate. C’est est un allié parfait pour Milorad Dodik. Il souhaite la création d’une troisième entité et il ne critique jamais la Republika Srpska. En 1991, sur le territoire de la Republika Srpska vivaient 220.000 Croates, soit 28% de tous les citoyens croates de Bosnie-Herzégovine. Aujourd’hui, ils ne sont plus là mais Čović évite soigneusement de soulever cette question avec Dodik. Pourquoi ? Parce qu’ils ont tous les deux un autre but que l’intérêt du peuple : protéger leurs activités criminelles. Leur objectif premier est d’empêcher l’émergence d’un État de droit en Bosnie-Herzégovine, car ils savent bien que dans ce cas, ils finiraient comme l’ancien Premier ministre croate, Ivo Sanader.

 

N. : L’Église catholique a, elle aussi, chaleureusement accueilli Darijo Kordić...

S.K. : Darijo Kordić a été condamné pour des crimes de guerre en Bosnie centrale. Je ne discute pas son droit à s’intégrer de nouveau dans la société. Mais l’Église n’a pas à se prétendre fière de ce qu’il a fait. Le cardinal Vinko Puljić a rendu deux fois visite à Kordić quand il était emprisonné en Autriche, il a fait de même avec Branimir Glavaš, en prison à Zenica. De plus, un évêque conduisait les prières pour Kordić à l’aéroport de Zagreb, Monseigneur Vlado Košić. En agissant de la sorte, les chefs de l’Église défendent l’idée d’une « nation sainte », qu’il faut à tout prix protéger. Encore une fois, ces agissements profitent à ceux qui ont volé le pays durant vingt ans et qui se demandent aujourd’hui ce qu’ils pourraient perdre si les choses changeaient en Bosnie-Herzégovine.

 

N. : Quand vous parlez de ces hommes politiques qui cherchent à diviser la Bosnie-Herzégovine, vous évoquez ouvertement un projet fasciste...

S.K. : Il s’agit de méthodes et d’un vocabulaire fascistes. Dans toutes les sociétés où plusieurs communautés cohabitent, il est nécessaire de travailler à éliminer la peur que l’on ressent pour les autres groupes nationaux. Au contraire, en Bosnie-Herzégovine, certains attisent la haine et l’intolérance. Et cela entraîne des violences contre ceux qui ont le courage de dire la vérité. C’est ce qui m’est arrivé.

 

N. : La Republika Srpska et la troisième entité croate sont-elles des projets fascistes ? La création d’une troisième entité ne finirait-elle pas par isoler les Croates ?

S.K. : Je n’ai rien contre la décentralisation, ce processus existe dans de nombreuses démocraties européennes. Mais je me révolte si l’on cherche à établir cette décentralisation sur des bases ethniques. Les Croates de Bosnie-Herzégovine habitent aujourd’hui une région qui s’étend de Stolac à Livno, ainsi que dans des enclaves au centre du pays. La constitution d’une troisième entité obligerait les Croates à quitter ces enclaves. Au bout du compte, ils abandonneraient une grande partie de la Bosnie et n’obtiendraient que ce que Šešelj leur avait offert dans les années 1990 : l’Herzégovine occidentale. Est-ce qu’ils ont vraiment besoin de ça ? Honnêtement, je ne le crois pas.

 

N. : Pourquoi avez-vous quitté le SDP de Zlatko Lagumdžija et donné votre soutien à Zeljko Komšić ?

S.K. : Je pensais que seul le SDP pouvait constituer une alternative au nationalisme dans ce pays. Toutefois, après les élections de 2010, le SDP a trahi son programme pour flirter avec les partis ethniques. J’étais très déçu et je ne voulais plus soutenir cette politique. Željko Komšić est resté fidèle à l’esprit du SDP. Je ne suis pas membre de son Front démocratique, mais il peut compter sur mon soutien.

 

N. : Vous avez attentivement observé les manifestations de février. Est-ce qu’elles représentent les premiers signes d’un bouleversement futurs de la société bosnienne ?

S.K. : Je n’avais pas de grandes illusions sur le succès de la révolte de février. Car, je dois le reconnaître, elles ont été finalement surtout limitées aux régions où les Bosniaques représentent la majorité de la population. Cela ne signifie pas, toutefois, que mon opinion à l’égard de ces manifestations soit négative : elles peuvent constituer un premier pas pour une révolution qui mettra fin aux idéologies nationalistes.


 

 

Propos recueillis par Nikola Bajto

Traduit par Andrea De Noni


 

Source : balkans.courriers.info, le 18 juillet 2014.

Article paru à l'origine sur novossti.com, le 6 juillet 2014.

 


 


 

Voir les commentaires

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Intellectuels et activistes

Repost 0

Publié le 7 Juillet 2014

Professeur à l’École des mines de Zagreb, Igor Dekanić est l’auteur de nombreuses études sur la question énergétique et les stratégies géopolitiques. Au début des années 2000, il a été conseiller du Président croate Stjepan Mesić.


 

Croatie : le futur pôle énergétique de l’Europe du sud-est ?


 

Depuis quelques mois, un nouveau projet divise la Croatie : l’exploitation off-shore du pétrole de l’Adriatique. La compagnie pétrolière nationale INA est sur les rangs en partenariat avec les Norvégiens Spectrum. Mais Russes et Américains sont aussi intéressés par ces ressources négligées. Entretien avec le spécialiste des questions énergétiques Igor Dekanić.


 


 

Radio Slobodna Evropa (RSE) : Une délégation de haut rang du département d’État américain s’est récemment rendue en Croatie, où elle a rencontré plusieurs responsables locaux. Quelle est, selon vous, l’importance de ces discussions ?

Igor Dekanić (I. D.) : La Croatie est en récession depuis cinq-six ans. La meilleure solution pour sortir de cette récession serait de se concentrer sur les questions énergétiques. Cela ne veut pas dire qu’il faille réindustrialiser, ni construire des hauts fourneaux, mais c’est la condition inévitable pour moderniser le tourisme ou faire des transactions financières importantes. La Croatie est un des rares pays d’Europe du sud qui produit plus de la moitié de l’énergie qu’elle utilise – deux tiers du gaz et 10 à 15 % du pétrole. Les autres pays de la région importent tout. Le pays a donc intérêt à augmenter sa production énergétique et augmenter ses importations (internationales et locales) non seulement pour ses propres besoins, mais aussi pour tout le sud de l’Europe et ainsi profiter de sa position géographique favorable. Et pourquoi pas, devenir le pôle énergétique de la région et fournir en énergie la Slovaquie, par exemple ? L’énergie slovaque vient de Russie évidemment ! C’est là que se trouve l’intérêt commun avec les États-Unis. L’intérêt principal de la Croatie serait de voir les compagnies d’électricité américaines investir dans le secteur énergétique croate, principalement dans la recherche et la production d’hydrocarbures dans la mer Adriatique, ainsi que la construction d’un terminal méthanier pour le gaz naturel.


 

RSE : Ce ne serait pas la première fois que les États-Unis investiraient dans le secteur énergétique en Croatie...

I. D. : Je pense que le contexte géopolitique actuel est justement l’occasion parfaite, pour les compagnie pétrolières américaines, de revenir dans le sud de l’Europe plus de 25 ans après. Elles peuvent le faire avec les Russes, ou sans eux. N’oublions pas que les compagnies américaines Chevron et Texaco étaient des partenaires de l’INA (l’entreprise nationale pétrolière, fondée en 1964, elle est basée à Zagreb, NDT). Plus tard, après l’éclatement de la Yougoslavie, les Américains ont laissé tomber notre marché énergétique. Cela a fait de la place à d’autres. Il serait donc temps pour les compagnies américaines de revenir dans la région, seules ou en créant des partenariats stratégiques avec la Russie. Ils sont déjà partenaires en Asie du sud-est et en Sibérie, demain en Mer Noire, etc.


 

RSE : L’affaire qui a beaucoup fait parler de l’INA concerne son partenariat avec l’entreprise hongroise MOL. Selon vous qui a tort ou raison : le gouvernement croate, qui prétend que l’INA n’est pas bien administrée depuis plusieurs années, ou les dirigeants de MOL, qui affirment que tout va très bien à l’INA ?

I. D. : Si l’on observe la situation de loin, il est clair que selon tous les paramètres – la production, le financement et le développement – l’INA est en recul depuis plusieurs années. Toutes les analyses le montrent. D’un autre côté les Hongrois de MOL ont raison de dire que l’INA est en avance sur la question des coûts d’exploitation. On économise plus aujourd’hui qu’il n’y cinq ou six ans. En ce sens, les Hongrois ont raison de dire que l’INA s’en sort bien, pour ce qu’il en est de la gestion opérationnelle. Le problème c’est que l’INA n’est pas une entreprise comme les autres, c’est une compagnie pétrolière et elle se doit d’investir. Le jour où l’on arrête d’investir, on signe l’arrêt de mort de la compagnie. Si on prend exemple sur des expériences passées, la compagnie américaine Gulf Oil avait commencé à économiser dans les années 1970 et elle a disparu en 1982, quand elle s’est faite racheter par Chevron. Il faut apprendre des erreurs passées.


 

RSE : Que pensez-vous de la rumeur qui prétend que la cause des conflit entre MOL et le gouvernement croate est due à l’implication de la Russie dans l’affaire ?

I. D. : C’est difficile à dire sans information concrète. D’un côté, les compagnies pétrolières et gazières russes sont présentes dans tout le sud de l’Europe. Elles ont racheté une partie de NIS en Serbie, ou encore ROMPETROL en Roumanie. La Roumanie est aussi membre de l’UE. La stratégie de la Russie est le développement vers le sud européen. D’un autre côté, les compagnies russes sont aussi les partenaires stratégiques des plus grosses compagnies américaines. Est-ce que les compagnies russes ont participé, d’une manière ou d’une autre, aux discussions avec les propriétaires de l’INA ? Il faudrait le demander aux dirigeant de MOL ou au gouvernement hongrois.


 

RSE : Quels sont les scénarios envisageables maintenant ? La Croatie prétend que la condamnation de Sanader pour corruption l’aidera à arbitrer cette affaire entre l’INA et MOL. On a l’impression qu’on attend qu’une tierce personne vienne régler le problème. Y-a-t-il assez de volonté politique ?

I. D. : Il est sûr qu’on se doit de trouver une solution. Retarder ce moment est peut-être tactique pour les partis qui essaient de gagner des points électoraux, mais cela n’aide en rien MOL et l’INA. Si l’on regarde les cours en bourses des deux compagnies, on peut en conclure rapidement que ce retard ne les aide pas du tout. J’aurai du mal à dire, de part ma position d’universitaire, qui pourrait être cette tierce personne qui viendrait apporter une solution. La question de l’arbitrage est ici essentielle. Cela prendra surement encore beaucoup de temps, comme cela a été le cas, il y a quelques années, quand OMV (compagnie pétrolière autrichienne privée. Depuis 2008, OMV contrôle l’un des trois principaux centres de répartition du gaz russe en Europe, NDT) a essayé de racheter MOL. Mais la compagnie hongroise ne s’est pas laissée faire. Je dirais que la solution au problème ne se trouve pas du côté de MOL mais bien dans les mains des politiciens – des gouvernements croates et hongrois.


 


 

Propos recueillis par Enis Zebić

Traduit par Jovana Papović

 


 

Source : balkans.courriers.info, le lundi 7 juillet 2014

Article paru à l'origine sur slobodnaevropa.org, le 3 juillet 2014

 

Voir les commentaires

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Intellectuels et activistes

Repost 0

Publié le 22 Juin 2014

“Les politiciens nous poussent à nous détester pendant qu'ils se la coulent douce avec des prostituées !”

 

 

 

Stjepan Krznarić, arrière-petit-fils du politicien Stjepan Radić assassiné par des Serbes, évoque dans un entretien exclusif pour Telegraf la haine entre les Croates et les Serbes, la façon dont il est venu en aide aux personnes durant les inondations, les raisons qui le feront revenir à Obrenovac, ce qui l'a poussé à offrir sa voiture aux victimes des inondations et bien d'autres choses encore.


 

Quand les inondations se sont abattues sur les Balkans, la page Facebook d'un musicien et blogueur croate, Stjepan Krznarić, plus connu sous son pseudo de blogueur Drito Konj, n'a pas manqué de faire vibrer.

Stjepan s'insurge contre le nationalisme et les organisations religieuses. Il voit dans les inondations un facteur d'unification qui pourrait réconcilier et unir les peuples vivant dans l'ex-Yougoslavie.

C'est dans un cours laps de temps que Stjepan a organisé un grand nombre d'actions humanitaires en Serbie et en Bosnie alors même qu'il provient d'une vieille famille croate. En effet, il est l'arrière-petit-fils du politicien croate Stjepan Radić qui à la date d'aujourd'hui fut assassiné en 1928 par le camp serbe !

Stjepan Radić fut atteint de plusieurs balles après des débats houleux au Parlement national puis succomba un mois plus tard de ses blessures. Cette année marque le 84e anniversaire de l'attentat contre Radić, assassiné pour de soit disant provocations du peuple croate.

 

 

***

 

Qu'est-ce que cela fait d'avoir grandi dans un milieu qui ne supporte pas les Serbes ?

Je n'ai pas grandi dans un milieu qui ne supporte pas les Serbes, je dirais plutôt que mon milieu a toujours été “vigilant” envers les Serbes. D'après mes souvenirs, ma famille était bien plus vigilante envers le gouvernement et l'état. Je sais que dans la famille régnait une totale paranoïa, notre téléphone était sur écoute parmi d'autres choses. Et si les Serbes y sont pour quelque chose, alors moi je suis le Pape !

 

J'étais enfant, tous ces conflits me paraissaient fort abstraits car dans mon enfance j'avais noué connaissance avec des Serbes et des Slovènes et aussi toutes les nationalités existantes, sans arriver à faire la moindre différence. L'état, c'est-à-dire le gouvernement était en revanche très mal perçu dans ma famille.


 

Qu'est ce qui t'a poussé à venir en Serbie et à te lancer dans les secours ?

La même raison qui m'a poussé à aller en Bosnie et en Slavonie bien qu'en Slavonie nous n'avons guère été d'un grand secours parce que les bénévoles de la Croix Rouge nous ont pratiquement éconduit par leur indifférence. Ces inondations ont frappé des gens. Pas des Serbes, ni des Bosniens ni des Croates... simplement des gens !

 

L'idée première était de partir avec des amis et d'acheminer l'aide que nous avions collectée lors d'un concert humanitaire réalisé par nos soins. C'est alors qu'un premier article a fait le buzz, ce qui m'a donné l'occasion de rassembler beaucoup plus d'aide et d'organiser davantage de personnes.

 

Dans un premier temps le titre accrocheur “L'arrière-petit-fils de Stjepan Radić...” a eu le don de m'agacer puis j'ai compris que ça n'avait aucune importance et que ce qui compte est d'aider un maximum de gens. Peu importe si l'article a été repiqué sans mon accord à partir de ma page Facebook. Tel est le journalisme moderne : Détourne et augmente ton audience sur le dos du travail d'autrui.

 

Quoi qu'il en soit on va bientôt revenir à Obrenovac, j'ai entendu dire qu'il y a des villages dans les alentours comme Šamac qui manque probablement encore d'équipement agricole, ce serait donc bien que des gens me contactent pour m'orienter.


 

Nous avons appris que tu avais mis de l'argent de côté pour acheter ta propre voiture mais que tu as fini par offrir cette voiture à des fins humanitaires. Il s'agit d'un geste rare, qu'est-ce qui t'a incité à agir ainsi?

Il ne faut pas y voir un geste très humain, ça devrait être parfaitement normal. Des gens ont fait pour moi de très belles choses, c'est en quelque sorte un juste retour des choses. Pour se faire une idée, deux jours avant que j'amène ma voiture en Bosnie, une amie m'a appelé pour me dire qu'elle possède un petit véhicule tout-terrain qui est en panne et que si j'arrive à le réparer je pourrais en faire ma propre voiture. Le juste retour des choses.

 

Certains de mes amis ont aussi leur voiture alors que moi j'ai un vélo. J'arriverai donc à me débrouiller. En revanche les gens qui ont tout perdu dans les inondations ne peuvent pas se débrouiller aussi facilement. Garder cette voiture uniquement pour la valeur qu'elle a sur le papier aurait été fort bête. Je regrette juste qu'il n'y ait pas plus de gens pour raisonner de la sorte.


 

Tu as parcouru la Bosnie, la Croatie et la Serbie. Est-ce que les gens se détestent vraiment ou est-ce que cette haine est le fruit d'une mauvaise politique et des médias?

Tu parles d'une haine ?! En aucun cas. Ici et là surgit un débile quelconque (quel que soit sa nationalité) pour la ramener avec des histoires de peuples, de guerres et autres fantaisies, mais je n'en ai rien à faire. Les gens pensent qu'il est de la plus haute importance de connaître les faits de l'histoire, mais ce n'est pas vrai. C'est à nous qu'il appartient de créer l'histoire. Nous n'avons pas à nous appuyer sur ce qui fut. Certes, jadis des gens se sont tapés dessus. Il se trouve qu'ils étaient de telle nationalité. Mais qu'est-ce que j'en ai à faire ? Strictement rien. Je vois des idiots qui s'écharpent ponctuellement dans un centre commercial là où j'habite, or tous sont croates.

 

J'ai discuté avec tout un tas de gens et pas la moindre trace de haine. En revanche tous s'accordent pour dire que nos trois peuples se font, veuillez m'excuser, proprement enculer.

 

Nous sommes enfermés, coupés du reste du monde qui nous perçoit comme des nazes balkaniques toujours près à se lancer dans une guerre. Le pire est que ce sont les plus bruyants, ceux qui dirigent l'état, qui sont ainsi. Pour moi c'est le pied d'être en Serbie et en Bosnie, j'aime l'idée de pouvoir voyager et rencontrer des gens, il n'y a pas ce sentiment hermétique tel qu'il existait il y a vingt ans.


 

Qu'est-ce que tu penses de la sempiternelle haine entre les Croates et les Serbes ?

Je pense que cette haine n'existe pas. Là encore on s'appuie sur cette foutue histoire qui a de toutes façons été cousue par une poignée de gens poursuivant leurs intérêts personnels. Diviser pour régner a toujours été la meilleure formule. Ils nous poussent à nous détester alors qu'eux voyagent élégament dans leurs yachts et leurs avions à destination de régions tropicales en compagnie de mûlatresses bimbos ensuite ils se justifient par la tenue de rendez-vous politiques cruciaux.

 

C'est ainsi que des pauvres cons dirigent l'état. Dirigent... tu parles. On en a même trois dans les parages. Il n'y a pas de haine, juste de la manipulation. Si ducon élève le fils de ducon pour que celui-ci apprenne à détester quelqu'un qu'il n'a jamais vu, à quoi faut-il s'attendre ?


 

Crois-tu que l'espoir existe d'un avenir pacifique entre les Serbes et les Croates ?

Comme je l'ai déjà écrit, cela se fera lorsque la vieille génération montera au paradis et que des jeunes gens libéraux auront compris qu'ils doivent faire preuve de plus de courage, que chacun est en mesure d'apporter de gros changements. Il faut beaucoup de temps, on est bien d'accord, mais c'est possible. En ce qui me concerne l'avenir est déjà pacifique, il reste maintenant à ce que beaucoup plus de gens se fassent à l'idée.

 

Il faut juste veiller à empêcher des égoïstes, des attardés aux tendances nationalistes, d'être plus bruyants que nous. Juste cela. Dis-toi que si je viens à Belgrade et qu'un Serbe me tape dessus, je n'ai pas été tapé par un Serbe mais par un con. Ce même con m'aurait tapé dessus que je sois à Zagreb, à Sarajevo ou à Londres. Partout il y a des cons, évitons de ramener toute une nation à eux.


 

Qu'est-ce qui a changé dans ta vie depuis que tu as commencé à réaliser des actions de secours en faveur des sinistrés serbes et depuis que tu milites pour l'unification des Balkans ?

Je n'ai pas dormi depuis un mois, le temps me manque pour tout, je suis éreinté et je n'ai pas de voiture. Mais c'est super, vraiment super.


 

Qu'est-ce que tu envisages d'autre en ce qui concerne l'unification des Balkans ?

Je n'en sais trop rien. Il y a le projet d'un court-métrage dans lequel les habitants de toute l'ex-Yougoslavie expliquent n'avoir aucune haine pour personne, entendant par là les habitants des pays voisins. Il comportera une partie narrative qui retrace brièvement la fabrication de l'intolérance et toutes ces déclarations qui s'ensuivent. Cela dans notre langue et en langue étrangère. Il est temps que nous montrions au reste du monde que nous ne sommes pas des criminels belliqueux comme on se l'imagine. Il y aura d'autres choses encore mais qui restent à définir.


 

Est-ce que tes activités sur les réseaux sociaux pour venir en aide aux victimes des inondations ont donné des résultats ?

Oui, quelques uns. D'accord, peut-être que pour certains cela représente peu d'argent mais moi et les personnes qui avons envoyé les dons et nous sommes rendus dans les zones inondées nous considérons cela excellent. Certes nous n'avons pas réparé d'école ou de maison de soins de santé ni de maisons pour les gens mais nous avons donné tout ce que nous avions en nous pour soulager de nombreuses familles durant cette mauvaise passe.

 

Mon grand souhait est de réunir un maximum de gens pour revenir à Obrenovac, non seulement parce que cela s'avère plus facile de travailler ainsi mais aussi pour montrer réellement qu'il n'existe aucune haine ni rage. Nous ne sommes pas de ceux qui débattent de l'histoire pour mieux masquer un manque d'arguments, nous sommes de ceux qui faisons l'histoire.

 

Aussi peu que nous soyons, nous apportons de la joie à une personne concrète et lui rendons l'espoir que les choses peuvent s'améliorer. Et si tu montres que les choses peuvent aller mieux, tu as fais beaucoup. Nous nous efforçons de le démontrer au plus grand nombre.


 


 

Source : balkanikum.vefblog.net, le 22 juin 2014.

article paru à l'origine sur telegraf.rs, le 20 juin 2014.

Page Facebook de Drito Konj

 

 

Voir les commentaires

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Intellectuels et activistes

Repost 0