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Publié le 24 Juillet 2017

Librairie Kutak Knjiga : “L’Europe c’est positif, c’est notre avenir commun”


 

ENTRETIEN – Depuis 1981, Joseph Le Corre fréquentait la Croatie : résultat d’un hasard et du fait qu’il avait commencé à étudier le serbo-croate, explique-t-il. Dans ce contexte, le voici qui bénéficia d’un séjour linguistique en Yougoslavie. « Le pays m’a plu, une heureuse rencontre a contribué à ce que le pays devienne pendant trois décennies un lieu de vacances », se souvient-il. Et particulièrement la Croatie, mais aussi la Bosnie, le Monténégro. 


 

La librairie Kutak Knjiga s'est ouverte le 16 juin 2014 sur l'île de Korcula, située dans la mer Adriatique. Lieu de lecture international, son fondateur Joseph Le Corre, un Breton, nous raconte cette aventure. 


 

ActuaLitté : Comment s’est créée la librairie Kutak Knjiga ?

 

Joseph Le Corre : J’ai voulu faire de la retraite une autre étape, une autre vie en attendant par ailleurs que mon épouse puisse elle aussi bénéficier de ce droit. L’idée de librairie est à la fois le goût de la lecture, de la culture, une opportunité d’échanges avec des personnes venant du monde entier. Les lieux touristiques, nombreux sur la côte dalmate, manque aussi d’emplois, d’emplois stables, c’est aussi l’un des enjeux. 

 

C’est un service culturel qui n’existait pas sur place et j’ai choisi d’écarter toute activité qui constituerait une concurrence par rapport aux locaux, pas de papeterie par exemple, il en existe une. Sachant qu’une librairie peut difficilement trouver l’équilibre économique, l’hiver je propose des cours de langues, pour des particuliers, mais aussi pour des professionnels du tourisme.

 

 

Quelles sont les spécificités historiques du marché du livre en Croatie ?

 

Joseph Le Corre : Ici, comme semble-t-il dans les autres pays de l’ex-Yougoslavie, il n’existe pas de librairies indépendantes, une dizaine tout au plus en Croatie. Ce sont les maisons d’édition qui créent les librairies et en ouvrent là où il y a un marché, dans les grandes villes. Et lorsqu’une librairie s’affiche internationale cela veut surtout dire qu’il y a de l’anglais.

 

Ceci étant le secteur est aujourd’hui en difficulté, les gros éditeurs (et librairies à la même enseigne) se font racheter par des groupes internationaux, des établissements ferment y compris dans les grandes villes.

 

 

À ce jour, à quelles problématiques faites-vous face ?

 

Joseph Le Corre : La nature des difficultés varie au fil du temps et de l’évolution de la librairie. L’un des aspects les plus complexes est sans doute le suivi des questions sociales concernant les salariés comme l’employeur ; nous sommes toujours dans des mondes différents, une culture différente. Pour résumer, je dirais qu’il y a parfois une sorte de mariage entre la fuite en avant de l’ultralibéralisme et la bureaucratie héritée de l’ancien système. 

 

Ensuite, sur l’activité elle-même, rien de particulièrement original : ouvrir des comptes chez un certain nombre d’éditeurs en Croatie et en France a été simple, mais pour l’anglais j’ai vraiment avancé sur ce point cette année et pour l’allemand plus difficilement. Pour le tchèque, le polonais, l’italien et les autres langues, moins diffusées, l’approvisionnement, en conservant une marge sans trop augmenter les prix, reste un combat. Évidemment, le tout reste à ce jour, plus pour longtemps je l’espère, sans filet : je dois payer cash et assurer personnellement la trésorerie. 

 

Mais je ne considère pas trop cela comme un problème pour l’instant, d’autant plus que le très fort développement engagé depuis un an et demi maintenant ouvre de nouvelles perspectives et globalement je n’ai pas dépassé les investissements prévus et aucune dette.

 

 

Comment établissez-vous votre sélection d’ouvrages mis en avant ?

 

Joseph Le Corre : Tout d’abord, j’ai choisi les langues dont au moins 2500 locuteurs passent à Korčula (sur la commune). À titre indicatif il y a environ 17 000 habitants sur l’île dont 6000 sur la ville de Korčula. Je considère que les amoureux de la lecture en vacances vont bien entendu pour certains rechercher un bon vieux polar, mais beaucoup vont aussi saisir l’occasion pour lire ce qu’ils ne font pas au quotidien, par exemple, des auteurs que l’on trouve dans toutes les langues : Vargas Llosa, Hemingway et bien d’autres....

J’ai ajouté un rayon qui me tient à cœur, les récits de voyage tant les incontournables Nicolas Bouvier et Ella Maillard que les plus récents Sylvain Tesson, Bruce Chatwin, Paul Theroux et bien d’autres.

Mais ce qui attire le plus les amoureux de la lecture, toujours curieux de la culture du lieu où ils se trouvent, c’est le rayon Croatie, pays slaves, Balkans. On peut y découvrir des auteurs croates traduits, des romans dont l’intrigue se déroule en Croatie, de l’histoire, de la poésie, du théâtre... Des auteurs tchèques, serbes, albanais, turcs et bien d’autres ; Ivo Andric voisine avec Yachar Kemal et Ismaïl Kadaré, trois auteurs des Balkans qui chacun à leur manière décrit la complexité et la richesse des relations dans ce monde si particulier.

 

 

Quelles sont vos relations avec les distributeurs ?

 

Joseph Le Corre : Des relations professionnelles qui dans plusieurs cas ont l’avantage d’être très pro et pour le même prix des relations humaines très riches, des commerciaux qui connaissent le centre d’intérêt de la librairie et qui ne manquent pas une occasion de communiquer la bonne adresse pour tel ou tel éditeur et d’attirer l’attention sur une publication récente. 

 

Il arrive parfois aussi que certains aient du mal à comprendre qu’une petite librairie à l’étranger ne peut pas fonctionner comme un établissement plus important dans une grande ville française et qu’un paquet qui voyage beaucoup doit peut-être se conditionner avec un peu plus d’attention. 

 

 

Que vous apporte le réseau de l’AILF ?

 

Joseph Le Corre : J’ai un réflexe culturel, conditionné sans doute par des années d’engagement collectif, syndical, je n’aime pas travailler seul, réfléchir seul, donc j’adhère ! L’AILF, j’y trouve des informations, des mises en contact, des personnes qui savent écouter, avec qui on peut échanger, chose qui fait toujours avancer les idées et les projets.


J’en suis certain, cela portera un de ces jours pour Kutak Knjiga et d’autres collègues, quelques constructions collectives que nous n’imaginons pas forcément aujourd’hui. Kutak Knjiga, comme beaucoup d’autres a beaucoup à gagner dans ces investissements de réseau appuyés par les ambassades (ce qui a été constant ici en Croatie) et soutenus par le CNL.

 

 

Quel regard portez-vous sur l’industrie du livre ?

 

Joseph Le Corre : Je ne peux pas dire que j’ai un regard sur l’industrie du livre, mes contacts sont surtout quelques éditeurs et surtout les distributeurs, un ou deux grossistes. J’ai un regret très ciblé, les barrières à l’entrée misent par certains en imposant pour l’ouverture d’un compte, des commandes minimales, qui pour le coup sont maximales, plusieurs milliers d’euros, et impossibles à atteindre pour certains....Un petit colloque sur l’exception culturelle et on n’en parle plus !

 

 

Vous vendez des ouvrages en douze langues : quelle idée de l’Europe souhaitez-vous défendre à travers votre librairie ?

 

Joseph Le Corre : Citoyen français et fier de l’être, je suis un Européen convaincu. Je constate que ce lieu, Korcula, est en quelque sorte un centre de l’Europe l’été. Avant la guerre en ex-Yougoslavie on y croisait surtout des Allemands, des Anglais, des Australiens, des Italiens, des Autrichiens, des Français... Depuis une dizaine d’années, l’Europe centrale arrive en force. Beaucoup de Polonais et de Tchèques, mais aussi des Hongrois et des Slovaques, c’est un point de rencontre, rare, entre l’est et l’ouest de l’Europe, après la chute du mur et le rendez-vous est chez les non-alignés.

 

Nous devons nous saisir de cette opportunité, nous pouvons travailler à cette construction européenne, sereinement ; ce mélange saisonnier est une richesse pour notre culture commune, les échanges dans tous les domaines.


 

L’Europe est une réalité très positive même si elle a des défauts. C’est de la démagogie pure que d’afficher constamment, quand il y a un problème national, que « c’est la faute de l’Europe ! » même lorsque la question soulevée est bien souvent antérieure ; c’est de la démagogie que d’affirmer que l’Europe est seulement celle de l’argent alors même qu’il existe déjà beaucoup de textes sociaux, et sur le plan culturel, quelle richesse Erasmus ! Alors l’Europe c’est positif, c’est notre avenir commun. 

C’est tout de même un pied de nez de l’histoire tout cela au carrefour de la République de Venise, des empires ottoman, austro-hongrois et de Raguse.

 

 

Vous célébrez les 3 ans de votre librairie cette année : quel bilan pourriez-vous faire de ces 3 années passées ?

 

Joseph Le Corre : Du bonheur, des résultats, un service créé, des emplois qui se consolident et une richesse : des échanges quotidiens avec toutes ces personnes qui viennent chercher un livre, demandent un conseil, restent échanger longuement et avec qui parfois on se lie.
 

Mais ce résultat n’est pas venu seul, j’ai reçu constamment des appuis précieux, localement de la part des autorités, de la presse qui s’est largement fait l’écho de la création de la librairie et les guides touristiques sont des relais précieux tout comme les apports du CNL. 


 

L’ambassade de France à Zagreb et l’Institut français ont été très présents, par leurs conseils. Tout ceci m’a permis de travailler avec l’école française, les professionnels du FLE et bien d’autres. L’Ambassadrice de France sera présente ce 28 juillet pour fêter les 3 ans de la librairie. 

 

Et le plus important du bilan, cette première étape positive, le rêve devenu réalité, appelle d’autres projets, d’autres défis.



Kutak Knjiga
Kovački prolaz bb Korčula
e-mail: kutak.knjiga@gmail.com
00 385 (0)91 496 02 64
00 385 20 716 541
ouverture Lundi/vendredi, 9h30 - 20h


 


 

Source : actualitte.com, le 24 juillet 2017.


 

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Rédigé par brunorosar

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Publié le 4 Juillet 2017

AMC élargit sa distribution en Croatie

 

 

Le groupe AMC Networks International, à travers sa filiale d'Europe centrale et du nord, vient de garantir la distribution de sa chaîne AMC en Croatie.

Ce lancement sur le bouquet de base de l'opérateur Vipnet (c'est la première que la chaîne AMC intègre une offre de base) coïncide avec le début de la 2e saison de la série « Preacher » et fait partie de la stratégie d'expansion du groupe dans la région adriatique, suite à la signature, l'an dernier, d'accords pour engranger de nouveaux téléspectateurs en Croatie, Serbie, Macédoine et Bosnie-Herzégovine.

La chaîne AMC est aujourd'hui distribuée dans 125 pays pays et territoires en Europe, Amérique Latine, Asie, Afrique et Moyen-Orient.

 

 

Source : telesatellite.com, le 2 juillet 2017.

 

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Rédigé par brunorosar

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Publié le 5 Mars 2017

LE PLUS GRAND RECUEIL D’AUTEURS CROATES EN LANGUE FRANÇAISE VIENT D’ÊTRE PUBLIÉ

 

Nous avons le plaisir de vous informer que la maison d’édition zagreboise Durieux vient de publier, en co-édition avec la plate-forme artistique parisienne THEATROOM, l’édition 2016 de la revue littéraire Le Fantôme de la liberté — revue littéraire pour la survie en ces temps schizophrènes.

 

Sur pas moins de 912 pages est circonscrit un large cercle d’auteurs et d’artistes contemporains croates, ce qui en fait le plus important recueil d’auteurs croates jamais publié en langue française.

 

Les auteur.e.s (71) sont présenté.e.s par des extraits représentatifs de leurs œuvres. La rubrique Coup d’essai propose des essais et des études de Snježana Banović, Ivo Goldstein, Dražen Katunarić, Snježana Kordić, Nenad Popović et autres. Des nouvelles et des extraits de romans de Daša Drndić, Zoran Ferić, Damir Karakaš, Milko Valent et nombreux autres sont réunis dans la rubrique Coup de foudre. Parmi de nombreuses et importantes contributions, notons aussi la toute première traduction française d’extraits du roman Les Printemps d’Ivan Galeb de Vladan Desnica. La rubrique Coup de gueule offre des interviews, tandis que la rubrique Coup de théâtre présente la comédie musicale Madame Hamlet d’Alfi Kabiljo et Mate Maras, ainsi que les écritures dramatiques de Janko Polić Kamov avec sa pièce La Tragédie des cerveaux, Slobodan Šnajder et son Kamov, Nikola Tutek et son Théâtre volant, Ivan Vidić et sa pièce À travers les chambres et Vlatka Vorkapić et sa Judith French. Dans la rubrique Coup de grâce nous découvrons les cycles poétiques d’Ivan Slamnig, Danijel Dragojević, Darko Rundek et Branko Čegec, ainsi que de nombreux autres poètes croates contemporains. Le numéro est ponctué par la rubrique Coup d’œil, la galerie des œuvres artistiques de Željko Kipke, Miroslav Sekulić-Struja, Veljko Vidak, Sandra Vitaljić et Davor Vrankić qui signe l’illustration sur la couverture. L’ouvrage clôture la biobibliographie des participants.

 

Cette édition du Fantôme de la liberté a été conçue par l’écrivain, metteur en scène et traducteur Yves-Alexandre Tripković, par le rédacteur, critique littéraire, traducteur et essayiste Nenad Popović et par l’écrivain et rédacteur Dalibor Šimpraga.

 

Tous les auteurs, traducteurs, correcteurs et rédacteurs de cette édition du Fantôme de la liberté ont travaillé gracieusement sachant que les subventions annuelles accordées par le Ministère de la culture de la République de Croatie et du Bureau culturel de la Ville de Zagreb auraient largement été insuffisantes pour un projet aussi conséquent voire capital dans le sens de la promotion de la littérature croate.

 

Ce même enthousiasme avait permis en 2008, à l’occasion du Salon du livre à Leipzig lorsque la Croatie en était le pays invité d’honneur, de publier un important recueil de textes d’auteurs croates, édité en langue allemande cette fois-ci, sous le titre Phantom der Freiheit.

 

La revue littéraire Le Fantôme de la liberté (Fantom slobode) doit son nom au film éponyme de Luis Buñuel dont le poète Semezdin Mehmedinović s’inspira en créant en ces temps de siège une revue culturelle. Lorsqu’il partit de Sarajevo pour les États-Unis, les membres de la rédaction de la maison d’édition zagreboise Durieux décidèrent, en hommage à ce projet qui a vu le jour dans la ville assiégée, de préserver le nom pour la revue littéraire fraîchement fondée en 2003. Cette première édition spéciale parisienne en est ainsi la petite-fille héritant de la tradition de l’insoumission et du dépassement des frontières.

 

Auteurs présents dans la revue littéraire Le Fantôme de la liberté 2016:

Amir Alagić · Stanko Andrić · Krešimir Bagić · Tomica Bajsić · Asja Bakić · Jerko Bakotin · Stjepan Balent · Snježana Banović · Ana Brnardić · Slađana Bukovac · Branko Čegec · Jean de Breyne · Vlasta Delimar · Lana Derkač · Vladan Desnica · Danijel Dragojević · Daša Drndić · Zoran Ferić · Miro Gavran · Ivo Goldstein · Tatjana Gromača · Iva Hlavač · Željka Horvat Čeč · Davor Ivankovac · Dorta Jagić · Alfi Kabiljo · Damir Karakaš · Senko Karuza · Dražen Katunarić · Željko Kipke · Snježana Kordić · Slađan Lipovec · Branko Maleš · Mate Maras · Vlado Martek · Miroslav Mićanović · Vanda Mikšić · Simo Mraović · Kristijan Novak · Nikola Petković · Sibila Petlevski · Marko Pogačar · Janko Polić Kamov · Edo Popović · Nenad Popović · Ivica Prtenjača · Leo Rafolt · Ivana Rogar · Vedrana Rudan · Darko Rundek · Ivana Sajko · Olja Savičević Ivančević · Miroslav Sekulić – Struja · Ivan Slamnig · Ivan Sršen · Dalibor Šimpraga · Slobodan Šnajder · Igor Štiks · Marko Tomaš · Yves-Alexandre Tripković · Nikola Tutek · Milko Valent · Veljko Vidak · Ivan Vidić · Sandra Vitaljić · Vlatka Vorkapić · Davor Vrankić · Milana Vuković Runjić · Neven Vulić · Ivan Zrinušić · Darija Žilić

 


Source : http://yatk-paris.wixsite.com/theatroom/le-fantme-de-la-libert

 

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Rédigé par brunorosar

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Publié le 12 Février 2017

Anarchisme en Croatie. Le mouvement a survécu: Nouvelles stratégies pour de nouveaux temps dangereux!

 



Le scientifique d’Osijek Luka Pejić (1987), qui travaille comme assistant au Département d’histoire de la Faculté de philosophie d’Osijek, a publié l’an passé un livre intitulé «Histoire de l’anarchisme classique en Croatie» (“Historija klasičnog anarhizma u Hrvatskoj”), ouvrage qui a suscité un vif intérêt. Au sujet de ce livre ambitieux, érudit, digne de louanges et qui porte sur l’anarchisme en général et sur d’autres questions plus ou moins liées à ce thème, nous avons pu parler avec son auteur.
 


- Pour ceux qui n’ont pas encore lu ce livre mais le souhaiteraient, en bref – sur quoi porte-t-il?

- Il s’agit d’une analyse des processus de modernisation de la fin du 19e et du début du 20e siècle, des exemples d’apparitions de groupes anarchistes, enregistrées dans différentes villes et différents villages croates, que j’ai tenté de placer dans un contexte international plus large. En fin de compte, l’étude a montré comment les activités anarchistes en Croatie ont correspondu aux grands événements mondiaux – des Croates ont été délégués au Congrès panslave de Prague en 1848 et ils ont connu Michel Bakounine, le célèbre anarchiste russe, au moment de la Commune de Paris (1871), les anarchistes ont alors exprimé leur solidarité de façon symbolique avec les Communards, la notion de «terrorisme révolutionnaire» a été débattue également dans la région, et en même temps des mandat d’arrêt ont été lancés contre des dizaines d’anarchistes en fuite, certains ont envisagé la fondation d’une commune anarchiste (Miloš Krpan), ils ont diffusé des publications anarchistes, des écrivains croates ont lu et discuté de l’anarchisme (Matoš, Cesarec, Krleža), les anarchistes de la région d’Istrie et de Dalmatie, ainsi que Nikola Turčinović de Rovinj, se sont battus lors de la guerre d’Espagne dans les années 1930, etc. De plus, Ivan Zepp, d’Osijek, a coopéré avec l’anarchiste Pierre Kropotkin, Rudolf Großmann, et Stjepan Fabijanović, après son départ pour les USA, à la fin des années 1890, est entré en contact avec Emma Goldman, Max Nettlau, Rudolf Rocker et d’autres encore. En bref, l’Histoire de l’anarchisme classique en Croatie est la première tentative de synthèse de tous les développements d’une étude à approfondir, car il s’agit aussi en quelque sorte d’une incitation au lancement d’études supplémentaires sur la base de la quantité d’archives qui demeurent inexplorées.


- D’où vient votre intérêt pour l’anarchisme?

- Le radicalisme de la déconstruction anarchiste de l’ordre socio-politique a toujours été un phénomène fascinant, qu’il s’agisse des commentaires qui se sont exprimés sur ces positions exclusivement de façon affirmative ou d’autres qui se sont fixé pour mission de discréditer l’anarchisme. En d’autres termes, pour ce qui concerne l’anarchisme et le monde anarchiste, en tout cas en Europe, la discussion a été assez intense durant au moins deux siècles. L’objet de mon livre, comme je l’ai dit dans le chapitre introductif, n’est pas de fournir une apologie ni de réfuter les allégations qui ont été plus ou moins anarchistes, mais d’étudier ce qui a été pensé. L’intention est de positionner les voix radicales du «long 19e siècle» dans une compréhension du processus totalement complexe du développement de la société civile, de l’industrie et du mouvement ouvrier sur le territoire croate. Je l’ai conçu comme une historiographie, quoique en limitant la vision du monde et des connaissances immanentes, il faut tenter d’élaborer un certain nombre de perspectives sur ces expériences placées à la marge. Ce défi a constitué ma motivation.


- L’anarchisme hier et aujourd'hui, existe-t-il encore aujourd'hui, et si oui, où et sous quelle forme?

- L’époque où l’anarchisme a passé par une certaine affirmation, entre la Première et la Deuxième Internationale, et a attiré toujours plus de partisans, est l’époque de la monarchie féodale ou post-féodale qui s’armait et se battait pour des possessions coloniales, ce qui a débouché sur la Première Guerre mondiale. Bien que beaucoup appellent volontiers à étudier des anarchistes comme Proudhon, Bakounine ou Kropotkine, le monde dans lequel ils vivaient était très différent de notre monde techno-scientifique, qui connaît une mondialisation au quotidien. L’anarchisme contemporain se différencie selon plusieurs branches, de l'anarcho-syndicalisme traditionnel ou l’action anarcho-individualiste jusque, pourrait-on dire, des phénomènes exotiques comme l'anarcho-primitivisme et l’anarcho-capitalisme. Pour autant que je sache, plusieurs collectifs anarchistes sont engagés en Croatie dans la traduction et la diffusion de différentes publications, organisent des salons du livre et des conférences éducatives, des actions syndicales qui insistent sur les violations des droits des travailleurs, des actions directes de distribution de nourriture gratuite, l’échange d’expériences et la création de réseaux entre personnes qui partagent des mêmes idées à travers le monde entier, etc.

 
- Anarchisme et capitalisme, et anarchisme et communisme – ressemblances et différences, lesquelles et que pouvez-vous en dire dans un tel contexte?

- Le rapport entre le socialisme et le capitalisme est déterminé de façon dialectique, quant à l’anarchisme il s’est présenté comme un dérivé radical du socialisme, opposé à la conception marxiste de la dictature du prolétariat. L’histoire converge mais entre aussi en conflit entre l’anarchisme et le communisme, de façon longue et complexe. Bien que ce soit justement Bakounine qui parmi les premiers a commencé à traduire le Capital de Marx en langue russe, la confrontation entre les anarchistes et les communistes réunis dans l’Association internationale des travailleurs a culminé lors du congrès de La Haye en 1872, lorsque Bakounine a été exclu de l’organisation. Marx l’a alors présenté comme «le Russe qui veut devenir dictateur du mouvement ouvrier européen», ce à quoi Bakounine a répondu qu’il détestait franchement le communisme qui, selon son point de vue, concentrait tous les pouvoirs de la société dans les mains de l’État. Cependant, il est incontestable que la littérature anarchiste du 19e siècle a été d’une certaine façon pénétrée de marxisme, ce qui a été souligné par l’anarchiste italien Malatesta. En ce qui concerne le capitalisme, on a parfois fait valoir que les principes libéraux d’absence d’intervention de l’État sur les marchés serait dans une certaine mesure identique à l’anarchisme. Pourtant le paradigme qui accorde la primauté au capital est inacceptable pour les anarchistes qui, bien au contraire, soulignent plus généralement la propriété collective et s’identifient à la lutte contre le capitalisme.


- Les Croates et l’anarchisme, les Slavons et l’anarchie, qui est où, qui a quelle position sur le plan historique?

- Si nous nous reportons en arrière, sur une période d’une centaine d’années, les Croates n’ont donné lieu à aucun travail théorique important en matière d’anarchisme. On considère généralement qu'il y a eu la publication secrète de brochures, depuis les villes d’Osijek, Zagreb ou Split, de toute l’Europe, il y a eu la traduction de quelques brochures anarchistes et c’est à peu près tout. Pourtant, on a noté plusieurs actions d’activistes, des procès en justice contre les anarchistes, qui ont généralement collaboré avec des camarades d’autres pays. A mon avis, le point le plus intéressant de toute cette histoire, c’est le rôle formateur des agitateurs étrangers et des associations dans le mouvement ouvrier de Croatie, pour que nous parlions des événements de Budapest, Vienne, Trieste…


- Dans cet ensemble, y a-t-il une note ou une incise dans l’histoire qui demande que l’on parle de l’anarchisme (hormis dans le contexte de la théorie et de la pratique historique), à une époque où nous sommes face au terrorisme, entre autres?

- Il est vrai que l’anarchisme, avec la guerre civile espagnole, a conclu une époque, mais il s’agit bien plus que d’une note historique si l’on garde à l’esprit que les anarchistes ont eu leur place et leur rôle dans presque chaque étape de l’histoire européenne – qu’il s’agisse de l’année révolutionnaire de 1848, jusqu’à la Révolution d’Octobre. Si l’anarchie n’est pas une dominante de la matrice historiographique dominante, si la profession n’écrit ni ne parle à son propos, cela ne signifie pas que cette idée et que ses adhérents n’ont pas eu de pouvoir sur l’histoire, ce qui doit être pris en compte.





 

Traduit par Dragan Grcic


 

Source : serbie-droitshumains.blogspot.com, le 9 février 2017.

Article paru à l'origine sur glas-slavonije.hr, le 4 février 2017.

url de l'article : http://serbie-droitshumains.blogspot.com.es/2017/02/histoire-de-lanarchisme-classique-en.html

 

 

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Rédigé par brunorosar

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Publié le 15 Décembre 2016

La Croatie devient une Zone de lecture gratuite

 

 

Depuis début décembre, la Croatie s’impose comme le premier pays du monde à devenir une Zone de lecture gratuite. No Shelf Required et Total Boox se sont associés pour proposer via une application une bibliothèque numérique accessible à tous.


 

La lecture gratuite sera un prétexte supplémentaire pour visiter la Croatie. En effet, le pays rentre dans l’histoire en devenant une Free Reading Zone (FREZ). Un pays entier où résidents, mais aussi touristes, peuvent lire gratuitement tant qu’ils se trouvent à l’intérieur des frontières croates.

 

Si ce miracle est possible, c'est grâce à l'association formée par No Shelf Required, site internet, et Total Boox, spécialiste de l'ebook : de leur union est née l’application Croatia Reads. Disponible sur iOS et Android, elle dispose d’une bibliothèque d’environ 100 000 titres et ce, dans plusieurs langues dont l’anglais, le français, l’espagnol, l’allemand, l’italien et bien sûr le croate.

 

Plus de 250 éditeurs se sont joints à l’aventure y compris des grands noms comme Lonely Planet, pour les guides de voyage, ou Oxford University Press. C’est Total Boox qui se charge de faire vivre l’application en l’alimentant en nouveaux titres. Un grand nombre de catégories de livres sont présentes : fiction, non-fiction, santé, voyages, « de tous les pays du monde et dans une variété de langues », signalent les partenaires.

 

Le rédacteur en chef de No Shelf Required a déclaré « être honoré d’être les premiers sponsors de ce projet historiques ». Un projet qui colle parfaitement avec leur politique : « La mission de NSR est de rendre l’accès aux livres en droit de chaque citoyen et non un privilège lié aux institutions et aux intérêts des entreprises. » L'offre n'est toutefois pas totalement désintéressée, puisque Total Boox propose une solution de lecture par abonnement : l'accès aux lectures gratuites sera donc un point d'entrée pour d'éventuels futurs clients.

 

En septembre déjà, c’est un café croate qui devenait une FREZ. D’après la description du concept, apparu pour la première fois aux États-Unis, les auteurs des livres sont payés pour chaque lecture qui est parrainée. Alors, pour ceux qui cherchent une destination pour les vacances, faites vos valises et direction la Croatie  !


 

Source : actualitte.com, le 15 décembre 2016.

 

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Rédigé par brunorosar

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Publié le 15 Juillet 2016

RTL lance une chaîne pour la diaspora croate

L’opérateur RTL Croatia, filiale du groupe RTL, vient de lancer la chaîne RTL Croatia World, la première chaîne dédiée aux Croates vivant à l’étranger.

Cette nouvelle chaîne propose une grille de programmes composée d’information et de divertissements, avec notamment le meilleur des spectacles et des séries diffusés par la chaîne RTL Croatia.
Inséré dans la stratégie de croissance de l'opérateur, et faisant suite au lancement de trois chaînes câblées l’an dernier, ce lancement est destiné à la diaspora vivant en Europe – en Autriche et en Serbie par exemple – mais également dans d’autres continents, et notamment en Amérique du Nord (Canada) et Océanie (Australie et Nouvelle-Zélande).

 

Source : telesatellite.com, le 14 juillet 2016.

 

 

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Publié le 20 Mars 2016

 

Attaques contre l'indépendance de la radiotélévision croate et contre l'instance régulatrice de l'audiovisuel

 

Le 10 mars 2016, le gouvernement croate a soumis au Parlement, au sein duquel il dispose d’une confortable majorité, une motion de rejet à l’encontre du rapport de l'Agence croate pour les médias électroniques (AEM), un organisme de contrôle indépendant. Les autorités ont également décidé de mettre un terme au mandat de l'Agence et de licencier son directeur et l'ensemble des membres du Conseil des médias électroniques (CEM). En vertu de la nouvelle législation, proposée par le gouvernement précédent, l'AEM auparavant financée directement par les éditeurs et les diffuseurs, est désormais financée par le Ministère de la Culture. Ces développements font suite à la proposition du gouvernement du 3 mars de révoquer le Directeur général de la radiotélévision croate (HRT), Goran Radman, et de nommer Siniša Kovačić comme Directeur général par intérim. La loi sur l’audiovisuel public, tel que modifiée par l'ancien gouvernement croate, n’exige qu'une majorité simple au Parlement pour nommer les responsables de la HRT, au lieu de la majorité qualifiée comme ce fut le cas auparavant. En plus de l’ancien Directeur général, plus de 15 professionnels des médias ont été démis de leurs fonctions à la HRT depuis début mars. Le 14 mars 2016, Maja Sever, Mirna Zidaric et Tatjana Munizaba ont été les trois derniers rédacteurs à être remplacés.

 

 

Source : coe.int, le 16 mars 2016.

 

url : http://www.coe.int/fr/web/media-freedom/all-alerts?p_p_id=sojdashboard_WAR_coesojportlet&p_p_lifecycle=0&p_p_state=normal&p_p_col_id=column-2&p_p_col_pos=1&p_p_col_count=8&_sojdashboard_WAR_coesojportlet_alertPK=15496172&_sojdashboard_WAR_coesojportlet_jspPage=%2Fhtml%2Fdashboard%2Fview_alert.jsp

 

 

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Publié le 26 Janvier 2016

Croatie: des milliers de personnes manifestent pour une chaîne de télévision censurée


 

 

MANIFESTATION - Les autorités ont interdit provisoirement la diffusion d'une chaîne de télévision locale à cause des propos anti-serbes de cette dernière. Cette décision a provoqué une manifestation de plusieurs milliers de personnes à Zagreb ce mardi.

Plusieurs milliers de personnes ont manifesté mardi à Zagreb, la capitale croate. Ils protestaient contre la décision des autorités d'interdire provisoirement d'antenne une chaîne de télévision locale en raison de son discours antiserbe.

Les manifestants, quelque 5000 personnes selon la police, ont défilé dans le centre de Zagreb sous une banderole exhortant à "lutter pour la liberté d'expression". Ils agitaient des drapeaux de la Croatie et certains scandaient des slogans pronazis.

Cette manifestation a été organisée par une association d'anciens combattants croates à la suite de la décision du Conseil de l'audiovisuel de sanctionner la chaîne de télévision Z1. Ce dernier lui a interdit d'émettre pendant trois jours, à partir de mardi.

La chaîne a été condamnée en vertu de la loi qui prohibe toute incitation à la haine ou à la discrimination.

Relations fragiles

Un des présentateurs de Z1 a récemment terminé son émission sur une mise en garde à l'adresse des habitants de Zagreb, "notamment des mères avec les enfants", les appelant à être prudents lorsqu'ils se promènent à proximité d'une église orthodoxe dans le centre-ville pour ne pas être tués par des popes.

Les relations entre les Croates et la minorité serbe restent fragiles vingt ans après la guerre (1991-95) qui avait suivi la proclamation, en 1991, par la Croatie, une ex-république yougoslave, de son indépendance, à laquelle s'étaient opposés les rebelles serbes.

 

 

Source : lenouvelliste.ch, le 26 janvier 2106.


 

 

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Publié le 7 Janvier 2016

Interview de Lionel Baland par le magazine estudiantin universitaire croate Obnova


 

Le magazine estudiantin universitaire croate Obnova publie dans son numéro 5 en page 10 à 18 mon interview* par Leo Maric. L’association Obnova a été fondée en décembre 2012 à Zagreb par un groupe d’étudiants avec comme but la protection et le développement de l’identité nationale croate, la formation de la jeunesse et l’organisation de contacts entre les jeunesses de différents pays. L’association réunit de jeunes intellectuels et artistes, étudiants de différentes universités du pays. Obnova n’est pas un mouvement politique, mais désire devenir un think-tank de jeunes développant des solutions pour le renouveau culturel, politique et éthique de la Croatie. 

Les sujets principaux des numéros précédents ont été : l’hégémonie culturelle, l’identité, la géopolitique alternative, les Croates hors de Croatie. Chaque numéro fait l’objet d’une présentation publique spéciale au sein de l’auditorium de Matica hrvatska, la plus vieille institution culturelle de Croatie, fondée en 1842, qui se trouve dans le centre de Zagreb. 

Les articles sont écrits par des étudiants et de jeunes personnes, mais les interviews sont celles d’intellectuels plus âgés, parmi lesquels d’anciens ministres, des professeurs d’université et des écrivains. 

Le magazine compte 168 pages. Chaque couverture est réalisée par un artiste.


 

Source : http://lionelbaland.hautetfort.com/archive/2016/01/07/interview-de-lionel-baland-par-le-magazine-universitaire-cro-5741120.html

 

* Bien sûr il s'agit de l'interview de Lionel Baland et non pas celle de l'auteur de ce blog.


 

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Publié le 2 Novembre 2015

Globus


 


Globus est à ce jour le premier et l’unique hebdomadaire politique sérieux en Croatie. Avec son attitude critique du gouvernement pendant la guerre de Yougoslavie dans les années 1990 et la couverture de nombreux scandales, il est toujours parvenu à s’imposer face à d’autres magazines. Par le passé, il a aussi répandu des calomnies, des semi-vérités et à des histoires à sensation qui ont nui considérablement à son image libérale. Globus appartient au plus grand groupe médiatique croate EPH.

Type du média : magazine
Orientation politique : libéral
Diffusion : 17,000 (2013)
Périodicité : hebdomadaire paraissant le jeudi
Modèle de paiement : Tous les contenus � la charge

Siège de la rédaction : Zagreb, Croatie
Editeur : Europapress Holding EPH
Aire de diffusion : nationale
Année de création : 1990

Zagreb, Koranska 2
Téléphone : 00385 1 6103100
E-Mail : 
europa_digital@eph.hr

Internet : www.globus.jutarnji.hr/


 


 


 

Source : http://www.eurotopics.net/fr/home/medienindex/media_articles/?frommedia=171913&search=1


 

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