Articles avec #journalistes, chroniqueurs et photographes tag

Publié le 2 Juin 2016

Il est temps pour la Croatie de prendre la parole”


 

Cet article nous a été suggéré par son traducteur, Sebastian Baxter. Article du 21 mai 2016, par Borislav Ristic, publié originellement sur vecernji.hr. La rédaction a décidé de le publier car l’article apporte des éléments intéressant et apporte un point de vue croate. Mais l’article n’engage que l’auteur et la rédaction se distance de toute idéologie.


 

Donald Trump semble capable de ne commettre aucune faute. Ce n’est pas toujours la conséquence de son approche non-idéologique et pleine de bon sens de la politique, c’est aussi le résultat de la cécité idéologique et de l’arrogance bien ancrée de ses adversaires.

En politique la chance a tendance à bénir ceux qui sont assez courageux pour dire la vérité ; les faits réels prennent forme grâce à leurs mots. Ainsi les membres de la communauté polonaise aux Etats-Unis, qui représentent plus de 10 millions de votants, ont changé d’avis quant à leur vote pour les élections présidentielles à venir, après avoir plus tôt exprimé leur soutien à Hillary Clinton, la Némésis de Trump. Pour la plupart, les Américains d’origine polonaise vont rester chez eux le 8 novembre, mais ce n’est ni à cause de, ni grâce à Donald Trump.

Comme on a pu le voir dans le presse, le changement d’avis est survenu en quelques minutes, à cause du mari d’Hillary, l’ancien président Bill Clinton, à la suite de ses propos lors d’une réunion du parti démocrate dans le New Jersey, où il a été entendu disant que « les Polonais et les Hongrois semblent penser de nos jours que la démocratie amène trop de problèmes, donc ils ont décidé d’y renoncer et d’élire au lieu de cela des leaders politiques semblables à Vladimir Poutine. Donnez-nous un dictateur autoritaire et gardez les étrangers loin de nos frontières. Ça vous rappelle quelque chose ? » a dit Bill en référence à Donald Trump.

La surprise ne s’est pas limitée à la communauté américano-polonaise : dans leur « ancien pays », le Premier ministre, Beata Szydło, a immédiatement exigé des excuses de Clinton « à la nation polonaise entière », tandis que le président du PiS, Jarosław Kaczyński, a déclaré aux médias que « Bill Clinton semble s’être exprimé après avoir manqué un rendez-vous avec son psychiatre ».

Les plus hauts dirigeants de la Hongrie ont bien entendu eu des réactions similaires.

Mais ici en Croatie, nous ne pouvons que regarder avec envie la façon dont nos fiers voisins des nations d’Europe centrale se dressent face aux attaques des mondialistes contre la souveraineté et la dignité des états-nations dans le monde.

Le gouvernement de Croatie est également entré dans leur ligne de mire, à peu près à partir du moment où il est arrivé au pouvoir, des élites mondialistes et de leurs serviteurs des médias, mais jusqu’ici ces attaques n’ont pas entraîné de riposte.

Au contraire de la Pologne et de la Hongrie, la Croatie semble rester silencieuse quand sa politique se voit traînée dans la boue, et si jamais il y a une réaction, il s’agit plus d’une approbation masochiste qu’une prise de défense de la démocratie de notre nation. Il se passe rarement un jour sans qu’un article ne soit publié dans un média étranger dénonçant le gouvernement croate comme étant « néo-oustachi » ou « néo-fasciste » – mais nous continuons de tendre l’autre joue.

Nous avons été témoin, il y a quelques jours, de comment le Président de la République, Kolinda Grabar-Kitarović, en présence de nul autre que l’Ambassadeur des États-Unis, a volontairement et silencieusement accepté la démonstration publique d’insultes adressées au Chef d’État et ce qu’il représente, menée par des activistes radicaux de gauche, à la cérémonie officielle célébrant le Jour de la liberté de la presse dans le monde.

Rester silencieux lorsque l’on est confronté, publiquement, à la démonstration de tant d’énergie destructrice ne suggère pas uniquement l’acceptation d’un tel jugement, mais aussi l’admission de sa culpabilité. Notre président a subi un état cathartique ou de trouble cognitif qui lui a tout à coup coupé la langue. Son manque de réaction semble plutôt être de la paralysie, causé par la présence, lors de l’incident, de ceux qui sont plus grands et plus forts que nous. C’était le témoignage d’une perte complète d’intégrité et d’absence de respect de soi, et cela nous dépeignait également comme étant prêts à soumettre sur le champ notre souveraineté nationale aux prêcheurs de la mondialisation et à leurs élites.

A cet instant nous avons compris que notre gouvernement est de droite et souverain uniquement dans un sens archaïque, presque folklorique. Nous avons connu une plus grande protection de notre souveraineté et une plus importante conscience nationale durant le précédent gouvernement de gauche qui à l’occasion a rejeté certaines directives bruxelloises et a su s’opposer parfois à la politique de Merkel durant la crise des migrants, qu’avec l’actuel gouvernement dit de droite et conservateur.

Ces derniers temps nous sommes témoins de nos représentants se démenant pour connaître l’opinion des ambassades étrangères. Les stratégies de développement national et même l’élaboration de nos lois sont conçus par des bureaucrates à des kilomètres de là à Bruxelles, et en même temps nous continuons de chercher des alliés parmi ceux qui nous détestent et nous tirent continuellement les oreilles, en nous répétant que nous ne sommes pas assez bien. Pour faire bonne mesure, on fait preuve de patriotisme, mais en général  en faisant simplement beaucoup de bruit patriotique.

Pendant ce temps, à l’extérieur de nos frontières, dans un monde courageux, il est clair que quelque chose de nouveau se prépare.

Les élites mondiales sont en désarroi. Elles perdent leur influence et leur pouvoir. La victoire presque certaine de Donald Trump aux élections présidentielles américaines leur glace le sang. Ce qui par conséquent explique aussi pourquoi tout le monde parle tant de fascisme en ce moment, et cherche à déceler et humilier les spectres imaginaires du fascisme au moindre mouvement d’un état-nation à chaque fois qu’il est évoqué partout dans le monde.

Dans son discours récent sur la future politique étrangère, Donald Trump a fait un déclaration on ne peut plus claire : « nous ne soumettrons plus ce pays ou son peuple à l’appel des sirènes de la mondialisation. L’état-nation restera la fondation inébranlable sur laquelle le bonheur et l’harmonie se construisent. »

Beaucoup en Croatie sont, tout comme les élites de la mondialisation, effrayés par Trump. Ils se demandent incrédules ce que va devenir le monde lorsque la seule vraie super-puissance restante abandonnera volontairement l’idéologie de la mondialisation. Cette même peur se retrouve ailleurs, où les chefs politiques ont trouvé leur joie et le sens de leur vie en étant de loyaux serviteurs des maîtres mondiaux, plutôt que de leurs propres communautés qui les ont élus pour être leurs chefs et non les servants des autres.

Nous ne prétendons pas avoir réponse à tout, mais nous pensons savoir cela : la servilité, le baise-main et les longs discours enveloppés dans une phraséologie vide n’auront plus de valeur et ne seront plus récompensés dans le monde à venir. D’un autre côté, nous espérons une renaissance de valeurs morales plus élevées ce qui inclut l’indépendance politique, une défense ferme de la liberté de la nation, un respect affirmé de la dignité de chacun, et parfois même être prêt à élever la voix et remettre à leur place ceux qui ont plus de pouvoir que nous.

Peut-être est-ce aussi le remède dont la Croatie a besoin pour guérir ce syndrome du silence. La faire parler en son nom, enfin.

 

 

Traduit de l’anglais par le Visegrád Post.

 

Source : visegradpost.com, le 2 juin 2016.

 

 

Voir les commentaires

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Journalistes, chroniqueurs et photographes

Repost 0

Publié le 20 Mars 2016

 

Démission de la présidente du Conseil audiovisuel en raison de "pressions" politiques

 

 

La présidente du Conseil audiovisuel croate, principale institution de régulation des médias numériques, a démissionné en dénonçant les "pressions" politiques du nouveau gouvernement conservateur de ce pays membre de l'Union européenne.

Mirjana Rakic s'était retrouvée dans la ligne de mire des conservateurs, au pouvoir depuis deux mois, lorsque l'institution qu'elle dirigeait avait interdit provisoirement d'antenne, fin janvier, une chaîne de télévision locale en raison de son discours antiserbe.

"Toutes les pressions étaient concentrées sur moi depuis le début, a déclaré à la presse Mme Rakic, soulignant qu'elle "n'en pouvait plus, en tant que professionnelle et personne qui a son intégrité".

Début mars, le gouvernement a fait une évaluation négative d'un rapport annuel sur le fonctionnement du Conseil audiovisuel et a demandé au Parlement de limoger tous ses membres.

Entretemps, le Parlement a licencié le directeur du service public de radiotélévision (HRT) et nommé son successeur qui a, à son tour, licencié une vingtaine de rédacteurs en chef.

Le nouveau gouvernement a par ailleurs supprimé les subventions à certains médias à but non lucratif.

Cette série de mesures à l'égard des médias du pays a été dénoncée par l'opposition, l'Association nationale des journalistes, ainsi que par la Fédération internationale des journalistes (FIJ), qui ont mis en garde contre des entraves à la liberté de la presse.

La représentante de l'OSCE pour la liberté de la presse, Dunja Mijatovic, a exhorté les autorités à "prendre des mesures immédiates pour inverser cette tendance".

 


Source : jeanmarcmorandini.com, le 20 mars 2016.

 

Voir les commentaires

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Journalistes, chroniqueurs et photographes

Repost 0

Publié le 10 Mai 2015

Pour la journaliste croate Jasna Babić, on assiste à un changement de génération dans le milieu croate

 

 

Au cimetière Markovo polje a été enterré mercredi après-midi Vinko Žuljević Klica, un officier à la retraite de l'HVO qui pendant toute une décennie fut considéré comme l'un des personnages les plus puissants du milieu zagrébois. Ni la police ni la justice n'ont jamais confirmé son rôle. Klica a été éliminé au cours d'une opération bien préparée, les exécuteurs l'ont intercepté à l'aide de motos et l'ont froidement expédié dans un autre monde. Vinko Žuljević Klica était l'un des personnages centraux du livre “La mafia zagréboise” publié il y a un peu plus d'une décenie par Jasna Babić. Nous avons interrogé cette grande journaliste croate sur le meurtre de Vinko Žuljević, sur les rapports qu'entretiennent les institutions avec le crime organisé et les liens entre la politique et le crime organisé en Croatie.

 

 

Vinko Žuljević Klica avait tué en son temps Veselin Marinov, un homme avec lequel vous avez collaboré. Marinov fut abattu de cinq balles dans le café NBA et la police affirma qu’il s’agissait d’un acte de légitime défense.

 

Veselin Marinov fut ma principale source d’information pour le livre « La mafia zagréboise ». C’est de lui que j’ai appris tout ce qui concerne son passé bulgare ou sa participation dans l’organisation criminelle qui s’est développée en 2001. A propos de la légitime défense alléguée, je suis sûre d’une chose, que j’ai écrite dans le livre, à savoir que l’examen policier a été mené par un homme que Marinov, quelque mois avant d’être assassiné, avait accusé d’extorsion de témoignages. J’essaie de me mettre dans la peau de tous les acteurs et j’imagine qu’il est très difficile de garder son objectivité professionnelle lorsqu’on a affaire à une victime qui m’a accusé d’un crime plutôt crapuleux. Pour autant je ne crois pas à cet examen policier, ce dont je n’accuse pas celui qui l’a mené mais les anciens responsables du ministère de l’Intérieur qui l’avaient placé là pour effectuer ce travail.

 

 

Le meurtre de Vinko Žuljević et le contexte général l'entourant rappelle l'époque qui a précédé l'écriture de votre livre “La mafia zagréboise”.

 

Ce n'est pas seulement mon impression, à ce que je vois elle est assez répandue. Il semble que les héros des années 90 reprennent du service, sauf qu'ils ont sensiblement vieilli et sont plus fatigués, nombre d'entre eux ont légalisé leurs affaires, mais pour certaines raisons ces affaires ont tout l'air d'être menacées. C'est pourquoi tous sont en branle-bas de combat. L'histoire se répète mais je ne dirais pas qu'elle se répète comme une farce. J'ai plutôt l'impression que l'histoire se répète comme désespoir, comme tentative désespérée, aucun récit, comme d'habitude, ne trouve son dénouement.

 

 

Vinko Žuljević a fini par être enterré comme un citoyen exemplaire. Personne n’a jamais pu prouver qu’il faisait partie de la mafia zagréboise.

 

S’il avait été condamné pour certains des crimes qu’il a commis, il aurait été en prison, aurait servi sa peine et rien ne dit qu’il se serait retrouvé dans les circonstances qui ont présidé à sa mort. C’est là le problème d’institutions dont l’absence de fonctionnement en condamnent plus d’un à la mort, fut-ce la mort par balle ou la mort économique. C’est pourquoi, tout compte fait, nos institutions n’ont aucune valeur utile, aucun sens, et j’en viens à croire que dans les replis inconscients de ces manifestations d’anciens combattants se love quelque chose qu’ils ne sont pas capables d’articuler, quelque chose qu’on peut résumer par la question, cet état a-t-il aucun sens ? Je penche personnellement pour la négative mais je ne me considère pas compétente pour les questions qui tiennent au fondement de l’état.

 

 

Lorsque nous avons convenu cet entretien vous avez dit que ce meurtre ne vous a pas étonné et qu'il pourrait très bien s'agir d'un changement de génération au sein de la pègre zagréboise.

 

Je suis notamment certaine que nous assistons actuellement à une reconfiguration du milieu criminel. Les membres de l'organisation criminelle, contre lesquels les équipiers de Klica ont déclaré comme témoins de l'accusation se sont depuis longtemps réconciliés avec la bande qui les avait accusés. Tous étaient à l'enterrement de Klica. Ce sont aujourd'hui des gens dans la cinquantaine, qui ont fini par établir des liens de partenariat dans leurs affaires, mais une nouvelle génération surgit qui revendique sa place dans le milieu. On est en face du même changement de génération que celui qui s'est produit dans les structures politiques. Le meurtre de Klica a certainement un rapport avec ses propres affaires mais cela ne veut pas dire que ces affaires ne s'entrecroisent pas avec des motifs politiques et avec l'actualité. La politique et la haute criminalité en Croatie, à mon avis, sont indissociables.

 

 

Dans le livre « La mafia zagréboise », vous utilisez le terme « mafia constructrice de l’état » (« državotvorna mafija ») à propos de la branche criminelle à laquelle aurait appartenu Vinko Žuljević Klica.

 

Oui, à l’époque la pègre zagréboise était dirigée par deux clans, de même qu’existaient deux clans au sein du HDZ. Un clan était constitué des criminels zagrébois classiques, qui se livraient au racket, à l’usure… et un autre clan qui était constitué par des natifs de Bosnie-Herzégovine, certains de la Posavina et de la Bosnie centrale et d’autres de l’Herzégovine. Ils sont venus bardés de galons décernés par l’HVO, parés d’honneur et de gloire mais compromis par une quantité de crime de guerre. Les criminels zagrébois opéraient alors, entre autre, comme arrière-base logistique du conflit, dans une structure héritée de la Yougoslavie. Leur fonction dans la guerre était donc une fonction logistique, en fournissant tout le nécessaire compte tenu de l’embargo sur les armes et le matériel de guerre. L’autre clan jouait un rôle dans le propre déroulement guerrier. Bien entendu les deux clans bénéficiaient de protecteurs au sein de la police, des services secrets et de la politique.

 

 

Le meurtre de Klica vient aussi rappeler qu’en Croatie cela fait longtemps que nous n’avons pas connu d’action majeure des organes de répression pour s’opposer au crime organisé.

 

C’est vrai. Les principaux acteurs  du crime organisé ont légalisé leurs affaires en sociétés commerciales. Les enquêtes n’avaient pas non plus donné de résultats probants avant cela. A l’époque, Pukanić avait vendu son groupe médiatique justement au moment de se faire tuer. Personne dans la police ne s'est penché dans l’enquête sur les conditions dans lesquelles la vente s’est faite ni n’a cherché à savoir si ce faisant Pukanić s’était attiré les foudres de quelqu’un. Au contraire on a recherché le motif dans la publication d’articles qu’il n’avait même pas écrit. Avant cela nous avions eu le meurtre d’Ivana Hodak, une affaire balancée sur le dos d’un quelconque sans logis, et je devrais être complètement idiote pour croire à cela. Je ne dis pas que je sors du lot mais je ne suis pas non plus complètement idiote. En ce sens la Croatie est marquée par une éclatante continuité : Karamarko – Ostojić. On n’y voit aucune différence.

 

 

Quel est votre point de vue sur la présence de “personnages en vue” à l'enterrement de Žuljević ? Certains étaient des invités d'honneur lors de l'investiture de la présidente Kolinda Grabar Kitarović.

 

J'ai noté que toute une série de personnes étaient à l'enterrement qui figuraient dans l'index du livre “La mafia zagréboise”. J'ignore qui a assisté à l'investiture de la présidente mais je ne m'étonne pas si certains étaient à la fois présents à l'enterrement et à l'investiture. La Croatie vit de toute façon une situation schizophrénique où d'un côté on encourage ce qu'on prétend enrayer. Le ministère de l'Intérieur détient une liste des acteurs du crime organisé, pour agir au niveau policier international, mais d'un autre côté, sur le plan national, ce sont des gens décorés des plus hauts grades, jouissant de monopoles économiques, de retraites militaires. C'est donc sans issue. Lorsqu'on en arrête un, il peut toujours dire avec raison que son arrestation cache des motifs politiques.

 

 

Pensez-vous qu’après la disparition de Vinko Žuljević il faut s’attendre à de nouveaux assassinats liés au crime organisé.

 

Des meurtres se succèdent continuellement mais on n’y fait pas attention. Etant native de Zadar j’ai été choquée d’apprendre qu’un jeune homme est mort après avoir séjourné en prison pour avoir insulté Božidar Kalmeta. Les médias ont peu relayé cette histoire. Récemment un avocat a été assassiné à Osijek, or ce meurtre n’est pas exempt de motifs économiques mafieux. Je pense qu’en province les choses sont pires qu’à Zagreb. On n’a aucune idée sur ce qui se passe en province. C’est une chose que nous les journalistes ne sachions pas, une autre est jusqu’à quel point les autorités compétentes du système qui siège à Zagreb en savent plus. Ce pays est complètement désintégré, comme la Yougoslavie avant son démantèlement.

 

 

 

 

Source : balkanikum.vefblog.net, le 8 mai 2015.

Article paru à l'origine sur lupiga.com, le 7 mai 2015.

 

Voir les commentaires

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Journalistes, chroniqueurs et photographes

Repost 0

Publié le 21 Juillet 2014

Alemka Lisinski

 

 

Journaliste, rédactrice et en chef et membre de la Société des journalistes francophones en Croatie, Alemka Lisinski a réalisé la majeure partie de son parcours professionnel dans les médias et le domaine de la culture. Depuis 2009, elle est rédactrice en chef de Tportal, l’un des quatre premiers sites d’information croates. De 2005 à 2009, elle fut directrice de la communication institutionnelle et porte-parole de HT, entreprise croate de télécommunications où elle a mené des projets culturels en coopération avec, entre autres, le Musée d’art contemporain. Auparavant, elle a exercé des responsabilités de rédaction en chef dans plusieurs journaux dont l’édition croate de Elle magazine, et, de 1992 à 1997, elle a été responsable de l’information au Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés dont le siège était à Zagreb. Enfin, tout au long de sa carrière, passionnée de cinéma, Alemka Lisinski a publié des critiques et des textes et contribué pour la télévision et la radio à des émissions sur le sujet.


 

Voir les commentaires

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Journalistes, chroniqueurs et photographes

Repost 0

Publié le 27 Mai 2014

Ana Benačić

 

Ana Benačić est journaliste.


 

Les peuples s'unissent face aux inondations


 

Les inondations qui ont frappé la région ont eu au moins un effet bénéfique : Serbes et Croates se sont montrés solidaires, dépassant les clivages nationalistes. Mais cette entente est trop précaire pour durer au-delà de la montée des eaux. 


 

Une blague circule actuellement en Serbie. Pourquoi l’écrivain Dobrica Ćosić, le "père de la nation serbe" est-il décédé ? Parce que son cœur l’a lâché après avoir vu les unités spéciales des sapeurs pompiers croates évacuer les Serbes d’Obrenovac sous les eaux.

Eh bien oui, on a assisté à l’inimaginable ! A l’occasion des inondations qui ont touché la Bosnie-Herzégovine, la Serbie et la Croatie, des sapeurs pompiers croates ont été dépêchés afin d’aider les Serbes ; les autoroutes croates ont dispensé de péage les véhicules transportant l’aide humanitaire, peu importe leur destination ;  les dons à la Croix-Rouge se croisent entre la Bosnie-Herzégovine, la Croatie et la Serbie ; les secouristes envoyés sur le terrain ont aidé tous les sinistrés, sans leur demander quelle était leur religion.

Hélas, il a fallu un déluge pour que l’Homme remonte à la surface et émerge des résidus de la boue religieuse et nationaliste. Dans la catastrophe, il s’est avéré que même les Noires étaient des "nôtres". Les réfugiés et les demandeurs d’asile politique, contre lesquels les Serbes locaux protestaient violement et qu'ils voulaient chasser des centres d’accueils installés dans leurs municipalités, ont secouru sans tarder les habitants d’Obrenovac en les sortant des maisons inondées sur leurs dos.



Tolérance

Politesse diplomatique oblige, le gouvernement serbe a remercié le gouvernement croate pour l’aide fournie. Ce qui surprend aussi, c’est sans aucun doute le geste des "Lurons", le club des supporters de Crvena Zvezda [Etoile Rouge de Belgrade]. Ce sont les derniers que l'on aurait pu s’attendre à voir œuvrer dans le sens de la normalisation des relations entre ces pays : sur leur compte Twitter, ils ont publié beaucoup de photos et d’informations utiles, ainsi que les appels à l’aide des régions dévastées de la Serbie, de la Bosnie-Herzégovine, sans oublier la Croatie. Pour la première fois, ils qualifient les Croates d'"amis", et affichent leur sympathie aux sinistrés croates de la Slavonie [région située dans l'est de la Croatie].

Dans la réalité, le sport professionnel est loin de promouvoir la tolérance. Bien au contraire, il véhicule le nationalisme et le chauvinisme chez les supporters des Balkans et ailleurs dans le monde. La star de tennis, Novak Djokovic a excellé une fois encore, cette fois-ci moralement, en appelant à aider, sans distinction, les victimes des inondations en Serbie, en Bosnie-Herzégovine et en Croatie. "Longue vie à tous les peuples de l’ex-Yougoslavie", a-t-il écrit sur son compte Twitter, dans un esprit réunificateur.



Boue nationaliste

N’empêche, la catastrophe naturelle a inondé Internet et les réseaux sociaux des rumeurs et des bêtises les plus folles. Les nationalistes ont sauté sur l’occasion pour déployer leurs théories de complot. On colportait ainsi que les digues ont été détruites délibérément en Croatie, et que des villages entiers ont été inondés uniquement pour sauver Belgrade. Ou encore que les inondations en Bosnie-Herzégovine et en Serbie ont été provoquées par HAARP (High Atmosphere Aural Research Program – un programme militaire américain modifiant le climat).

Il s’est avéré une fois encore que dans le cas d'une catastrophe naturelle, les frontières restaient une barrière à l’acheminement rapide des secours et de l’aide humanitaire. Les entraves administratives sont parfois aussi importantes que les crues des eaux. Par exemple, pour envoyer l’aide de la Croatie à la Bosnie-Herzégovine, il a fallu s’enregistrer en tant qu’une organisation ONG, ou créer une Sarl, avoir un certificat d’activité autorisant les exportations, et posséder un tas d’autres papiers. Et attendre pendant des heures aux postes-frontières… Aussi pervers que cela puisse paraître, si les inondations avaient eu lieu avant le 1 juillet 2013 (date de l’adhésion de la Croatie à l’UE), les Croates auraient pu venir plus facilement au secours des sinistrées de Bosnie-Herzégovine (environs 900 000 d'entre eux ont été déplacés en raison des inondations), et certes, avec beaucoup moins d’entraves administratives.

Combien de temps durera cet élan de solidarité suscité par les inondations qui a réunifié des belligérants ex-yougoslaves ? Hélas, il risque de retomber rapidement une fois que les eaux se seront retirées, en laissant derrières elles les résidus de la boue nationaliste.

 

 

 

 

Source : courrierinternational.com, le 26 mai 2014.

Article paru à l'origine sur lupiga.com, le 20 mai 2014.

 

 

Voir les commentaires

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Journalistes, chroniqueurs et photographes

Repost 0

Publié le 6 Avril 2014

L'État croate va dédommager une journaliste abusée par les services secrets


 

Un tribunal a condamné la Croatie à verser 17 000 euros à une journaliste indépendante, victime d'interrogatoires abusifs et de menaces de la part des services secrets, il y a dix ans.


 

L’État croate a été condamné à verser 17 000 euros de dommages et intérêts à une journaliste locale, Helena Puljiz, victime d’interrogatoires abusifs des services de renseignements à des fins politiques, a annoncé vendredi l’intéressée en présentant à la presse le verdict du tribunal. «J’ai prouvé au tribunal qu’ils (les services de renseignement, ndlr) avaient nui à ma santé, à ma vie et à ma réputation», a déclaré Helena Puljiz lors d’une conférence de presse, dix ans après les faits.

En 2004, Helena Puljiz, alors journaliste indépendante, a été invitée au siège de l’agence nationale de contre-espionnage pour un «interrogatoire informatif» durant lequel, affirme-t-elle, elle avait fait l’objet de «menaces» et de «chantage» et invitée à «coopérer» avec des agents secrets, ce qu’elle a refusé. «Des agents ont utilisé des sales méthodes dans la tentative de me pousser à espionner mes collègues, des politiciens, des ambassadeurs étrangers, des intellectuels et de publier dans des médias des histoires sales à leur encontre sur commande des services de renseignements», a expliqué Helena Puljiz, aujourd’hui journaliste de l’influent portail d’information TPortal.

Le scandale avait entraîné le départ du chef du renseignement de l’époque. Durant l’interrogatoire, des agents «ont insulté et humilié la plaignante (...) et ont transgressé son droit constitutionnel à la liberté individuelle», lit-on dans le verdict rendu lundi par un tribunal de Zagreb. Parmi les témoins appelés à la barre dans le cadre de ce procès qui a duré huit ans, figurait notamment l’ancien président croate Stipe Mesic, chef de l’État à l’époque des faits. La Croatie a adhéré à l’Union européenne en juillet 2013.


 

Source : liberation.fr, le 4 avril 2014.


 

Voir les commentaires

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Journalistes, chroniqueurs et photographes

Repost 0

Publié le 11 Décembre 2013

Au secours, les réacs sont de retour !

 

Plus de 650.000 signatures ont été recueillies pour obtenir la convocation d’un référendum contre des droits des minorités et l’usage officiel de l’alphabet cyrillique. Après le succès du référendum du 1er décembre contre le mariage gay, les tenants de la droite dure, conservatrice et cléricale, ne comptent pas s’arrêter en chemin. Faut-il vraiment s’étonner de cette dérive à droite de la Croatie ? Analyse.

 

 

Si les passions se calment peu à peu après le référendum sur l’introduction dans la Constitution de la définition hétérosexuelle du mariage, force est de reconnaître que le résultat fut loin d’être une surprise. La direction de la nouvelle droite croate a trouvé le filon et la conjoncture actuelle lui a assuré un bon accueil parmi la population.

Les conditions ne peuvent pas être meilleures pour renforcer le populisme, le conservatisme et, disons-le sans détour, l’option profasciste : la situation économique du pays est catastrophique et la politique de la coalition libérale au pouvoir sert depuis longtemps des intérêts contraires à plusieurs niveaux.

Après les mantras sur la prospérité qui devaient nous attendre après le 1er juillet, l’expérience nous a révélé la réalité de notre position dans l’Union européenne : un mensonge généralisé de la classe politique, un piège sophistiqué selon lequel le capital crée de l’embauche, des mesures d’austérité agressives touchant les plus faibles, des nouvelles vagues de privatisations (Croatia airlines, Hrvatskih željeznica et peut-être bientôt HEP), la poursuite de la dégradation de l’État-providence, l’abandon total des travailleurs aux caprices du marché et des employeurs, et la fin de la souveraineté de l’État.

Un grand nombre d’individus sans travail, insatisfaits, amers, déçus, déstabilisés économiquement et culturellement, se retrouvent dans une situation telle qu’ils en viennent à accepter des options politiques promettant la stabilité, la sécurité et la base solide et familière du noyau familial. Nombreux choisissent cette voie par peur, d’autre par dépit, et certains parce que c’est là que se situe leur loyauté politique.

L’initiative de Željka Markić a réussi à canaliser ces énergies négatives grâce à un financement généreux, une organisation professionnelle, une « communication publique » efficace et l’Église catholique avec qui elle est très liée. Ainsi ce groupe de riches ultraconservateurs, l’aile droite de la bourgeoisie nationaliste, a su utiliser cette opportunité et occupe désormais une excellente position pour lancer ses futures actions politiques.

 

« Les valeurs nationales croates »

Le programme politique de l’initiative U ime obitelji (« Au nom de la famille ») est aisément déchiffrable via leurs récentes déclarations et prises de position, ainsi que par ses liens et sa proximité idéologique avec le mouvement HRAST qui, même s’il présente certaines sensibilités sociales, reste ultraconservateur et autoritaire.

HRAST préconise « le développement technologique des valeurs nationales », le retour des émigrants croates, l’emploi croate, la « technologie croate » et un protectionnisme maximal du capital national en limitant sévèrement toute influence des capitaux étrangers et des banques étrangères. L’idéologique mensongère du « nettoyage » n’est pas nouvelle. Mais l’idée d’un budget national 100 % croate reste, elle, inapplicable. Le programme veut s’appuyer sur le développement des flux de capitaux transnationaux, mais seulement avec un capital « de collaboration internationale », à savoir issu de la diaspora croate.

 

Le mépris de l’élite envers le peuple

Ce référendum n’est finalement qu’une bataille opposant deux groupes politiques ; il n’est pas question des intérêts du peuple à qui Željka Markić devrait pourtant être éternellement reconnaissante. Elle devrait l’être encore plus envers les libéraux au pouvoir dont l’impact politique, en raison de leurs œillères et de leur stupidité, a réveillé le spectre de la droite dure.

Même si les électeurs n’ont pas eu les informations nécessaires et suffisantes pour savoir pour quoi ils votaient réellement, ils étaient cependant nombreux à savoir contre qui ils le faisaient. Le mépris de l’élite dirigeante envers le peuple a servi de plateforme de solidarité pour cette nouvelle droite, qui a su se présenter comme une victime au sens de la bonne tradition catholique. Une solidarité vivifiée par les critiques des médias et groupes sociaux de gauche.

Le fait que les gens ont accepté Željka Markić n’est pas le résultat d’un primitivisme, mais celui d’une recherche éperdue pour sortir des sables mouvants dans lesquels nous ont poussés depuis deux décennies les voleurs du HDZ et la coalition de la bourgeoisie raffinée.

Tout cela a fini par consolider la politique ultraconservatrice de la droite : celle de la bourgeoisie nationaliste, des puristes fascistes, des entrepreneurs rusés, des émigrants opportunistes, des parents géniteurs d’enfants à la douzaine, portant Jésus dans leur cœur et des millions à la banque – millions acquis grâce aux nombreuses affaires menées avec l’État, l’Église et diverses compagnies pharmaceutiques.

 

L’ascension de la nouvelle droite

La nouvelle droite s’est appuyée sur l’idéologie nationaliste pour récupérer ses partisans. Mais elle présente quelques nouveautés par rapport aux années 1990. Son nationalisme est lié aux valeurs traditionnelles du foyer, de la foi et de la famille, alors que dans les années 1990, il était plus sensible aux chapelets, aux kalachnikovs, au roi Tomislav et aux uniformes blancs des amiraux. Son succès vient en partie du fait qu’elle a su attirer un public conservateur non catholique et utiliser les outils de la société civile moderne.

Enfin, il est clair que le soutien financier dont elle a bénéficié a joué un rôle essentiel.

Le succès de Željka Markić est fondé sur la peur, l’amertume et une totale irrationalité. Au-delà de cette victoire au référendum, son entrée prochaine au Parlement est fort probable.

La gauche intelligente, la gauche aux racines populaires qui se bat pour l’égalité et la justice et qui serait capable d’apporter une alternative tant souhaitée n’a pas encore trouvé sa formule politique. Alors, quel mouvement prendra la forme de l’espoir, de la solidarité et de la raison ? Et quel camp choisira la majorité silencieuse des 63 % d’électeurs qui n’ont pas voté au référendum ?

 

 

Traduit par Claire Vallet

 

Source : balkans.courriers.info, le 9 décembre 2013.

Article paru à l'origine sur index.hr, le 3 décembre 2013.

 

 

Voir les commentaires

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Journalistes, chroniqueurs et photographes

Repost 0

Publié le 8 Novembre 2013

Ana Opalić

 

Née en 1972 à Dubrovnik, Ana Opalić vit à Zagreb.

Diplômée de l'Académie des Arts dramatiques à Zagreb, elle a été élue meilleure jeune photographe à l'exposition de photographie croate en 1997.

Son travail photo et vidéo questionne des territoires divers : le quotidien, la sphère familiale, l'environnement naturel, le passé historique de son pays, les espaces délaissés.

Ana Opalić

Voir les commentaires

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Journalistes, chroniqueurs et photographes

Repost 0

Publié le 23 Septembre 2013

Ines Sabalić

 

Ines Sabalić est journaliste correspondante à Bruxelles pour Globus Zagreb, Vijesti et l'agence SRNA.

 

 

Intégration européenne : Si la Croatie dérape, tous les Balkans vont dans le mur

 

Deux mois et demi après son adhésion européenne, la Croatie est sous le coup d’être sanctionnée par l’UE - en raison de son refus d’exécuter un mandat d’arrêt allemand. Bien sûr, les sanctions n’auront pas d’effets immédiatement sensibles pour la population, mais leurs conséquences pourraient être redoutables pour la poursuite du processus d’intégration de l’ensemble de la région. L’analyse de Vijesti.

 

Les sanctions, telles qu’elles demeurent inscrites dans la mémoire collective de la région, renvoient au manque d’essence, aux queues, à l’effondrement de l’économie et à sa dérive mafieuse, à des sociétés qui se renferment dans leurs pathologies. Même si l’on disait beaucoup, dans les années 1990, que les sanctions n’étaient pas efficaces, car elles frappaient les gens ordinaires tandis que Slobodan Milošević et sa clique s’enrichissaient, elles ont cependant contribué à mettre un terme à l’expansionnisme de Belgrade.

Si la Croatie subit aujourd’hui des sanctions, elles consisteront, concrètement, en un renforcement des contrôles sur les 40 millions d’euros qui devaient être versés au pays pour préparer son adhésion à l’espace Schengen et en la suspension d’un crédit supplémentaire de 80 millions. On sait ce que cela signifie. Le renforcement des contrôles signifie un ralentissement des procédures, de longs échanges entre Zagreb et Bruxelles. C’est une procédure technique, qui va se poursuivre loin des regards de l’opinion publique et, personnes, hormis quelques fonctionnaires, ne se rendra compte de ce qui se passe.

Les aides pour rejoindre Schengen ont été attribuées à la Croatie lors de l’adhésion du pays à l’UE, il s’agit de versements directs, pour lesquels la Croatie n’a pas besoin de répondre à une procédure supplémentaire d’appel d’offres. Les 80 millions supplémentaires, très vraisemblablement, seront mis de côté et versés plus tard. Ainsi, le gouvernement croate ne ment pas quand il assure que la Croatie ne va pas perdre un seul euro.

 

Des conséquences pour toute la région

 

Et pourtant, si de telles sanctions sont effectivement prises, qu’elles ne touchent que les fonds Schengen ou qu’elles soient plus larges, elles seront le signe concret et symbolique d’une lourde peine infligée par Bruxelles, une peine qui pourrait se révéler accablante pour Zagreb. Tellement accablante que le Monténégro et les autres pays voisins qui ont tous pour ambition de rejoindre l’UE, ont de bonnes raisons d’espérer que de telles sanctions ne seront pas prises, car les conséquences négatives de sanctions contre la Croatie pourraient se faire sentir dans toute la région.

La Croatie est entrée dans l’UE en cultivant son propre mirage - la beauté de ses côtes pour faire oublier la difficulté des négociations. Elle n’a pas particulièrement été un bon élève dans les discussions techniques, car certains rouages de l’appareil d’État restent encore dominés par les cercles issus de l’ère Tuđman, qui s’opposent à toute modernisation. Par contre, la Croatie a été très bonne dans les discussions politiques. Toutes les demandes de Bruxelles ont été acceptées - qu’il s’agisse de la Zone de protection écologique et de pêche en Adriatique (ZERP), du Tribunal de La Haye, ou de la lutte contre la corruption (affaire Sanader).

Elle a tenté d’esquiver certaines obligations, mais elle a toujours fini par les accepter, car il existait un large consensus social en faveur de l’adhésion européenne. Pour résumer, son adhésion a été difficile, elle aurait pu échouer, certains se sont même étonnés que le processus aille jusqu’à son terme. Il en va de même aujourd’hui pour le Monténégro.

Un des plus grands succès de la diplomatie croate dans ces négociations a été que le pays ne soit pas placé, comme la Bulgarie et la Roumanie, sous la surveillance des « mécanismes post-adhésion ». La mise en place d’instruments spécifiques de contrôle et de vérifications avait été convenue avant l’adhésion de ces deux pays car les États membres tout comme la Commission pensaient qu’ils n’étaient pas véritablement prêts - notamment dans les domaines de la justice, des droits de la personne et des affaires intérieures. Ces deux pays doivent donc présenter des rapports réguliers à la Commission européenne sur les progrès qu’ils réalisent dans ces domaines qui ressortissent aux chapitres 23 et 24 des négociations d’adhésion.

Si la Croatie montre qu’en fait elle n’est pas assez « européenne », personne ne voudra le croire, mais c’est pourtant ce qui risque de se passer.

 

Une Croatie "pas assez européenne" ?

 

La Croatie avait pourtant la possibilité de devenir un État membre de « premier ordre », de fuir la « malédiction balkanique ». Le simple fait que l’ombre d’un mécanisme de contrôle comparable à celui que connaissent la Bulgarie et la Roumanie pèse désormais sur la Croatie est terriblement dangereux. Si la Croatie dérape, toute la région suivra. Si la Croatie n’est pas assez « européenne », personne ne voudra le croire. À tort ou à raison, c’est pourtant le cas.

La Croatie est partie de zéro pour devenir membre, ce qui est mieux que de partir d’en dessous de zéro, ce qui est la position de Bucarest et de Sofia, en raison de ce mécanisme de contrôle.

La seule manière dont l’UE peut fonctionner suppose que tous ses membres reconnaissent volontairement toutes ses décisions comme des lois. Ainsi, la volonté de sanctionner la Croatie se renforce chaque jour à Bruxelles. La Commissaire européenne à la Justice a expliqué, dans une conférence, que tous les citoyens européens devaient être certains que « si un tribunal décide quelque chose en Espagne à propos d’un problème économique cela sera immédiatement reconnu par la justice française, et si un tribunal allemand ordonne une arrestation, elle sera exécutée en Finlande aussi bien qu’en Croatie ». « Le soft power de l’Union repose avant tout dans l’assurance que l’État de droit sera respecté », a expliqué Viviane Reding.

Dans ces conditions, l’insistance de Zagreb sur la « Lex Perković » et le non-respect d’un mandat d’arrêt européen ont fortement entaché la réputation de la Croatie, qui avait été patiemment construite durant les négociations. Aujourd’hui, l’image de la Croatie est très mauvaise dans les cercles européens et cette ombre pourrait affecter tout le processus d’élargissement aux autres pays de l’ancienne Yougoslavie.

 

Danke Deutschland ?

 

Le mandat d’arrêt européen suit une procédure qui a été définie avant le grand élargissement de l’UE. Selon ce mandat, la justice d’un pays doit demander à la justice d’un autre pays de procéder à une arrestation et à un transfert. Cependant, dans certains cas, la justice d’un pays donné peut toujours s’opposer aux demandes qui lui sont faites.

La « Lex Perković » ne fait que réaffirmer cette possible exception, mais elle a été votée trois jours seulement avant l’adhésion de la Croatie à l’UE, ce que la Commission et certains États membres ont vu comme une trahison de la confiance qu’ils avaient en la Croatie.

Après leur adhésion, la Tchéquie et la Slovaquie avaient également modifié cette même loi sur le mandat d’arrêt européen, mais les pressions européennes les avaient vite fait renoncer.

Les Croates ne savent toujours pas pourquoi le Premier ministre Milanović insiste tant sur la « Loi Perković », ce qui les place dans une situation différente de celle des Hongrois ou des Roumains qui soutenaient leurs Premiers ministres en confrontation avec Bruxelles. On réactive les théories sur le maintien des structures de l’UDBA yougoslave dans la Croatie tuđmanienne, et qui seraient toujours actives... Certains vont même jusqu’à remercier l’Allemagne de soutenir activement la Commission européenne et d’exiger des sanctions contre la Croatie.

« L’Allemagne nous a forcés à résoudre le problème Sanader et à nous attaquer à la corruption, elle nous a soutenus vers l’Europe, et maintenant, elle va nous forcer enfin à entamer la lustration », estiment certains. D’autres pensent que l’énigme de l’acharnement de Zoran Milanović à défendre Perković tient au caractère renfermé du Premier ministre, qui ne s’attendait pas à de si fortes réactions européennes, qui a contre-réagi avec force, tenant des propos très durs à l’égard de la Commissaire Reding et qui, désormais, ne sait plus comment se tirer de ce mauvais pas...

 

 

Traduit par Jad

Source : balkans.courriers.info, le 23 septembre 2013.

Article paru à l'origine sur vijesti.me, le 22 septembre 2013.

 

 

 

 

 

 

 

Voir les commentaires

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Journalistes, chroniqueurs et photographes

Repost 0

Publié le 22 Juillet 2013

Stanko Abadžić


Né à Vukovar en 1952, Stanko Abadžić avait 15 ans lorsque son père lui fit cadeau de son premier appareil photo, un modèle russe Smena 8 qu’il a toujours conservé car, dit-il «les bonnes photos ne sont pas toujours réalisées avec des appareils onéreux.» Alors qu’il était étudiant, il gagnait son argent de poche en réalisant des photos de mariage et de matches de foot. Après ses études, il travailla comme traducteur et reporter. Lorsque, en 1991, la ville de Vukovar fut complètement dévastée par la guerre, Abadzic perdit toutes ses archives, quelque 3000 négatifs. Après s’être expatrié en Allemagne de 1990 à 1995, il se rendit ensuite à Prague où il enseigna l’allemand avant de travailler uniquement en tant que photographe free-lance. Depuis 2002, il vit sur l’île de Krk en Croatie.

Stanko Abadžić

Voir les commentaires

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Journalistes, chroniqueurs et photographes

Repost 0