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Publié le 31 Octobre 2017

Au coeur de la Croatie, un refuge pour ours orphelins


 

Perdus, abandonnés, maltraités: en Croatie, un refuge pour ours accueille depuis 2002 des animaux incapables de vivre en liberté.

Se promener en forêt dans les Balkans, c'est risquer d'y croiser des ours bruns. En Croatie, ils sont un millier, selon les chiffres officiels, notamment dans le secteur boisé et forestier de Gorski Kotar et de Lika (centre). 
L'espèce y est protégée mais chaque année, les autorités autorisent la chasse pour en tuer une centaine, laissant des oursons orphelins. 
C'est notamment pour eux qu'Ivan Crnkovic-Pavenka, 71 ans, a créé en 2002 son centre, unique dans le pays, à Kuterevo, son village natal situé à 180 kilomètres de Zagreb.
Car dès que ces oursons sont récupérés par l'homme, ils deviennent "inaptes à la vie sauvage", explique le septuagénaire. "Passée (la) période des câlins de ces petites créatures en fourrure qui amusent les enfants, dès qu’ils commencent à mordiller et à griffer, il faut les tuer."
Ils sont actuellement neuf à avoir échappé à ce sort, vivant dans son refuge. Ils portent généralement un double prénom, celui de l'humain qui les a trouvés et du lieu où ils ont été découverts. 
Une seule fois, en 2006, Ivan Crnkovic-Pavenka a été attaqué et blessé en volant au secours d'un volontaire qui avait énervé un ours en jouant de la guitare. 
Les ours de Kuterevo, parmi lesquels deux femelles, ont été stérilisés. Ils vivent à l'air libre, sur 2,5 hectares entourés de barbelés électrifiés. Ancien travailleur social, Ivan Crnkovic Pavenka, a tenté de reproduire des conditions de vie sauvage. 
Depuis 2002, quelque quinze animaux y ont vécu. Parfois, ils ont été relâchés, jugés aptes à renouer avec la vie sauvage. Parmi eux, Luka Gora, une femelle "qui avait l'habitude de monter dans un arbre pour y pleurer toute la nuit". Une autre femelle a été emportée par un ours sauvage qui, attiré par son odeur, était entré dans le refuge. 
Mlada Gora a 6 ans. Elle a été trouvée à cinq mois, alors qu'elle était en quête de nourriture près d'une autoroute après que sa mère eut été tuée par des chasseurs. La route représente un danger mortel. 
Mirna est la doyenne: à 34 ans, elle arrivée qu'en 2015, après avoir subi un calvaire dans un zoo de la côte Adriatique. 
Le refuge fonctionne grâce à des donations et 300 volontaires qui donnent un coup de main. Quelque 20.000 personnes le visitent chaque année.


 

Source : lanouvellerepublique.fr, le 31 octobre 2017.

 

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Rédigé par brunorosar

Publié dans #Ecologie et nature

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Publié le 2 Août 2017

En lutte pour la préservation des plages


 

Les habitants de plusieurs îles croates sont mobilisés contre la Loi littoral ouvrant la voie à la privatisation des plages. Avec un certain succès.

 

Les plages naturelles occupent 26,3 % de la surface du littoral de l’île de Rab, un pourcentage qui fait des envieux ! Car sur l’ensemble de la côte croate il est quatre fois inférieur. Ce sont des plages qui n’ont subi aucune intervention de l’homme et qui ont gardé leur aspect naturel. Mais cela risque de changer d’ici à la fin de l’année : leur nombre pourrait diminuer.

La ville de Rab a lancé des projets qui menacent de modifier l’aspect naturel de quatre plages locales. La tendance à réaménager les plages se répand de plus en plus sur le littoral adriatique. Les fonds naturels de ces plages sont ensablés, les rochers nivelés et couverts de gravier, les serviettes remplacées par les transats… Apparemment, ce sont les touristes qui demandent plus de confort, et le client a toujours raison !


 

Toutefois, les habitants sont de plus en plus nombreux à s’opposer à cette logique. L’initiative citoyenne “Protégeons les plages de Rab” s’est soulevée contre le réaménagement sur son île. Sur sa page Facebook, elle avertit que les modifications apportées au plan d’aménagement du territoire de la ville de Rab, daté de 2016, sont contraires aux intérêts des citoyens. La majorité de ses objections concerne le manque de transparence de la procédure et la dévastation de l’environnement.

L’intérêt public est bafoué par la redéfinition du terme ‘aménagement’ dans lesdites modifications, l’aménagement n’impliquant ni entretien ni conservation du littoral, mais la modification de la côte par le remblayage, ces travaux visant à augmenter les capacités des plages ou à les doter de restaurants et autres activités de loisir”, explique-t-elle. L’initiative craint aussi que le plan d’aménagement du littoral vise à limiter l’accès libre et gratuit aux plages.

 

 

Près de 17 000 m3 de béton et de gravier

 

Au-delà de l’accès réduit aux plages, c’est la dévastation du littoral qui préoccupe les habitants de Rab. Le projet d’aménagement des plages prévoit de déverser 17 000 m3 de béton et de gravier sur les plages de Banova Vila et de Skver, ainsi que plus de 89 000 m3 de pierres et 12 400 m3 de béton sur les trois plages de Padova. Ces travaux pharaoniques demanderaient une noria de 12 800 camions pour acheminer le matériel. À titre d’illustration, cela représenterait une colonne ininterrompue de poids lourds à la queue leu leu, de Zagreb jusqu’à Rab [215 kilomètres].

Par les modifications de la loi du domaine public maritime, on a supprimé l’obligation de réaliser une estimation de l’impact environnemental avant les travaux de remblayage et de modification de la côte. L’étude des capacités d’accueil des touristes qui justifierait l’élargissement du domaine des plages fait aussi défaut, ainsi que le programme local d’aménagement et de gestion des plages”, a-t-on souligné à Rab.

Mais derrière le problème d’aménagement se cache la possibilité de la mise en concession de plage – autrement dit, de leur privatisation – par le pouvoir des régions, ce qui risque de priver le pouvoir local, en l’occurrence la municipalité de Rab, de la gestion de cette ressource naturelle et, par conséquent, d’une bonne partie de ses revenus.

 

 

À Bol, un appel d’offre annulé

 

Le premier mouvement de défense des plages a vu le jour sur une autre île croate. À Bol, une station balnéaire prisée de l’île de Brac, les habitants se sont insurgés contre la décision de l’Assemblée régionale de Split et de la Dalmatie d’accorder la concession de la plage de Zlatni Rat [“cap d’Or”, l’une des plus belles plages d’Europe] à l’entreprise de Zagreb Sport B. Or l’entreprise en question a été créée en 2013 et n’a jamais accumulé que des pertes ; elle n’emploie aucun salarié et n’a aucune activité sur l’île de Brac (sa seule qualité étant d’être proche du parti de droite au pouvoir, le HDZ).

Sport B n’en a pas moins gagné l’appel d’offres et devancé tous ses concurrents, dont l’un présentait une offre bien plus avantageuse (les deux autres ont été disqualifiés en raison de “pièces manquantes au dossier”). Les citoyens de Bol ont organisé une action en faisant une chaîne humaine autour de Zlatni Rat et en écrivant avec leurs serviettes : Occupé jusqu’à nouvel ordre”. Ils ont exigé l’annulation de l’appel d’offres et la modification de la loi définissant le domaine public maritime pour que les concessions de plage soient confiées en priorité aux communes locales.

Une partie de leurs revendications a été entendue : le ministère de la Mer, des Transports et de l’Infrastructure a annulé l’appel d’offres pour irrégularités de procédure. Ces deux beaux exemples de défense des plages par la population locale ont donné des idées à d’autres.

 

 

Le besoin de confort des touristes

 

Il faut toutefois s’interroger sur ce que veulent les touristes. Edurad Mazic, entrepreneur et propriétaire du camping Simuni, considère que la côte croate n’est pas suffisamment aménagée et que le pays ne profite pas du potentiel de ses côtes : Tous les étés, des millions de vacanciers viennent en Croatie. La nature vierge et les plages naturelles ont une grande attractivité, mais les touristes ont aussi besoin de confort, sinon ils ne reviennent plus. 60 % des touristes viennent en Croatie pour la mer, mais 40 % pour d’autres activités.

Ivo Kunst, de l’Institut du tourisme, considère que les touristes choisissent les plages en fonction de leurs affinités. Qu’on recherche des plages pour leur romantisme ou pour la plongée sous-marine, des plages familiales ou accessibles aux chiens, ou bien encore des plages réservées à la fête et à la vie nocturne, c’est un choix personnel. Aussi bien pour la population locale que pour les touristes”, explique-t-il.

Selon Kunst, une plage aménagée ne signifie pas forcément une plage bétonnée ni un accès payant. L’aménagement des plages peut les améliorer et les protéger. Mais il y a toujours un risque que les concessionnaires en changent l’aspect initial en y installant des transats ou des parasols”, estime-il. Quant aux touristes, les enquêtes montrent que la majorité d’entre eux préfère les plages aménagées, dotées de cafés, de restaurants et d’installations en lien avec les loisirs balnéaires.


 

Par Matija Boltizar


 

Source : courrierinternational.com, le 21 juillet 2017.

Article original publié sur jutarnji.hr, le 10 juin 2017.

 

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Rédigé par brunorosar

Publié dans #Ecologie et nature

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Publié le 9 Avril 2017

Les rivières de Croatie face au péril hydro-électrique

 

Les cygnes flottent sur ses eaux vertes, les pêcheurs se pressent sur ses berges, les estivants s'y baignent l'été près d'une cascade... Pourtant, à Karlovac en Croatie, la rivière Korana est menacée par un projet hydro-électrique dénoncé par les écologistes.

Le pays est face à un dilemme. D'un côté, il ne produit que 60 à 75% de l'électricité dont il a besoin, alors qu'elle bénéficie d'un réseau de rivières parmi les plus denses d'Europe, et rêve d'accroître ses capacités. De l'autre, ses cours d'eau représentent un atout non négligeable pour le tourisme, un secteur qui pèse pour 18% du Produit intérieur brut. En 2016, presque 300.000 touristes ont visité la région de Karlovac.

Plusieurs dizaines de petites centrales hydro-électriques sont programmées, construites tantôt par le groupe public HEP, tantôt par des compagnies privées.

Mais les associations écologiques fustigent ces projets.

"Parler de petites centrales hydro-électriques, c'est tromper le public qui comprend que leur impact sera limité", dénonce Irma Popovic Dujmovic, de WWF Adria. Les dégâts "sur les petites rivières sont les mêmes que ceux que peuvent causer les grandes centrales sur les grandes rivières", "dévastant l'écosystème", affirme-t-elle.

Les pêcheurs déplorent aussi les conséquences des centrales.

"Nous qui sommes chaque jour sur les rivières, nous constatons qu'il reste des poissons, mais substantiellement moins", regrette Zeljko Capan, président de l'association de la pêche récréative sur la Korana.

"Nous devrions nous concentrer sur le tourisme. Qu'y a-t-il d'autre à faire à Karlovac et alentour?", dit-il.

 

'Ville aux quatre rivières' 

Les populations locales, elles, ne tirent a priori que peu de bénéfice économique direct du développement hydro-électrique: la ville d'Ozalj et ses 8.000 habitants reçoivent moins de 10.000 euros chaque année en rétribution du territoire utilisé par la centrale d'Ilovac sur la rivière Kupa.

Mais le ministère de l'Environnement et de l'Energie défend ces "petites centrales hydro-électriques, qui peuvent fournir de l'électricité à de plus petites communautés" et qui "ont leur rôle dans le développement du système énergétique en Croatie".

Denis Franciskovic, du groupe écologique Eko Pan, évoque le souhait des autorités de construire "plus de 2.000 centrales dans les prochaines années dans la péninsule des Balkans". En Croatie, c'est dans le secteur de Karlovac, la "ville aux quatre rivières" dans le centre du pays, que la situation est la plus critique, affirme-t-il: "La centrale de Lesce a massacré la Dobra. Et ce sont désormais la Korana, la Mreznica et la Kupa qui sont en jeu".

Lors de son inauguration en 2010, la centrale de Lesce, première du genre depuis l'indépendance du pays, avait été présentée comme une promesse de nouvelles routes et de système de distribution d'eau moderne.

Un an plus tard, en guise de bienfait, la population a vu arriver une commission chargée d'examiner les ravages de cette usine qui a noyé treize kilomètres des canyons parmi les plus beaux de Croatie. Quant aux promesses de développement et de touristes attirés par le lac artificiel, elles sont restées lettre morte.

Etude d'impact de 1985

Les responsables reconnaissent que la construction de cette centrale, fondée sur une étude d'impact environnemental effectuée en 1985, est pour beaucoup dans la mauvaise image de l'hydro-électricité.

Mais ils assurent que les leçons ont été retenues. "Nous ne détruirons pas l'environnement, il sera préservé", promet Marinko Maradin, chef du service environnement dans le comté de Karlovac. "Chat échaudé craint l'eau froide".

Dans la région, "il n'y a quasiment pas de chute d'eau sans la main de l'homme, des vieux moulins (l'une des attractions touristiques de Karlovac) jusqu'aux centrales modernes", argumente le responsable.

Quelque 40% des territoires de cette région font partie du réseau Natura 2000, qui regroupe des sites naturels de l'Union européenne, une garantie de respect de l'environnement, et trois des huit centrales en projet se grefferont sur des barrages déjà existant, poursuit-il.

Ces arguments sont loin de convaincre toutes les municipalités et les riverains de la Korana.

"Slunj peut ne vivre que du tourisme, c'est son avenir", estime Nikola Zivcic, un homme de 57 ans qui vit au bord de cette rivière.

"Les bénéfices (des centrales) sont faibles ou négligeables, alors que les dangers et les dommages potentiels sont concrets", ajoute ce responsable de la bibliothèque municipale.

Deux centrales sont prévues près de chez lui, l'une en amont, l'autre en aval de Slunj, célèbre pour ses moulins à eau et ses petites chutes d'eau.

Les élus locaux ont d'ores et déjà informé les autorités de Karlovac qu'ils ne voulaient pas de centrales. Mais leur avis pourrait ne pas peser lourd.


 

Source : www.sciencesetavenir.fr, le 9 avril 2017.

 

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Rédigé par brunorosar

Publié dans #Ecologie et nature

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Publié le 14 Décembre 2016

La Croatie, un vrai appel d'air pour la salers

 

Après l'expédition de 350 génisses cette année en Croatie, le herd-book salers travaille à une coopération avec le ministère croate pour aider le pays à structurer son élevage.

 

L'image a circulé ces derniers jours sur les réseaux sociaux : des vaches salers pâturant paisiblement sur de vastes plateaux de montagne aux allures de Cézallier (les rats en moins...). Une photo trompeuse prise début décembre dans la province de Lika en Croatie, où les responsables du herd-book salers (HBS) sont allés prendre des nouvelles des génisses exportées au printemps puis à l'été depuis le Cantal pour contribuer à la reconstitution d'un cheptel allaitant dans ce pays encore marqué par les stigmates de la guerre des années 90. Et pour le coup, les nouvelles des 350 "expatriées" acajous, pour l'essentiel des génisses de 14-16 ou 24 mois ou prêtes à vêler, sont excellentes malgré des températures glaciales, comme a pu le constater Lionel Duffayet, président du herd-book et du GSE, accompagné de Géraud Trin (vice-président) et du directeur Bruno Faure.

Adaptée au climat et aux loups ! "J'y avais déjà été en janvier dernier, on avait alors vu des troupeaux vendus en 2011, parfaitement acclimatés, élevés dans des conditions assez rudes, avec beaucoup de plein air intégral, raconte le président des instances raciales. On a vu des vaches dans un très bon état, alimentées uniquement avec du foin en hiver, et qui confirment pleinement - si besoin était - la rusticité et la robustesse de la race !" Une salers qui s'est aussi révélée un rempart idéal face aux prédateurs, la Croatie demeurant un pays d'ours et de loups ! "La salers a un autre atout, c'est son instinct maternel, elle se défend ! On a vu deux troupeaux de 60 vaches vêlant dehors avec des mecs qui ont sauvé respectivement 58 et 59 veaux, ils n'avaient jamais vu ça !", relaie Lionel Duffayet. Au-delà de l'anecdote, les passerelles cantalo-croates s'annoncent plus que prometteuses dans un proche avenir. Sans vouloir s'avancer sur des chiffres, le patron du herd-book assure qu'il y aura d'autres convois en 2017. "À condition d'être bon sur l'accompagnement et le suivi, d'être au rendez-vous pour fournir un panel suffisamment large d'animaux vaccinés contre la FCO, prêts sanitairement à être exportés, je dirais que le potentiel est quasiment illimité", assure Lionel Duffayet, qui a jeté les bases, début décembre avec le ministère de l'Agriculture croate, d'un accompagnement permanent. "C'est un gros dossier, se félicite le Cantalien, qui suppose néanmoins une stabilité politique." Dans la région de Lika, les Croates qui ont acheté des salers sont de jeunes entrepreneurs, souvent pluriactifs qui ont vu dans la libération de terres par l'État une opportunité.

 

Livrer le mode d'emploi

"Ce sont de grandes plaines qui ressemblent au Larzac avec du potentiel, où il peut se récolter du fourrage, mais il y a tout à faire", relate Lionel Duffayet, pour qui il faut, avec les animaux, "livrer à ces nouveaux exploitants le mode d'emploi". D'où ce projet d'investir techniquement en Croatie, d'abord en accueillant une dizaine d'élèves ingénieurs ou futurs vétérinaires croates pour leur expliquer les pratiques d'élevage, le suivi des animaux, le mode de récolte des fourrages... "car on a vu là-bas du fourrage récolté en août seulement". De même, dans le cadre de cette coopération transrégionale au sein de l'UE, des élèves ingénieurs français pourraient se rendre en Croatie avant d'envisager un appui technique potentiel par des techniciens du HBS. Les instances raciales pourraient aussi accompagner les éleveurs croates à mettre sur pied un herd-book "mais auparavant, il faut d'abord identifier les animaux et, à ce jour, ils n'ont aucune pratique administrative de l'élevage". Dans la région du Bjelovar, à l'Est, ce sont des éleveurs laitiers en reconversion qui ont choisi la salers. Des professionnels de l'élevage donc, qui disposent "du savoir-faire, d'une alimentation de qualité, de bâtiments...", précise l'éleveur de Saint- Cernin. Dans ce berceau historique de la simmental, où les cheptels ont été décimés par le conflit, l'objectif est de refaire de l'engraissement et de rouvrir d'anciens abattoirs. Dans la province du Lika, les veaux salers sont eux vendus à un poids de 250-300 kg à des particuliers. "Il y a encore beaucoup d'auto-consommation dans cette région où il faut s'imaginer la campagne française des années 60", indique Lionel Duffayet, qui a aussi pu rencontrer un entrepreneur bosniaque. Ce dernier est à la tête d'une exploitation de 15 000 ha pour 5 000 vaches. "Il venait de récupérer 10 000 autres hectares, il voulait savoir combien de vaches il pouvait y mettre..." raconte le Cantalien.

 

 

Source : lunion-cantal.reussir.fr, le 14 décembre 2016.

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Rédigé par brunorosar

Publié dans #Ecologie et nature

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Publié le 3 Juillet 2015

Un mille-pattes de l'enfer découvert dans une grotte

 

Prénommé milles-pattes Hadès, en référence au dieu grec des Enfers, cette espèce inconnue a été découverte dans une grotte se trouvant à près de 1500 mètres de profondeur, en Croatie. “La première fois que j'ai vu cet animal et son apparence frappante, je me suis immédiatement rendu compte que c'était une nouvelle espèce” a déclaré Pavel Stoev, du Musée National d'Histoire Naturelle de Sofia, en Bulgarie. Geophilus hadesi, de son nom scientifique, a donc été trouvé dans les grottes de Lukina jama-Trojama, sous la montagne Velebit. Classé comme étant un des sites les plus profonds du monde, ces grottes regorgent, potentiellement, d'espèces animales encore inconnues des scientifiques.

Les profondeurs abyssales sont encore méconnues des Hommes, rendant la découverte plus exceptionnelle encore. Concrètement, ce mille-pattes se différencie des autres mille-pattes par ses longues antennes, son tronc et ses griffes. Il est ainsi parfaitement adapté à son habitat sombre et mystérieux. Carnivore, il se nourrit des autres insectes qu'il saisit avec ses griffes pour ensuite les mordre et leur injecter un puissant venin. Pavel Stoev a terminé son communiqué en avançant que “cette découverte vient de prouver une nouvelle fois que nous savons peu de choses sur la vie dans les grottes [...] on peut encore trouver des animaux incroyables”.

 

 

Source : meltydiscovery.fr, le 1er juillet 2015.

 

 

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Rédigé par brunorosar

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Publié le 11 Mars 2015

Faux départ de la Croatie dans sa course à l'or noir

 

Critiqué par les écologistes, le premier ministre croate Zoran Milanovic a annoncé un référendum sur la question pétrolière. Italie et Slovénie demandent à Zagreb de participer à l'étude d'évaluation d'impact environnemental.


 

La Croatie va-t-elle devoir abandonner son aventure pétrolière ? La question se pose car, depuis quelques semaines, les opposants à l’exploitation des hydrocarbures dans l’Adriatique donnent du fil à retordre au Premier ministre Zoran Milanović. 

Initialement prévue pour le 2 avril 2015, la date de signature des contrats entre l’Etat et cinq géants de l’énergie pourrait bien être reportée de quelques mois. Tandis que l’exécutif fait face à des pressions à la fois internes et externes avec ses voisins frontaliers, les gagnants de l’appel d’offres (OMVENIINA, Marathon Oil et MedOilGas) devront sûrement patienter pour explorer les gisements de gaz et pétrole dans les eaux croates. 

Le 16 février 2015, le débat public organisé par le gouvernement sur les risques environnementaux de l’opération pétrole prend fin. Insatisfaites, les associations écologistes lancent alors leur campagne “SOS pour l’Adriatique”. Des manifestations se déroulent dans plusieurs villes de la côte dalmate et dans la capitale, devant le ministère de l’Economie et de l’Energie. Sur la toile, les activistes appellent les internautes à souscrire une pétition et récoltent rapidement un large soutien. Leur page Facebook compte à ce jour plus de 12 000 inscrits. 



Querelles de voisinage avec Italie et Slovénie

Face à cette opposition grandissante, le Premier ministre annonce le 4 mars 2015 un référendum à ce sujet. “En Croatie, nous avons voté sur des questions qui relèvent moins de l’intérêt national, alors pourquoi pas décider via référendum sur cette question aussi ?”, déclare Zoran Milanović à la presse. Les écologistes exultent. Et l’opposition de droite l’accuse de populisme, alors que les élections législatives se préparent et se tiendront d’ici la fin de l’année. Quoi qu’il en soit, avec cette annonce le chef du gouvernement s’éloigne de son ministre de l’Energie, Ivan Vrdoljak, - tête pensante de l’aventure pétrolière - qui, de son côté, écarte l’éventualité d’un référendum. 

Alors que l’opposition interne met des bâtons dans les roues à l’exécutif de Zagreb, à l’étranger aussi une certaine résistance prend forme face aux projets énergétiques du vingt-huitième membre de l’UE. L’Italie et la Slovénie ont demandé de participer à la procédure d’évaluation d’impact environnemental, notamment prévue par la directive 2001/42/CE et par la Convention d’Espoo (EIE). Avant la signature des contrats entre l’État croate et les cinq compagnies concernées, ces voisins frontaliers veulent avoir leur mot à dire.

 

La Commission européenne informée

Rome a envoyé sa première note diplomatique le 14 janvier 2015 et s’est vue obligée de relancer son partenaire méditerranéen un mois plus tard, le 18 février 2015. Cette fois-ci avec davantage de fermeté. “Nous estimons utile d’envoyer cette lettre également à la Commission européenne pour qu’elle en soit informée”, a précisé dans le deuxième document pour le ministre italien à l’Environnement, Renato Grimaldi, responsable de la direction évaluation et autorisations environnementales au sein du ministère. Ce détail significatif a poussé Zagreb à répondre une semaine plus tard, le 26 février 2015. Jusqu’au 4 mai 2015, l’Italie pourra soumettre ses commentaires et remarques aux autorités croates. Malgré ce couac, les relations bilatérales demeurent officiellement très bonnes et, selon nos informations, le retard de la Croatie dans la réponse à la première note aurait été dû à “un problème dans la réception du mail.” 

Si les Italiens prendront finalement part aux consultations sur l’étude d’impact environnemental, les Slovènes ont moins de chance. Envoyé le 24 février 2015, leur appel demeure à ce jour lettre morte. Les autorités de Ljubljana ont pourtant cité la Convention d’Espoo, mais ont probablement oublié de mettre en copie Bruxelles… “
Nous espérons recevoir bientôt un message de la part du gouvernement croate”, affirme le ministère slovène de l’Agriculture et des Forêts, avant d’ajouter : “La mer Adriatique est une mer fermée et étant donné cette spécificité, toute activité pourrait avoir des conséquences environnementales et socio-économiques dans les eaux slovènes.


 

Des compagnies pétrolières en suspens

Les gagnants de l’appel d’offres devaient commencer dès ce printemps 2015 leurs activités de recherche dans dix des vingt-neuf blocs qui composent la superficie exploitable. Mais, sans l’accord de la Croatie, ils se voient obligés d’attendre. 

Le début de la phase de recherche qui devrait rapporter à la Croatie quelques 2,5 mrds€ sur cinq ans, selon le ministre Ivan Vrdoljak, se trouve donc repoussé d’au moins quelques mois. Une victoire pour les écologistes et un mauvais message aux investisseurs étrangers qui, après douze mois d’appel d’offres, pourraient devoir faire leurs valises et quitter l’Adriatique. 


 



 

 

Par Giovanni Vale

 

Source : econostrum.info, le 11 mars 2015.

 

 

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Publié le 25 Novembre 2014

Livraisons en ville, la Croatie passe à l'électrique

 

Les véhicules électriques s'imposent comme une solution aux problèmes de logistique urbaine. Dans la ville médiévale de Trogir, ils surclassent les voitures pour les livraisons dans les ruelles du centre. Et à Rijeka, ils montrent l'exemple pour la lutte contre le changement climatique.

 

 

Les véhicules électriques, un choix obligé à Trogir

 

Sur la côte dalmate, Trogir est l’une des perles de la Croatie. Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1997, cette petite cité est bâtie sur une île d’à peine un kilomètre carré. Ses ruelles étroites et pavées font de la vieille ville un espace piéton où les voitures ne peuvent pas circuler. Pourtant, dans le centre historique de Trogir, des centaines de cafés, hôtels et restaurants accueillent chaque été des milliers de visiteurs. Et pour alimenter les commerces en boissons et en victuailles, les entreprises locales ont dû faire preuve de créativité. 

Avant que la municipalité ne les interdise formellement, les livraisons en voiture étaient tout simplement impossibles”, affirme Tonći Gladina, directeur adjoint de Zagora Promet. Depuis 1996, ce livreur de marchandises utilise des petits véhicules électriques pour servir plus de 200 clients dans la vieille ville. Rapides, silencieux et écologiques, les “električne kolice” demeurent aujourd’hui le seul moyen de transports autorisé par la mairie dans les venelles médiévales.

Durant la haute saison, les trois véhicules de Zagora Promet font quatre aller-retours par jour et la société emploie jusqu’à quarante personnes supplémentaires pour assurer les livraisons. “Nous nous appuyons sur un espace de distribution situé à un kilomètre du cœur historique, de l’autre côté du pont”, explique Tonći Gladina.

Au “Sveti Dominik”, dans le vieux Trogir, une centaine de tables sont dressées tous les jours et durant la saison estivale, les touristes peinent à trouver une place sans réservation. “Entre mi-juin et fin août, j’appelle Zagora Promet tous les matins !”, s’exclame Hrvoje Rožić, le manager du restaurant. “Leurs petits chariots peuvent se garer juste devant notre terrasse et la livraison se fait en quelques minutes”, raconte-t-il. Comme tous les commerces de cette cité ramassée sur elle-même, le Sveti Dominik est livré depuis plus de quinze ans par des véhicules électriques, sans que Trogir, vieux de 2 300 ans, en soit menacé.

 

 

Rijeka s’engage pour réduire sa consommation de CO2

 

400 km au nord de Trogir, Rijeka, le plus grand port croate, domine le golfe du Kvarner. Le 22 septembre 2014, à l’occasion de la semaine européenne de la mobilité soutenable, la ville de Rijeka s’est équipée de son premier véhicule électrique à usage public. Il s’agit d’un petit fourgon doté d’une batterie de dix heures, qui sera destiné à la collecte des déchets en papier.

D’ici 2020, nous réussirons sans doute à réduire nos émissions de CO2 de 20%, grâce aussi à l’utilisation des moteurs électriques dans les entreprises publiques”, a affirmé le maire, Vojko Obersnel, lors de la présentation du véhicule. Depuis 2009, cette ville portuaire s’est engagée en faveur de l’environnement. Elle a signé, parmi les premières en Croatie, la “Convention des maires”, regroupant ainsi les municipalités qui souhaitent réduire leur production de gaz carbonique de plus de 20% d’ici 2020. 

Aujourd’hui, 46% de la production de CO2 de Rijeka vient du secteur des transports. Et pour la mairie, la conversion des voitures publiques à l’électrique permettra de tenir les promesses écologiques.

 

 

 

Source : econostrum.info, le 25 novembre 2014.  

 

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Rédigé par brunorosar

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Publié le 19 Juillet 2014

En Croatie, le Parc national des lacs de Plitvice fascine les visiteurs


 

- À mi-chemin entre Zagreb et le littoral adriatique, le «jardin du diable» est un joyau de la nature, classé au patrimoine de l'Unesco depuis 1979. Recouvert aux deux tiers par des forêts - dont une partie dite «primaire» -, il intrigue les scientifiques.


 

Le 4 x 4 vient juste de piler face à un rempart de verdure qui semble infranchissable. «C'est Corkova Uvala», indique sobrement le ranger qui nous conduit. Autrement dit, la vallée de Corak, du nom du hameau le plus proche, maintenant déserté. Un vestige de la forêt originelle qui recouvrait l'Europe au néolithique. Un maigre lambeau, il faut le reconnaître: 84 hectares seulement, sur les 29.685 du Parc national des lacs de Plitvice. Mais quel spectacle! C'est ici qu'on rencontre les arbres les plus vieux et les plus grands de Croatie. Le plus vénérable de ces géants, un sapin (mais l'endroit compte aussi des hêtres et des épicéas), affiche des mensurations impressionnantes: 58 mètres de hauteur, 1,5 mètre de diamètre et presque 5 de circonférence. Ce qui rend humble… Classée réserve spéciale en 1965, Corkova Uvala est interdite au grand public. N'y accèdent que de petits groupes munis d'une autorisation, essentiellement des scientifiques et des étudiants, désireux de visualiser à quoi peut bien ressembler une forêt non dessinée et travaillée par la main de l'homme.

Le sol, tour à tour craquant ou spongieux, est tapissé d'humus, de feuilles, de troncs, de branches, de souches. Sis sur un plateau karstique des Alpes dinariques, il est aussi parsemé de rochers et de canyons, d'anfractuosités entre lesquelles il faut slalomer pour progresser. Une cathédrale naturelle, avec transepts, travées, arcades, colonnes et rayons de lumière. Kresimir Culinovic, ingénieur forestier du Centre de conservation et de recherche Ivo Pevalek (organisme gouvernemental dépendant du parc), nous explique: «On parle de “forêt primaire”quand les phases suivantes sont identifiables: la jeunesse ou régénération (semis et jeunes pousses), la maturité (mélange d'essences en pleine croissance), la sénescence (taille maximale), la mort et la décomposition, qui fournira les nutriments indispensables à la perpétuation du cycle. Ici, comme dans certains autres pays du continent (Finlande, Pologne, Biélorussie, Bosnie-Herzégovine, Roumanie), toutes ces phases sont visibles, même si cela ne représente qu'une modeste surface. C'est pour cette raison que Corkova Uvala est surveillée et protégée.»

Pourtant, ce n'est pas pour cette forêt vierge et donc rare que se pressent les 1,2 million de visiteurs annuels du parc (à cet égard, il faut éviter le mois d'août, qui peut comptabiliser 10 000 entrées par jour). L'attraction principale, et la plus facilement accessible, est constituée par les seize lacs qui s'étagent entre 500 et 650 mètres d'altitude, reliés entre eux par 92 cascades ainsi qu'une multitude de ruisseaux et de torrents. Les douze premiers lacs sont dénommés «lacs supérieurs» (Gornja jezera), les quatre autres «lacs inférieurs» (Donja jezera). Un panorama stupéfiant (1). On croirait une œuvre d'art. C'en est une. Mais sans autre artiste que la nature, contrairement aux jardins nippons. Même si les autochtones colportent une autre histoire. Celle de la Reine noire, créature mythique qui régnait sur les lieux à l'époque païenne, quand on voyait derrière chaque arbre un elfe ou un monstre, une sylphide ou un satyre.

Pour résumer l'affaire, il était une fois une terrible sécheresse qui touchait la région de Plitvice. Pas une goutte depuis des années: même les arbres crevaient. Les anciens firent appel à la Reine noire, une divinité sylvestre qui exauçait parfois leurs vœux. Elle leur intima de se repentir de leurs fautes et de prier pour la pluie salvatrice. Ce qu'ils firent. Touchée, elle versa deux larmes, lesquelles furent à l'origine des actuelles rivière Blanche et rivière Noire, sources des lacs.

La science étant passée par là, la réalité est plus prosaïque et… plus compliquée! Si l'on met à part l'écrin boisé et sa végétation luxuriante, la spécificité du lieu tient à la géologie et à la chimie. Les barrières actuelles, du tuf calcaire (ou travertin) qui permet la formation de bassins et la rétention d'eau, remontent à la fin de la dernière glaciation, il y a 6 000 ou 7 000 ans. A cause de la structure des roches (dolomite et karst), les lacs sont saturés en bicarbonate de calcium. Par effets mécanique et chimique, le jaillissement de l'eau en contact avec le calcium génère un dépôt de calcaire: le travertin. Sorte de barrage sur lequel viennent s'agglomérer des algues et des plantes, comme l'a démontré le chercheur croate Ivo Pevalek (2)… Toujours est-il que cette forêt enchantée et son collier lacustre n'ont cessé de stimuler, voire d'enflammer les imaginations.

Lorsque la Croatie fut rattachée à l'Empire austro-hongrois, au XVIIe siècle, la zone fut baptisée Hortus Diabolus, soit le «jardin du diable». Erigée en Vojna krajina (frontière militaire), zone-tampon entre les Ottomans et les Habsbourg, elle accueillait tous les Slaves, venus de l'est, qui fuyaient le joug turc et la religion mahométane, incarnations jugées diaboliques par les populations chrétiennes du temps. Parmi ces réfugiés balkaniques, de nombreux Serbes, qui décidèrent ensuite de s'implanter dans la région. Une bombe à retardement qui explosa en avril 1991, lors des Pâques sanglantes de Plitvice, et qui inaugura le démantèlement de la Yougoslavie. Un affrontement entre policiers serbes et croates fit deux morts, entraînant l'annexion de la Krajina à la Serbie par des milices paramilitaires. Qui l'occupèrent jusqu'à la fin de la guerre civile, en 1995 (3). Ici et là, des ruines de maisons calcinées ou rafalées, puis abandonnées, témoignent encore de la violence des combats.

Selon certaines croyances locales, Plitvice serait propice aux catastrophes et aux manifestations surnaturelles: pendant les quatre années de ce conflit, on prétend que plusieurs avions auraient purement et simplement disparu en survolant les étendues boisées. Le triangle des Bermudes aurait donc son équivalent terrestre dans les Balkans…

On peine à s'imaginer tant de sang et de larmes en parcourant aujourd'hui les paisibles sentiers du parc. Des passerelles en noisetier (résistant à l'humidité et au froid, car la température descend jusqu'à - 20 °C en hiver!) font la jonction entre les lacs et des bateaux électriques (par souci d'écologie) sillonnent les plus vastes d'entre eux. Il faut une journée pour en faire le tour à pied, même si les bataillons de Taïwanais et de Sud-Coréens (qui s'échauffent en cadence militaire sous la férule de leurs guides avant d'attaquer la promenade) le font au pas de charge. «De toute façon, estime Kresimir Culinovic, les deux meilleures saisons sont le printemps et l'automne.

Au printemps, on peut mesurer la richesse de la flore, en pleine éclosion. En automne, dans une relative tranquillité, on peut admirer la palette de couleurs, celle des lacs (les micro-organismes leur donnent des teintes bleues, vertes, turquoise) et celle des feuillages. Un feu d'artifice chromatique!» En effet, la situation géographique du parc, aux caractères à la fois méditerranéens (60 kilomètres de la côte, à vol d'oiseau) et montagneux (entre 418 et 1 279 mètres d'altitude), associée aux particularités géologiques du karst, en font un paradis de la biodiversité. D'autant que toute activité humaine y est interdite: chasse, pêche, baignade, camping. 1 297 espèces végétales y ont été répertoriées, dont vingt-deux sont protégées. Parmi celles-ci, plusieurs orchidées sauvages comme le Sabot de Vénus et des plantes carnivores. Côté faune, outre quelques pittoresques amphibiens (salamandre tachetée ou triton alpestre), on retiendra la présence des trois grands prédateurs européens: le lynx, le loup et l'ours (Ursus arctos). Seigneur de céans, ce dernier a même l'honneur de figurer sur le logo officiel du parc. On en recenserait 1 000 en Croatie, et une centaine rien qu'à à Plitvice. Mais sa survie n'est pas toujours facile: en 2013, trente-trois ours ont été tués sur les routes alentour (qui coupent quelquefois leurs parcours migratoires).

A tel point qu'un amoureux des plantigrades, Ivan Crnkovic, a ouvert un orphelinat pour oursons à Kuterevo, non loin du parc, dans le massif du Velebit. Aidé par des jeunes Européens qui effectuent leur service civil dans son Refugium Ursorum (sic), il recueille les petits qui ont perdu leur mère. «Et pas seulement dans des accidents de la circulation,raconte-t-il. Il y a aussi la chasse - 100 individus autorisés par an - et, hélas, le trophy hunting (la chasse aux trophées)pratiqué par des Nemrods fortunés qui viennent ici - illégalement, cette fois - pour rapporter à la maison une peau ou une tête d'ours!» Consternant mais véridique…

Toutes les bonnes choses ayant une fin, il nous faut quitter cet éden. Afin de prolonger un peu la féerie, nous faisons étape à Rastoke, sur le chemin de Zagreb, à une trentaine de kilomètres du parc. Même phénomène de travertin et de cascades qu'à Plitvice, sauf que l'homme y a laissé sa trace de la plus ingénieuse des façons. Ce qui prouve que nature et culture peuvent fusionner sans dommages. Dès le XVIe siècle, on y a construit des maisons adaptées au cadre (fondations en tuf et toitures en bois) et des moulins à eau, utilisés pour moudre le blé et le maïs ainsi que pour teindre la laine. Deux rivières s'y rejoignent: la Slunjcica, qui chute des sommets et dont l'eau ne dépasse jamais 16 °C - même en été -, et la Korana, alimentée par les lacs de Plitvice et où les estivants aiment à se baigner (elle peut monter à 28 °C). On montrera volontiers aux Français le pont datant de l'occupation napoléonienne.

En effet, de 1809 à 1813, la Croatie, tout comme la Slovénie et le Monténégro, territoires pris à Vienne après la bataille de Wagram, furent intégrés aux Provinces Illyriennes, administrées par le gouverneur général Auguste Marmont (4). Une présence éphémère mais qui, à en croire les Croates, eut des conséquences plutôt bénéfiques: réhabilitation de la langue croate et développement de l'activité économique (dont la viticulture). A moins que nos interlocuteurs nous aient fourni cette version flatteuse par sens de l'hospitalité. Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse…

(1) Dans les années 60, ce décor fut choisi par les Allemands pour y tourner une série de westerns adaptés des romans de Karl May. Le héros, un Amérindien, y était interprété par le français Pierre Brice, inconnu chez nous mais star de l'autre côté du Rhin

(2) Ivo Pevalek est à l'origine du classement des lacs de Plitvice en parc national (1949). Ses travaux ont permis de comprendre la formation du tuf calcaire. Le Centre de conservation et de recherche du parc porte aujourd'hui son nom.

(3) Cette entité fut baptisée République serbe de Krajina. En 1995, lors de la reconquête militaire de la Krajina par les Croates, 200 000 civils serbes furent à leur tour chassés et contraints à l'exil. Dans les deux camps, la cicatrice est loin d'être refermée…

(4) Auguste Marmont (1774-1852), maréchal de France, avait préalablement été fait duc de Raguse (l'actuelle Dubrovnik) en 1808.


 


Par Jean-Louis Tremblais

Source : lefigaro.fr, le 18 juillet 2014.


 

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Rédigé par brunorosar

Publié dans #Ecologie et nature

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Publié le 26 Mai 2014

I. Les écologistes, la surprise des élections européennes en Croatie ?


 

Le parti vert croate, ORaH, se présente pour la première fois aux élections européennes. Créé il y a quelques mois par une ancienne ministre du gouvernement de centre gauche, Mirela Holy, ORaH est crédité de 8 à 10 % des intentions de vote. Si les sondages sont confirmés ce dimanche, les Verts deviendraient un protagoniste important de la scène politique croate. Le gouvernement devrait alors ternir compte de leurs positions, notamment leur opposition à l'exploitation pétrolière dans l'Adriatique.

 

 

ORaH, l'outsider 

"Nous avons créé ce parti fin octobre 2013, et ORaH a été officiellement reconnu en décembre 2013", raconte Andrea Feldman, candidate pour ORaH aux élections européennes. Ce n'est que depuis cinq mois que les écologistes croates font campagne sous cette nouvelle enseigne. ORaH, Održivi Razvoj Hrvatske, signifie littéralement "Développement durable pour la Croatie", mais "Orah" veut également dire "noix" en croate et ce fruit est le symbole du parti. "Quand nous avons démarré cette campagne, nous étions à la septième place d'après les sondages", poursuit Andrea Feldman. Aujourd'hui, ORaH devrait se classer troisième aux Européennes : un Croate sur dix est convaincu par les positions des Verts et le parti pourrait compter sur un ou deux eurodéputés au Parlement de Strasbourg.

"Nous avons mis en place une campagne informative. Nous voulions éduquer la population, apprendre aux gens ce que c'est le développement durable", explique la candidate des Verts au Parlement européen. "ORaH demande un New Deal vert pour l'Europe : nous voulons la fin de la sur-pêche, un passage aux énergie renouvelable, une approche soutenable au développement", affirme Andrea Feldman. Dans leur programme publié sur Internet, les écologistes croates demandent également plus de justice sociale, l'introduction de salaires minimaux communs dans l'UE, des mesures sévères contre l'évasion fiscale ou encore l'augmentation du budget de l'UE et la création d'un fonds de solidarité pour aider les pays en crise. Enfin, dans un pays qui a interdit en 2013 le "mariage pour tous", les Verts s'expriment sans hésitations en faveur des droits de la communauté LGBT. 

 

La question énergetique

Parmi les principaux points sur lesquels ORaH fait campagne en Croatie, figure l'opposition à toute exploitation du pétrole dans l'Adriatique. D'après les résultats d'une étude menée par la compagnie norvégienne Spectrum, la mer croate serait riche en hydrocarbures, notamment gaz et pétrole. Une excellente nouvelle pour le gouvernement de Zagreb, qui a déjà lancé un appel d’offres pour inciter les multinationales pétrolières à prospecter le long de la côte. Pour le ministre de l’Économie, Ivan Vrdoljak, la Croatie pourrait devenir "une petite Norvège", étant donné que - à en croire les estimations de la compagnie nationale INA, qui se dit plus que prêtre pour exploiter les gisements de la côte - le pétrole de l’Adriatique croate pourrait rapporter 100 milliards de dollars aux caisses de l'Etat. 

Les Verts, quant à eux, craignent un accident comme celui qui a détruit le Golfe du Mexique en 2010. "Nous sommes définitivement contre cette aventure pétrolière", déclare Andrea Feldman, "le moindre accident dans l'Adriatique signifierait tout simplement la fin du tourisme en Croatie, pour ne pas parler des conséquences sur l'environnement et l'écosystème marin". En Croatie, le tourisme représente aujourd'hui 7 milliards d’euros annuels, soit 15% du PIB. Difficile, pour les écologistes, d'imaginer comment les plateformes offshores pourraient coexister avec l'activité touristique. 

Pourtant, la Croatie exploite déjà des hydrocarbures (du gaz) le long de sa côte et cela n'a pas eu un impact sur le tourisme. Mais pour les Verts, il y a des différences entre l'exploitation du pétrole et celle du gaz. "On extrait le gaz et le pétrole de la même façon", explique Davor Škrlec, professeur universitaire et candidat aux Européennes pour le parti ORaH. "Cependant, en cas d’accident, le gaz peut être brûlé, tandis que le pétrole se déverse forcément dans les eaux". Le risque est donc trop élevé aux yeux des écologistes, qui appellent le gouvernement à poser la question directement aux citoyens. "Je suis sûre que la plupart des Croates ne sont pas assez bien informés sur les projets d'exploitation pétrolière en Croatie", affirme Andrea Feldman. "Si l'exécutif mettait cartes sur table, je ne pense pas que mes concitoyens seraient en faveur de ce projet". 

Concernant la question du pétrole, le résultat des élections européennes sera un indicateur important de l'attitude des Croates envers cette éventuelle exploitation. Si les écologistes devaient se classer en troisième position et obtenir un bon score, la course au pétrole pourrait bien connaître un coup d'arrêt.

 

 

Source : touteleurope.eu, le 24 mai 2014.


 

 

 

 

II. La percée inédite des verts aux élections européennes 

 

Créé il y a six mois à peine, le parti écologiste ORaH, dirigé par la charismatique Mirela Holy, a fait une percée fracassante aux élections européennes de dimanche, en recueillant près de 10% des voix. C’est la première fois qu’un parti vert parvient à s’imposer sur la scène politique croate.

 

 

Au quartier général d’ORaH, dans le centre de Zagreb, on a débouché les bouteilles de champagne jusqu’à deux heures du matin. Le parti écologiste a obtenu près de 10% des voix, envoyant son premier eurodéputé au Parlement européen.« Quand nous avons commencé la campagne électorale, il y a cinq mois à peine, les sondages nous plaçaient en septième position. Il semblait même difficile que nous dépassions le seuil des 5% », rappelle Andrea Feldman, candidate non élue du parti.

Održivi Razvoj Hrvatske (ORaH) signifie littéralement « développement durable de la Croatie », mais l’acronyme « Orah » désigne la noix, symbole du parti. « Nous avons créé ce mouvement à la fin du mois d’octobre 2013 », poursuit Andrea Feldman, « et nous n’avons été inscrits sur les listes officielles du ministère de l’Intérieur qu’en décembre dernier ».

Il y a donc une bonne raison de faire la fête : en cinq mois de campagne électorale, les Verts ont réussi à conquérir un espace non négligeable sur la scène politique croate. La plus grand mérite en revient à Mirela Holy, la dirigeante d’ORaH. Ancienne ministre de l’Environnement de l’actuel gouvernement social-démocrate, Mirela Holy a quitté le gouvernement, dont elle ne partageait plus la ligne politique. Cette rupture avec le Premier ministre Milanović, très impopulaire dans la population, valut au nouveau mouvement écologiste nouvellement la sympathie des électeurs. En quelques mois, les Verts ont réussi à mettre en marche une campagne électorale moderne et positive. À Zagreb, ils ont installé des stands colorés, organisé des actions à bicyclette, distribué des noix aux électeurs… « Nous avons mené une campagne informative. Il y a un grand besoin d’expliquer aux gens ce qu’est le développement durable », explique Andrea Feldman.

La campagne a donc payé, même si les derniers sondages plaçaient ORaH au-delà des 10% et si certains membres du parti imaginaient déjà de reporter non pas un seul, mais deux représentants au Parlement européen. Le soir du scrutin, tout le monde se disait pourtant content, à commencer par Davor Škrlec, le premier eurodéputé d’ORaH. Numéro deux sur la liste électorale du parti, ce professeur universitaire n’a eu que 2% des votes de préférence, à peine plus qu’Andrea Feldman (environ 1%). Sans surprise, c’est Mirela Holy qui s’est taillée la part du lion (60% des préférences), mais elle a déjà annoncé qu’elle ne voulait pas aller à Strasbourg, en cas d’élection. « Mirela a été élue au Sabor, en 2011, dans les rangs du Parti social-démocrate », explique Davor Škrlec. « Si elle démissionnait, ça serait un membre du SDP qui prendrait sa place ici à Zagreb. Ce ne serait pas bien pour nous ».

Le représentant d’ORaH au Parlement européen sera donc le moins médiatique Davor Škrlec, qui se prépare déjà à partir pour Strasbourg. « J’ai vu que la première plénière est en juillet. Je crois qu’il s’agit de la dernière avant la pause estivale, puis nous recommencerons en septembre ». Cependant, certains détails restent encore à clarifier :« Je n’ai pas encore pensé à qui je vais choisir comme assistant », plaisante-t-il. Par contre, il connaît déjà ses priorités au Parlement européen : « Tout d’abord, sortir des énergies fossiles. Cela peut paraître un sujet technique, mais c’est une urgence aujourd’hui : il faut un changement radical dans la production d’énergie en Europe ». Inutile de lui parler du pétrole dans l’Adriatique, il oppose un « non » sans appel.

« Le deuxième point est le développement durable de l’agriculture », poursuit le nouvel élu, « de la culture au transport, plusieurs volets sont à réformer et à améliorer ». Enfin, la troisième priorité s’éloigne un peu du programme classique des mouvements écologistes : « la protection des droits fondmentaux et le bon fonctionnement de la démocratie ne sont pas assurés partout en Europe, surtout dans les pays récemment entrés dans l’UE, comme la Croatie ».

Du point de vue interne, le bon score des Verts ne devrait pourtant pas altérer les équilibres politiques. « Il n’y a pas de raisons pour demander un vote de défiance », analyse Andrea Feldman,« nous avons un seul député au Sabor et les autres partis ne sont pas intéressés par des élections anticipées. Le HNS, par exemple, ne franchirait même pas le seuil électoral ». Le parti écologiste ne sera pas présent à l’élection présidentielle qui aura lieu fin 2014. Sa seule candidate possible, Mirela Holy, assure ne pas être tentée par le poste. Pour ORaH, l’horizon est donc celui des législatives de 2015 : « nous devons commencer à travailler en vue des prochaines élections politiques », affirme Andrea Feldman. « Il faut informer les citoyens sur les questions énergétiques, environnementales. Il faut convaincre les gens de la nécessité d’un New Deal vert ».


 

 

Par Giovanni Vale

Traduit par Laetitia Moreni

 

Source : balkans.courriers.info, le 28 mai 2014.

Article paru à l'origine sur balcanicaucaso.org, le 27 mai 2014.


 

 

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Rédigé par brunorosar

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Publié le 8 Avril 2014

En Croatie, l'écologie fait bouger la société

 

La Croatie, c’est où, la Croatie ? A l’est de l’Europe, face à l’Italie, un pays issu de l’ancienne Yougoslavie. Et membre de l’Union européenne depuis juillet 2013. Le mouvement écologique y agite de manière surprenante la société, alors que les pressions environnementales s’accroissent de tous côtés.


 

Le 6 mars dernier, à 9 heures, une dizaine de militant-e-s écologistes ont joué une partie de golf devant le parlement croate à Zagreb. La presse nationale est venue nombreuse pour relayer leur message : le refus de la transformation de la côte du pays en vaste complexe immobilier touristique.

L’action était signée Zelena Akcija, « Action Verte » - l’organisation écologiste la mieux connue du pays et membre de la fédération internationale des Amis de la Terre.

La côte croate, connue pour sa beauté et sa biodiversité, est à la fois une fierté nationale et une attraction touristique. Elle est aussi la proie des investisseurs, qui souhaitent y construire des appartements de luxe, des hôtels, et des golfs.

En 2011, un projet de loi aurait pu rendre tout cela possible : changer le statut des terres côtières pour en faire des terrains de golf serait devenu possible. La voie aurait alors été ouverte vers une transformation de champs, de forêts, en complexes immobiliers.

La région de Dubrovnik, très touristique, était particulièrement concernée. Un collectif rassemblant organisations nationales et locales s’est ainsi monté dans la ville de Srđ, nommé “Srđ est à nous”. Leur mobilisation a obligé le pays à organiser le premier référendum local de l’histoire du pays.

Il s’est traduit par un refus très fort du projet (84%) - mais dont le résultat n’était pas contraignant pour les décideurs politiques. Et la mobilisation bat toujours son plein, avec un soutien actif de Zelena Akcija. Certains de ses citoyens ont maintenant obtenu des sièges électoraux, espérant changer les choses de l’intérieur.

Le projet de loi est aujourd’hui de retour sous une nouvelle forme, moins subtile : elle permettrait de considérer les terrains de golf comme des forêts ou des champs - de nouveaux projets pourraient alors voir le jour. La loi est actuellement au Parlement, en procédure rapide, sans que le public ait été consulté. En une semaine de mobilisation, depuis début mars, 4 000 personnes ont déjà envoyé une lettre à leur député pour s’opposer au projet.


 

Un tournant depuis la mobilisation de Varšavska

En 2006, Zelena Akcija initia une campagne qui allait durer cinq ans, et mobiliser l’opinion publique croate toute entière sur une question d’urbanisme et d’écologie. Une première dans le pays.

La mobilisation portait sur la création d’un parking en zone piétonne de la rue de Varšavska (qui a donné son nom à cette lutte), ainsi qu’un centre commercial l’avoisinant, sur la place Cjvetni, en plein centre ville. Pour Zelena Akcija, il s’agissait d’une privatisation indéniable de l’espace public, et d’une politique qui aurait pour conséquence plus de voitures en centre-ville.

Le bras de fer fut initié par le maire, toujours en place, Milan Bandić. Du jour au lendemain, la municipalité a modifié le plan d’urbanisme qui empêchait un tel projet d’avoir lieu. Les habitants du quartier étaient les premiers acteurs à se mobiliser. Un tel projet signifiait en effet la démolition de plusieurs bâtiments, et une perte d’espace pour les immeubles avoisinants.

Zelena Akcija les appuya. Un collectif nommé Le droit à la ville s’est formé et s’est structuré en association. Une mobilisation étudiante qui avait lieu dans le même temps à l’université de Zagreb a permis de relier les mouvements. De fait, très vite, les étudiant-e-s sont devenus des allié-e-s cruciaux pour la lutte. Ainsi commença un bras de fer qui dura cinq ans.

Des stratégies très diverses furent déployées au cours de cette mobilisation. Pétition recueillant plus de 50 000 signatures, désobéissances civiles, actions spectaculaires… Le site a également été occupé à deux reprises en 2010, pour une période de deux semaines, puis un mois.

Cette deuxième occupation, spontanée, a donné lieu à la création d’un véritable village alternatif en plein coeur de la ville. Une communauté s’est créée, organisant des programmes culturels, des cours de gymnastique, des concerts… Des artistes connus sont venus apporter leur soutien. Les habitants du quartier leur apportaient régulièrement de la nourriture et de quoi s’installer durablement.

Ces deux épisodes se sont terminés par une répression policière et des arrestations en masse, ce qui a achevé d’émouvoir une grande partie de l’opinion publique, désormais acquise à la cause des militants. À ce jour, les procès n’ont pas tous eu lieu.

Alors que le parking et le centre commercial ont finalement été construits, et ouverts en 2011, ZA peut se targuer de grandes victoires. L’organisation a réussi à lancer un débat sur un sujet nouveau, l’espace public, et a changé la façon dont les Croates le conçoivent.

La diversité des stratégies employées a aussi rendu cette mobilisation incontournable pour tous ceux s’opposant aux politiques. Y participer était devenu cool. De nombreux étudiants continuent d’avoir une nostalgie énorme pour cette époque - « C’était notre lutte, elle nous définit encore aujourd’hui ». Beaucoup d’entre eux sont restés à ZA par la suite, et forment un noyau d’activistes.

La victoire était aussi politique et institutionnelle : à la suite de la mobilisation, en 2012, le statut de la rue de Varšavska et la place Cvjetni a été rendu à son état originel. En pratique, cela signifie que la municipalité renonce à construire de grands parkings privés dans le centre-ville.

Cette résistance et ces victoires ont été déterminantes, représentant pour beaucoup le mouvement le plus excitant, le plus innovant depuis dix ans. « On peut dire que la dynamique qui anime la société civile ces trois dernières années, pour protéger l’espace public, est vraiment liée à cette mobilisation », me raconte Maruška, « ça a réveillé quelque chose dans la population, cette volonté de défendre les biens communs, l’intérêt général, et de ne pas hésiter à prendre la rue pour s’opposer aux politiciens. »


 

Une prise de conscience née des privatisations

Terrains de golfs, destructions de forêts, accaparement des terres côtières, parkings en centre-ville, ces luttes ont un lien : le rapport des Croates aux biens publics. C’est également cette question des biens publics qui a animé une première opposition en 2011, quand des rumeurs ont circulé, assurant que le gouvernement s’apprêtait à privatiser l’eau.

La réactivité de ZA et l’influence des alliances que l’organisation a choisi de faire à ce moment-là, à savoir avec des institutions religieuses, a permis d’enterrer le projet très rapidement. C’est également cette question qui a animé une campagne contre la privatisation des autoroutes, avec le soutien d’organisations et de syndicats en 2013.

Si une grande partie de l’opinion publique a compris et soutenu ces campagnes, c’est en raison du passage à l’économie de marché dans les années 1990, et des vagues de privatisations qui s’en sont suivies.

La société croate est consciente des effets de ces réformes sur la répartition des richesses dans les pays - et les inégalités sont d’autant plus insupportables que le chômage est à niveau critique dans le pays, plus de 50 % chez les jeunes, et qu’elles créent un sentiment de perte d’espoir.


 


 

Par Clémence Hutin

Source : reporterre.net, le 7 avril 2014.

 

 

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