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Publié le 30 Mars 2014

Boris Postnikov

 

Boris Postnikov, Né à Split en 1979, Boris Postnikov a obtenu un diplôme de philosophie et de littérature comparée à la Faculté de Philosophie de Zagreb. Rédacteur publicitaire de profession, il est aussi rédacteur en chef du bihebdomadaire Zarez ainsi que de la revue littéraire en ligne www.knjigomat.com

Il publie par ailleurs des textes pour le 3ème programme de la Radio Croate.


 


 

Nikola Tesla : l'inventeur serbe, le génie croate et le mythe de l' “européanisation”


 

Durant plus d’une décennie, la figure de Nikola Tesla a été mise sous le boisseau en Croatie, en raison des origines serbes de « l’inventeur » de l’électricité. Désormais, alors que le pays vient de rejoindre l’UE, Nikola Tesla est présenté comme « le meilleur fils de la nation croate ». Dans le même temps, le marché local de l’énergie électrique a été privatisé. Boris Postnikov revient sur certains mythes européens…


 

Le 16 février 1992, le monument dédié à Nikola Tesla dans la ville croate de Gospić était détruit à l’aide d’un engin explosif improvisé, d’un détonateur minuté et de quelques imbéciles nationalistes non identifiés. L’œuvre emblématique du sculpteur Frano Kršinić, fortement endommagée, n’est tombée qu’à quelques mètres. La logique symbolique de ce geste destructeur va autrement plus loin : elle s’étend jusqu’aux cérémonies spectaculaires qui ont marqué l’adhésion européenne de la Croatie, le 1er juillet dernier…

En fait, ce qui avait commencé par la destruction du monument s’est poursuivi tout au long des années 1990, alors qu’un assourdissant silence entourait le nom de Nikola Tesla, le génial « découvreur » de l’électricité, fils d’un pope orthodoxe du petit village de Smiljan, en Lika. À partir de 2003, à l’heure de la réconciliation « politiquement correcte » impulsée par Ivo Sanader, un changement de direction s’est soudainement produit : la Croatie a célébré avec emphase le 150ème anniversaire de sa naissance, inauguré le Centre mémorial multimédia de Smiljan et installé l’imposante sculpture de Mestrović en plein centre de la capitale. Enfin, le 1er juillet, sur la Place du Ban-Jelačić, au coeur de Zagreb, devant les hauts dignitaires européens et les euphoriques reporters de la télévision, on a installé le transformateur de Tesla, l’une de ses inventions les plus estimables, présentée comme la contribution suprême de l’esprit croate à la civilisation mondiale.

Comment Tesla lui-même aurait-il commenté cette instrumentalisation euro-intégriste de sa personne et de son œuvre ? Nul ne peut le savoir. Cependant, quelques lignes tirées de son autobiographie intellectuelle, Mes inventions, laissent imaginer un sens fondamental. En parlant de « la préoccupation fanatique consacrée aux idées élevées de l’égoïsme et de la fierté nationale », il écrit ceci : « aucune alliance ou acte parlementaire de quelque nature que ce soit ne pourra stopper ce fléau. Il ne s’agit que de nouveaux mécanismes mettant les faibles à la merci des puissants »… En les lisant aujourd’hui, ces mots semblent davantage inciter à une critique eurosceptique de l’UE, vue depuis la perspective de sa périphérie, qu’à l’adoration, hautement recommandée, de la politique centripète de Bruxelles.

Mais est-ce donc important ? Le capital symbolique des grands hommes a toujours été utilisé par les idéologies dominantes, quel que soit leur couleur. Dans ces circonstances, on s’entendra pour reconnaître qu’il vaut mieux porter aux nues un grand inventeur que de faire voler en éclats sa statue. Finalement, l’opinion publique serbe a, elle aussi, prouvé son désir de changement, en attendant l’annonce semi-officielle du début des négociations d’adhésion à l’UE, et en assistant avec un calme inattendu à cette « croatisation » de Tesla. L’éternel et folklorique débat sur la nationalité de l’inventeur a même été oublié. Si les euro-optimistes locaux ont besoin de quelque argument supplémentaire pour appuyer les processus politiques mouvementés de « l’européanisation » de la région, alors la réintégration pacifique de Nikola Tesla est certainement l’un des plus convaincants.

Seulement, bien peu de gens se préoccupent encore de tels débats, car les somptueuses cérémonies sont terminée. Lidl a, comme promis, baissé ses prix et le roaming, lui aussi, coûte nettement moins cher : les choses sont ainsi rapidement revenues dans la boue du quotidien. « Nous aspirons à de nouvelles idées sensationnelles, mais nous devenons vite indifférents à leur égard » écrivait Tesla, il y a près de cent ans, au sujet de son transformateur. « Les miracles d’hier deviennent vite des phénomènes habituels ».

La manière dont le « miracle européen » d’hier en Croatie est devenu un « phénomène habituel » aujourd’hui est toutefois édifiant. L’exaltation festive des élites politiques n’a pas duré plus qu’un feu d’artifice dans le ciel de Zagreb, laissant de nouveau l’espace public à un pessimiste inerte et une résignation engourdie. Cet espace est maintenant usurpé par des messages volontaristes sur la nécessité de poursuivre les réformes structurelles conduites par les dogmes néolibéraux de la libéralisation et de la dérégulation.

Depuis le gouverneur de la Banque nationale croate, Boris Vujčić, qui évoque emphatiquement l’entrée dans la zone euro – comme si nous ne voyions pas combien l’architecture aberrante de l’union monétaire élargit le fossé entre les membres riches et pauvres de l’UE – jusqu’au ministre des Finances, Slavko Linić, qui salue l’entrée en UE en annonçant des privatisations massives, les adeptes des politiques euro-intégrationnistes nous révèlent que tout le baratin culturel et idéologique sur l’appartenance de la Croatie au monde « civilisé » de l’Europe et de l’Occident ne sert qu’à masquer les impératifs hégémoniques économiques de l’actuel développement global.

Il existe donc une certaine logique perverse à ce que le moment même où la figure de Nikola Tesla cesse d’être celle d’un Serbe honni pour devenir « le meilleur fils de la nation croate » coïncide avec l’arrivée de deux compagnies étrangères qui vont lancer le processus de libéralisation du marché local de l’énergie électrique en Croatie. Alors même que nous rendons hommage à un homme qui, selon la formule simplifiée, nous « a donné l’électricité », mais dont l’incapacité commerciale est devenue un cliché anecdotique et qui, après de nombreuses inventions lucratives, a survécu ses dernières années de vie américaine grâce à une pension de misère octroyée par la Yougoslavie de l’époque, l’approvisionnement en énergie électrique devient un business hautement profitable pour des compagnies dont l’une ne produit même pas d’électricité, mais qui en font le commerce lucratif sur les bourses mondiales.

Alors que nous avons dignement célébré un anniversaire de plus de la naissance du génie de la Lika, ce paradoxe parachève le processus de la transition européenne : grâce à Nikola Tesla, nous avons au monde la fée électricité, mais nous devrons désormais importer l’énergie dont nous avons besoin.


 


 

Taduit par Persa Aligrudić


 

Source : balkans.courriers.info, le 28 juillet 2013.

Article paru à l'origine sur novossti.com


 

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Publié le 24 Juillet 2013

Nenad Polimac

 

Né à Zagreb en 1949, Nenad Polimac est un critique cinématographique.

Ses premiers écrits cinématographiques remontent à l'année 1972. Il a été cofondateur du magazine Film de Zagreb pour lequel il a travaillé comme éditeur entre 1975 et 1979. De 1978 à 1984, Polimac a fait partie du comité de rédaction de la Radio-télévision Zagreb. A partir de 1990, Polimac a travaillé comme éditeur et critique cinématographique dans les hebdomadaires Globus et Nacional. Pendant 11 mois, entre 2008 et 2009, il a occupé les fonctions de rédacteur en chef de Globus. A partir de 2010, Polimac a écrit pour les publications du groupe de presse Europapress Holding et a travaillé comme éditeur et essayiste pour Gordogan, un magazine culturel.

 

 

Article :

 

Si Tito m'était conté

 

La scène a quelque chose de surréaliste : dans ce qui ressemble à une salle de classe du temps de la Yougoslavie socialiste, des jeunes filles font la queue pour s’installer au bureau de la maîtresse. Chacune s’y assoit à tour de rôle, pendant que les autres la prennent en photo avec leurs smartphones. Le simulacre est parfait, sauf que ces “figurantes” n’étaient pas nées à l’époque qu’elles sont en train de visiter ; elles ne la connaissent qu'à travers les souvenirs de leurs parents.

 

 

L’exposition Vive la vie ! La vie en Yougoslavie entre les années 1950 et 1990 est devenue un phénomène à Belgrade : elle a accueilli 20 000 visiteurs dans les deux semaines qui ont suivi son lancement. Il n’est pas difficile de deviner pourquoi. Dans la vitrine centrale du Grand Magasin de Belgrade – dont trois étages sont devenus pour l’occasion une galerie éphémère –, une Vespa attire tous les regards : c’est celle que conduisait l’actrice Beba Loncar dans la comédie musicale romantique Amour et mode [de Ljubomir Radicevic], qui a battu tous les records d’entrées en 1960. L’exposition réveille une profusion de souvenirs à travers des milliers d’objets et de situations du quotidien.

 

 

Pas de "yougo-nostalgie" ?

Il ne s’agit aucunement de jouer sur la seule carte de la nostalgie. Les commissaires de l’exposition, Zivko Maletkovic, Aleksandar Milivojevic et Uros Radulovic, considèrent que les visiteurs doivent s’immerger dans cette époque, faire corps avec elle. C’est une exposition sensorielle, une “invention” qu’ils ont d’ailleurs inscrite au Registre national des brevets. Cela passe par la simulation d’une classe d’école ou par la plongée dans l’intérieur d’un avion de la JAT [la compagnie nationale] ; des salles de cinéma aux chaises de bois projettent des films de l’époque ; dans d’autres salles, de vieux téléviseurs rediffusent les programmes les plus populaires de ce temps : les inévitables quiz et les matchs de foot. On peut aussi humer des flacons de parfum (les vieilles générations se souviennent encore de la fragrance peu raffinée de la lotion après-rasage Brion). Une cantine socialiste typique a été reconstituée, avec son menu traditionnel que peuvent déguster les visiteurs. Enfin, on peut se retrouver au travail dans un bureau caractéristique de l’époque socialiste, avec la photo de Tito accroché au mur.

Maletkovic et Milivojevic évitent d’employer le terme “yougo-nostalgie”. Pour eux, il s’agit avant tout d’une reconstruction méticuleuse de la vie quotidienne dans la Yougoslavie socialiste. Le côté politique de cette époque est absent, à l’exception des photos de Tito omniprésentes sur les murs. Et peut-on considérer le serment des pionniers [serment prononcé par les jeunes du Mouvement des pionniers, auquel adhéraient, dans les anciens Etats du bloc communiste, les jeunes âgés de 10 à 14 ans] affiché à l’entrée de l’exposition comme un message idéologique ? Personnellement, j’en doute : à quelques mots près, de nombreux visiteurs américains ou allemands pourraient le prononcer.

Si Milivojevic ne réfute pas totalement la présence du politique dans l’exposition, il se refuse à idéaliser le socialisme. Il est né en 1982 et ne l’a presque pas connu, mais son grand-père a passé quelques années à Goli Otok, le goulag communiste de Tito, créé en 1948, après la rupture avec Staline. Malgré tout, d’après le vieil homme, un citoyen moyen était plus heureux à l’époque que dans la Serbie surendettée d’aujourd’hui, où le taux de chômage bat tous les records. Il pouvait prendre un crédit pour s’acheter un téléviseur, voire une voiture ; il pouvait se procurer un appartement via son entreprise, et les plus débrouillards réussissaient même à s’offrir des résidences secondaires. La classe moyenne, surtout dans les années 1960 et 1970, s’en sortait bien, alors qu’elle a été complètement balayée par la tempête de la transition et poussée à la marge de la société.

 

"L’époque où la Yougoslavie s’est tournée radicalement vers la société de consommation"

Malgré tout, le renoncement à la “yougo-nostalgie” est d’après Maletkovic l’idée clé de Vive la vie ! C’est la raison pour laquelle les objets présentés ne datent pas de 1945, mais surtout des années 1960, de l’époque où la Yougoslavie s’est tournée radicalement vers la société de consommation. Ce fut l’époque des revues illustrées à profusion, l’époque où les familles ne pouvaient plus se passer de réfrigérateurs, où l’on ouvrait les premiers supermarchés et fast-foods locaux. Les chansons des enfants glorifiaient la Zastava 750, la populaire “Fico” [surnom de la copie sous licence de la Fiat 600]. La télévision venait de supplanter le cinéma comme média le plus populaire. Elle faisait la promotion des succès des sportifs yougoslaves, retransmettait les festivals de musique de variétés, parlait de la bonne réception internationale des films yougoslaves. Le pays, qui se situait du côté est du Rideau de fer, avait un style de vie proche de celui de l’Europe de l’Ouest, bien que le train de vie de ses habitants fût bien éloigné de celui des pays occidentaux.

Le sport est lui aussi très présent dans l’exposition. Sur un mur entier de la galerie, une grande carte de la Yougoslavie recense tous les clubs de football qui participaient alors à l’un des meilleurs championnats européens. Aujourd’hui, les matchs des clubs croates ou serbes ne sont que l’ombre des événements d’autrefois, tant par le nombre de billets vendus que par la qualité des rencontres.

Dans cette reconstitution de l’espace yougoslave, la musique – notamment le rock and roll – joue un rôle important. Toutes les pochettes des 33 tours de Bijelo Dugme [le groupe fondé à 16 ans par Goran Bregovic], de Parni Valjak, Azra, de Riblja Corba et de bien d’autres sont exposées. C’est la musique que connaissent et chantent les jeunes d’aujourd’hui, car ces tubes des années 1980 sont devenus des classiques.

L’exposition a suscité un grand intérêt. Elle se tient à Belgrade jusqu’au 31 juillet, puis va voyager à Nis et à Novi Sad [dans l’est et le nord de la Serbie]. On négocie son organisation en Slovénie et en Bosnie-Herzégovine, et on la verra sans doute cet automne à Zagreb. Dans chaque Etat issu de l’ex-Yougoslavie, elle sera enrichie et adaptée en fonction de l’expérience vécue dans l’ancien pays commun.

 

Source : courrierinternational.com, le 24 juillet 2013.

Article publié à l'origine sur jutarnji.hr, le 23 juin 2013.

 

 

 

 

 

 

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Publié le 21 Juillet 2013

SLAVKA PAVIĆ

 

Née à Jajce en 1927 en Bosnie-Herzégovine, Slavka Pavić a été membre du Photo Club de Zagreb dès 1951. Son travail a été exposé pour la première fois en 1952 et a été
présenté, depuis cette date, tant en Croatie qu’à l’étranger, à travers plus de 17
expositions individuelles. Slavka Pavić est l’une des plus grandes photographes de
Croatie. Elle a manifesté tout au long de sa carrière un esprit curieux et créatif et
développé une vision du monde agréable et inventive. Sa rencontre avec le
photographe Milan Pavić, qui devint son compagnon de vie, ne fait qu’accroître son
amour pour la photographie. Son oeuvre est un modèle d’avant-garde dans l’histoire
de la photographie croate. Elle a participé à de nombreuses expositions collectives
avec le Photo Club de Zagreb. Avec Gjuro Griesbach, alors président du Photo Club, et
Vladko Lozić, elle met en place en 1973 la section des femmes du Club Photo, toujours
active aujourd‘hui. Elle expose dans cette section durant 16 expositions annuelles
consécutives. Elle organise une exposition annuelle intitulée Women shot. Elle a reçu
de nombreux prix : l’insigne d’or du Club Photo en 1963, un prix prestigieux du Zagreb Photo Club « Tošo Dabac » en 1990, le Prix annuel de Zagreb pour la culture technique en 2006 « Dr Oton Kucera ».


Elle est nommée membre d’Honneur de l’Association des photographes croates en 2009.

 

 

SLAVKA PAVIĆ

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Publié le 20 Juillet 2013

BORIS CVJETANOVIĆ

 

Né à Zagreb en 1953, Boris Cvjetanovi Ć y vit et travaille. En 1981, il commence à publier ses photographies dans les journaux étudiants. En 1984, il débute une carrière de photographe professionnel indépendant. Son travail artistique se développe en coordination avec le Group PM (auteurs liés à la Galerie Extended Media, Zagreb). Ses photographies se concentrent sur une société urbaine à la marge. Depuis 1981, il présente de nombreuses expositions individuelles ou collectives en Croatie et à l’étranger. Il a représenté la Croatie à la 50ème Biennale de Venise aux côtés d’Ana Opalic. Ses travaux sont publiés dans de nombreux journaux et revues.


Au Japon, il reçoit le prix Nikon Camera Co pour son « exhibition-ism ’95 », à la première Biennale de photographie de Tokyo. En Croatie, il a reçu le Grand Prix lors de l’exposition de Photographie croate en 1997, ainsi que le Prix Homo Volans.


Les photographies de Boris Cvjetanović font partie des collections du Musée
d’Art Contemporain de Zagreb
, du Tokyo Metropolitan Museum of Photography, du Museum d’Histoire croate, de la galerie Dante Marino Cettina, du Musée d’Art Moderne et Contemporain de Rijeka, de la galerie d’Art à Split, et de nombreuses collections privées. Oeuvres publiées :
Cvjetanović, Boris – Scènes sans signification (Idée Imago, Zagreb, 1995) et Bonami, Francesco – Echoes : Art contemporain à l’âge de conclusions interminables (La Presse Monacelli, New York, 1996).

 

 

Les mineurs de Labin

 

Sa série de photographies "Les mineurs de Labin" (Labinski rudari) a vu le jour en 1987 lors de la grève dans les mines de charbon d'Istrie où Boris CvjetanoviĆ, à l'époque en qualité de photojournaliste, du très influent journal des étudiant "Studentski list" a visité Labin, Raša et d'autres endroits dans les environs. Il s'agissait d'une grève très importante et d'une population très sensible : des mineurs qui venaient pour la plupart des autres république de l'ex-Yougoslavie, à une époque où la grève était interdite. En fait, on a considéré que, sachant que la société communiste était autogérée par les travailleurs eux-mêmes, on disposait de nombreux autres moyens que la grève pour résoudre tous les problèmes. La grève a duré plus d'un mois et on ne pouvait garder le silence. La première série de photographies de l'artiste a été publiée dans le journal "Studentski list" et exposée dans la galerie PM (La Galerie des médias élargis) à Zagreb, après quoi toute autre publication de la série a été interdite. Dans son reportage photographique, CvjetanoviĆ, a réussi à entrelacer le collectif et le public ainsi que l'intime et le privé. Il a photographié les assemblées de mineurs, le groupe qui luttait pour ses droits et son existence même et qui a été en même temps manipulé. Il a pris des photos des douches des mineurs, leurs vestiaires, leur vie privée, leur maison, leur famille et leur portrait. CvjetanoviĆ est chaleureux, amical, il se mêle au peuple, le peuple lui répond avec confiance et le calme dans les yeux.

 

 

BORIS CVJETANOVIĆ

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Publié le 20 Juillet 2013

Tošo Dabac

 

Tošo Dabac est une figure importante de la photographie croate, si ce n'est sa plus grande fierté. Né en 1907 à Nova Rača, près de Bjelovar, à l'Est de Zagreb. Il est décédé il y a plus de 40 ans et reste pourtant peu connu en France et à l'étranger. La responsable des archives de Tošo Dabac, Marina Benažić, déplore ce manque de reconnaissance du photographe au niveau international : "Tošo Dabac est l'un des photographes croates les plus importants et les plus intéressants. Mais, malheureusement, je reconnais qu'il est inconnu pour le public français. Dabac a pourtant eu quelques expositions en France. En 1922, une exposition lui est entièrement dédiée à Paris "Tošo Dabac : Mittel Europa, fin de siècle", dans le cadre du Mois de la Photo de Paris. Puis, plus récemment, en 2012, il y a eu 22 photos d'exposées à Paris en tant que grande partie de l'exposition "L'oeil de Peter Knapp sur la photographie croate"."

Alors qu'il étudie le droit à l'Université de Zagreb, il découvre la photographie en 1924, et réalise sa première photo à l'âge de 18 ans. "Panorama de Samobor". Trois ans plus tard, le jeune homme arrêtera ses études et deviendra traducteur pour Fanamet Film, une entreprise de distribution cinématographique. Suite à la fermeture de l'entreprise, il enchainera d'autres emplois à la filiale Metro Goldwyn Mayer de Zagreb, et obitendra également le poste de rédacteur pour le magazine "Metro-Megafon", Il débute réellement sa carrière en travaillant en tant que photographe reporter.

C'est en 1932 que Tošo Dabac va pouvoir exposer ses photographies pour la première fois, lors d'une exposition de photographes amateurs dans la petite ville de Ivanec. Cette même année, il participe au 2ème Salon International de la Photographie de Philadelphie; exposant à côté de grands noms du milieu comme Margaret Bourke-White, Henri Cartier-Bresson ou Paul Outerbridge.

Durant le début des années 1930, il débute la série de photographies "Bijeda" (Misère) qui deviendra ensuite célèbre sous le nom de "Gens de la rue". Ces photographies, prises de 1933 à 1937, constituent encore aujourd'hui le plus célèbre reportage fait sur les sans-abris de Zagreb. Pour Marina Benažić : "Ce fragment très évocateur de l'oeuvre de Dabac représente une chronique poétique de sa ville. Dans les années de la stagnation agraire de l'Europe d'avant-guerre, et au temps de la forte crise économique, Dabac capture, avec son objectif, les motifs zagrébois et les inscrit dans le contexte mondial et centre-européen de ce temps."

Les personnes de la rue et leurs engagements sociaux laissent une trace importante sur le travail de Tošo Dabac, c'est d'ailleurs pour ce travail qu'il est le plus connu.

A partir de 1937, le photographe est de plus en plus reconnu : il expose aux Etats-Unis, est publié dans des revues du monde entier, remporte de nombreux prix, notamment, pour les plus célèbres "En route vers la guillotine", "Philosophie de la vie".

Pour la responsable des Archives du photographe :"L'univers photographique de Dabac est à la fois laid et beau, parfois même amer... Muni et guidé par son Rolleiflex, toujours présent, il retranscrivait sa ville avec une compassion directement transmise, et modelait une atmosphère semblable aux premiers films de Chaplin, ou des films proches de la période du cinéma muet européen et américain. Mais Dabac a toujours su garder sa distance d'observateur, ne tombant jamais dans le pathétique."

 

 

Les archives Tošo Dabac

Avant de devenir ses Archives posthumes, Tošo Dabac ouvre cet atelier en 1940, au 17 Ilica à Zagreb. A cette période de sa vie, le photographe a une expérience variée des techniques photographiques dû à ses différentes approches, ce qui lui apporte une maîtrise considérable de la photographie, pertinente pour son art.

Son atelier devient, dans les années 1960, un lieu de rencontre artistique et intellectuel incontournable de Zagreb. Notamment avec le groupe d'artistes EXAT 51 ("abréviation de "Expérimental Atelier") composé d'artistes visuels militant pour la légitimité de l'art abstrait. Dans cette dynamique, Zagreb s'inscrit alors dans la carte culturelle de l'Europe et l'atelier de Tošo Dabac voit émerger un mélange d'esprits créatifs.

Peter Dabac, neveu et héritier de Tošo Dabac à sa mort, lui-même photographe, continue de faire vivre l'atelier. Il devient commissaire de la collection, et tient à conserver toute photographie, négatif ou matériel. Donnant aujourd'hui aux archives une importante bibliothèque de l'oeuvre de Tošo Dabac mais également valeur historique sur la ville de Zagreb et la Croatie en général.

Les Archives de Tošo Dabac ont été inscrites en 2002 dans le Registre des Monuments Culturels Croates, et sont aujourd'hui ouvertes au public.

L'une des volontés de ses archives est de perpétuer la mémoire de Tošo Dabac, mais également d'insuffler l'inspiration du photographe dans la même perspective qu'il avait ouvert son atelier 70 ans plus tôt. Car en effet, pour Marina Benažić, il est évident que Tošo Dabac reste encore aujourd'hui un maître de la photographie croate : "De nombreux photographes croates (toutes générations confondues) le désigne comme une grande source d'inspiration et comme un modèle pour leur propre oeuvre."

 

 

Source : actuphoto.com

 

 

 

 

 

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Publié le 10 Juillet 2013

Nenad Prelog

Nenad Prelog est né à Zagreb. Il est diplômé d'un master à de l'Université du Michigan (Ann Arbor-USA) et d'un phd de l'Université de Zagreb. Il a travaillé comme journaliste (rédacteur et rédacteur en chef du Omladinski tjednik, de Byte etc.) Il est pionnier du développement de nouveaux domaines. Il a été directeur adjoint de l'Institut de lexicographie Miroslav Krleža et professeur à la Faculté des sciences politiques de Zadar où il enseigne plusieurs matières du domaine de la communication et des sciences. Il a été Ministre adjoint des affaires étrangères et ambassadeur de Croatie en Irlande. Il est fondateur et président d'InMed, Institut pour les nouveaux médias et la démocratie informatique. Il est membre du Conseil stratégique d'UN-GAID (United Nations Global Alliance for ICT and Development) et membre du Conseil des experts d'ICWFD (International Commission on Workforce Development).

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Publié le 10 Juillet 2013

Iva Biondić

Iva Biondić est vice-doyenne de l'Ecole Supérieure de Journalisme VNŠ. Elle est vice-présidente du Conseil d'Administration de l'Ecole Supérieure de journalisme. Précédemment, elle a travaillé comme directrice exécutive de NCL Media Grupa. Elle enseigne aussi dans des écoles de commerce privées et pour de nombreux ateliers et formations sur les médias et les relations publiques. Elle travaille comme consultante sur des projets divers en Croatie et à l'étranger. Elle est diplômée d'un MBA de l'IEDC Bled School of Management, du programme Media Strategies de Columbia University et du Management and Leadership programme du MIT. Elle est vice-présidente de l'Association des lobbyistes de Croatie.

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Publié le 27 Juin 2013

Branko Podgornik

 

Branko Podgornik, né en 1957, est éditorialiste au quotidien Novi List, spécialiste des questions économiques.

 

Article :

 

Un choc économique

 

 

Plongées dans le grand bain du marché unique, les entreprises croates vont bénéficier de nouvelles opportunités mais aussi devoir affronter une concurrence accrue. La transition sera plus facile pour les grands groupes que pour les petites entreprises, et tous s'attendent à quelques années difficiles.

 

L'après 1er juillet va être un véritable choc pour les entreprises croates. En rejoignant le marché unique européen et ses 500 millions de personnes, l'économie croate va devoir faire face à une concurrence plus sévère. Economistes et dirigeants politiques ne cachent pas que cela sera l'un des principaux défis pour l'économie nationale – un défi auquel certains se sont bien préparés, d'autres moins.

Une majorité de Croates pense que les avantages économiques que l'Europe pourrait apporter ne se feront pas sentir au début, puisque l'Europe, tout comme la Croatie, est en récession.

 

Deux années difficiles

Les deux premières années, les exportations croates baisseront, tout comme le PIB. Passé ce délai, notre économie devrait commencer à s'adapter, et ce n'est qu'au bout de cinq ans que les effets positifs de l'UE prendront le dessus sur les négatifs, estime Boris Cota, le conseiller financier du président Ivo Josipović.

La suppression des aides de l’Etat à des secteurs comme la construction navale et l'agriculture va rendre la situation plus difficile. Les entreprises vont également perdre les privilèges douaniers de l’ALECE [Accord de libre échange centre européen] avec les pays de l'ex-Yougoslavie, qui absorbent 40 % des exportations croates. Le prix de nos exportations vers la Serbie, la Bosnie-Herzégovine et la Macédoine va augmenter de 10 %.

D'autre part, les entreprises croates vont avoir davantage de concurrence. Les taxes douanières sur les importations vont être abolies, ce qui veut dire que le prix des produits importés baissera d'environ 10 %.

 

Les grosses entreprises avantagées

Les télécoms, l'industrie pharmaceutique et les activités financières ne connaîtront pas de gros chocs car elles sont très rentables. La plupart des entreprises de ces secteurs, comme le Hrvatski Telecom et Pliva (la principale société pharmaceutique du pays), ont été rachetées par des étrangers il y a longtemps [respectivement Deutsche Telekom (Allemagne) et Teva Pharmaceutical Industries (Israël)]. Les entreprises moins rentables, c'est à dire la majorité, auront du mal à s'adapter. Ce sera plus facile pour les grandes que pour les petites.

Ce sera plus facile pour les grandes entreprises”, reconnaît Ljerka Puljic, la vice-présidente d'Agrokor [agroalimentaire et distribution, le principal groupe privé croate]. "Mais mêmes nos ‘grandes’ sociétés sont petites à l'échelle européenne. La nécessité économique nous pousse à nous agrandir." "Le capital ne choisit pas un drapeau, mais des opportunités", estime de son côté Emil Tedeschi, le PDG d’Atlantic Grupa [autre géant croate de l’agroalimentaire], qui ajoute que "nous allons bientôt être témoins d'une mise en commun des commerces et industries au niveau national".

 

Miser sur l'innovation

Pour affronter les difficultés qui risquent de surgir après le 1er juillet pour une grande partie de l'économie croate, le PDG de Koncar [électronique et informatique], Darinko Bago, appelle le gouvernement à encourager les exportateurs. Pour Ivica Mudrinić [le patron de Hravski Telekom], l'entrée dans l'UE est un moment crucial et le gouvernement doit trouver un consensus sur la stratégie économique à suivre, une stratégie quasi inexistante en Croatie depuis 20 ans. Rares sont les petites entreprises qui s'en sortiront, sauf si elles possèdent des produits innovants, très demandés sur tous les marchés.

L'une de ces petites entreprises, qui se développe très vite ces dernières années et vend ses produits dans toute l'Europe, nous vient de Rijeka – c'est le Laboratoire Jadran Galenski, qui a représenté cette année le plus gros taux d'investissement dans la "PharmaValley" de Rijeka – ce qui prouve sa réussite. Pour son PDG Ivo Usmiani, son PDG, l'après 1er juillet ne va rien changer : “JGL produit déjà pour beaucoup de sociétés pharmaceutiques mondiales et européennes de renommée, d'où son avantage sur les autres.”

 

 

Traduit par Anastazia Savic

 

Source : presseurop.eu, le 27 juin 2013.

Article paru à l'origine sur novilist.hr, le 18 juin 2013.

 

 

  

 

 

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Publié le 25 Juin 2013

Elio Velan

 

Elio Velan est un journaliste croate basé à Trieste, en Italie. Il travaille au quotidien de Rijeka Novi List et collabore avec le quotidien de Pula Glas Istre.

 

Article :

 

Face aux prés carrés des voisins

 

L’entrée de la Croatie dans l'UE relance la peur d’une invasion d’ouvriers croates, notamment en Allemagne et en Autriche. Les clichés de l’Européen de l’Est venu prendre l’emploi de l’Occidental ont de beaux jours devant eux.

 

Une gigantesque maison close va bientôt voir le jour à Hohenthurn, petite ville de Carinthie (Autriche). Les investisseurs ont annoncé que 140 prostituées y travailleront. La ville ne compte que quelques 800 habitants, la maison close va sans doute déclencher un boom démographique dans la région. Il ne s'agit pas uniquement des "putes" mais également des travailleurs (des immigrés pour la plupart), qui auront la chance d’occuper les 40 emplois crées afin de servir au mieux les prostituées dans leur tâches journalières et nocturnes avec leurs clients.

Les investisseurs en question, des entrepreneurs anonymes venus de Suisse et d’Allemagne, ont investi plus de 7 millions d'euros dans ce projet, leur but étant de tirer profit de la proximité de la frontière italienne, où la prostitution est illégale, contrairement à l'Autriche qui a légalisé les maisons closes, où les prostituées paient des impôts et sont protégées par la police et la sécurité sociale.

Comme on peut le voir, tous les moyens sont bons pour créer de nouveaux emplois dans l’UE – ces nouvelles professions entreront dans les statistiques du marché du travail. Sans ironie aucune, on peut affirmer qu'avec cette nouvelle maison close, le taux de chômage des jeunes Européens de moins de 24 ans va nettement baisser.

 

L'Europe du sud phagocytée par le chômage

Comme on le sait, les dirigeants européens discutent sérieusement de la question du chômage des jeunes : “S'ils ne travaillent pas, les jeunes vont perdre foi dans l'opportunité que représente l'UE ainsi que dans l'importance de l'unité européenne. Sans jeunesse heureuse, il n'y a pas d'avenir européen", estiment-ils. Tout le monde s'accorde à dire que l'ouverture de la maison close va amener en majorité des prostituées des pays de l'Est – cette fameuse Europe qui a vécu dans l'obscurité communiste jusqu'en 1989 avant de devenir membre de l'UE.

Le chômage chez les jeunes Européens atteint un niveau sans précédent : en Grèce, 60 % des jeunes entre 14 et 24 ans sont sans emploi ; en Espagne, on atteint le chiffre de 56 % ; en Italie, on est proche de 38 %. Cela semble incroyable mais c'est une réalité. Les grands défenseurs de l'Union européenne clament que la mobilité est la condition essentielle à un renouveau du marché du travail ; il faut selon eux améliorer cette mobilité, mettre un terme aux préjugés et aux peurs, l'Europe est un grand marché qu'il faut faut ventiler et débarrasser des obstacles juridiques et mentaux. Lorsqu'une jeune fille de 24 ans émigre, cela ne signifie pas qu'elle le fait pour se prostituer ; cependant, les stéréotypes de l’après-Mur de Berlin résistent et font des filles de l'Est les prostituées les plus recherchées.

Derrière ce stéréotype (on ne se pose pas de question sur les jeunes grecques, espagnoles et italiennes) s'en cache un autre : lorsque une personne de l'Est émigre, elle le fait pour voler l’emploi d’un Occidental. Pourtant les statistiques disent autre chose : une récente étude publiée en Italie montre que les Italiens ont émigré en masse en Allemagne ces dernières années. Entre 2011 et 2012, le nombre d'italiens en Allemagne a augmenté de 40 % ; l'année dernière, environ 12 000 travailleurs italiens qui sont partis pour l'Allemagne.

 

Des aides sociales attractives

Un hebdomadaire romain publie l'histoire d'un couple de jeune mariés qui ont investi toutes leurs économies dans un petit appartement à Munich, pour que la jeune femme y donne naissance à leur premier enfant. Ils l'ont fait pour une raison simple : l'Allemagne offre des aides aux familles avec des nouveaux nés, tandis qu'en Italie les aides sociales sont inexistantes.

L'Europe n'a pas une seule et même politique sociale, elle n'a pas les mêmes règles en ce qui concerne le marché du travail, chaque pays fonctionne à sa manière, de ce fait, le moindre phénomène d'émigration est aussitôt vu comme une attaque contre un pays se portant mieux que d'autres.

La mobilité des prostituées est garantie mais ce n'est pas un problème créé par l'Union européenne, c'est un problème qui existe depuis la nuit des temps ; une conséquence de notre civilisation instable et hypocrite.

 

Un contrôle renforcé

Comme on le sait, l'Autriche et l'Allemagne ont déclaré qu'elles utiliseraient leur droit "moratoire" afin de limiter l'entrée des Croates sur leur marché du travail — une manière d'empêcher les travailleurs croates de perturber la situation dans leur pays. L'année dernière, l'Allemagne — seule locomotive européenne — a connu une immigration de plus d'1 million d'ouvriers, pour la plupart venus d'autres pays d'UE, de la Grèce à la Pologne. Les travailleurs croates peuvent provoquer des dégâts, c'est pourquoi l'Autriche et l'Allemagne vont soigneusement contrôler et limiter leurs entrées.

Dans la même logique, le président de la région de Vénétie — Luca Zaia (Ligue du Nord) — a écrit une lettre au Premier ministre croate [Zoran Milanović] demandant que l'Italie, en accord avec Bruxelles, prenne des mesures afin de contrôler le flux de circulation provenant du nouveau pays membre -—la Croatie. Zaia déclare que le taux de chômage en Croatie atteint 25 % et que le salaire moyen des travailleurs croates est de 30 % plus bas qu'en Italie.

La région de Vénétie a donc peur de l'invasion croate et exige que ses ouvriers soient protégés. Cette même région, avec ses voisines du Frioul-Vénétie Julienne et de Carinthie autrichienne, nourrit le projet de créer une "eurorégion" avec leurs homologues croates d’Istrie et de Primorje-Gorski Kotar. Sincèrement, la politique est une “pute”. Que nos politiciens nous expliquent maintenant, le sens et le but d'une "eurorégion" !

 

Traduit par Anastazia Savic

 

Source : presseurop.eu, le 23 juin 2013.

Article paru à l'origine sur novilist.hr, le 9 juin 2013.

 

 

 

 

  

 

 

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Rédigé par brunorosar

Publié dans #Journalistes, #chroniqueurs et photographes

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Publié le 29 Février 2012

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4. « Au pays du sang et du miel », du baume au cœur des victimes et des élites

 

 

 

Accueilli triomphalement en Bosnie — et très critiqué en Serbie — le film d’Angelina Jolie entretient toutefois la victimisation promue par une partie de l’élite politique, culturelle et religieuse bosniaque, regrette l’écrivain croate Boris Dežulović. Extraits.

 

 

Vingt années se sont écoulées depuis le début de la guerre en Bosnie-Herzégovine, seize ans depuis la signature des accords de Dayton qui ont marqué la fin de la guerre. La seule différence entre trois ans et demi de guerre et seize années de paix c’est que les gens ne s’entretuent plus et qu’ils meurent de mort naturelle. Tout le  reste n’a pas bougé d’un iota.  Le rapport de force est resté le même : les Serbes sont toujours des “agresseurs” et les Bosniaques, des “victimes”.

 

La position de la victime en temps de paix convient parfaitement aux élites politiques, culturelles et religieuses bosniaques : d’après elles, le sens même de la nation bosniaque est sublimé dans la victimisation. Car, à partir du moment où les Bosniaques cessent d’être des victimes, il n’y a plus besoin de les défendre, de les venger et de les enterrer vivants dans ce mythe.

 

 

La plus horrible et périlleuse des libertés

 

Cela annulerait la raison d’être des élites patriotiques qui survivent tant qu’il y a un ennemi qui menace ceux qui ont échappé à l’horreur de la guerre. Et s’il manque des ennemis, ces élites sont prêtes à mobiliser l’armée bosniaque, face à un agresseur qui se doit d’être toujours plus nombreux, et une victime qui ne doit jamais disposer totalement de sa liberté.

 

Le système a été conçu pour fonctionner de manière pérenne et systématique : ceux qui ne perçoivent pas les Bosniaques exclusivement comme des victimes du génocide sont qualifiés de défenseurs des crimes serbes, voire comme les avocats de Milorad Dodik ou les apprentis du général Ratko Mladić.

 

C’est le Catch 22 bosniaque : le vrai patriote se bat pour la liberté en tant que possibilité théorique et non pas pour la liberté en tant que possibilité réelle, qui comprend la liberté de ne pas être victime, la plus horrible et la plus périlleuse des libertés.  

 

Les hommages d’Etat à cette victime éternelle sont toujours spectaculaires et organisés dans les grands palais omnisports, telles que le Zetra [construit à l’occasion des Jeux olympique d’hiver en 1984]. C’est ce dernier qui a accueilli récemment la première du film d’Angelina Jolie, Au pays du sang et du miel.

 

Ce même film avait été décrié quelques mois auparavant par les anciens combattants, les muftis des villages et le ministre de la Culture de Sarajevo, outragés par le scénario (qu’ils n’avaient même pas lu) qui raconte l'histoire d'une Bosniaque violée qui tombe amoureuse d’un Serbe, ce qui a valu à Angelina Jolie l’étiquette de “pute serbe”

 

 

Le certificat international de victime

 

Ayant appris par la suite que ce sont les Serbes qui, dans le film, violent la Bosniaque, ils ont remis à sa réalisatrice, le Lys d’or, la plus importante distinction nationale. Ainsi, le rituel qui a eu lieu au Zetra n’a pas été vécu comme la première d’un film mais comme une cérémonie de remise du certificat international de victime. “Le film d’Angelina Jolie est la meilleure chose qui soit arrivée à la Bosnie-Herzégovine depuis les accords de Dayton”, a même déclaré, après la première, le grand mufti Mustafa Cerić , promu pour l’occasion au grade de grand critique de cinéma.

 

Donc, Angelina Jolie incarne pour la Bosnie-Herzégovine ce que Sasha Baron Cohen, alias Borat Sagdïev, incarnait pour le Kazakhstan : une sérieuse référence internationale, même s’ils sont aux pôles opposés.

 

Il en découle, bon gré mal gré, que la Bosnie et le Kazakhstan sont des contrées perdues qui ont juste besoin d’être reconnues par Hollywood pour justifier leur raison d’être. Mais il faut noter en défaveur de la Bosnie-Herzégovine que les élites d’Astana n’avaient pour leur part pas qualifié Borat "de pire des choses qui puisse arriver au Kazakhstan depuis la proclamation de son indépendance".

 


Source : presseurop.eu, le 28 février 2012.

Article original paru sur oslobodjenje.ba

 

Note : Récupération ou pas, il n’en reste pas moins que les Bosniaques furent les principales victimes de cette triste guerre.

 

 

 

 

 

5. La Bosnie-Herzégovine, entre les tensions et les pensions

 

Quel lien entre les nationalismes et les révoltes populaires contre le chômage et la misère ? Quel est le but véritable de la visite de Zoran Milanovic à Mostar ou encore celle de Milorad Dodik à Belgrade et d’Ahmet Davutoglu à Sarajevo ? Réponse dans le texte satirique du journaliste croate Boris Dezulovic, publié dans le journal Oslobodjenje.


 

Mon pote Kozo m’a appelé l’autre jour, après minuit, pour me raconter une blague. Il a cette habitude d’appeler au milieu de la nuit d’un bar pour raconter une blague.

Bref, c’est l’histoire d’un Mostari (habitant de Mostar) qui regarde la télévision aux côtés d’une vielle femme. La présentatrice du Journal annonça le reportage sur la visite du Premier ministre croate, Zoran Milanovic, à Mostar. Devant la presse, Milanovic a déclaré, explique la présentatrice, "qu’il était venu apporter un soutien pour réduire les tensions".

Et merde ! - jura la mamie dans sa barbe. - Ça fait à peine deux jours qu’on a augmenté ma pension (de retraite) de 15 marks, et déjà on veut la réduire.

En effet, vingt jours à peine se sont écoulés depuis que le gouvernement de la Fédération de Bosnie-Herzégovine, lors d’une session qui s’est tenue justement à Mostar, a établi les nouveaux coefficients en vue d’augmenter des pensions de 5% : le paiement des pensions a commencé vendredi dans la Fédération, la vieille femme a encaissé son augmentation qui représente les fantastiques 15 marks samedi, et dimanche déjà le Premier ministre croate s’est dépêché à Mostar pour soutenir la réduction des pensions.

On ne parle pas de pensions, mamies, mais de tensions !

Ah oui, désolée, les tensions. Pensions, tensions, c’est la même chose. Après tout, ça fait à peine deux mois que Milanovic, dans une de ses tentatives désespérées pour économiser quelques centaines de millions au budget de l’Etat croate, a décidé de soutenir la réduction des pensions en Bosnie-Herzégovine et a réduit de 10% des pensions aux vétérans de l’armée croate de défense (HVO), et le voilà que déjà il se précipite en Bosnie pour compenser cette mesure politique impopulaire en alignant le niveau des tensions politiques en Fédération avec celui des pensions du HVO en Croatie.

L’effet serait d’ailleurs le même si le Premier ministre croate en visite à Mostar était - en utilisant le même blabla rhétorique sur "la voie européenne de la Bosnie-Herzégovine" et "l’adaptation aux normes européennes", c’est à dire, l’épargne et le serrage de la ceinture - parvenu à réduire les pensions. La seule différence, c’est que la vielle femme ne serait probablement pas la seule à se demander comment se fait-il qu’un Premier ministre croate s’octroie le droit de réduire des tensions en Bosnie-Herzégovine. Oups, désolé, des pensions.

Dans un pays où on incendie des immeubles des gouvernements cantonaux - ce qui est interprété par les élites politiques comme un complot interne et international et par la mafia politique comme un complot ethnique et national - Zoran Milanovic réduit les tensions de la manière suivante : a) il vient sans invitation, b) il entre par la porte arrière, c) il vient dans la partie croate de la Fédération, et d) il contourne tous les collègues du Parti Social-Démocrate - tous d) il explique que Mostar, contrairement à Sarajevo et Tuzla, est multiethnique - f) il se précipite dans les bras de Dragan Covic, hochant la tête avec bienveillance devant le crucifix brûlé au siège du parti HDZ BiH (NDLR : parti nationaliste croate).

Pour finir, g) il répond à Jasmila Zbanic (NDLR la réalisatrice bosnienne) qui lui a adressé un message public "Casse-toi chez toi", en rappelant "la Croatie a donné trois millions de kunas (monnaie croate) pour son film qui sera vu par une centaine de personne seulement".

En bref, Zoran Milanovic à Mostar n’a rien dit ni fait de très différent de ce qu’aurait dit et fait Franjo Tudjman dans la même situation s’il était encore vivant et au pouvoir. Aux Bosniaques et à Jasmila Zbanic, il a adressé un message digne de Gojko Susak ou Ivan Aralica. Je suis peut-être - c’est possible - politiquement illettré mais j’avoue avoir peur d’imaginer ce que le Premier ministre croate aurait fait ou dit si par hasard il était venu en Bosnie-Herzégovine pour accroître les tensions.

Si, par exemple, demain, comme par miracle, les Croates et les Bosniaques de Mostar se mettaient tous d’accord, et que la ville redevenait fonctionnelle et toute fleurie, qu'Airbus rachetait l’usine Soko et y fabriquait des avions de transport, que l’usine Aluminij employait 10.000 personnes, que l’aéroport de Mostar devenait un hub du transport aérien pour l’Europe de l’Est, que l’Union Européenne faisait de la ville sur la Neretva la Capitale Européenne de la Culture, que la FIFA y organisait un match spectaculaire entre la meilleure équipe du monde, avec Messi et Ronaldo, et une équipe composée des joueurs de Velez et Zrinjski et que dans la loge d’honneur, on invitait Zoran Milanovic, et bien, ce génie de la social-démocratie, de la politique et de la diplomatie aurait, je te jure, en deux phrases, devant des journalistes, tout remis comme c’était avant.

Il est très doué. Milorad Dodik par exemple n’a ni le talent de Milanovic ni ses problèmes. Dodik ne voit pas la Bosnie-Herzégovine en Europe car il ne la voit pas tout court : il dit ouvertement que la gronde en Fédération n’est qu’une insurrection bosniaque et qu’il empêchera par la force, s’il le faut, les protestations en Republika Srpska. Il en parle ouvertement à Belgrade avec Aleksandar Vucic, son Milanovic à lui. Et il ne lui vient même pas à l’esprit de présenter cela comme "un soutien pour réduire les tensions"

Par conséquent, Zoran Milanovic, qui a s’est mis en quatre pour réduire les tensions en Bosnie-Herzégovine, est applaudi pour cette mission de paix à Mostar par tous les profiteurs des tensions dans la région : de la droite croate et son ennemi juré Karamarko aux leaders d’Herzég-Bosnie et évêques, en passant par Dodik et sa mafia sécessionniste de Banja Luka. En bref, tous ceux qui vivent des pensions de guerre.

De tous les "tensionnaires" de guerre, les seuls à ne pas applaudir, ce sont les Bosniaques. Au moins pas ouvertement. Ils ne peuvent pas parce car Milanovic, en réduisant les tensions, est tombé pile où il faut pour confirmer leur thèse que les tensions en Bosnie-Herzégovine, ce sont les Croates et les Serbes qui les créent dans le but de déstabiliser les régions à majorité bosniaques. C’est pourquoi ils ont invité leur Milanovic à eux, le chef de la diplomatie turque Ahmet Davutoglu, qui, lui, pour réduire les tensions est allé voir Bakir Izetbegovic. Après qu’Izetbegovic lui eut expliqué que le but des "protestations était de détruire le pouvoir sur le territoire habité par les Bosniaques", Davutoglu a déclaré que les Bosniaques "ne devaient pas céder aux provocations."

Quelle chance que cette foutue Bosnie-Herzégovine, toujours pleine de tensions, peut compter sur des gens qui s’occupent d’elle. Des tensions ont du bon, autrement les gens auraient tout compris et auraient demandé des pensions. Au lieu de cela, les pensions - et les salaires, et la corruption, et la pauvreté, et la faim, et le chômage, et toutes ces raisons pour lesquelles samedi on a incendié les gouvernements cantonaux - dimanche déjà, plus personne n’en parlait plus.

Si la mamie est sourde, elle n’est pas pour autant stupide, ma foi.

Quoi qu’il en soit, le Mostari a regardé la télé aux côtés de la vieille femme lorsque la présentatrice du Journal annonça le reportage sur le Gouvernement de la République croate qui s’est réuni pour examiner les coefficients de correction pour le paiement des pensions. "Devant la presse," expliqua le présentatrice, "le Premier ministre Milanovic a déclaré que dans le cadre des mesures d’austérité, il était nécessaire de réduire les pensions".

Et merde ! - jura la vielle femme dans sa barbe. - Deux jours à peine qu’il était à Mostar et voilà qu’il réduit déjà des pensions.


 

 

 

Source : bhinfo.fr, le 15 février 2014.

 

 

 

 

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Rédigé par brunorosar

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