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Publié le 24 Avril 2015

Krešo Rakić

 

L'école élémentaire Krešo Rakić dans le quartier de Trnsko a été construite entre 1963 et 1969 sur base des plans des architectes Radovan Nikšić et Edo Šmidihen. De même que les autres écoles de Zagreb elle a été rebaptisée sans autre explication dans les années 1990. Le buste de Krešo Rakić a été retiré. L'ancien nom de l'école en souvenir du héros national Krešo Rakić (1919-1941) ne figure plus sur la page internet officielle de l´école.

Bien que né à Metković, Krešo Rakić fut l'un des participants les plus actifs de la résistance zagréboise.

Dès la fin du mois de mai 1941, il compte parmi les organisateurs des manifestations d'élèves du secondaire s'opposant à la politique nationaliste des oustachis. Il organise aussi la distribution de tracts dans les écoles et l'inscription de slogans antifascistes dans la ville. Rapidement il devient le chef d'une troupe de choc et met au point plusieurs actes de sabotage à Zagreb. A la mi-juillet il participe à l'évasion du groupe de prisonniers du camp d'internement de Kerestinec. Le même mois, lui et son groupe boutent le feu au stade de Maksimir dont les matériaux étaient prévus pour la construction d'un camp. Au début du mois d'août il prend part à l'action du Parc botanique lorsque le groupe de choc attaque vingt-huit oustachis à l'aide de grenades. En septembre on le retrouve dans le groupe qui assaille un autobus transportant des soldats allemands dans la rue Zvonimir. Outre la planification et l'exécution d'actes de sabotage, il envoie des combattants zagrébois pour renforcer les partisans.

Lors d'une réunion qui a lieu le 22 novembre 1941, au coin de la place Kvaternikov et de la rue Heinzelova, il est arrêté avec quatre autres camarades et conduit à la gendarmerie. Dans l'enceinte il sort une grenade de sa poche et tente de la désarmorcer mais les policiers le plaquent au sol et l'en empêchent. Les jours qui suivent il est soumis à de brutales tortures et passages à tabac mais refuse de parler. Au début du mois de décembre il est envoyé avec dix-sept camarades devant un peloton à Rakov Potok tout près de Zagreb où ils sont fusillés.

 

 

Source : http://hr.wikipedia.org/wiki/Kre%C5%A1o_Raki%C4%87

 

 

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Publié le 14 Avril 2015

L'imprimerie clandestine de Sigečica

 

Marica Pataki, communiste et antifasciste zagréboise, torturée et assassinée en 1945 pour avoir pris part au fonctionnement d'une imprimerie clandestine à Sigečica.

 

En 1965 le centre pour enfants érigé à Trešnjevac fut baptisé à son nom. Un buste à son effigie fut alors dévoilé devant la crèche en signe d'hommage. En 1992 la crèche est rebaptisée "Potočnica" soit-disant parce que “ces années-là un effort était fait pour rapprocher les noms de crèches des enfants.” On retira le buste et le nom de Marica Pataki, comme tant d'autres, disparut des lieux publics et de la mémoire collective.

 

Brève description des activités de Marica Pataki au seuil et au cours de la guerre :

 

En 1937 et 1938 le volet technique du Comité central à Zagreb était pris en charge par Pavle Pap. Avec l'aide de Rade Končar et d'Anka Butorac il organisa une imprimerie du parti à Sigečica. Il s'agit de la fameuse imprimerie située au nº25 de la rue Murterskoj qui fonctionna depuis le début de l'année 1938 jusqu'à la descente de police effectuée à la fin de l'été 1939.

 

Les machines et outils provenaient de Belgrade. Une maisonnette discrète en périphérie fut louée au nom de l'étudiante Marica Pataki qui en était la propriétaire légale devant les autorités. Elle s'y installa aussitôt. Milan Varićak, un ouvrier graphiste, y logeait aussi. Tous d'eux réalisaient le gros du travail d'impression. Ils étaient aidés par Joža Novačić, Joža Usenik et Vjekoslav Žganjer qui fournissaient le matériel nécessaire. Pavle Pap servait de liaison avec les dirigeants, il apportait les manuscrits et souvent des matériaux critiques. Le papier était stocké dans la réserve de bois tandis que les machines se trouvaient dans l'habitation. Dès que les lumières s'éteignaient dans les maisons voisines, Milan Varićak et Marka Pataki se mettaient à imprimer.

 

Jamais on ne sut comment la police parvint à découvrir cette imprimerie bien organisée. Probablement quelqu'un signala-t'il qu'une activité clandestine se déroulait la nuit au nº25 de la rue Murterskoj... Un jour, à la tombée de la nuit, des policiers encerclèrent la maison avant de faire irruption. Pavle Pap qui s'y trouvait justement parvint tant bien que mal à s'enfuir. Milan Varićak et Marica Pataki furent arrêtés...

 

L'imprimerie de Sigečica recelait d'importantes publications dont “Proleter”, l'organe du Comité central du Parti communiste, des comptes-rendus du 6è congrès du Comintern, des brochures et nombre de directives spéciales émises par les hauts dirigeants du parti.

 

Autant Marica Pataki que Milan Varićak étaient des révolutionnaires engagés. Malgré de pénibles tortures au cours de longs interrogatoires ils ne parlèrent pas. Ils furent condamnés à la prison. Au terme de sa peine d'un an et demi Varićak revint à Zagreb et reprit aussitôt les activités du parti. Marica Pataki alla purger sa peine à Požarevac d'où elle sera remise aux autorités oustachies après l'occupation. Elle a été tuée à Lepoglava en 1945, à peine un mois avant la libération.”

 

 

Source : https://sites.google.com/site/zagrebsebori/opartijskimtehnikama

 

 

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Rédigé par brunorosar

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Publié le 7 Juin 2014

L'homme qui a lancé à Kordić : “Satan, assassin !” 


 

Zoran Ivančić est venu à l'aéroport de Zagreb en compagnie d'une amie, Sabina Šabić. Avec eux une banderole sur laquelle on pouvait lire le nombre 116 : le total des civils innocents massacrés à Ahmići en avril 1993 par les forces placées sous le commandement de Dario Kordić et de ses officiers.

Les deux courageux se sont mêlés à la foule composée de 500 admirateurs de Kordić avec l'idée de brandir à un moment donné leur banderole pour rappeler à l'opinion ce crime monstrueux. Ayant compris que la banderole passerait inaperçue, Ivančić a préféré risqué sa peau au nom de la vérité. Après que Kordić eut prononcé quelques mots, calmant par là l'assistance qui scandait « - Pour la patrie - Prêt !» et faisait retentir des chants patriotiques, Ivančić lui a lancé “Satan, Assassin !”. L'instant d'après la foule se ruait sur lui et son amie. Grâce à la police les deux s'en sont sortis avec quelques coups et égratignures.

La police a amené Ivančić au poste de police dans l'enceinte de l'aéroport sans qu'on sache de prime abord si c'était en tant que victime ou présumé coupable. La police a été parfaitement correcte avec l'homme qui hier a honoré Zagreb par sa témérité. En définitive il va tout de même devoir répondre de l'accusation d'avoir perturbé la paix et l'ordre publics. Ce sera au tribunal de police d'en décider. Quant aux assaillants qui portent Dario Kordić dans leur coeur, ils n'ont pas été interpellés. Ivančić a été relâché quelques heures plus tard après avoir été interrogé et soigné par les secours d'urgence. Le hasard a voulu que les faits se déroulent le 6 juin. C'est justement la date qui marque l'anniversaire du blocage du Parlement à Sarajevo, lorsqu'en compagnie de quelques amis Ivančić avait enclenché les manifestations visant à ce que soit assigné un numéro d'identification nationale aux enfants de Bosnie-Herzégovine. Rétrospectivement ces manifestations allaient être appellées la “bébolution”.

Confiant que les tribunaux croates ne se prononceront pas en faveur de l'obscurantisme nous redisons que l'acte posé par Ivančić est un moment de vaillance citoyenne auquel nous sommes peu accoutumés dans la région.


 

Source : balkanikum.vefblog.net, le 7 juin 2014.

Article paru à l'origine sur lupiga.com, le 6 juin 2014.


 

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Rédigé par brunorosar

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Publié le 10 Avril 2014

Un magazine croate a publié sur son site les noms des prisonniers politiques de l’ancien dictateur yougoslave après sa rupture avec Staline en 1956

 

Des milliers de familles sont aujourd’hui bouleversées par la récente révélation d’un des secrets les mieux gardés de l’ex-Yougoslavie. Le 25 décembre dernier, le magazine Novi Plamen – édité en Croatie – a publié dans son édition en ligne les noms des 16 101 détenus des goulags de Tito, et notamment ceux incarcérés sur ordre de l’ancien dictateur yougoslave dans la redoutée île-prison de Goli Otok, dans l’actuelle Croatie.


 

«Papa en voyage d’affaires»

Bosniaques, Croates, Monténégrins, Macédoniens, Serbes ou Slovènes: de 1949, et la rupture de Tito avec Staline, jusqu’en 1956, quand les derniers prisonniers politiques ont été transférés dans des prisons «ordinaires», ils ont été des milliers à être envoyés dans ces camps de travail forcé en raison de leur soi-disant allégeance à Moscou.

Considérés comme des traîtres à la cause communiste yougoslave et ses velléités d’indépendance, ces détenus ont été torturés, affamés, battus à mort ou exécutés. Selon la liste, 413 d’entre eux n’ont pas survécu, certains se sont même suicidés. Pour les survivants et leurs familles, ces années de détention sont restées comme une honte que la plupart ont cachée. A l’époque, pour beaucoup d’enfants, «papa [était] parti en voyage d’affaires quelques années», comme le soulignent la plupart des commentaires laissés sous les noms de la liste publiée sur Internet.

«J’ai toujours voulu savoir ce qui n’allait pas dans la vie de mon grand-père Stanko», explique Smiljana Stojkovic, une enseignante de 45 ans habitant Belgrade, en Serbie. «Lorsque j’étais petite fille, mon aïeul avait l’habitude de nous conter ses péripéties d’apprenti cordonnier avant la Seconde Guerre mondiale, puis son combat en tant que communiste contre l’Allemagne nazie. Puis il sautait directement aux années 1960: nous avions pour consigne de ne jamais lui demander ce qu’il s’était passé entre les deux.»

Grâce à la publication de cette liste, Smiljana Stojkovic sait aujourd’hui que son grand-père, décédé en 2000, a été détenu à Goli Otok pendant sept ans. Et, à l’instar de milliers d’autres descendants de ces prisonniers, elle commence à se réconcilier avec ce traumatisme du passé. «Maintenant, je comprends ses silences», confie-t-elle.

Goli Otok est une minuscule île sur l’Adriatique, presque stérile et inhabitée, située à 6 km du littoral. L’endroit, spartiate, est réputé pour son climat rude. Il n’en fallait pas beaucoup, à l’époque, pour être envoyé dans son goulag. «Mon grand-père a été emprisonné uniquement parce qu’il a dit souhaiter plus d’ouverture politique dans les médias», affirme un certain Bane sur le site de Novi Plamen.

Selon de nombreux survivants, lors des réunions du parti, on leur a simplement demandé s’ils préféraient Staline à Tito. «Or, pour de nombreux communistes, Staline ne pouvait tout simplement pas avoir tort», souligne Zoran Asanin, président de l’Association Belgrade Goli Otok. Si la réponse était «mauvaise», ils étaient immédiatement envoyés à Goli Otok, sans aucune procédure judiciaire.

Après leur libération, leur retour à la vie civile a été aussi très difficile. Privés de leurs droits civiques pour des années, ils ont difficilement retrouvé un emploi. Beaucoup ont été rejetés par leur entourage, voire leurs voisins, qui avaient été harcelés par la police durant leurs années d’emprisonnement.


 

Indemnisations

Pour les épouses, la pression était terrible. «J’ai dû renoncer publiquement à mon mari lors d’une réunion du parti, afin de poursuivre ma carrière de professeure d’université, se souvient Rada B., 88 ans. J’ai dû promettre qu’il ne s’approcherait jamais de notre fille, et j’ai tenu parole. Elle ne me l’a jamais pardonné.»

La vérité sur Goli Otok a commencé à émerger dans les années 1990, quand la Yougoslavie s’est effondrée, ouvrant la boîte de Pandore des anciens régimes communistes. Mais en raison des guerres intestines qui ont suivi, impossible pour les familles de victimes et les survivants de connaître toute la vérité. A commencer par le nombre exact de prisonniers.

De ce fait, seules la Croatie, la Serbie et la Slovénie ont récemment commencé à indemniser les victimes connues de Goli Otok. Selon Zoran Asanin, quelque 300 survivants vivent en Serbie. Belgrade leur octroie 700 dinars (7 francs suisses) pour chaque journée passée au goulag. Près de 53 millions de dinars (560 000 francs suisses) ont déjà été versés aux survivants ou à leurs héritiers directs. Le prix de vies brisées.

 

 

Par Vesna Peric Zimonjic

Source : letemps.ch, le 19 février 2014.

 

 

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Publié le 29 Avril 2011

Alexander Arnon


 

http://www.holocaustresearchproject.org/holoprelude/eichgal/Alexander%20Arnon%20testifying%20at%20the%20trial%20of%20Adolf%20Eichmann%20in%20the%20District%20Court%20of%20Jerusalem%20in%201961..jpgLe 10 avril 41 (à l'entrée des troupes allemandes dans Zagreb) Alexander Arnon vivait à Zagreb où il était secrétaire de la Communauté juive, directeur de l'Organisation d'émigration puis directeur territorial du Joint. En Yougoslavie 0,5 % de la population était Juive (35.000 personnes). Il n'y avait d'antisémitisme que dans la région croate...


Les victimes Yougoslaves : 20 000 Juifs sont morts dans les camps croates et 10.000 dans les camps d'extermination ainsi que 40.000 Tsiganes. Selon les sources les plus fiables 330 à 390.000 Serbes ont été victimes des Oustachis (en croate "insurgés". Parti fasciste fondé en 29 par Ante Pavelić qui sera appelé le "Poglavnik").


Ce même 10 avril 41 le maréchal Kvaternik proclame l'Etat indépendant de Croatie. Le lendemain matin, le premier homme de la Gestapo arrive au bureau de la communauté juive et annonce que le bâtiment est confisqué et les personnes présentes en état d'arrestation. Les mesures antijuives s'ajoutent aux actions des Oustachis. Fin mai se mettent en place des lois modelées sur celles de Nuremberg et le port de l'étoile (avec le Ž de "Židov") sur la poitrine à gauche et sur l'épaule droite (même pour les bébés). Le camp de Jadowna*  (province de Licca) était géré par les Oustachis. Quelques mois plus tard, lorsque les Italiens se préparent à occuper ce district, les Oustachis tuent tous les occupants du camp. Le 22 juin la Croatie déclare la guerre à la Russie. Le 26 on collait des affiches annonçant la création de camps de concentration. À part Jadowna, qui existait déjà, est notamment créé Jasenovac où périrent 60.000 personnes dont 20.000 Juifs. En dehors de Loborgrad, les camps étaient tenus par les Oustachis.

Alexander Arnon parviendra à fuir à Ljubljana (territoire occupé par les Italiens) en mai 42 puis en Italie en août et en Suisse en septembre 43. Il apprendra la création de Sajmište, le grand camp près de Belgrade où 90.000 personnes ont été détenues dont 7 à 8.000 Juifs. Les prisonniers y mouraient de faim, étaient tués, ou "déportés vers l'Est".

* Il s'agit du camp de Jadovno dans la Lika (note de l'auteur du blog)

 

 

Alexander Arnon a témoigné au procès d'Eichmann

Source : sonderkommando.info

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Publié le 18 Mai 2010

Diana Budisavljević

 


Diana Budisavljević dans les manuels scolaires



http://www.novosti.rs/upload/images/2010/04apr/1004/rep-diana.jpgA l'occasion de l'action Dokumenta par laquelle on célèbre à Zagreb et en Croatie les lieux de résistance et de souffrance ayant marqué la Seconde guerre mondiale est revenu à plusieurs reprises le nom de Diana Budisavljević. Il s'agit d'une femme qui au cours de la Seconde Guerre mondiale a sauvé plusieurs milliers d'enfants de Kozara. En Croatie elle n'est pratiquement pas connue du grand public même si elle aurait mérité tous les honneurs sous de meilleurs auspices. Nataša Mataušić, Conservateur du Musée croate d'Histoire, nous parle des activités de cette femme exceptionnelle.



Diana Budisavljević se lança dans une action qui fut sans précédent à Zagreb et en Croatie sous l'occupation. Qui fut à vrai dire cette Zagréboise ?  

Diana Budisavljević était d'origine autrichienne, née à Innsbruck en 1891. Elle arrive à Zagreb en tant qu'épouse du Dr Julije Budisavljević, alors professeur de chirurgie à la Faculté de médecine qui venait d'être fondée. Dès octobre 1941, en compagnie d'un grand nombre de collaborateurs, elle s'efforça d'aider les femmes et enfants orthodoxes enfermés dans les camps du NDH, mais aussi les personnes qui via Zagreb étaient acheminées en grand convoi pour le travail forcé en Allemagne. Cette action fut connue parmi les initiés sous le nom d'"Action Diana Budisavljević". Au cours de la guerre et plus particulièrement tout au long de l'année 1942, cette action, par son ampleur, le nombre de participants et à peu près dix mille enfants sauvés, s'est transformée en l'une des actions les plus complexes et sans aucun doute l'une des plus humaines réalisées sur le territoire du NDH et de toute l'Europe occupée.



D'où les enfants provenaient-ils et comment fonctionnait le réseau ?

- La terreur exercée sur la population serbe dans le NDH atteignit son apogée en 1942, lorsque les forces conjointes allemandes, domobranes, oustachies et tchetniks attaquèrent Kozara et les villages environnants qu'avaient libérés les partisans. Dans la foulée, quelque 68.000 personnes se retrouvèrent sur le chemin de l'exode. Elles furent dirigées vers les camps de Jasenovac, Stara Gradiška et d'autres lieux, où une partie d'entre elles furent liquidées. Les hommes aptes au travail furent emmenés au travail forcé en Allemagne. Dans les camps subsistèrent un grand nombre d'enfants - allant des nourrissons aux enfants âgés de quatorze ans. Après avoir appris leur existence, Diana Budisavljević entreprit de les sauver au risque de sa propre vie, car n'oublions pas qu'elle était mariée à un Serbe. A son instigation, le Dr Kamilo Bresler du Département des soins auprès du Ministère des Affaires sociales du NDH (Ministarstvo udružbe NDH) se joignit à l'action, de même que la Croix-Rouge croate parmi laquelle figuraient divers  participants du Mouvement de Libération nationale. Etant donné que les enfants ne pouvaient être transportés que par voie légale, elle parvint à obtenir auprès du capitaine de l'armée allemande Albert fon Kocian une autorisation pour les transférer à Zagreb. Revêtue d'un uniforme d'infirmière de la Croix-Rouge, elle se rendit à deux reprises dans le camp de Stara Gradiška, par trois fois à Jablanac et une fois à Mlaka afin de récupérer les enfants. Ces derniers étaient dans un état effroyable, sous-alimentés, malades, mal habillés voire pas du tout, couverts de puces et d'autres parasites, épouvantés et à demi-morts - de vrais squelettes vivants. Le voyage dura 36 heures, le nombre d'heures qu'il fallut pour parcourir le chemin d'Okučani à Zagreb où finiront par arriver ces enfants - ennemis de l'Etat. Jana Koh, écrivain et engagée auprès de la Croix-Rouge, de même que l'une des infirmières de la Croix-Rouge et le Pr Kamilo Bresler prirent un enfant avec eux dès ce premier convoi, malgré que ce soit interdit, ce que nombre de Zagrébois firent également par la suite. A Zagreb les enfants furent d'abord hébergés dans divers hôpitaux et instituts, puis on les emmena dans des asiles pour enfants à Jastrebarsko, Reka, Sisak et Gornja Rijeka - celui à Sisak étant un véritable camp pour enfants, sans nul doute le seul camp pour enfants en Europe. Ce n'est qu'en août 1942 que l'autorisation fut délivrée pour que les enfants des camps soient accueillis parmi des familles. L'accueil se faisait au travers du "Caritas" de l'archevêché de Zagreb.

 

http://www.jusp-jasenovac.hr/Uploads/61/5020/6793/6933/6934/7393/7402/6_2_4_djeca-zagreb.jpg

 

                                        gare de Zagreb en 1942 - des enfants réchappés des camps



Pouvez-vous citer certains de ses collaborateurs et collaboratrices ?

Son collaborateur le plus proche et en même temps l'un des principaux organisateurs des placements fut le Pr Kamilo Bresler auparavant cité, enseignant de métier, humaniste et antifasciste dans ses orientations. On compta néanmoins bien d'autres Zagrébois, tels que certains médecins et infirmières ou encore des ouvriers et des intellectuels qui prirent part à l'action de sauvetage. Dans son journal intime, Diana détache comme ses plus proches collaborateurs Marko Vidaković, Đuro Vukosavljević, Ljubica Becić, épouse du peintre Vladimir Becić et leurs deux filles Mira et Vera, ainsi que Vera Černe et Dragica Habazin, laquelle était l'infirmière en chef de la Croix-Rouge et dirigeait un centre d'accueil situé à la gare. C'est là qu'ils purent compter sur l'aide précieuse du Dr Eugen Pusić en tant qu'officier de réserve domobrane. Certains participants de l'action furent arrêtés et pendus ou emmenés dans les camps allemands et oustachis où ils périrent.



Après la guerre le fichier tenu par Diana Budisavljević attira l'attention des services secrets. Pouvez-vous nous fournir des détails ?

A partir des listes de transport et d'autres sources telles que les fichiers d'hôpitaux, elle et ses collaborateurs établirent un fichier avec les données de base concernant environ 12.000 enfants qui à cette époque étaient passés par Zagreb. Elle avait également établi une correspondance avec les parents en travail forcé en Allemagne. Elle rassembla des aides pécuniaires ainsi que des contributions en nourriture et médicaments qu'elle envoyait par intermittence aux enfants dans les camps au travers de la Croix-Rouge. Dès la libération, en mai 1945, et sur demande du ministère de la Politique sociale, à savoir le Département pour la protection des personnes (Ozna), il lui fallut remettre les fichiers aux autorités. Les carnets comportaient diverses données d'identification sur les enfants ainsi que cinq albums de photographies. Après cela elle cessa ses activités et se retira de la vie publique. Elle est morte à Innsbruck en 1978. Son activité pour sauver les enfants ainsi que son aide apportée aux prisonniers dans les camps oustachis sont encore tenues sous silence par nombre de contributions historiques, de façon injustifiée voire mal intentionnée. Il suffit de feuilleter les manuels scolaires, les dictionnaires et les encyclopédies, où son nom n'apparaît presque nulle part.

Source : novossti.com, le 14 mai 2010.

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Publié le 13 Janvier 2010

"Vous vous adonnez à la fornication contre nature qui sape les fondements mêmes de la Croatie socialiste"


Zagreb - En octobre 1948, le tribunal de district à Zadar avait condamné à une peine de prison comportant un travail obligatoire un agriculteur et marin âgé de 58 ans, originaire de Zaglav, parce que "à plusieurs reprises, au total environ vingt fois, durant plusieurs années, il s'est adonné à la fornication contre nature" et parce qu'il a porté atteinte aux organes du pouvoir populaire et à Tito en personne. Le juge avait estimé que l'homosexualité de l'accusé mérite dix-huit mois de prison, et que ce dernier représente "un danger social".

En février 1950, dans le premier grand procès intenté en Croatie contre un groupe d'homosexuels que nous révèlent les archives, sept Zagrébois furent condamnés pour s'être "livrés durant une longue période à des rapports sexuels avec toute une série de personnes masculines, principalement des jeunes, âgés de 16 à 21 ans" et de la sorte avoir commis un acte criminel contre la morale publique, puisque c'est ainsi que les Tribunaux qualifiaient alors les pratiques sexuelles entre individus de même sexe. Pour cette raison et plusieurs autres faits, allant de la revente de devises au commerce illégal, ils écopèrent d'une peine allant entre un an et demi et six ans selon les cas.

Le jugement montre clairement qu'il s'agissait d'un groupe d'amis et de connaissances dont l'âge variait : un employé chargé de la presse au ministère des Travaux publics de la République populaire de Croatie, un metteur en scène de 32 ans né en Suède, un responsable des ventes au ministère du Commerce, un perruquier originaire de Ribnjak, un traducteur de français âgé de 46 ans travaillant à l'Institut de l'édition de Croatie, un photographe d'âge moyen résidant dans la rue Amruševa. Ce qui, aujourd'hui comme alors, dans un contexte hétérosexuel ne serait rien d'autre que du batifolage, par exemple une invitation à converser sur un sujet d'actualité tout en prenant un verre, dans ce contexte gay était sévèrement et rudement qualifié de "méthodes éprouvées telles que la tentative d'obtention de boissons alcoolisées, par des paroles séduisantes, à l'occasion de quoi ils se sont principalement servis de théories de divers écrivains décadents".


"Assouvissement sexuel"

Leur mode de vie est traité de dégoûtant, leurs vues de pseudo-intellectuelles. L'affirmation des accusés selon quoi leur homosexualité est chez eux naturelle et innée s'oppose à l'expertise d'un psychiatre qui les affuble de divers diagnostics improbables et sortis du chapeau comme, par exemple, "homosexuel de naissance, psychopathe avec une homosexualité héritée, psychopathe de nature bisexuelle, psychopathe avec des manifestations sexuelles hétérogènes". Dans ce jugement des pratiques sexuelles tout à fait habituelles, que ce soit les caresses érotiques ou bien la pénétration, sont appelées "assouvissement sexuel".

Il reste que le crime exige une victime. Mais qui aurait bien pu être lésé dans cette affaire, si l'on admet que la rencontre sexuelle s'est produite d'un commun accord comme cela apparaît dans le document conservé aux Archives nationales à Zagreb parmi le fond de la Cour suprême de la République populaire de Croatie ? En tout état de cause pas l'un des partenaires consentants, mais plutôt l'Etat et la société toute entière que l'on considère comme les victimes de relations intimes privées.

Le juge avait tenu à souligner que leur comportement est "un grand danger social auquel est exposée notre jeunesse sur le plan spirituel et physique suite aux agissements non naturels, sexuellement détraqués, dépravés, et décadents de parasites sociaux tels que le sont les accusés". Dans cette législation périmée et cette pratique judiciaire désormais rejetée, cette soi-disante "fornication contre nature" était signalée comme un "danger social aigu pour le développement de la construction socialiste de notre pays". 

Le directeur du séminaire de l'évêché à Šibenik, un prêtre et chanoine de 47 ans, fut condamné au printemps 1948 pour avoir eu une série de relations sexuelles pendant tout un temps avec d'autres adultes homosexuels, et cela à l'intérieur d'espaces religieux (dans le séminaire des élèves et dans sa chambre). Toutefois, en abusant de sa position, il avait commis d'autres actes paillards sur les séminaristes confiés à ses soins.


Le cercle gay de Šibenik

Compte tenu de cette seconde circonstance il fut condamné à une peine totale de douze ans. Dans ce même procès contre les homosexuels de Šibenik furent également condamnés un habitant de Novigrad, âgé de 23 ans, travaillant au Commandement du Génie militaire et domicilié à Zagreb, place Svačićev, ainsi qu'un commerçant et sacristain à l'église sv. Jakov, chacun à cinq années de réclusion, parce qu'ils s'étaient souvent rencontrés dans un atelier de cordonnerie et y avaient créé un petit cercle pour les gays de Šibenik.

Un quatrième accusé, un peintre en bâtiment qui connaissait les trois individus précités, qui savait où les trouver et à quoi ils s'adonnaient, mais sans les avoir dénoncés à la police, s'en sortira avec une peine plus clémente : six mois de travaux de redressement. Le tribunal avait établi que le prêtre et le sacristain étaient très proches, des amants occasionnels semble-t-il. Le juge, de même que dans d'autres procédures similaires, avait estimé que ces actes représentent "un danger social" et il avait insisté sur la nécessité que soient éradiqués de tels "vices", compte tenu de ce qu'ils sont "indissolublement liés à une société exploitante putréfiée qui par intérêt pour ses profits crée des dégénérés, des ivrognes et des fornicateurs".


Injection de poisons 

L'homosexualité est considérée comme le produit bourgeois et décadent du capitalisme perverti, une relique du passé. Or, dans la société socialiste, seuls les prêtres et les intellectuels décadents, la classe bourgeoise, pouvaient encore y être enclins, mais en aucun cas la jeunesse et les travailleurs sains et progressifs. Le procès à l'encontre du prêtre de Šibenik correspondait très bien au climat anticlérical d'alors : "les accusés - selon les termes du jugement - se révèlent être les représentant des restants de cette société vieillie, putréfiée, immorale, qui aujourd'hui encore tente, sans aucun sens de la responsabilité, d'injecter du poison dans un organisme national sain, par lequel leurs semblables ont empoisonné le peuple des années durant". 

Les accusés sont qualifiés d'homosexuels audacieux et incorrigibles. En revanche, pour le jeune de Novigrad il est dit qu'il a commencé à se comporter de la sorte car il est tombé "victime d'une société pervertie", non seulement de quelques cercles établis en Dalmatie mais aussi de marins américains qu'il avait fréquentés un certain temps, l'un d'entre eux lui ayant envoyé une lettre d'amour en provenance des USA que ce dernier, par vantardise, avait exhibée à Šibenik. Nous pouvons imaginer quel genre de drames personnels se déroulèrent en détention provisoire et dans le prétoire, débouchant parfois sur une issue fatale : le sacristain de Šibenik en avril 1950, moins d'un an après que fut prononcé la condamnation, mis fin à ses jours en prison.

A Zadar, en 1948, un homme avait écopé de deux ans et demi de prison après qu'il eut été établi que pendant une vingtaine d'année il avait été en liaison avec une personne du même sexe. Un jugement datant de 1950 a également été trouvé dans lequel, outre des délits mineurs pour escroquerie et vol, quatre femmes d'Osijek, des couturières employées dans une coopérative, sont condamnées pour amour lesbien.

Les accusés et accusées dans les jugements jusqu'ici révélés portant sur la période 1947-1952 tentèrent de se défendre de diverses manières, en niant complètement ou en prétendant que l'homosexualité ne devrait pas faire l'objet de poursuites, qu'il s'agit d'un phénomène normal que certains scientifiques de l'époque ne considèrent pas punissables, à tel point qu'en Yougoslavie aucune poursuite judiciaire n'avait encore été prévue pour la dénommée fornication contre nature.

Effectivement la Yougoslavie reconstituée avec le Parti communiste à sa tête faisait face à une sorte de vide juridique. Après la guerre avait été votée une loi qui abolissait les dispositions légales des régimes précédents à chaque fois qu'elles s'opposaient aux acquis de la lutte de libération nationale et à la révolution, en d'autres termes au nouveau système idéologique. Le nouvel État pendant tout un temps encore, jusqu'en 1951, se retint de passer un nouveau Code pénal en vue de spécifier les diverses peines et infractions.

En matière juridique le modèle soviétique était de mise. Comme on peut le lire à partir des jugements cités, le communisme regardait l'homosexualité comme "une aberration bourgeoise" et "un phénomène contre révolutionnaire" dangereux pour la société socialiste. En URSS l'homosexualité avait de nouveau été criminalisée en 1934, si bien qu'à l'époque des idées et projets staliniens sur "la naissance du nouveau citoyen soviétique" avait été introduite une peine allant de trois à cinq ans suite à la même réforme qui avait à nouveau interdit l'avortement.

En Yougoslavie on interprétait avec une grande subjectivité "l'atteinte à la morale publique", de même que l'on se référait au précédent Code pénal du Royaume de Yougoslavie qui prévoyait jusqu'à cinq ans de prison en régime sévère. L'Assemblée fédérale finit par prévoir en 1951 dans le Code pénal qu'en vertu de l'article 186 "la fornication contre nature entre des personnes de sexe masculin est passible pour l'auteur des faits de la réclusion pouvant aller jusque deux ans".


Abandon du péché

Cependant, la Yougoslavie socialiste n'était nullement une exception à cette époque lorsqu'il s'agissait de criminaliser l'homosexualité, pas plus que cela n'était une spécificité de l'idéologie communiste. Dans le droit pénal européen on note deux grandes vagues où sont réprimées "la sodomie" et "la fornication contre nature" : au Moyen Âge lorsque les conceptions religieuses y voient un péché et à l'époque moderne, en particulier au 19ème siècle, lorsque le concept d'homosexualité apparaît pour la première fois, permettant ainsi de taxer certaines caractéristiques négatives imprécises, que ce soit une santé chancelante, un nez bizarre ou encore le penchant pour la boisson, ou même des inventions sur les relations difficiles avec la mère.

Aujourd'hui nous parlons des gays et des lesbiennes comme de personnes avec une identité sexuelle construite de la sorte et de l'homosexualité comme de l'une des variations possibles de la sexualité humaine.

La morale bourgeoise du 19ème siècle et d'une partie du 20ème avait traité l'homosexualité avec une sévérité particulière, du moins en public. Elle était ordinairement vue comme condamnable sur le plan social, importée de pays étrangers, liée à des "cercles décadents" car communément perceptible dans la société intellectuelle et aristocratique, même si, bien entendu, elle avait existé partout, à toutes les époques historiques et parmi toutes les classes et groupes sociaux. C'est ce qui transparaît notamment au travers de quelques exemples en Croatie remontant à une soixantaine d'années. La différence réside uniquement dans la façon où les normes dominantes d'ordre idéologique, social et juridique appréhendaient l'homosexualité.


Une réhabilitation tardive

Ainsi, pour ne s'en tenir qu'au territoire croate, nous voyons par exemple que le Statut de Šibenik datant de 1608 énonce que : "Nous voulons, en revanche, que les sodomites ou ceux qui dissimulent le péché contre nature, soient brûlés sur le feu ou se consument jusqu'à ce que mort s'ensuive", tandis que les Statuts de Korčula datant du XIIIe siècle ou de Lastovo du XIVe siècle ne stipulent rien de tel. Dans le premier Code pénal moderne croate introduit sous le ban Mažuranić en 1897, il est stipulé que : "La fornication contre nature, c'est-à-dire entre personnes de sexe masculin, ou entre un homme et un animal, crée un crime et est passible des travaux forcés jusqu'à cinq ans ou de la prison pour par moins d'un an".

Par conséquent, la fornication contre nature dans la République populaire de Croatie n'avait rien de nouveau. La nouveauté se produit en 1977, lorsque l'on adopte le nouveau Code pénal de la République, plus exactement lorsque la majeure partie du droit pénal de la fédération devient du ressort de la Croatie. Depuis lors, la République populaire de Slovénie, la République populaire de Croatie, la République populaire du Monténégro et la Province socialiste autonome de Voïvodine cessèrent de prévoir des peines pour l'amour homosexuel.

Les personnes qui en Croatie et ailleurs furent sanctionnées jusque là comme des criminels en vertu de ces dispositions, bien qu'il n'y ait jamais eu de véritable victime, méritent aujourd'hui que l'histoire s'intéresse à elles ou du moins qu'elles soient symboliquement réhabilitées par la société.

Par Franko Dota

Source : jutarnji.hr, le 9 janvier 2010.

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Rédigé par brunorosar

Publié dans #Dissidents et persécutés

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Publié le 18 Novembre 2009

Vera Tomanić


 

Pays : Serbie

Ville : Belgrade

Interviewer : Klara Azulaj

 

Je suis née en 1917 à Bistrinci, tout près d'Osijek, en Croatie. Mon père, Pavao Bluhm, est né en 1887 à Kiskoros, en Hongrie, et ma mère, Elza Bluhm (née Grunwald), est venue au monde en 1895 à Bistrinci.

 

Lorsque je suis née, nous vivions à Bistrinci, mais nous avions rapidement déménagé pour Belisce où mon père avait trouvé un travail avec la famille juive des Guttman, originaires de Hongrie. Cette famille portait le titre de baron. La famille Guttman possédait les chemins de fer de Slavonie-Podravina, et elle détenait une fabrique traitant le bois où l'on faisait également du tannin, une mixture exportée en Angleterre pour la fabrication du cuir.

 

Le village de Belisce était une zone industrielle dont les résidents étaient tous des ouvriers et des employés travaillant pour la famille Guttman. On nous avait donné un appartement commode et spacieux. Le problème est qu'il ne possédait pas sa propre salle de bain. Il n'y avait aucunes tuyauteries dans tous le lieu d'habitat, mais on y avait installé des équipements communaux spécifiques, pour les ouvriers et pour les employés.

 

Nous possédions un petit jardin dont ma mère prenait soin comme d'un hobby, non pas par nécessité. Nous avions un serviteur pour faire le ménage. A la maison nous parlions croate, hongrois et allemand.

 

Mon père, Pavao, était très religieux. Tous les matins il plaçait les tefillin (phylactères) et priait. Ma mère Elza n'était pas religieuse au même degré, mais notre famille célébrait toutes les fêtes juives et chaque vendredi nous allumions des bougies. Nous vivions une véritable existence juive parce que la famille Guttman, qui était très religieuse, le facilitait. De nombreux Juifs travaillaient sur la construction du chemin de fer et dans leur fabrique. Outre ma famille, environ 30 autres familles juives vivaient à Belisce. Nous profitions d'une vie paisible, harmonieuse.

 

Lorsqu'il fut temps pour moi de commencer l'école primaire, il me fallut m'inscrire dans une école de l'Etat étant donné qu'à Belisce il n'y avait pas d'école primaire juive. Cependant, après l'école nous avions des classes régulières de religion. Notre professeur, Ankica Stein, venait deux fois par semaine à Osijek. Ainsi, dès le plus jeune âge, ai-je été éduquée religieusement.

 

Les parents de mon père, mon grand-père Herman Bluhm et ma grand-mère Salli Bluhm (dont je ne parviens pas à me souvenir du nom de jeune fille), étaient orthodoxes. Ils vivaient à Kiskoros, en Hongrie. Le grand-père Herman possédait deux boucheries : une casher et l'autre non-casher. Dans leur maison ils respectaient la cacheroute. Toute la famille de mon grand-père était très religieuse et elle maintenait strictement toutes les traditions religieuses. Le grand-père et la grand-mère Bluhm ont eu dix-sept enfants, mais tous n'ont pas survécu. Je me souviens de six des frères et soeurs de mon père : Ignac, qui était un employé ; Jocko et Feri, qui étaient des bouchers ; Miksa et Panni, des marchands, et Roza, une ménagère. Malheureusement, seuls Jocko et Panni ont survécu à la Seconde Guerre mondiale. Les autres ont été tués à Auschwitz.

 

Ma tante Panni s'est mariée à un commerçant et elle est restée à Kiskoros. Nous, particulièrement les enfants, aimions aller chez elle parce qu'elle possédait une épicerie où, parmi d'autres choses, elle vendait des crèmes glacées. Tous les étés nous passions au moins un mois avec la famille de mon père, et durant l'année, lorsque cela les arrangeait, ils venaient nous visiter à Belisce.

 

Tous dans ma famille, du côté de ma mère et de celui de mon père, étions très proche les uns des autres. Nous aimions passer le maximum de temps ensemble. Aujourd'hui encore, le peu d'entre nous à avoir survécu sommes en très bonne entente.

 

La maison des parents de mon père était une maison typique de petit village. Ils tenaient du bétail et de la volaille dans la cour. Aussi longtemps que le grand-père Herman a travaillé comme boucher, la grand-mère Sali a pris soin de la maison et élevé les enfants. Chaque vendredi elle amenait de la nourriture à la boulangerie et le samedi elle la ramenait pour ce que soit chaud car le samedi elle n'aurait pas allumé un feu.

 

Mon père avait terminé l'école primaire à Kiskoros et il avait poursuivi sa scolarité à Budapest à l'Académie du commerce. Etant donné que ses parents étaient pauvres, il avait mangé pendant sa scolarité avec diverses familles juives. Lorsqu'il n'était pas sûr si la nourriture pour le déjeuner était casher, il en prenait un petit morceau et lorsque personne ne regardait il le cachait dans son mouchoir et le jetait par la suite. Après avoir fini l'Académie de commerce en 1915, mon père est allé à Belisce pour travailler aux chemins de fer de la famille Guttman. Il a obtenu ce travail facilement parce qu'il parlait le hongrois et qu'il était qualifié. Il avait commencé à travailler comme directeur d'un secteur. Père ne parlait que le croate à Belisce. Ma mère Elza vivait à Bistrinci, littéralement le voisinage à côté de Belisce. Au travers de circonstances heureuses, mon père et ma mère se sont rencontrés et ils se sont mariés en 1916.

 

Les parents de ma mère, Marko Grunwald et Eleonora Grunwald (née Spiezer) allaient régulièrement à la synagogue et respectaient toutes les fêtes, mais grand-mère ne respectait pas [les impératifs de] la cuisine cacheroute. Grand-mère et grand-père ont eu trois enfants, Elza, Berta et Felix. Le grand-père Marko est né en 1861 à Marijanci, tout près d'Osijek. A Bistrinci il avait possédé un magasin d'articles en tout genre. Il est mort en 1917. Grand-mère Eleonora est née en 1871 à Barcs, en Hongrie. Après avoir épousé mon grand-père, elle a aidé à tenir le magasin. Après sa mort, elle a emménagé, avec sa fille Berta, dans notre appartement.

 

Son plus jeune enfant, mon oncle Felix, s'est enrôlé dans l'armée à Bistrinci en 1915 alors qu'il était mineur. Lorsqu'il eut compris que cela avait été une erreur, il a déserté et a gagné l'Amérique par bateau. Là, il s'est formé pour être boucher et il a ouvert une boucherie. En 1935, pour la première fois après avoir déserté, il est à nouveau venu visiter sa famille. Je me rappelle comme il avait durement critiqué la façon dont nos bouchers traitaient la volaille. Après l'Amérique, le travail ici semblait frustre. Il est décédé à Cleveland en 1954.

 

Etant donné mon inscription au lycée, ma famille avait déménagé pour Osijek en 1929. Je m'étais inscrite au lycée pour fille. Ce n'était pas une école juive mais à l'école où j'avais commencé le directeur était un certain M Herschl et nombre de professeurs étaient juifs. Je me souviens du professeur Polak et de la professeur d'allemand, Mme Fischer. Dès notre arrivée à Osijek, j'avais rejoint la Jeunesse juive de l'endroit.

 

Mes parents avaient acheté une maison au 18 rue de Zagreb, et ma mère avait ouvert un magasin qui écoulait de la nourriture de chez nous. Elle avait deux vendeurs tandis qu'elle-même tenait la caisse. Ma grand-mère Eleonora et ma tante Berta, qui avaient continué à vivre avec nous après que nous avions déménagé à Osijek, prenaient soin de ma soeur cadette Lilie, qui était née en 1923, et de moi.

 

En 1930, en commun avec son ami juif Miroslav Adler, mon père a ouvert un gros magasin de textile qui vendait du tissu au mètre. Il était situé sur la rue avec le plus de trafic. Dans le magasin il y avait quatre employés permanents à temps plein et un caissier.

 

Environ 2.000 Juifs vivaient à Osijek. Il existait deux synagogues, une dans la partie haute de la ville et l'autre dans la partie basse. Nous avions notre propre rabbin, un chantre et un shochet (un abatteur de bestiaux). Le rabbin était le Dr Ungar, un homme très bien éduqué. Le temple était bien fréquenté, grand et beau. Chaque vendredi soir, même les jeunes allaient au temple. Personne ne nous forçait à y aller, c'était dans notre éducation et par nécessité propre.

 

En plus du temple nous avions un endroit pour les rencontres, les spectacles et les lectures. La communauté juive était grande, très active et religieuse. Je me souviens d'Hana Levi, qui travaillait à l'école primaire d'Osijek. On l'avait fait venir d'Israël pour enseigner l'hébreu aux enfants. A Osijek vivait le très renommé Dr Weissman, qui possédait un sanatorium. Il était célèbre du fait de soigner les pauvres à Osijek sans rien demander, qu'ils soient juifs ou pas.

 

Je suis devenue activement engagée parmi le Hachomer Hatzaïr. C'était un groupe sioniste de gauche qui soutenait l'idée qu'Israël soit construit sur base des kibboutzim (les implantations collectives), sans recours à la force et aux armes, d'une manière pacifique. Notre but était d'aller en Israël un jour et de cultiver la terre. Nous avions de bons instructeurs : parmi les premiers colons en Israël ont figuré des Juifs d'Osijek.

 

Les membres les plus actifs du Hachomer Hatzaïr était Ruzica et Josha Indig, Zora et Zlata Gild ainsi que Heda Maller. Bon nombre de membres sont partis pour Israël et ils ont établi le kibboutz Shaar Hamakir, qui existe encore de nos jours. Plus tard, ils ont établi le kibboutz Gat. Aux réunions nous recevions des informations sur ce qui se passait en Israël et sur le mouvement sioniste. Mon groupe s'appelait Kadima et de nombreuses filles en son sein sont parties pour Israël. Je me souviens de Lea Rosezweig, Mira Maller, Hilda Goltlieb, Magda Beitl, Zlata Stein. Il y avait environ 50 ou 60 filles et garçons au sein du Hachomer Hatzaïr. Ma plus jeune soeur Lilie était également active. A chaque été nous partions dans des vacances estivales en groupe. Il existait Vico, la Société sioniste féminine, qui levait des fonds pour acheter des terres aux Arabes et ouvrir des hôpitaux et des maisons pour personnes âgées en Israël.

 

Le samedi à 11h avaient lieu des offices particuliers pour la jeunesse tenus par un certain Dr Freiberger. Les Juifs s'aidaient énormément les uns les autres, en particulier les riches aidaient les pauvres. De nombreux enfants d'ailleurs venaient à l'école à Osijek. Etant donné qu'il n'y avait pas de cantine organisée, ces enfants mangeaient avec les familles juives. Un garçon venait chez moi tous les jours pour le déjeuner.

 

Après avoir fini le lycée, je n'ai pas poursuivi les études pour raison de santé. J'ai essayé par la suite, mais mon parcours existentiel a pris une autre direction. J'ai rencontré mon futur mari, Milorad Tomanic, et à cause de lui je ne suis jamais allée en Israël ni n'ai poursuivi mes études.

 

Milorad était un officier actif dans l'Armée yougoslave stationnée à Osijek lorsque nous nous sommes rencontrés. La permission de se marier ne lui fut accordée qu'après être devenu lieutenant, de sorte que tous les deux nous sommes sortis ensemble pendant quatre ans. Au début, mes parents n'étaient pas enthousiastes à ce que je sorte avec un non-Juif, mais avec le temps ils ont appris à l'aimer et nous nous sommes mariés en 1939. Il est devenu très proche de mes parents et ils ont vu qu'il respectait et avait une attitude positive envers le judaïsme. Il était tellement tolérant que nous célébrions toutes les fêtes juives dans ma maison. Nos enfants et même nos petits-enfants ont été élevés pour être fiers du fait d'être juifs, et il m'a soutenu en cela.

 

Pour des raisons professionnelles mon mari avait dû déménager pour Belgrade et s'inscrire à la Faculté de mécanique ; ces études étaient financées par l'Etat. En arrivant à Belgrade je me suis progressivement faite de nouveaux amis. Au début je ne fréquentais que la famille de Regina Alfandari et une parente éloignée de ma mère, la tante Olga. Avec les visites régulières à la synagogue, qui était située dans la rue Kosmaj, mon cercle d'amis s'est élargi aux familles Krauss et Kresic.

 

Au début nous avions vécu comme locataires. Nos parents nous ont beaucoup aidé financièrement et nous avions la bourse de mon mari. Nous allions fréquemment à Osijek pour les weekends afin de visiter ma famille parce qu'ils me manquaient énormément, et ma soeur Lilie venait souvent nous visiter.

 

1941 est arrivé et l'on pouvait tout simplement sentir dans l'air que quelque chose de terrible se préparait. La crainte grandissait parmi les cercles juifs au fur à mesure que les nouvelles parvenaient à propos des événements en Europe. Les gens espéraient encore que rien n'aurait lieu. Mon mari abandonna ses études parce qu'il fut mobilisé et je suis restée seule dans mon septième mois de grossesse. Le six avril, Belgrade a été bombardée. La famille de Regina Anfandari est venue pour m'aider. Ils m'ont amenée à leur appartement. Nous avons décidé ensemble de quitter Belgrade. Nous sommes partis pour Kaludjerica à pied, mais après deux jours nous sommes tous revenus à nos propres appartements. Belgrade était jonchée de débris, et le 9 avril 1941 j'ai décidé de revenir à Osijek chez mes parents.

 

Ma mère s'est évanouie lorsque je suis apparue à la porte parce que jusque là ils avaient ignoré ce qui m'était arrivé. Ils avaient seulement entendu à propos des bombardements. Ils m'ont dit que le même jour l'Etat Indépendant de Croatie avait été déclaré. Le jour suivant sont arrivées les nouvelles que la synagogue à Osijek avait été incendiée. Nous étions tous choqués et nous ne sommes plus sortis dans la rue. Mon père n'ouvrait pas son magasin. Chaque jour, de nouvelles restrictions étaient annoncées sur les Juifs : empêchant nos déplacements, instaurant un couvre-feu, confisquant les magasins, nous interdisant d'utiliser les transports publics. Nous ne pouvions pas même aller au marché aux légumes le matin, mais juste avant que ça ne ferme. Une nouvelle Communauté juive avait été formée et il nous fallut tous nous y inscrire. Dans la Communauté ils nous apportaient un peu d'aide sous la forme de nourriture.

 

Le 10 juillet 1941, les 50 premiers Juifs et les 50 premiers Serbes ont été arrêtés. Nous les Juifs avions reçu un brassard jaune avec des numéros, et une petite étoile de David que nous devions porter sur nos bras. A certains égards, les Oustachis croates* étaient pires que les Allemands.

 

* Une organisation politique et militaire de Croates nationalistes avant et durant la Seconde Guerre mondiale qui soutenait les nazis


Le 2 juillet 1941 j'ai donné naissance  à ma fille Mirjana. J'étais à l'hôpital lorsqu'ils ont annoncé que Slavko Kvaternik** viendrait à Osijek pour le weekend. Un décret énonçait qu'entre 11h le samedi et 11h le dimanche, les Juifs et les Serbes n'étaient pas autorisés à apparaître dans la rue. Un grand meeting était supposé avoir lieu.

 

** Un politicien croate et un nationaliste durant la Seconde Guerre mondiale, qui fut déclaré criminel de guerre


J'ai demandé au médecin de me laisser aller à la maison parce que je ne voulais pas être séparée de mes parents. Ils m'ont laissé partir. Au meeting, ils ont transporté des cercueils et brûlé des livres juifs, tout en criant des slogans antisémites. Après quelques jours, un groupe d'Oustachis a fait une incursion dans notre maison avec l'intention d'y prendre tout ce qu'ils voulaient. Ma mère en a reconnu un et elle lui a courageusement dit : "Ne voyez-vous pas que cette femme vient tout juste de donner naissance à un enfant ? Allez-vous aussi prendre le lit sur lequel elle est allongée ?" Comme s'il pouvait sentir que quelque chose de terrible était en train de se passer, mon bébé a commencé à pleurer de toutes ses forces. Celui que ma mère avait reconnu s'est enfui de la pièce et il a crié aux autres "Vous n'entendez pas comment pleure ce bébé ? Quittons les lieux." Et ils se sont rassemblés puis sont partis.

 

Ainsi avions-nous été sauvés, mais par cette grande peur j'en ai perdu mon lait et je n'ai plus été en mesure d'allaiter mon enfant.

 

Bientôt ils ont sorti un décret selon quoi plusieurs familles auraient à vivre ensemble, et une certaine Mlle Capo est venue vivre avec nous.

 

Dans le village de Tenja, la jeunesse juive avait commencé à construire un camp pour les Juifs. Les Juifs d'Osijek étaient censés venir avec deux millions de dinars en gage que rien ne leur arriverait. Ils furent tout juste capables de rassembler cet argent. Les jeunes construisirent des baraques dans le camp de Tenja où nous étions supposés vivre, comme pour attendre la fin de la guerre en paix.

 

En revenant du travail un jour, nos jeunes sont tombés sur un groupe de jeunes allemands et cela a rapidement tourné à la bagarre. Kalman Weiss, un boxer, faisait partie de notre groupe. Il avait un poing d'acier et il a cogné un certain nombre d'Allemands, si bien qu'ils ont pris la fuite. Nous savions qu'il y aurait des représailles pour cet incident. Tout notre groupe a décidé que nous quitterions illégalement Osijek.

 

Ils ont voulu Kalman en particulier. Ils l'ont attrapé mais il a sauté du camion où ils l'avaient placé et il s'est échappé.

Entre temps le camp à Djakovo avait été construit, en particulier pour les femmes et les enfants. Les femmes de Vinkovac, de Slavonski Brod et de Vukovar y furent amenés. Les deux premiers mois, la communauté juive d'Osijek a fourni de la nourriture au camp. Le gouvernement oustachi avait autorisé chaque famille à prendre un enfant du camp et à s'occuper de lui. Ma famille a pris soin d'un garçon de douze ans dont je ne me rappelle pas du nom, et d'une fille de 4 ans appelée Zuza, de Vinkovac, dont la mère est restée au camp de Djakovo et dont le père, avons-nous appris par la suite, a été tué à Auschwitz. Il était clair pour chacun qu'il n'y avait pas d'avenir pour les Juifs, et beaucoup ont tenté de fuir en Dalmatie. Mon père voulait que nous essayions et gagnions la Hongrie, mais ma mère Elza a commencé à paniquer parce qu'elle craignait de ne pas avoir de quoi vivre là-bas. Grand-mère Eleonora a déclaré qu'elle était trop vieille et qu'elle ne pouvait courir, et tante Berta ne voulait pas partir sans sa mère.

 

Du 10 avril 1941 au 15 mai 1942, je suis illégalement allée à Belgrade à quelques reprises, avec une feuille de permission écrite sous un autre nom. Je suis allée contrôler notre appartement et voir s'il y avait des nouvelles de mon mari. Et j'ai essayé de faire quelque chose parce que je n'avais aucun revenu.

 

En Serbie ils avaient proclamé une loi selon laquelle les femmes juives ne seraient pas amenées aux camps et je me suis donc arrangée pour obtenir des documents auprès des Allemands pour pouvoir continuer de vivre à Belgrade. Cependant, ils ne m'ont pas donné de documents pour mon enfant. Le 15 mai 1942 je suis restée vivre à Belgrade. Après mon départ, mes parents ont tenté de fuir. Ils ont payé un Allemand local appelé Rot pour les faire passer en Hongrie. Rot s'est révélé être un escroc et au lieu de les envoyer il les a remis à la Police oustachie.

 

Rot a survécu à la guerre et ma soeur Lilie a témoigné contre lui en 1945. Cependant, il est parvenu à prendre la fuite et à échapper au procès.

 

En juin 1942, mes parents, ma tante et ma grand-mère furent emmenés au camp de Tenja. Dans le camp il y avait environ 3.500 personnes. Depuis Tenja ils ont été emmenés à Auschwitz. Mon père a été conduit au camp de Jasenovac et ma mère à Stara Gradiska tandis que ma grand-mère Eleonora et tante Berta sont restées à Auschwitz.

Aucun d'eux n'est revenu.

 

Entre temps, j'avais appris que ma soeur était parvenue à rejoindre Budapest. La grand-mère de la petite Zuza, la fille qui était restée avec ma famille, envoya un homme pour faire passer sa petite-fille et ma soeur par delà le Danube et sur un petit navire jusque Subotica, en Hongrie, où elle-même vivait. La fuite a réussi. Ma soeur a attendu la libération à Budapest, en vivant sous le nom de Magda Sipos. L'identité avait été obtenue pour elle par les lointains parents de mon père avec lesquels elle avait établi le contact à Budapest.

 

J'ai vécu dans des conditions très difficiles à Belgrade. J'ai survécu en vendant des affaires de mon appartement. Officiellement, je recevais 200 grammes de pain à la farine de maïs, et cela se faisait uniquement sous mon nom étant donné que ma fille Mirjana ne possédait pas de documents. Plus tard j'ai été capable de mettre en ordre tous mes documents compte tenu du fait que mon mari, Milorad Tomic, était un officier militaire actif en captivité. Dès lors, je suis tombée sous la protection de la Croix-Rouge.

 

En captivité mon mari m'avait régulièrement contactée. Il avait changé de camps à de nombreuses reprises. Parmi ces camps figuraient Nuremberg et Osnabrueck. A Osnabrueck il existait des camps l'un à côté de l'autre. Un était pour les officiers et l'autre pour les communistes et les Juifs. Certains de mes parents se trouvaient dans le second. Etant donné que mon mari pouvait recevoir des colis, je faisais pour Pourim des paquets qu'il faisait passer à mon cousin Mark Spiezer et à son frère qui était emprisonné en tant que communiste dans l'autre camp. Par l'intermédiaire de mon mari, je suis restée en contact avec eux et avec ma soeur Lilie. Elle lui écrivait, et il m'envoyait des nouvelles sur elle, et elle des nouvelles sur moi.

 

1945 est arrivé, et avec cela la libération. Désormais, je devais être patiente pour voir qui reviendrait. J'étais certaine que ma tante Berta, qui était très belle, avait survécu. Je savais que les Allemands avaient des maisons pour leur divertissement. Je pensais qu'elle avait peut-être atterri dans une de ces maisons et qu'elle aurait été sauvée de cette façon, mais elle ne l'a pas été. Elle a été tuée en 1942 à Auschwitz.

 

Je n'avais pas eu la patience d'attendre des nouvelles de ma soeur de sorte que j'ai laissé ma fille chez ma cousine Olga et suis allée à Subotica où il existait un camp d'accueil pour ceux qui étaient revenus de Hongrie. Ils furent incapables de me donner la moindre nouvelle et je me suis dirigée vers Budapest avec deux Juifs qui étaient revenus des travaux forcés dans les mines de cuivre de Bor et qui possédaient de la famille en Hongrie. Nous sommes partis dans un camion conduit par un Russe qui avait accepté de nous prendre gratuitement. En chemin j'ai acheté de la nourriture et d'autres nécessités pour ma soeur.

 

A Budapest je me suis renseignée à la mission militaire et j'ai reçu des informations sur ma soeur. Vouz pouvez imaginer combien nous avons été émues de nous voir l'une l'autre. Cependant, elle n'a pas été en mesure de revenir immédiatement avec moi. Il lui a fallu attendre pour un transport régulier de manière à pouvoir obtenir les documents nécessaires. Je suis retournée à Belgrade. Le 1er mai ma soeur et sa bonne amie Vilma sont arrivées. Elles sont restées avec moi dans mon appartement. Très rapidement j'ai trouvé du travail, et bientôt mon mari est revenu de captivité. La première chose que mon enfant a dit lorsqu'elle a vu son père fut : "C'est mon papa de la photo". Tandis que les autres membres du ménage ont travaillé en dehors de la maison, je suis devenue une ménagère classique.

 

Je cuisinais et nettoyais pour nous tous. Bientôt Lilie et Vilma ont déménagé et se sont mariées, Lilie avec un Juif nommé Djordje Alpar, Vilma avec un Serbe. Mon mari était employé par les militaires étant donné que lorsqu'il avait été dans le camp il avait été actif dans le travail antifasciste.

 

Après la libération j'ai été très active dans le mouvement féminin antifasciste. En 1945 dans le journal Politika était apparue une annonce demandant aux Juifs qui avaient survécu de s'enregistrer. Je me suis immédiatement enregistrée et j'ai commencé à aider dans la communauté, à former une cuisine et un centre d'accueil. Nous cuisinions et faisions la lessive pour ceux qui revenaient de différents camps et des mines de Bor.

 

La vie a repris une sorte de cours normal. En 1948 j'ai donné naissance à un fils, Rodoljub. Cependant, mon beau-frère Djordje Alpar a été arrêté en tant que partisan de Staline.*** Mon mari et moi avons pris soin de ma soeur et de sa fille jusqu'au moment où ils ont arrêté mon mari. Ils l'ont emprisonné parce qu'il était un partisan du Cominform, une organisation politique des pays communistes, sous le contrôle de l'URSS ; et aussi parce qu'il pensait que Tito et la Yougoslavie devraient accepter toutes les positions de Staline. Pour rendre les choses pires, mon mari avait énoncé lors d'un meeting que la création de Novi Belgrade ne pourrait pas être achevée comme prévu dans le plan quinquennal. Il était ingénieur de profession et il connaissait le terrain sur lequel on était en train de construire Novi Belgrade. C'était sablonneux et cela nécessitait un tas de travaux préalables. Il s'était également plaint que le gouvernement confisquait le blé des paysans. Un de ses plus gros péchés fut de ne pas avoir dénoncé son beau-frère Alpar lorsqu'ils l'avaient accusé, et de plus, il avait pris soin de la fille et de la femme d'Alpar. Ils le condamnèrent à trois ans de prison.

 

*** Note de l'éditeur : Tito et Staline eurent leur fameuse rupture en 1948 et certains Yougoslaves se tournèrent vers ceux qui semblaient se rallier aux Soviétiques.


A nouveau ma soeur Lilie et moi avons vécu sans moyens. Par chance certains parents éloignés d'Israël nous envoyaient des colis, de sorte que nous avons été capables de survivre en vendant les choses de ces colis : des chewing-gums, des peignes. Mon mari a été relâché en 1954. Je suis devenue active dans le travail de la section féminine de la Communauté juive. Cela dit, je m'occupais surtout de prendre soin de ma famille. J'éduquais mes deux enfants. Maintenant ma fille Mirjana est une médecin et mon fils Rodoljub est un ingénieur. Malheureusement, mon mari Milorad est décédé en 1998.

 

Maintenant je suis déjà très âgée. Je ne vais pas souvent à la Communauté juive, mais j'élève mes enfants et mes petits-enfants dans un esprit juif et ils continuent sur la voie que je leur ai montrée.

 

Source : Centropa

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Rédigé par brunorosar

Publié dans #Dissidents et persécutés

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Publié le 18 Novembre 2009

Rifka Vostrel



 

Pays : Croatie

Ville : Zagreb

Interviewer : Silvia Heim

 

Date de l'interview : février 2003

 

Une très petite femme âgée, amicale, m'accueille dans sa chambre. Dès le premier moment il est clair que Rifka Vostrel est une personne très ouverte et abordable. On sympathise immédiatement et l'interview prend place dans une atmosphère très plaisante. Rifka se livre avec beaucoup d'aisance et son esprit est grand ouvert au fur à mesure où elle parle et se souvient de son passé. Je suis très contente et honorée d'avoir la chance de rencontrer Rifka pour apprendre tant de choses sur notre histoire au travers de ses récits.


Aussi bien mes grands-parents paternels que maternels sont de Sarajevo, en Bosnie. Malheureusement, je n'en sais guère sur mes arrière-grands-parents, mais je crois qu'ils provenaient également de Sarajevo. Les familles étaient larges des deux côtés. Mon père m'avait raconté que ma grand-mère, sa mère, avait eu seize enfants, mais seuls six étaient encore en vie lorsque la Seconde Guerre mondiale a débuté, et alors eux aussi ont péri, tués dans l'Holocauste.

 

Mon grand-père paternel avait pour nom Avram Altarac. Il était né dans les années 1860 et était plombier de profession.

 

Il réalisait toutes sortes de travaux d'installation et possédait également un petit magasin dans la rue Bascscassija [1], où il travaillait seul. C'est une rue allongée, très fameuse à Sarajevo et connue en tant que place de marché ; toutes sortes d'artisans avaient l'habitude d'y tenir leurs magasins. Mon grand-père était l'un de ces artisans et il vendait dans son magasin toutes sortes de produits faits de tôle. Ce fut mon grand-père qui a légué le commerce à sa famille. Du côté de mon père tout le monde était artisan. Il y avait des plombiers, des commerçants ou des aubergistes, et mon père était un barbier. Les femmes dans la famille étaient principalement des ménagères.

 

Les Juifs à Sarajevo étaient surtout connus en tant que marchands et artisans. Il n'y avait pas de quartier juif, mais il y avait une Ecole juive appelée Maldar. La vie à Sarajevo était très dynamique et les relations entre les gens étaient très bonnes. Les minorités nationales étaient amies et se fréquentaient, mais les mariages entre elles étaient très rares et pour l'essentiel non approuvés par les familles.

 

Mon grand-père était marié à Belja Altarac, née Atijas, venue au monde en 1860. Ils avaient eu un beau mariage juif. Tout le monde avait l'habitude d'appeler ma grand-mère Bea. Elle était une ménagère et prenait soin de ses six enfants ; l'un d'eux était mon père. Mes grands-parents avaient dans les quatre-vingts ans lorsqu'en 1941 ils furent emmenés avec d'autres membres de la famille à un camp de la mort et assassinés. Pour tous, j'ignore exactement où et quand ils ont été tués.

 

Mes grands-parents paternels étaient religieux. Ils respectaient les traditions juives. Ils célébraient tous les jours de fête et c'est ainsi que mon père a appris à prier et à lire en hébreu. Grand-père assistait souvent aux offices. Ils observaient le Sabbat et la Cacherout de leur mieux. Nous leur rendions visite très souvent, en particulier durant les vacances. Je n'oublierai jamais lorsque mon grand-père récitait le kiddouch. J'en ai un souvenir si vif parce qu'il ne buvait jamais ; il était un abstinent résolu. Entre eux mes grands-parents avaient l'habitude de parler ladino.

 

Il n'y avait pas eu de mariage mixte dans la famille depuis bien longtemps. Il n'aurait pas pu se faire que quelqu'un de leur famille soit marié à un non-Juif à cette époque. Plus tard, cela est arrivé. La cousine de mon père, Erna Altarac, fut la première à se marier à un non-Juif. C'était un émigrant russe et la famille n'en fut pas très heureuse. Il y avait une autre cousine, qui avait marié un Serbe orthodoxe, et elle ne fut pas non plus très bien accueillie dans sa famille après cela. Ma soeur et moi nous nous démenions et luttions pour notre droit de choisir librement nos maris et de ne pas se faire marier à autrui. Ce n'était pas une révolte intentionnelle contre nos parents, il s'est tout simplement fait que nous sommes tombées amoureuses de non-Juifs.

 

L'environnement et le milieu avaient un impact sur la plupart des Juifs séfarades de Bosnie. Mon grand-père portait le pes [une coiffe musulmane], un peu modifiée, tandis que ma grand-mère portait la tukada [une coiffe que seules les femmes séfarades portent]. Je me rappelle que ces tukadas étaient différentes pour les femmes mariées et non mariées.

 

La maison de mes grands-parents était située dans la partie ancienne de Sarajevo. Ils vivaient dans une maison très modeste avec une petite cour. Ils n'avaient pas beaucoup d'argent et s'occupaient eux-mêmes du ménage, sans l'aide de domestiques ou de bonnes. Après que nous eûmes déménagés à Split, nous ne les avons plus vus très souvent, seulement durant les vacances lorsque nous les visitions et lorsque toute la famille se réunissait.

 

L'aîné de mes grands-parents était Mose Altarac. Il travaillait comme aubergiste et était marié à Estera. Ils avaient deux enfants : Jozsi et Blanka. Jozsi fut le seul à avoir survécu à l'Holocauste ; il est mort plus tard en Israël. Blanka et ses parents furent tués pendant la Seconde Guerre mondiale. Le deuxième frère plus âgé de mon père était Izrael Altarac. Il travaillait comme marchand. Il était marié à Hana et ils avaient deux enfants : Avram et Moric. Moric était l'enfant de mon oncle issu de son premier mariage et il a été tué lors de la Seconde Guerre mondiale. Avram, le plus souvent appelé Avramcic [petit Avram] est encore vivant. Il vit en Israël, il a deux filles et cinq petits-enfants. Isidor Altarac, le troisième frère de mon père, travaillait comme marchand. Le nom de jeune fille de son épouse était Flora Finci. Elle est morte après la Seconde Guerre mondiale. Ils ont eu deux filles : Simha et Belja. Simha est encore vivante et vit à Sarajevo. 

 

Elle a deux enfants qui vivent en Israël. Je pense qu'elle a un enfant de ses enfants ou peut-être plus qu'un. Malheureusement, Belja n'a pas survécu à la guerre, elle et son père ont été assassinés.

 

Estera Altarac était l'une des soeurs de mon père. Elle était mariée à un certain M. Pardo. Ils avaient deux filles : Flora et Rena. Tous ont été emmenés et assassinés quelque part durant la guerre. Ma seconde tante s'appelait Regina Altarac. Elle était mariée à M. Gaon. Ils n'avaient pas d'enfants. Tante Regina a eu plus de chance que les autres. Elle fut internée à Vela Luka sur l'île de Korchula. Elle était autorisée à se déplacer sans permission par les autorités italiennes, et d'après ses récits nous avons découvert que là-bas la situation n'était pas si mauvaise. Ils n'avaient pas beaucoup de nourriture, mais ils n'ont jamais eu faim. Mon père avait l'habitude de me dire qu'il avait eu deux autres soeurs, Sara et Rikica, d'après laquelle j'ai été appelée, mais elles sont mortes avant la guerre et je ne sais rien sur elles.

 

Mes grand-parents maternels provenaient également de Sarajevo. Je ne me rappelle pas de grand chose sur mon grand-père, mais je me souviens de ma 'nona' [grand-mère], c'était ainsi que moi et ma soeur Lea, qui avait été appelée d'après elle, avions l'habitude de l'appeler. Ma nona Lea Atijas, née Abinun, était mariée à Avram Naftali Atijas, mon grand-père, qui est mort jeune de la tuberculose.

 

Ma grand-mère Lea était une ménagère. La sienne est une triste histoire : elle était très jeune lorsqu'elle devint veuve, elle ne se remaria jamais et assuma elle-même la charge de ses enfants. Elle était très pauvre. Dans le but de subvenir à ses enfants elle avait dû travailler dans les maisons d'autrui. Une fois, ma soeur Lea lui avait demandé, "Comment se fait-il que tu sois illettrée ?", et elle avait répondu. "Chaque fois que j'avais voulu aller à l'école, arrivaient des vacances !" Outre d'avoir le sens de l'humour, elle était très diligente et savait être très bonne dans son travail. Elle faisait toutes sortes de nouilles et apprenait à d'autres femmes comment les faire. Elle avait l'habitude de dire, "Fais cela ainsi...", tandis qu'elle était en train de couper les nouilles. C'est ainsi qu'en pratique elle subvenait à sa famille.

 

Je me rappelle comment nona Lea a sauvé sa vie en s'enfuyant : De Sarajevo à Mostar elle avait voyagé sous le faux nom de Aisha Muslich, vêtue d'habits musulmans. Combien cela avait dû être horrible pour une femme de 60 ans ! 

 

Tandis qu'elle était assise dans le train, en attendant que vienne le contrôleur de billets et qu'il vérifie les billets, elle avait oublié son nouveau nom. Et maintenant quoi ? Les Oustachis [2] allaient venir, regarder son billet, demander son nom et elle n'en saurait rien ! Tandis qu'elle était assise là, il lui sembla avoir déjà rencontré quelque part l'homme en face d'elle. Et oui, il était effectivement un Juif, et il la regardait comme s'il la connaissait lui aussi. Remplie de crainte, elle l'a autorisé à lire son laissez-passer et à lui rappeler son nouveau nom. "Aisha Muslich, Aisha Muslich, Aisha Muslich" s'est elle répétée silencieusement à elle-même afin de ne pas oublier son nouveau nom. A Mostar, une femme musulmane l'attendait et l'a amenée à son oncle qui se trouvait déjà là. Ma grand-mère a retiré ses habits musulmans et elle est devenue Saveta Kojo, une Serbe. Sous ce nom elle nous a rejoint à Split. Rapidement après elle, mon oncle est arrivé avec sa famille, mais les Italiens les ont internés sur l'île de Brac et ensuite sur l'île de Rab. [3]

 

Ma nona a vécu jusqu'à l'âge de 96 ans. Elle est morte en 1978, longtemps après ma mère, mon père et mon oncle. Malheureusement, il n'y a eu personne pour prendre soin d'elle après la mort de ma mère en 1968. A la fin elle pouvait à peine bouger, elle était complètement aveugle et il a fallu la placer dans une maison de retraite juive.

 

Mes grands-parents avaient eu trois enfants : Naftali Buki Atijas - il était le fils premier-né et c'était une coutume séfarade que d'appeler Buki tous les fils premiers-nés, tandis que les filles premières-nées étaient appelées Bukica. Naftali fut un tailleur. Il a même eu son propre magasin, dans lequel ma mère a travaillé lorsqu'elle avait vécu à Sarajevo. Durant la Seconde Guerre mondiale il s'est retrouvé à Mostar, à Split et sur l'île de Rab. Heureusement, il a survécu. Il est mort après la guerre. Ma mère Rosa, ou Rahela en yiddish, est née en 1908. Regina Atijas, la soeur de ma mère, était mariée à Moric Moshe Albahari. Il fut prisonnier de guerre. Elle était une modiste. Pendant la guerre elle et son fils Albert, également appelé Albi, ont été avec nous.

 

Mon père s'appelait Leon Altarac ; officiellement Juda. Il avait travaillé comme barbier à Sarajevo. Lorsque nous avons déménagé pour Split en 1934, il a travaillé avec un maître dans un fameux magasin de barbier pour une longue période. Plus tard il est devenu un nonkulo [un gardien dans une synagogue]. Sa charge était de prendre soin de la synagogue, d'arranger le "sfarim" [les livres de prières] et les téfilines. Lorsqu'il est devenu un nonculo, nous avons déménagé pour l'appartement de la Communauté juive qui était situé dans le même bâtiment que le temple.

 

Mes parents ont eu deux enfants : Je suis née le 12 octobre 1929 à Sarajevo et ma soeur Lea, ou Likika, est née le 10 avril 1939 à Split. Elle est la seule dans la famille à ne pas être née à Sarajevo. Ma mère était une couturière de profession, mais elle travaillait comme ménagère. Et bien entendu elle prenait également soin de ma soeur et de moi.

 

Notre mère nous a élevées d'une manière traditionnelle. Nous observions les jours de fête, mais pas d'une manière religieuse. Chaque jour de fête était célébré. Pour Pesah nous avions le Seder et mangions toutes les nourritures traditionnelles. Il y avait toujours du poisson le vendredi soir. Mes parents ne nous demandaient pas d'aller à la synagogue ou de prier ; peut-être faut-il le déplorer parce que de ce fait nous ne connaissons pas grand chose aux traditions. Ni ma mère ni mon père n'influençaient nos opinions. Ils nous donnaient l'opportunité de choisir et de décider pour nous-mêmes dans quelle mesure nous souhaitions en savoir sur le Judaïsme. A la maison nous parlions croate, mais parfois, lorsque nos parents ne voulaient pas que nous comprenions quelque chose, ils parlaient ladino, et ils agissaient ainsi particulièrement avec grand-mère Lea. Elle vivait avec nous et était d'une grande aide pour ma mère.

 

Ma soeur et moi n'avions pas de devoirs ou d'obligations à l'exception de l'école. Le plus gros de la journée nous la passions en jouant avec nos amis. Etant donné que nous vivions dans le bâtiment de la Communauté juive, nous avions l'opportunité de participer et d'assister à tous les événements culturels, religieux et sportifs. "Jarden" était une Association culturelle juive, où tous les Juifs se réunissaient. Nous y allions souvent. Nous aimions beaucoup cela et la plupart de nos amis étaient issus de ce groupe.

 

Avant et durant la Seconde Guerre mondiale nous avons vécu à Split. En regardant en arrière, je dois admettre que les Italiens ont été relativement gentils avec nous, les Juifs, particulièrement en comparaison avec les Oustachis et les Allemands [voir l'occupation italienne de la Yougoslavie] [4]. Les Juifs de Split n'ont pas dû porter la croix jaune, mais ils se voyaient restreints dans leurs vies personnelles. Certains des magasins avaient un insigne indiquant : "E vietato gli regresso agli Ebrei" [Il est interdit aux Juifs d'entrer]. Mais personne ne s'y tenaient, au contraire, il y avait plein de bonnes gens qui voulaient nous aider et qui effectivement nous aidaient. Malheureusement, je n'allais pas à l'école parce que c'était interdit pour les Juifs [voir les lois antisémites en Croatie] [5], mais j'ai fini le second degré de l'école secondaire [aujourd'hui le 6ème degré de l'école primaire] en privé, dans une école qui était organisée par la Communauté juive de Split.

 

Nous étions en juin 1942 lorsqu'un groupe de jeunes fascistes est arrivé à Split. A cette époque Split était sous occupation italienne, mais ceux-là étaient des fascistes locaux. Je m'en souviens comme si c'était hier. J'avais treize ans. J'étais en train de nager et de jouer avec mes amies sur la plage, lorsque j'ai réalisé qu'il était temps de partir pour être à l'heure à la maison pour le sabbat. En route pour la maison, lorsque j'ai atteint le centre de la vieille ville, j'ai vu de nombreuses personnes qui se tenaient et regardaient quelque chose. C'était l'endroit où de nos jours est située la synagogue et où l'ancienne trouvait sa place. Nous vivions dans le même bâtiment. Tout à coup j'ai entendu la voix de mon amie Ines : "Rikica, Rikica, viens vite, quelque chose se passe !" Choquée, j'ai regardé vers les fenêtres de mon appartement et j'ai vu des fascistes furieux et sauvages en train de jeter tout ce qu'ils trouvaient. Ines a attrapé ma main et m'a amenée chez elle. Elle n'était pas juive mais elle vivait dans la même rue, dans un bâtiment juste en face du mien. Je me rappelle encore à quel point j'étais effrayée et que sa mère avait tenté de me calmer. La chose la plus dure fut lorsque le frère d'Ines est rentré à la maison et nous a raconté que mon père avait été blessé et emmené par les fascistes. Heureusement, il s'est avéré que ce n'était pas vrai.

 

Jusque tard dans la nuit, le pillage et le comportement animal ont eu cours. Tout a été incendié et détruit face aux citoyens dans le centre de la vieille ville. J'ai essayé de m'endormir mais je n'ai pas pu. Autour de 4 heures du matin j'ai regardé par ma fenêtre, et qu'ai-je vu : mon père dans un appartement à proximité. Avec son doigt sur la bouche il m'a indiqué d'être calme. D'une certaine façon, avec des gestes, il m'a expliqué que ma mère et Lea étaient en sécurité. 

 

C'est alors que je me suis finalement calmée et suis parvenue à m'endormir. Nous sommes restés sans rien, mais au moins nos vies avaient été épargnées. Le jour suivant nous nous sommes réunis à la Place nationale, la même place où nos biens avaient été brûlés et détruits la nuit précédente.

 

Après un certain temps nous avons trouvé un appartement avec l'aide de gens. Ma famille est restée à Split dans cette modeste demeure tandis que je suis allée à Vela Luka. Ma tante Regina et son fils Albert s'y trouvaient. C'est là qu'elle vivait comme tous les autres réfugiés. Les Juifs y avaient été internés par les Italiens et ils vivaient dans les maisons des gens du lieu. Je suis restée avec ma tante pendant quelques jours et suis alors retournée à Split dans ma famille. En 1942 je suis devenue membre d'une cellule sioniste. J'étais très jeune et en colère avec le monde et tout ce qui arrivait de sorte que je voulais désespérément faire quelque chose pour arrêter cela.

 

Après que j'eus rejoint la cellule sioniste, mon amie juive, qui était également membre, m'a présentée à Bosa. Bosa était une fille forte, joyeuse et très amicale. Elle m'a raconté des histoires sur les partisans, le travail illégal en vue d'aider les partisans, sur le camarade Tito [6] et le Parti communiste. J'espérais devenir l'un d'entre eux, mais malheureusement elle ne m'a pas acceptée et m'a plutôt dit de devenir membre de la SKOJ. [7] Au début j'ai été triste, mais par la suite j'ai découvert quel grand honneur c'était pour une jeune fille comme moi que de devenir membre de la SKOJ. 

 

En 1943 après la capitulation italienne [8], toute ma famille et moi avons rejoint les partisans. Les Juifs qui étaient restés à Split et n'avaient pas voulu s'en aller furent tués par les Oustachis et les Allemands. Etant donné que j'étais dans l'organisation de la jeunesse et faisais du travail illégal, je savais que quelque chose était en train de se passer. Dans l'organisation de la jeunesse nous étions très bien organisés. Nous étions divisés en groupes de plusieurs filles chacun. De temps en temps nous avions l'habitude de nous rencontrer, mais à chaque fois dans un appartement différent. Là, nous lisions de la littérature qui était imprimée en territoire non occupé ['Omladinski borac' - 'Le Jeune combattant'], nous échangions des expériences à propos de livres et de quel livre devrait être lu - nous lisions principalement de la littérature soviétique - et finalement abordions des problèmes concrets.

 

Une fois j'avais été obligée de distribuer des prospectus - je ne me rappelle pas de ce dont ils traitaient mais je me souviens que, dans une maison où j'étais allée, la porte était ouverte. C'était grossier pour moi d'entrer ainsi, d'avancer et de laisser les prospectus sur une petite armoire. Qui sait si pour la famille c'était une agréable surprise ou ne l'était pas.

 

Il y a un autre incident dont je me souviens. J'avais un rendez-vous avec une fille de mon groupe dans son appartement. Cinquante mètres devant sa maison, une camarade, qui avait vu que les officiels s'étaient introduits dans son appartement, m'a arrêtée et m'a dit qu'ils fouillaient sa maison. Elle ignorait que j'allais à cet appartement en particulier, mais en me voyant dans les parages elle y avait pensé et m'avait empêchée de me mettre dans une situation dangereuse. Si je me rappelle bien, l'amie que j'allais voir fut même emprisonnée pour un bref moment.

 

Lorsque je suis rentrée chez moi j'ai dit à mes parents, "Je m'en vais. Je vais rejoindre les partisans un point c'est tout !" Ils n'ont pas bronché ; ils étaient sans voix. J'ai rassemblé mes affaires et je suis allée chez mon amie Hana Montijo, pour l'amener avec moi. Lorsque je suis arrivée chez elle, sa mère m'a demandé, "Où est ta famille ?" J'ai répondu, "Ils ne peuvent s'en aller. Ils ont ma petite soeur et nona avec eux, c'est trop dur pour eux." Elle m'a dit, "Retourne chez toi et amène les avec toi !" Lorsque je suis rentrée, ils étaient encore sans voix, de sorte que je leur ai juste dit, "Apprêtez-vous, nous n'avons pas beaucoup de temps !" Ils ont commencé à faire leurs valises. Ma chère nona a sorti certaines choses d'un paquet et y a mis quelques affaires à elle. Mon père a également pris certaines choses et il les a emballées dans une valise de fortune.

 

Nous sommes allés à pied de Split jusqu'au village de Zmovnica en compagnie d'un grand nombre de personnes.

C'était un mélange de personnes, pas seulement des Juifs mais aussi d'autres qui craignaient les Oustachis et les Allemands. Il y avait également des soldats italiens ; étant donné que l'Italie avait capitulé, c'était préférable d'être avec nous que d'être pris par les Allemands. A un moment donné, à Dubrava, je me suis séparée de mes parents et j'ai rejoint un groupe de partisans. Nous avions traversé le passage appelé "La Pierre chaude" en vue d'atteindre Dugopolje. Je me rappelle que j'avais même un petit fusil que, bien entendu, j'ignorais comment utiliser. Nous nous sommes faufilés à Dugopolje afin d'apprendre qui s'y trouvait, si c'était les Oustachis ou les Allemands ; nous l'ignorions. Nous sommes parvenus à nous déplacer librement à Dugopolje parce que personne ne s'y trouvait. A Dugopolje les partisans ont commencé à former de nouveaux groupes, et je souhaitais grandement être incluse. A la fin ils n'ont pas voulu que des enfants se joignent parce que nous étions trop jeunes, et c'est ainsi qu'ils ont renvoyé un groupe d'entre nous à Dubrava. Dubrava était un abris d'accueil où tous les réfugiés étaient rassemblés et organisés pour être envoyés en différents endroits.

 

Lorsque je suis revenue, mes parents ne s'y trouvaient plus. Ils avaient été évacués au village de Srinjine. Je suis juste allée les visiter et j'ai tenu un exposé pour les jeunes lorsque y fut ouvert une maison de la jeunesse. Je leur ai parlé de mon travail illégal à Split. Après quoi je suis retournée à Dubrava où j'ai accompli les fonctions d'un travailleur de la jeunesse politique. Après un certain temps nous avons dû quitter Dubrava parce que c'était la période de la sixième offensive. J'ai été évacuée d'un côté, mes parents et Lea de l'autre. Moi, en compagnie de mon groupe, je suis allée de Dubrava à Jesenice où les bateaux, que nous appelions trébacs, nous attendaient [trébac est un mot italien pour navire de pêche]. Ils nous ont amenés à l'île de Brac [un des camps d'internement italien]. Sur Brac j'ai été membre du Comité de Kotar pour la Jeunesse et j'ai pris soin des pionniers. Les Allemands nous suivaient de sorte que nous dûmes quitter Vis et être évacués en Italie. Pendant tout ce temps j'étais restée dans l'ignorance où se trouvait ma famille.

 

En Italie de nombreuses personnes nous attendaient ; en fait c'était un camp de réfugiés partisans à Bari. Là, j'ai rencontré un visage familier et elle m'a raconté que mes parents se trouvaient dans le camp de Carbonara, également en Italie. Je leur ai écrit une lettre et leur ai dit que j'étais à Bari et que j'ignorais où j'allais aller. Je suivais les groupes de réfugiés. Aussitôt ont-ils reçu ma lettre que mes parents m'ont rejoint à Bari. Ils sont venus avec ma tante Regina et son fils Albert, qui s'étaient joints à mes parents à Lastovo lorsqu'ils avaient fait une halte sur leur chemin pour l'Italie.

 

Ma soeur se souvient d'une histoire que notre père avait l'habitude de lui raconter lorsqu'elle était plus jeune. C'était à propos des communistes dans leur bateau. Alors qu'ils étaient sur leur chemin pour l'Italie, en faisant route dans ces trébacs, dans lesquels il y avait de nombreuses personnes blessées, des tirs avaient commencé. Personne ne savait pourquoi "nos gens" [les partisans] auraient tiré sur d'autres partisans. Plus tard, nous avons découvert que nous possédions le vieux mot de passe et c'est pourquoi ils avaient pensé que nous étions des ennemis. Les trébacs avaient quitté le port avant que le mot de passe ne soit changé. Plus tard, notre père a pratiquement sauvé la vie du capitaine. Il est allé au tribunal et il a témoigné comme témoin au procès que personne n'avait été au courant pour le changement du mot de passe. La partie la plus intéressante est qu'au moment où les tirs avaient commencé tous les communistes s'étaient mis à prier leur Dieu. A ce moment-là vous renoncez à tout et à tous, juste pour rester en vie et vous sauver. Les tirs n'ont pas duré longtemps, par bonheur, et tout a bien tourné à la fin.

 

Lorsque ma famille a fini par être réunie, nous avons continué notre route pour El-Shatt en Egypte. Comme mon père nous l'a raconté, El-Shatt avait accueilli 27.042 réfugiés, dont 0,9 pour-cent étaient des Juifs. Il y avait là des réfugiés de partout en Croatie. Il y en avait certains de Belgrade et de Sarajevo. Tous les réfugiés qui souhaitaient quitter le territoire italien allaient en Egypte, en Amérique ou au Brésil. Nous n'avions pas assez d'argent pour partir pour l'Amérique de sorte que nous sommes allés en Egypte à la place. En regardant en arrière, ce fut une bonne chose que nous n'ayons pas pu nous offrir cela ; si nous étions partis, nos vies auraient été complètement différentes. La vie dans le camp de El-Shatt était très bien organisée. Chaque personne installée avait sa propre fonction. J'étais responsable pour m'occuper des abris. J'étais également très active dans l'organisation de la jeunesse.

 

Mon père travaillait comme barbier et il était membre d'une section religieuse ; il était responsable pour tous les Juifs qui se trouvaient là. Il veillait à ce qu'ils soient enterrés selon la façon religieuse appropriée. Malheureusement, de nombreux enfants décédaient parce qu'ils n'étaient pas habitués au climat chaud. Nous vivions dans une sorte de commune. Le son d'une cloche annonçait le petit déjeuner, le thé, le déjeuner et le moment du souper. Là-bas nous n'avons jamais eu faim. Nous avions tellement de nourriture que parfois nous n'allions pas même manger avec tout un chacun mais restions dans notre tente et ma mère préparait le repas pour nous. Nous recevions des habits de la Croix-Rouge, mais des mains habiles faisaient des robes et des jupes à partir de chemises de nuit. A El-Shatt j'ai achevé mon troisième degré de l'école secondaire. Chaque Sabbat, mon père tenait un office dans une partie de notre tente. Nous y célébrions tous les jours de fête. C'est ainsi que nous avons vécu à El-Shatt pendant 14 mois.

 

Nous avons appris dans la nuit du 9 mai 1945 que la guerre était finie. Nous sommes tous sortis de nos tentes et avons célébré la fin de la guerre. Nous étions très émus et impatients de retourner en Yougoslavie. Le retour fut organisé en groupes. Nous sommes rentrés en juillet 1945. Une nouvelle vie, et genre de vie, la reconstruction, l'espoir et l'enthousiasme dans une patrie libre étaient sur le point de commencer.

 

Après la guerre, en 1948, nous sommes retournés à Split, mais je suis allée à Zagreb pour travailler au Comité central de la Jeunesse. Etant donné que j'étais encore très jeune, il avait semblé à mes parents qu'ils devaient être proches de moi. Mon père a déménagé pour Zagreb en 1949 tandis que ma maman, Lea et ma grand-mère ne sont venues qu'en 1950. Tout d'abord, mon père a travaillé dans une maison pour personnes âgées juive, qui était située dans l'actuel Centre de la Communauté. Il travaillait comme concierge et plus tard, lorsque la maison pour personnes âgées a été transférée du bâtiment de la communauté pour un autre bâtiment, il est devenu un employé pour la Communauté juive.

 

Après que le Dr Gruner eut disparu, il était un chantre, mon père a repris ses fonctions. Il est devenu un chantre "non professionnel" étant donné qu'il n'avait pas été formé dans une école. Au contraire, tout ce qu'il connaissait il l'avait appris dans la maison de ses parents. Dans la communauté, chaque jour de fête était célébré et c'était mon père qui dirigeait les cérémonies. Parfois, même les rabbins de l'étranger venaient et célébraient les jours de fête avec nous. 

 

Etant donné que nous sommes séfarades mon père lisait les prières en ladino. Il ne dirigeait pas seulement les célébrations des jours de fête mais faisait tout le reste qui est requis, tel que les enterrements et chose du genre. 

 

Lorsque le rabbin Menahem Romano de Sarajevo est mort, il a pris l'habitude d'aller là-bas et d'aider dans la communauté. Malheureusement, mes parents sont morts très jeunes. Ma mère est morte alors qu'elle n'avait que 60 ans et mon père à l'âge de 69. Ils ont été enterrés au cimetière juif à Zagreb.

 

La vie juive après la guerre fut très dynamique. Il n'est pas vrai que les communistes nous interdisaient d'assister aux offices ou de célébrer les jours de fête. De nombreuses personnes venaient à la communauté pour se fréquenter.

 

J'ai épousé Eduard Vostrel à la fin des années 40. Je ne veux pas parler de la vie de mon mari avant notre mariage. Il n'est pas juif. Il a travaillé dans les services politiques et diplomatiques et pour cette raison nous avons vécu en de nombreux endroits dans le monde : à Chicago, aux USA, où il fut consul pendant quatre ans, à Stockholm et à Göteborg, en Suède, pour quatre autres années respectivement.

 

Ma soeur a travaillé comme technicienne chimique et elle est maintenant à la retraite. Elle est séparée mais elle a un fils appelé Srecko, né en 1963, et également un petit-fils, Tomislav.

 

La religion juive et les religions en général n'ont pas d'impact dans notre vie quotidienne. Ma soeur et moi sommes toutes les deux athées. Nous sommes conscientes de nos origines et sommes très fières d'elles, mais nous ne pratiquons pas la religion. Nos enfants et petits-enfants savent qu'ils ont des mères et des grands-mères juives, mais la façon dont ils vivent est leur propre choix. Nous leur avons dit la vérité sur leur origine et ils peuvent faire avec cela ce qu'ils souhaitent !

 

Glossaire

 

[1] Bashscarssija : Une vieille rue bien connue dans la ville ancienne de Sarajevo. C'était la rue des artisans avec de petits magasins, où les artisans fabriquaient et vendaient leurs produits. Le mot provient du turc "bash" signifiant principal et de "scarssija", la partie des affaires de la ville, qui était séparée de la "mahala", la zone résidentielle.

[2] Le mouvement oustachi : Un mouvement séparatiste croate d'extrême droite, créé par Ante Pavelic à Zagreb en 1929. En 1934 il avait publié le pamphlet Ordre, dans lequel il appelait ouvertement à la sécession de l'état fédéral yougoslave et à la création d'un état croate indépendant. Après l'assassinat du roi de Yougoslavie en visite d'état à Marseille, en France, le mouvement oustachi avait été mis hors la loi, et Pavelic ainsi que son collègue Eugen Kvaternik avaient été arrêtés en Italie. Après l'occupation de la Yougoslavie par les armées allemande, hongroise, italienne et bulgare en avril 1941 l'Etat Indépendant de Croatie avait été proclamé avec le soutien allemand. Le nouvel état avait nominalement été dirigé par le mouvement oustachi avec Pavelic à la tête de l'état. Il créa un régime fasciste réprimant toute opposition. Les minorités ethniques et religieuses, en particulier les Serbes et les Juifs, furent impitoyablement persécutées. Les Serbes furent massacrés ou convertis de force au catholicisme. Sous son règne, 35.000 Juifs furent exterminés dans des camps de concentration dans le pays.

[3] Rab : Une île du nord de l'Adriatique, aujourd'hui en Croatie. Après que les armées de plusieurs pays eurent occupé la Yougoslavie en avril 1941, les autorités italiennes construisirent un camp d'internement à Rab, à l'origine pour les opposants au pouvoir italien. En juin 1943, plus de 2.500 détenus juifs venus d'autres camps italiens sur la côte adriatique y furent déportés. Les conditions de vie étaient très dures et près d'un tiers des prisonniers ont péri dans le camp. Après la capitulation italienne en septembre 1943, les partisans de Tito en évacuèrent 2.000, dont beaucoup se joignirent aux partisans. Environ 3.000 personnes, en particulier les personnes âgées, les malades et les petits enfants, restèrent sur Rab et furent déportées à Auschwitz en mars 1944 après que les Allemands eurent envahi l'île.

[4] L'occupation italienne de la Yougoslavie : En avril 1941 la Yougoslavie avait été occupée par les troupes allemandes, hongroises, italiennes et bulgares. Elle fut divisée en plusieurs parties. L'Italie étendit son pouvoir sur la Dalmatie et le Monténégro aussi bien que sur des parties de la Slovénie et de la Macédoine. Comparée à d'autres parties de la Yougoslavie occupée, la région sous contrôle italien fut un havre pour les Juifs et elle devint bientôt un refuge pour les Juifs de la Croatie fasciste. Malgré la pression constante de la diplomatie allemande, les Italiens avaient refusé de déporter les Juifs. Les Italiens établirent des camps pour les réfugiés juifs à Kupari (tout près de Dubrovnik), Kraljevica (tout près de Rijeka), sur l'île de Rab et dans d'autres parties. Les Italiens accordèrent un traitement humain aux Juifs dans tous les camps. [Rem de l'auteur du blog : cette dernière affirmation est à mettre entre parenthèse]

[5] Les lois antisémites en Croatie : Des lois calquées sur celles de Nuremberg furent promulguées en avril 1941, suivies par le renvoi des Juifs de tous les postes publics et par l'introduction de la croix jaune. Rapidement tous les biens immobiliers détenus par des Juifs, ainsi que tous les autres objets de valeur en possession des Juifs furent expropriés. Les synagogues, les institutions culturelles, et même les cimetières juifs furent détruits par les Oustachis. Après mai 1941, une série de camps de concentration furent établis à Jasenovac, Drinja, Danica, Loborgrad et Djakovo. A Jasenovac, qui était le plus grand camp de concentration croate, des dizaines de milliers de personnes, y compris 20.000 Juifs, furent assassinées durant les quatre années d'existence de l'Etat Indépendant de Croatie.

[6] Tito, Josip Broz (1892-1980) : Le Président de la Yougoslavie communiste de 1953 jusqu'à sa mort. Il avait organisé le Parti communiste yougoslave en 1937 et était devenu le leader du mouvement partisan yougoslave après 1941. Il libéra la plupart de la Yougoslavie avec ses partisans, y compris Belgrade, réalisa des gains territoriaux (Fiume et l'Istrie auparavant italienne). En mars 1945, il devint le chef du nouveau gouvernement yougoslave fédéral. Il nationalisa l'industrie mais n'appliqua pas le système des fermes collectives sur le modèle soviétique. Au niveau politique, il opprima et fit exécuter son opposition politique. Bien que la Yougoslavie eut été étroitement associée à l'URSS, Tito avait souvent poursuivi une politique indépendante. Il avait accepté les prêts occidentaux pour stabiliser l'économie nationale et il avait progressivement desserré bon nombre des contrôles stricts du régime. Après la mort de Tito en 1980, les tensions ethniques refirent surface, en menant à l'effondrement brutal de l'état fédéral dans les années 1990.

[7] SKOJ (La Ligue dela jeunesse communiste de Yougoslavie) : L'organisation fut établie à Zagreb en 1919 et elle était étroitement liée au Parti communiste de Yougoslavie. Pendant la Seconde Guerre mondiale, nombre de ses partisans furent emprisonnés, d'autres rejoignirent les partisans de Tito et participèrent à la résistance antifasciste.

[8] La capitulation italienne : Après que l'Italie eut capitulé en 1943, les unités partisanes yougoslaves prirent part au désarmement des troupes italiennes en Slovénie, en Dalmatie, en Herzégovine, au Monténégro et en Macédoine. Après la capitulation, les partisans occupèrent les territoires auparavant italiens, l'Istrie et les villes de Fiume (aujourd'hui Rijeka) et Trieste. Elles récupérèrent également les territoires yougoslaves occupés par les Italiens en Slovénie, la plupart du littoral adriatique ainsi que des parties du Monténégro et de la Macédoine. De nombreux soldats italiens se joignirent aux partisans yougoslaves et créèrent une division indépendante appelée Giuseppe Garibaldi.

[9] Les camps d'internement italiens. Après la création de l'Etat Indépendant de Croatie, un état fantoche fasciste qui comprenait également la Bosnie et l'Herzégovine, un nombre croissant de Juifs tentèrent de trouver refuge sur le territoire contrôlé par les Italiens. En 1941 et 1942 l'Italie créa plusieurs camps d'internement pour les Juifs sur les îles de l'Adriatique et le littoral qu'elle avait saisis à la Yougoslavie en avril 1941. Les Italiens refusèrent les demandes faites par les fascistes croates de renvoyer les réfugiés juifs et elle les interna dans "des camps de concentration pour les civils de guerre" au lieu de les protéger contre les Croates et les Allemands. Les principaux camps étaient situés sur les îles de Korcula, Brac, Hvar et Lopud et dans les villages de Gruz et Kupari.

 

Source : Centropa

 

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Rédigé par brunorosar

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Publié le 8 Novembre 2009

Ruža Petrović


 

Ruža Petrović (Hreljini tout près de Cere, Žminj, 17 octobre 1911 - Pula 24 août 1958), héroïne istrienne antifasciste et victime d'un des crimes fascistes les plus cruels à avoir été commis en Istrie.

 

Née sous le nom de Roža Hrelja dans la localité de Hreljini le 17 octobre 1911, elle était l'aînée dans une famille de huit enfants. Avant que n'éclate la Première Guerre mondiale, elle avait épousé Jakov Hrelja avec lequel elle eut deux filles dont une est décédée quelques mois après avoir vu le jour. Etant donné que Jakov était mort avant que ne débute la guerre, elle s'était remariée avec Vazmoslav Paškvalin Petrović de Režanci.

 

Ce sont néanmoins des faits survenus au cours du mois de juillet 1944 qui ont inscrit le nom de Ruža Petrović dans l'histoire istrienne. Pour avoir aidé les partisans elle fut amenée le 22 juillet du village de Režanci à la garnison fasciste installée à Svetvinčenat. Ayant refusé de trahir les partisans et de révéler leur correspondance, elle passa la nuit en détention. Le lendemain, quelques fascistes vinrent la chercher et à la sortie de Svetvinčenat en direction de Režanci ils se mirent à la battre et à la torturer. Après lui avoir assené un puissant coup de crosse sur le front, les criminels l'attachèrent avec des ceintures à un arbre puis, usant d'un couteau ou d'une baïonnette, ils lui arrachèrent bestialement les yeux.

 

Après avoir été trouvée à l'agonie et à moitié vive, elle fut conduite à l'hôpital de Pula. Cette tragédie lui causa jusqu'à sa mort de terribles maux de tête comme séquelle de ses yeux arrachés ; après le crime elle avait aussi perdu les sens olfactifs et gustatifs.

 

La guerre terminée, Ruža Petrović fut l'une des fondatrices de l'Association des personnes mal voyantes du Comitat d'Istrie-Pula, où elle exerça les fonctions de vice-présidente.

 

Aujourd'hui le souvenir de cette martyre et héroïne courageuse se laisse voir dans de nombreuses localités istriennes dont les noms de rues, de places et de parcs portent le nom de Ruža Petrović. Son nom fut également arboré par le Foyer des enfants à Pula depuis sa création en 1945 jusqu'en 1996.* Sur le lieu funeste longeant la route qui mène de Svetvinčenat à Režanci a été érigé un monument en sa mémoire.

 

Source : wikipédia croate


* Son nom fut retiré à l'époque du sixième gouvernement de la République de Croatie qui a dirigé le pays du 7 novembre 1995 au 27 janvier 2000 sous les couleurs conservatrices-nationalistes. A ce jour il n'a toujours pas été restitué.

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Rédigé par brunorosar

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