Josip Broz Tito

Publié le 9 Novembre 2009

I. Josip Broz Tito

 

(prononciation en serbo-croate)

 

 

I. De Josip Broz à Tito

 

Josip Broz, connu plus tard sous le nom de Tito, est né le 25 mai 1892 à Kumrovec, près de Zagreb, capitale de la Croatie. Il est le septième enfant de Franjo (croate) et Maria (slovène) Broz, un couple de paysans vivant au nord-ouest de la Croatie, alors sous domination de l'empire d'Autriche-Hongrie.

 

Devenu ouvrier, il a 22 ans lorsqu'éclate la Première Guerre mondiale et il part servir avec le grade de sergent dans l'armée austro-hongroise. Après avoir combattu face aux Serbes devant Belgrade entre septembre et décembre 1914, il affronte les troupes russes en Galicie où il est fait prisonnier en mars 1915. Il est ensuite libéré par les bolcheviques, qui ont pris le pouvoir en Russie lors de la révolution d'Octobre (1917). Enthousiasmé par cette révolution, il rejoint l'Armée rouge mise en place pour lutter contre les armées blanches, fidèles au Tsar, pendant la guerre civile russe, et adhère au Parti communiste après avoir sympathisé avec Sabic, un proche de Léon Trostski. Rentré dans son pays en 1923, il participe aux activités clandestines du Parti communiste yougoslave qu'il a contribué à créer, ce qui le conduit à être arrêté par la police royale et emprisonné entre 1928 et 1934. Ses années de prison le confortent dans sa foi envers le marxisme grâce aux échanges avec son compagnon de cellule, le philosophe Mosa Pijade. Ayant pris le nom de guerre de Tito, probablement par admiration pour Tito Brezobravski, un écrivain croate du XVIIIe siècle, il parvient à quitter clandestinement le pays avec l'aide de membres des autorités croates opposés à la monarchie. Il participe ensuite, à partir de 1936, à la guerre civile espagnole en soutenant le camp des républicains. Dans le cadre du Komintern, sorte de "bureau politique" communiste mis en place par Lénine et ayant pour tâche d'encadrer les partis communistes locaux, il organise le recrutement des brigades internationales et le passage des combattants depuis la France. En 1937, il prend la direction du Parti communiste yougoslave en devenant son secrétaire général et commence à préparer la résistance aux forces de l'Axe.

 

 

La Seconde Guerre mondiale

 

Les troupes italiennes, puis allemandes, envahissent la Yougoslavie au printemps 1941. Dès le début de l'invasion, en avril 1941, Tito prend la tête du comité militaire, le Conseil antifasciste de libération nationale, organisé par le Parti communiste pour engager la résistance contre l'envahisseur. Il se présente comme le chef de l'"Armée populaire de libération et de séparation partisane de Yougoslavie" et mène une guérilla incessante contre l'ennemi.

 

En rivalité avec le général Draza Mihailovic, chef de la résistance royaliste, il mène des opérations à la fois contre les troupes allemandes d'occupation et contre les partisans de l'autre camp de la résistance yougoslave. La capitulation de l'Italie, en septembre 1943, permet aux partisans de récupérer les armes laissées par les troupes italiennes et de prendre le contrôle des territoires qu'elles occupaient. Cette même année, soutenu par l'Union soviétique de Staline, il forme un embryon de gouvernement provisoire. Deux ans plus tard, ayant contribué à la libération de la Serbie à l'aide de l'Armée rouge, à l'automne 1944, il est désormais considéré par tous les Alliés, Britanniques y compris, comme l'unique représentant de la Yougoslavie en guerre, au détriment de Mihailovic qui avait été jusqu'ici soutenu par les Anglo-Saxons.

 

Se présentant comme le "maréchal" Tito, il peut alors devenir le chef d'un gouvernement provisoire officiel le 7 mars 1945. Puis, concluant un accord le 5 avril suivant aves les Soviétiques en faveur d'une nouvelle intervention de l'Armée rouge, il entreprend cette fois de combattre le gouvernement de Croatie, soumis aux Nazis. Ayant achevé avec succès la libération de la Yougoslavie, Tito proclame la république yougoslave le 29 novembre 1945* ; il prend toutefois soin de faire disparaître le général Mihailovic, partisan d'une monarchie constitutionnelle, qui est jugé et exécuté.

 

 

La République populaire yougoslave

 

Tito met en place une république populaire et fait de la Yougoslavie un Etat fédéral. Il se porte au secours des partisans grecs qui tentent de prendre le pouvoir en combattant les forces royalistes. Mais dès 1948, sa volonté d'indépendance envers Moscou le conduit à rompre ses relations avec Staline. Le Kominform publie le 28 juin une résolution contre les autorités yougoslaves, accusées de trahison. L'URSS fait désormais campagne contre le "titisme" jugé nationaliste et déviationniste, mais se garde d'intervenir militairement. Tito devient président de la République en 1953, après l'adoption d'une nouvelle Constitution, et décide de participer au mouvement qui se met en place lors de la conférence de Bandung (Indonésie) en avril 1955, au cours de laquelle de nombreux pays récemment décolonisés, ou en passe de l'être, affichent leur volonté de rester indépendants des deux blocs. Or, justement, Tito a montré sa volonté d'indépendance envers le bloc de l'Est en défendant le principe de socialisme national et en refusant de rester soumis à une direction socialiste unique menée par Moscou. En 1961, la conférence organisée à Belgrade par Tito consacre officiellement l'existence du "mouvement des non-alignés", auquel participent notamment le Premier ministre indien Nehru et le chef de l'Etat égyptien Nasser.

 

Au cours de l'année 1955, la Yougoslavie se réconcilie avec l'Union soviétique, qui est alors gouvernée par Nikita Khrouchtchev. Celui-ci, dénonçant les crimes de Staline, lance l'année suivante la "déstalinisation", à laquelle Tito apporte son soutien. Ce dernier s'exprime même lorsque le dirigeant hongrois Imre Nagy, renversé avec son équipe lors de l'intervention des chars soviétiques en novembre 1956 et qui a cherché refuge à l'ambassade yougoslave, est finalement expulsé pour être capturé par les hommes du KGB, puis exécuté. Dans son discours de Pula le 11 novembre 1956, Tito affirme en effet que l'intervention soviétique était préférable aux réformes engagées par le nouveau gouvernement hongrois.

 

Ce n'est qu'après cet événement que Tito revient vers un non-alignement sur la politique de Moscou. Ainsi, en 1968, il soutient les réformateurs tchécoslovaques lors du printemps de Prague, au détriment de Moscou, où gouverne cette fois le conservateur Leonid Brejnev.

 

Suite à sa rupture avec l'Union soviétique en 1948, Tito a établi des contacts avec les pays occidentaux en faveur d'échanges commerciaux ; plus tard, il noue également des relations avec l'Albanie, la Chine et même le Vatican. Le pays conserve pendant la guerre froide un statut de pays neutre, bien qu'il soit gouverné par un régime communiste.

En 1974, Tito prend le titre de "président à vie", ce qui est en parfaite adéquation avec le culte de la personnalité qu'il entretient depuis la guerre.

 

Dictateur à la fois vénéré pour son rôle dans la lutte contre le fascisme et redouté pour ses méthodes radicales, il n'hésite pas à emprisonner les opposants au régime, qu'il s'agisse de nationalistes, de démocrates ou de prosoviétiques.

 

Au niveau économique, pratiquant un socialisme relativement souple, il opte pour une méthode d'autogestion. La Constitution du 21 février 1974 ainsi que la loi étendant l'autogestion freinent l'ouverture vers un libéralisme économique, mais n'empêchent pas le pays d'être touché par la crise que connaissent à des degrés divers toutes les démocraties populaires. Le niveau de vie moyen des Yougoslaves est toutefois bien meilleur que celui de leurs voisins du bloc soviétique, grâce à l'ouverture sur l'Occident, notamment par le biais du tourisme à partir du début des années 1970.

 

Profondément attaché à l'unité de la Yougoslavie, Tito joue de toute son autorité pour encourager et susciter un sentiment yougoslave chez les populations des six républiques de la fédération, faire taire les nombreuses revendications ethniques et les rancoeurs entretenues depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale entre Croates, Serbes et Bosniaques. Ainsi, résolument attaché au principe du fédéralisme, il renvoie en décembre 1971 les dirigeants croates jugés trop nationalistes, puis, en octobre 1972, les dirigeants serbes jugés trop indépendants.

 

Il faut cependant préciser que les Serbes se plaindront, des annés après la mort de Tito, d'avoir été systématiquement défavorisés pendant la dictature, rappelant que Tito était croate, qu'il avait combattu les Serbes dans sa jeunesse et que, pendant des décennies, il avait toujours avantagé la Slovénie et la Croatie. La Constitution de 1974, en accordant davantage d'autonomie au Kosovo et en reconnaissant une communauté musulmane en Yougoslavie, deux initiatives bénéfiques aux Albanais du Kosovo, renforce chez les Serbes un sentiment de frustration, qu'ils ne tarderont pas à exprimer lors des guerres contre la Bosnie entre 1992 et 1995 et, enfin, pendant la guerre du Kosovo en 1999.

 

Tito meurt le 4 mai 1980 à Ljubljana, capitale de la Slovénie. Après la disparition du dictateur, le pays connaît une aggravation de sa situation économique (la dette yougoslave atteint 21 milliards de dollars) et la fragmentation de l'ensemble politique yougoslave que la Ligue des communistes de Yougoslavie au pouvoir ne parvient pas à enrayer. Tandis que les failles du système, enfin révélées, s'aggravent dangereusement, la fédération yougoslave éclate au début des années 1990 en de multiples entités hostiles les unes aux autres.

 

 

Source : Les dictateurs du XXe siècle. De Sophie Chantard, publié par Stydyrama, 2006, pp 75-81. 

 

* voir le premier commentaire d'un lecteur.

 

 

 

 

II. L'évolution du fédéralisme à la Tito  

 

Nous avons dit que Tito, en imposant, en 1946, à la nouvelle Yougoslavie, des structures fédérales, voulut substituer à la politique d'intégration ethnique et au principe de la nation unique, chers à la monarchie serbe qui domina la première Yougoslavie de 1918 à 1941, l'intégration de ses peuples, par une idéologie communiste et un parti unique.

 

Là où la monarchie serbe a voulu niveler, uniformiser et centraliser, en serbisant les peuples slaves dans le premier Etat yougoslave, c'est à dire en gommant les spécificités nationales, Tito, lui, a fait le pari que ces spécificités se dilueraient et disparaîtraient avec le temps grâce aux puissants instruments d'intégration que représentaient pour lui le parti unique communiste et l'idéologie marxiste-léniniste, et cela, même si chaque ethnie-nation ou presque de la nouvelle Yougoslavie disposait d'une république pour organiser et développer sa spécificité nationale, c'est à dire sa langue, ses institutions sociales, culturelles et religieuses.

 

Mais au regard même de ce grand dessein de Tito, la première organisation fédérale de la Yougoslavie, celle de 1946, pose problème.

 

En effet, avec le recul de l'histoire, on constate que la période allant de 1945 à 1965 fut la seule relativement calme dans les relations entre nations-républiques de l'Etat yougoslave. Et c'était un calme forcé, voire imposé, par le charisme de Tito et son régime de parti et d'idéologie uniques qui n'était rien moins que totalitaire ou, tout au moins, extrêmement autoritaire. Ce régime n'hésitait pas à recourir à des méthodes, et en particulier à une police, staliniennes. A cet égard, rappelons que l'état d'urgence a été la règle au Kosovo de 1945 à 1965, parce que les Albanais - qui représentaient alors au moins 80% de la population du Kosovo - ne se satisfaisaient pas de leur statut de province autonome et aspiraient à celui de république, accordé aux autres peuples slaves ou ethnies-nations de la Yougoslavie.

 

Or, en 1965, le régime titiste constata la persistance de certains blocages dans le fonctionnement de l'économie yougoslave, calquée sur le modèle soviétique d'économie socialiste planifiée, avec cependant, des différences notables dans le domaine agricole en particulier. Tito voulut pallier ces blocages en introduisant une réforme économique qui fut celle de 1965.

 

Cette réforme, pour en parler rapidement, décentralisait l'économie yougoslave et y introduisait de façon mesurée et contrôlée, et à petites doses, les lois du marché propres à l'économie capitaliste, de type libéral.

 

On a dit de cette réforme économique qu'elle était la plus audacieuse jamais réalisée dans le monde communiste, avant celle de Gorbatchev, en 1986.

 

Mais quoi qu'il en soit, ce qu'il faut bien comprendre, c'est que le régime titiste, en introduisant , par la réforme économique de 1965, une certaine libéralisation des pratiques et du fonctionnement de l'économie yougoslave, diminua la pression qu'il exerçait sur l'ensemble de la société.

 

Une des conséquences qui en résulta fut le réveil des frictions, entre les nations-républiques de la Yougoslavie, que Tito croyait avoir anesthésiées mais qui dormaient d'un sommeil artificiel et léger.

 

 

Source : L'éclatement de la Yougoslavie de Tito (1980-1995) : désintégration d'une fédération et guerres interethniques. De Yves Brossard, Vidal Jonathan, 1971. Publié par Presses Université Laval, 2001, pp 53-54. 

 

 

 

 

 

III. Tito en goguette

 

Tout ce qui était nécessaire à cette expédition a été rassemblé à Belgrade et acheminé par convoi spécial, de nuit, à Split. On peut se rendre compte à quel point tout a été préparé minutieusement pour ce long voyage par l'organisation en détail des loisirs, de la vie culturelle et du cérémonial. On a engagé tout un ensemble musical de la Garde. Le règlement du voyage prévoyait ceci : "Les musiciens doivent emporter leurs uniformes de cérémonie, un uniforme blanc et un autre bleu de la Marine, un smoking et un costume civil. L'orchestre doit être au complet jusqu'à la fin, et comprendre les musiciens suivants : un ensemble complet de 39 instruments de cuivre, un chef d'orchestre, un assistant du chef d'orchestre et son directeur, au total 42 personnes ; un orchestre d'instruments à vent, un autre d'instruments à corde, un orchestre de chambre, un orchestre de jazz. Ensuite plusieurs petits ensembles pour l'accompagnement des chanteurs ou pour la musique de danse, etc. En outre, se munir des hymnes nationaux de tous les pays que nous visiterions. Bien les apprendre et, si possible les traduire. Il faut se procurer des oeuvres musicales africaines. Etant donné qu'on n'en trouve pas dans les bibliothèques belgradoises, il faut les réclamer d'urgence à nos ambassades. Sékou Touré a dit que personne n'avait jamais aussi bien joué son hymne que notre orchestre, aussi pouvons-nous préparer des surprises encore dans d'autres domaines..." 

 

 

Ćosić :

- Je vais commencer ce pénible récit à propos de mon voyage sur le "Galeb". Je te dirai le plus important mais je ne te raconterai pas tout. Non pas par manque de confiance, mais parce que je pense qu'il y a des choses qu'il faut énoncer avec plus de précision et à fond. Ce qui s'est passé au cours de ce voyage représente l'une des plus importantes coupures idéologiques de ma vie. Comment en suis-je arrivé là ? Un jour, ce devait être en décembre 1960, Aleksandar Ranković m'a convoqué et m'a dit que, sur proposition de Tito, j'avais été désigné pour faire partie de la délégation yougoslave qui allait visiter les pays africains. A vrai dire, j'ai tout de suite demandé : "Qu'est-ce que je viens faire là-dedans ?" Autant que je me souvienne, Ranković m'a répondu :" C'est une idée du Vieux. Il estime qu'il est politiquement opportun qu'un intellectuel, surtout un écrivain, participe à un tel voyage à l'étranger. Cela a une certaine signification politique".

 

 

Source : Dobritsa Tchossitch - Un homme dans son époque. Entretiens avec Slavolioub Djoukitch. L'Age d'Homme, Lausanne, 1991, pp 86-87. Traduit du serbo-croate par Dejan M. Babić.  

 

 

Voir aussi Les proches de Tito

 

 

 

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Hommes politiques, #militaires et diplomates

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Rodrigo 10/02/2014 13:40

TITO SHOULD BE TRIED FOR CRIMES AGAINST HUMANITY, IN THE MEMORY OF FUTURE GENERATIONS. Under his dictatorship, in the former Federal Republic of Yugoslavia, it is estimated that over 1 MILLION PEOPLE KILLED since 1945. We remember with compassion all DEMOCIDES that OCCURRED to the ORDER of TITO: the BLEIBURG massacre and summary massacres of about 12,000 former Slovene anti-Communist militiamen; the FOIBE massacres where perished more 30,000 Italians; the massacre of BAčKA against citizens of German and Hungarian ethnicity; clean Serbian anti-communist policy; the KOčEVSKI ROG massacres against anti-Communist Slovenes in majority militiamen as well as Croats and Serbs; the abuses and killings perpetrated between 1945 and 1955 in various concentration camps (such as in Slovenia and TEHARJE GOLI OTOK in Croatia) against political opponents of each color; repression and killings of priests and members of the Serbian Orthodox Church as well as Catholic priests.

brunorosar 09/02/2011 23:39


Merci pour la précision à propos de la date. Pour le reste permettez-moi d'être un peu plus réservé.


Andjelko Titov 01/02/2011 21:53


Sophie Chantard, Tito proclma la république Yougoslave le 29 nov 1943 non pas en 1945. Tito n'a jamais été un dictateur mais bien l'un des rares démocrates européen. Chantard, Brossard, Vidal...
mais taisez vous,taisez vous