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Publié le 28 Juin 2013

Mer adriatique : l'Europe à la rescousse de la recherche océanographique croate

 

Avec l’entrée de la Croatie dans l’Union, la mer Adriatique va devenir un « lac européen », rendant plus nécessaire que jamais la protection de cet espace. L’Institut océanographique de Split étudie depuis longtemps la Mer Adriatique et l’évolution de ses réserves halieutiques. Mais pour continuer et développer ces recherches, les Croates ont besoin de l’appui financier de l’Union européenne...

 

« La fosse de Jabuka est connue comme étant la zone la plus importante de toute l’Adriatique pour la reproduction et la croissance des juvéniles. Tous les scientifiques s’accordent sur ce point, mais au niveau politique, rien n’est engagé pour la protéger ». Un constat sévère que dresse le professeur Ivona Marasović, directrice de l’Institut océanographique de Split (IOR).

L’intégration de la Croatie dans l’Union européenne le 1er juillet prochain permettra peut-être de donner l’impulsion nécessaire pour dépasser ces blocages politiques et de mettre en place une véritable politique de protection de l’Adriatique. La collaboration scientifique transfrontalière autour de cette mer n’est certes pas nouvelle, mais l’UE et les projets européens devraient permettre de mettre en place un cadre meilleur. Certes, la Stratégie pour la mer Adriatique, mise en place en décembre 2012, n’a pas encore donné de résultats probants mais la Stratégie pour la Méditerranée fournit déjà des directives bien précises (Marine Strategy Framework Directive - MSFD), que tous les projets européens doivent respecter.

 

Un institut de recherche de niveau international

La recherche scientifique marine en Croatie est principalement conduite par l’Institut océanographique de Split (IOR). Cette institution publique compte 54 scientifiques travaillant dans huit laboratoires, elle mène des études en mer grâce à un bateau de recherche (le Bios II). C’est l’unique institut croate exclusivement spécialisé dans la recherche marine et le seul également à mener des recherches dans le domaine de la pêche. Il dépend du ministère des Sciences, de l’éducation et des sports.

Quelques autres institutions tentent également de participer à des projets européens : un petit laboratoire à Dubrovnik, dépendant de l’Université de la ville, le Centre pour la recherche marine de Rovinj (département de l’Institut multidisciplinaire Ruđer Bošković de Zagreb), ainsi que des organismes non-gouvernementaux de qualité.

« Malgré les réductions du budget de l’État pour la recherche, l’IOR a obtenu de bons résultats », explique Ivona Marasović. En 2011, l’Institut océanographique de Split a été admis comme membre du Marine Board of the European Science Foundation et ces deux dernières années, l’IOR a participé à une trentaine de projets, nationaux comme internationaux, dans le domaine de la biologie, de la chimie, de la physique océanographique, de la géologie. Des recherches sont aussi menées en aquaculture.

« Nous espérons que les chercheurs croates pourront bénéficier de l’accélération des échanges scientifiques, afin de mutualiser les connaissances et les expériences », souligne Oliveira Del Cont, du ministère pour le Développement régional et des fonds européens, responsable du programme IPA (Instrument for Preaccession Assitance) de collaboration transfrontalière pour l’Adriatique.

Les chercheurs croates espèrent aussi que l’entrée dans l’Europe leur permettra d’obtenir du carburant détaxé, afin de diminuer les frais des bateaux de recherche et d’être plus compétitifs pour remporter des appels d’offres européens, notamment face aux Italiens, qui bénéficient déjà de cette détaxe.

 

Des projets pour l'avenir

Jusqu’à aujourd’hui, les projets européens auxquels la Croatie pouvait participer étaient financés par des fonds de pré-adhésion et ils impliquaient une collaboration transfrontalière. A partir du 1er juillet, ces projets seront financés par des fonds structurels, plus destinés à l’amélioration des infrastructures.

Aucune agence ne recensant la totalité des projets européens menés en Croatie, il est difficile d’estimer leur nombre total. Le plus important d’entre eux, le programme Perseus coordonne beaucoup d’études qui porteront, jusqu’en 2020, sur l’état écologique de la Méditerranée et de l’Adriatique. Perseus dispose d’un budget de 14 millions d’euros et rassemble une soixantaine d’institutions et d’organismes, l’Institut océanographique de Split (IOR) étant le seul partenaire croate, il a obtenu 250.000 euros pour ses recherches.

Le programme Medits vise, quant à lui, à évaluer annuellement les réserves halieutiques disponibles en Méditerranée (une attention particulière est portée aux poissons pêchés pour être consommés) et le projet Sesame, doté d’une enveloppe de 15 millions d’euros, étudie les effets des changements climatiques sur la biodiversité marine de l’Adriatique.

 

Des difficultés financières et administratives

Les centres de recherche croates, qu’ils soient publics ou privés, ont de grandes difficultés à réunir les fonds nécessaires, ne serait-ce que pour préparer un projet susceptible d’être soutenu par les fonds européens. Ils manquent aussi de personnel pour assurer le suivi administratif de ces projets. Les conditions pour l’attribution des fonds sont complexes et conséquentes, elles demandent une connaissance pointue des directives de l’UE.

En Croatie, quelques cessions de formation ont bien été organisées, notamment à Split par l’agence de développement Rera. Mais de fait, les consultants croates sont encore très rares et ils pratiquent des tarifs souvent bien trop onéreux pour les instituts de recherche. Les tâches administratives sont donc bien souvent gérées par les scientifiques eux-mêmes, qui ont donc moins de temps pour se consacrer à leurs travaux.

Les scientifiques croates ont confiance dans la qualité de leurs recherches, ils peuvent sans rougir représenter la Croatie au niveau européen. « Mais la recherche océanographique demande des budgets importants et les fonds attribués par l’État croate sont insuffisants. Nous devons donc poursuivre nos recherches de financements internationaux pour mener à bien nos travaux », explique Ivona Marasović.

 

 

Par Claire Vallet

Source : balkans.courriers.info, le 26 juin 2013.

 

 

 

 

 

 

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Publié le 27 Février 2011

Le bord de mer de Split ( Riva )

 

 

La ville de Split et son bord de mer, la Riva, se distinguent parmi les sites les plus intéressants en Méditerranée. Placés sous protection de l'UNESCO, en tant que patrimoine culturel mondial, le bord de mer ainsi que le Palais de Dioclétien devant lequel il s'étend, ont servi de modèle lors de l'expansion de la ville. Ils ont été et sont toujours le centre névralgique de la ville, lieu privilégié de rencontres et d'événements divers et variés.

 

L'ensemble du quai menaçant de s'effondrer, une cure de jouvence s'est imposée. Confiée au cabinet d'architectes 3LHD, les travaux se sont achevés en mai 2007. L'opération a mis à jour certains vestiges archéologiques, valorisés par le réaménagement architectural et horticole de la promenade et la rénovation des terrasses et cafés situés sur le quai.

 

La Riva doit son tempérament aux multiples activités qui s'y produisent : promenades la nuit, lieu de rencontres sportives, de festivals, de processions religieuses et autres célébrations.

 

 

 

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Publié le 30 Juin 2010

La bonne bouffe résiste

  

 

Dans la ville dalmate de Split, la marenda, une collation prise vers 10 heures du matin par les travailleurs lève-tôt, est restée, en dépit de la modernisation des styles de vie, une institution respectée et appréciée par de nombreux Croates, écrit le quotidien Jutarnji List.

 

 

La marenda est aux Dalmates ce que le thé de 17 heures est aux Anglais. D'après la définition officielle, la marenda (collation de 10 heures) est un petit plat pas cher. Jadis, on prenait la marenda pendant la pause déjeuner. Les ouvriers profitaient de leur demi-heure de repos pour manger quelque chose "à la cuillère". De nombreuses habitudes ont aujourd'hui changé dans le monde du travail, notamment en raison de la disparition des grandes entreprises nationales splitoises consécutive aux privatisations. Les patrons auraient été les plus heureux du monde s'ils avaient pu interdire la marenda. Mais le combat était perdu d'avance : à Split, la marenda est une véritable institution !

 

"Autrefois, les gens commençaient la journée à l'aube, vers 6 heures, ils travaillaient dur. Alors les tripes et la pasta fazol [soupe de haricots rouges aux petites pâtes] étaient un repas idéal pour leur redonner des forces", explique Dragomir Sekulic, le chef de l'auberge Fifé, blottie dans un coin de l'ancien quartier des pêcheurs et des ouvriers, l'endroit culte où les Splitois dégustent la marenda depuis quarante ans.

 

Un petit vin de table sied bien à la marenda (le quart de litre de rouge coûte 12 kunas [moins de 2 euros]). Pour une quarantaine de kunas [6 euros], vous ravirez vos papilles. Dans le voisinage de l'auberge Fifé se trouve la légendaire Atlantida, établissement dont la marenda est également la spécialité. La chef cuisinière, Zdravka Cvitanovic, commence à préparer les plats à partir de 7 h 30. Elle a un faible pour le risotto à la viande de veau et sa pasticada (bœuf lardé, cuisiné dans sa marinade et servi avec des gnocchis) a la réputation d'être un vrai délice. La marenda s'est adaptée à la modernité : on peut en emporter ; on peut se la faire livrer au travail. Les cevapcici et la choucroute sont aussi des plats très appréciés des ouvriers du bâtiment.

 

Le restaurant Trattoria, que les Splitois appellent familièrement "A la Tour de l'Horloge", ne possède pas de congélateur car il n'en a pas besoin. Son propriétaire, Toni Bircic, commence sa journée par un tour au marché aux poissons et aux légumes. C'est là qu'il compose le menu du jour.

 

"Les vieux habitués de la marenda savent ce qu'est la bonne bouffe et la cuisine de nos grands-mères, alors que les jeunes ne jurent que par le fast-food, pour avaler plus rapidement un repas", dit Toni, d'un air agacé, qui craint que "les hot-dogs et les hamburgers [le] privent de travail".

 

Quand les touristes entrent dans une auberge où l'on sert de la marenda, ils se régalent en mangeant de la friture d'éperlan et des sardines. Les locaux croient quant à eux aux valeurs culinaires sûres. On n'a en effet jamais de mauvaises surprises en commandant un plat de haricots rouges à la saucisse.

 

"Ivana, que concoctes-tu aujourd'hui ?" demande un vieux Splitois en passant devant la porte d'une auberge. "Des choux farcis [sarma], ils seront prêts dans un instant", répond Ivana, probablement une des dernières personnes à découper le jambon cru au couteau.

 

 

Stjepan Zaja est le propriétaire de l'auberge Les Vieilles Poutres, située dans une maison de pierre et de brique, construite il y a cent dix ans. Sous les vieilles poutres, on cuisine les tripes à l'ancienne, on n'utilise jamais de tripes bon marché ou congelées. L'odeur du rôti de veau réveille l'appétit même chez ceux qui n'ont pas faim. "Actuellement, c'est la saison des haricots, 29 kunas le plat", dit Stjepan, qui sert le pain chaud, cuit au four à bois.

 

Le goulasch, les escalopes à la sauce tomate, les tripes, les haricots, la choucroute, les choux farcis, la pasticada aux gnocchis, le ragoût de poulet, la morue aux pommes de terre, le poisson frit aux blettes font partie des plats indémodables, des classiques de la marenda, dégustés par les vieux et les jeunes, les messieurs en costume et les ouvriers en bleu de travail. Aujourd'hui, les femmes les rejoignent de plus en plus souvent, ce qui, par le passé, était rarissime.

 

Repères


Un verre de rakia (eau-de-vie) peut parfois accompagner la marenda. Le quotidien macédonien Vecer, qui dressait en décembre dernier un inventaire assez exhaustif de toutes les rakias des Balkans, écrivait : "L'eau-de-vie, qui entre dans la catégorie des médicaments naturels, est l'arme secrète du peuple contre de nombreuses maladies, au même titre que l'huile d'olive, l'ail et le miel. C'est en tout cas ce que l'on dit. Les crampes d'estomac ou la grippe n'ont qu'à bien se tenir, aucun virus ou bactérie ne résiste à la gnôle ! L'eau-de-vie est aussi préconisée pour les douleurs musculaires et pour désinfecter les petites plaies. Mais elle est également appréciée comme remontant le matin, comme apéritif et digestif le midi, pour accompagner le fromage et le jambon cru en hors-d'œuvre, pour couper la bière ou le vin le soir. En boire permet aussi de retrouver le sommeil, d'effacer les mauvais souvenirs et de faire revenir la bonne humeur. Mais, attention, c'est en buvant une petite fine maison que l'on apprécie le mieux la véritable rakia des Balkans !"

 

Par Milena Budimir

 

Source : courrierinternational.com, le 28 janvier 2009.

 

 

 

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Publié le 29 Novembre 2009

Le général Marmont à Split



Après la chute de la République de Venise en 1797, qui mettait fin à 377 années de règne sur Split, se produisit dans la ville une véritable guerre civile qui peut surprendre dans la mesure où le peuple y joua un rôle réactionnaire tandis que certains nobles endossèrent celui des révolutionnaires.

 

Les idées progressistes de la bourgeoisie française s'étaient répandues quelques décennies avant même la révolution. Ces idées avaient également déteint sur les fils de la noblesse de Split qui avaient fait leurs études dans les universités étrangères et que les convulsions partout présentes en Europe n'avaient pas manqué d'effleurer. A Venise même, le pouvoir avait été investi à ce moment-là par le parti démocratique qui était proche des principes de la révolution française.

 

En revanche, la plèbe de Split de même que les habitants des faubourgs agricoles vivaient une existence provinciale calfeutrée et extrêmement conservatrice. L'ancienne autorité vénitienne - mais aussi celle de la noblesse citadine - l'avait maintenue à dessein dans une arriération économique et spirituelle. L'Eglise y avait contribué à cause de son conservatisme traditionnel qui était renforcé par la crainte des idées progressistes de la Révolution française. La peur des "jacobins" impies et des "juifs" avait largement sévi parmi le peuple lors de ces journées cruciales d'interrègne.

 

Accompagné d'officiers et de soldats démobilisés, c'est justement de Venise qu'était rentré à Split le colonel Jure Matutinović qui commandait alors le district militaire de Split. Lui-même était empreint des idées démocratiques et révolutionnaires et il tenta d'éclairer le peuple en songeant à le libérer de certains préjugés enracinés. Il lui fallait pourtant compter avec des adversaires nombreux et puissants parmi le clergé de Split qui était mené par le franciscain Andrija Dobrotić.

 

Celui-ci, à l'instar de beaucoup d'autres, était partisan du pouvoir autrichien plutôt que français parce qu'il percevait un danger dans toute nouvelle idée démocratique. Les prêtres étaient enclins à accuser les Juifs pour la même raison, tant est que le peuple monté contre eux avait même failli pénétrer dans le ghetto de Split pour les malmener, ce en quoi quelques citoyens de renom les empêchèrent.

 

Matutinović et ses partisans projetaient d'instaurer à Split une administration démocratique sur le modèle qui était alors en vigueur à Venise. Le colonel agissait à partir de ses appartements au Generalat, le bâtiment qui se trouvait dans l'ancien lazaret, tandis que le quartier général de Dobrotić et de ses acolytes avait été installé au monastère à Dobri. 

 

Dobrotić caressait le souhait que la Dalmatie se joigne à la Croatie du Nord dans le cadre de l'Autriche.

A son arrivée à Split, Dobrotić avait fait circuler une proclamation en croate qui s'en prenait aux Juifs comme les tenants de la Révolution française impie. Les faubourgs de Split commencèrent alors à grincer contre tous ceux qui souhaitaient des instances démocratiques et qui penchaient en faveur des Français et du nouveau gouvernement vénitien. Le peuple échauffé fit suspendre l'ancien drapeau vénitien tout en clamant "Vive Saint Marc !"

 

Ayant suivi le conseil de Dobrotić, les habitants de Split élurent des délégués qui étaient censés livrer la ville à l'empereur autrichien. La plèbe était à ce point excitée qu'elle pénétra dans l'entrepôt d'armes et se prit à tracter un canon vers le bâtiment occupé par Matutinović où il s'était barricadé avec sa femme et deux de ses serviteurs. Un des assaillants périt au hasard de tirs croisés et ce fut là le signal de la révolte. Aux sons du carillon émis par les clochers des faubourgs, le peuple en colère se dirigea sur le bâtiment du Generalat. Après l'avoir longtemps assiégé et bombardé, les assaillants y firent irruption. Sabre au clair, Matutinović se porta à leur rencontre mais il en heurta le plafond et se fit alors mettre en pièce ainsi que son épouse. Après avoir pillé sa demeure, ses meurtriers procédèrent à une marche triomphale au travers de la ville. Ils avaient embroché la tête de Matutinović sur une lance et ils finirent par l'empaler au bout d'un pieu dressé sur la place.

 

Ayant eu vent des grands désordres qui sévissaient à Split, les proches habitants des montagnes décidèrent d'en profiter et de piller la ville mais certains occupants de Split les avaient attendus tout près de Kopilica, d'où ils les chassèrent.

 

Bien des années plus tard, un forgeron de Split, Krstulović, déterra le crâne de Matutinović sur son terrain et il le garda longtemps dans son atelier ainsi que le cimeterre par lequel la tradition prétend que la tête avait été tranchée. Ses héritiers les transmirent ultérieurement au Musée municipal.

 

L'anarchie qui est née à Split après la chute de la République de Venise a été décrite de manière flamboyante par l'historien splitois Ivan Katalinić.

 

 

Après une brève administration autrichienne, la France de Napoléon avait obtenu en 1805 la Dalmatie en vertu du traité de paix de Presbourg. Le Vénitien Vincent Dandolo fut nommé provéditeur général tandis que le commandement militaire avait été confié au général Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont, plus tard maréchal ainsi que "Duc de Raguse" (1774-1852).

 

Vincent Dandolo était issu du peuple et il s'était distingué aussi bien sur le plan politique et social que scientifique. Gagné par les idées progressistes, c'était un homme juste, honnête mais en même temps avide d'honneur. On lui doit notamment l'initiative d'avoir lancé le premier journal en langue croate, le Kraljski Dalmatin, dont les textes étaient bilingues.

 

Tout de suite après avoir endossé les fonctions de gouverneur de la Dalmatie, Vincent Dandolo avait visité les villes dalmates et exigé des rapports fouillés sur la situation dans tous les domaines de la vie publique. Venise était elle-même en déclin politique et économique, aussi ces derniers temps avait-elle négligé la Dalmatie qui de surcroît était ravagée par les Turcs, décimée par la peste et d'autres maladies tout en restant complètement immergée dans l'ignorance et le conservatisme du peuple. Un petit cercle de la noblesse citadine s'agrippait fébrilement à ses privilèges tandis que le peuple vivait dans la conviction qu'il n'avait rien d'autre à faire que de s'accommoder avec les épreuves, la faim, la maladie et l'ignorance. Les rapports conservés sur Split, sur son hygiène et sa propreté, sur le commerce et les institutions publiques en déliquescence ou encore sur la corruption des organes administratifs renvoient une image très sombre de cette bourgade de presque sept milles habitants.

 

Quelques individus cultivés et des personnalités publiques avaient exposé par écrit leurs propositions afin de remédier à cette situation mais sans grand succès à la clef.

 

Dans sa tournée de par la Dalmatie, Dandolo avait engagé de nombreuses réformes tout en chargeant l'ancienne noblesse citadine et le haut clergé de participer au renouveau et à l'amélioration de l'existence dans la ville, ce qui impliquait des contributions financières substantielles auxquelles ce sont les prêtres qui s'opposèrent le plus. Ensuite il organisa la justice. Allait être créée la Chambre de commerce qui se soucia du progrès économique de la région. Un soin particulier fut consacré à l'enseignement jusqu'à présent négligé puisque c'est tout juste si la Dalmatie avait possédé des écoles avant l'arrivée des Français, hormis dans les villes. Un lycée municipal fut fondé à Split ainsi que plusieurs écoles primaires et un séminaire. Une Académie des sciences avait été prévue.

 

L'opposition la plus consistante aux réformes est à mettre à l'actif des proches habitants de Poljica étant donné que les Français avaient abrogé leur République et les anciens privilèges féodaux, au même titre qu'ils l'avaient fait pour les Dubrovnikois. S'attendant à une aide des Russes et des Anglais, les habitants de Poljica engagèrent une rébellion en 1807 qui sera matée par les Français. Une autre rébellion fut lancée en 1809 par les habitants de Split lorsqu'ils laissèrent s'introduire les Autrichiens dans la ville sans avoir à livrer combat. Cependant, l'Autriche ne fut pas en mesure de garder Split, pas plus que les autres villes, puisque par la paix de Schoenbrunn elle était tenue de les restituer à Napoléon qui fonda alors les "Provinces illyriennes" en Slovénie et en Croatie, en incluant la Dalmatie, avec à leur tête le maréchal Marmont.

 

Les Français se gardèrent néanmoins de supprimer l'administration communale dans les villes dalmates et ils ne le firent pas davantage à Split. Seuls seront supprimés les privilèges de la noblesse tandis que tous les citoyens seront proclamés égaux. De même seront abolis les anciens statuts municipaux ayant subsisté. Il faut toutefois noter que la majorité de l'ancienne élite intellectuelle de la noblesse soutint les réformes des Français et qu'elle aida à leur mise en oeuvre alors que le peuple soumis à l'influence permanente de la propagande conservatrice n'acceptait qu'à contre coeur ce qui était en premier lieu réalisé à son avantage.

 

Le général Marmont joua lui-même un rôle particulier afin de promouvoir la ville de Split. Il avait été enchanté par le Palais de Dioclétien et il s'était laissé enjôlé par le charme de la ville de Split. En dépit d'être un soldat qui s'était distingué par sa bravoure dans de nombreuses batailles, Marmont n'en était pas moins une personne très éduquée et cultivée. Dans ses mémoires, une source précieuse pour l'étude de sa vie et de ses oeuvres, il raconte notamment que lors de ses campagnes militaires il transportait constamment avec lui une bibliothèque de six cent ouvrages sélectionnés et que ces livres étaient un vrai délice pour lui-même et ses officiers dans les moments de repos.

 

Marmont était en même temps un esprit inquiet et prompt aux initiatives et c'est pourquoi il imaginait d'autres activités pour s'occuper dans les moments où il ne guerroyait pas. Il accorda une attention particulière à la construction de routes en Dalmatie, ce qui en cette période de blocus anglais et russe sur l'Adriatique était d'une importance vitale. Qui plus est, cette entreprise permettait de relier économiquement les villes dalmates avec l'arrière-pays.

 

"Ces travaux exécutés, et mes loisirs me permettant de parcourir la Dalmatie dans toutes les directions, il n'y a pas une ville, pas un village que je n'ai traversé, pas un chemin que je n'ai parcouru, pas une montagne dont je n'ai su le nom. Aujourd'hui même, après vingt-deux ans, les noms, reviennent en foule à ma mémoire. Si ce pays devient l'objet de soins particuliers, il pourra atteindre une grande prospérité."

 

"Les Autrichiens pendant huit ans, ont fait et discuté des plans de routes sans les exécuter ; Marmont est monté à cheval pour les faire, et quand il est descendu elles étaient terminées", écrivit-il à propos de lui-même.

 

Marmont a également noté que lorsque l'Empereur François Ier avait visité la Dalmatie en 1817, après le départ des Français, il était resté émerveillé par les routes au point de demander fort étonné au prince Metternich qui avait bien pu construire ces routes. Lorsque le prince lui eut répondu qu'elles avaient été construites par les Français, il lui déclara : "Il est bien fâcheux que le maréchal Marmont ne soit pas resté en Dalmatie deux ou trois ans de plus."

 

C'est Split qui a le plus forcé l'admiration de la part de Marmont. Durant ces années, il en fit son lieu de séjour privilégié tout autant que la proche Kastela. Par ailleurs, il prit une part directe et personnelle dans les plans d'aménagement et d'embellissement de la ville.

 

"C'est dans ce bassin magnifique, l'un des plus beaux lieux de la terre, qu'une très grande ville, Salona, l'une des plus belles de l'empire romain, était bâtie ; c'est là qu'un empereur philosophe, dégoûté des grandeurs de la puissance, avait choisi le lieu de sa retraite."

 

Marmont a écrit en 1807 à l'empereur : "Sire, privé du bonheur que ce printemps je guerroie j'ai tenté de rendre le plus utile mon séjour en Dalmatie." Cependant, ces travaux de Marmont avaient à ce point grevé le trésor de l'Etat que Napoléon le tança sévèrement en 1808 : "La Dalmatie me coûte immensément."

 

"Après avoir ouvert les fortifications des villes maritimes placées hors d'un bon système de défense je fis servir ces travaux à leur embellissement. Spalatro, un des lieux dont les restes donnent la plus haute idée de la grandeur romaine sont, sur le port, un magnifique quai de plusieurs centaines de toises et un beau jardin public".

 

Marmont ordonna que l'on procède à la destruction de la partie sud du Kaštel vénitien qui s'étendait jusqu'à la mer et c'est ainsi qu'il fit prolonger la rive de Split jusqu'au monastère franciscain. A l'aide des décombres, il combla et construisit cette nouvelle partie occidentale de la rive de Split.

 

Lorsque le Kaštel eut été abattu et que la nouvelle partie de la rive eut été aménagée, Marmont entreprit de construire un grand parc public à l'emplacement du semi-bastion vénitien ayant été rasé. Si par certains égards la destruction du Kaštel avait pu revêtir un caractère militaire, afin que les Anglais et les Russes qui maîtrisaient l'Adriatique ne puissent s'en emparer depuis la mer et de là se fortifier dans la ville, la construction du parc ne répondait pour sa part à aucun impératif stratégique. Elle n'était que le fruit du souci qu'avait Marmont d'embellir la ville et d'y faire bâtir.

 

A cette fin sera fondée à Split en 1810 la "Commission pour l'embellissement de Split".

 

Après le départ des Français, le parc a gardé le nom de "Jardin Marmont", malgré que les habitants les plus fanatiques de Split eurent aussitôt fait d'y arracher et anéantir les plantations. Plus tard, en 1844, il sera rénové et on finira par y construire un complexe théâtral ainsi que deux ailes de la "Prokurative".

 

Marmont avait prévu de faire construire sur la partie septentrionale de la nouvelle rive une série de maisons d'apparat dont la façade aurait produit un digne contrepoids à la façade du Palais de Dioclétien sur la rive antérieure. C'est ce qui explique qu'à cet endroit avaient été abattues certaines masures sans attrait. La réalisation de cet important projet urbanistique avait été confiée à l'architecte romain Basilio Mazzoli, un amoureux de l'architecture classique. Les plans de Mazolli ayant trait à la construction de la nouvelle rive et d'une série de maisons sur ses abords ont été conservés dans le legs de l'architecte et conservateur splitois Vicko Andric. Malheureusement, les bâtisseurs et propriétaires ultérieurs de ces maisons n'ont pas respecté ce projet ambitieux de Marmont et de Mazzoli, ce qui explique qu'ils ont fortement modifié les plans originaux en fonction de leurs nécessités et de leurs possibilités. Cela se produisit surtout après que Marmont eut été nommé gouverneur général des Provinces illyriennes dont le siège était situé à Ljubljana.

 

Notons enfin que la rive a conservé en signe de reconnaissance envers ce général français, amoureux de Split, l'appellation de "Riviera française" tandis que la rue qui longe l'ancien parc porte le nom de "Marmontova ulica". 

 

Source : Duško Kečkemet - Prošlost Splita (Le passé de Split), Marjan Tisak d.o.o. Split, 2002, pp. 123-130

 

 

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Publié le 22 Novembre 2009

Le 19ème siècle


 

Après l'effondrement de la République de Venise les circonstances se transformèrent radicalement en Dalmatie. En 1797, avant que le traité entre l'Autriche et Venise ne soit définitivement signé, l'armée autrichienne avait commencé par procéder à l'occupation de la Dalmatie.

 

La question centrale qui s'imposa au cours du siècle allait être celle de l'unification de la Dalmatie avec les autres parties des pays croates. Il n'était pas des plus aisé pour les Dalmates habitués à des siècles de pouvoir vénitien de s'adapter à la nouvelle situation. Un des partisans les plus éminents de l'unification était l'évêque de Split, Cippico, qui allait rapidement décéder au grand soulagement des Autrichiens soucieux  d'endiguer une telle idée.

 

Les autorités autrichiennes introduisirent un nouveau système d'administration, des lois et taxes nouvelles ainsi qu'une autre attitude quant aux devoirs des fonctionnaires et aux droits des citoyens. Malgré cela la situation à Split était encore pire que durant les dernières années du pouvoir vénitien : les hôpitaux étaient si pauvres que l'on ne pouvait pourvoir aux malades tandis que le centre de quarantaine était en ruine. Le système d'administration autrichien ne connut pas de modification substantielle durant la période du pouvoir français de 1806 à 1813, quoique l'administration française eût été plus efficace et dans l'ensemble plus bénéfique. De surcroît , les quelques années de leur pouvoir eurent un impact psychologique important pour les patriotes slaves du Sud. En 1809, on avait en effet formé les Provinces illyriennes, qui étaient une communauté entre la Dalmatie, la Croatie et la Slovénie avec pour capitale Ljubljana. Les répercusions de cet Etat embryonnaire des Slaves du Sud ont peut-être été ressenties plus fortement à Zagreb que dans la Dalmatie elle-même où les Français avaient entamé un processus systématique d'italianisation des écoles qui sera poursuivi par les Autrichiens. La vie intellectuelle était presque entièrement dominée par la langue italienne et elle se focalisait essentiellement sur les thèmes italiens.

 

Dans l'ensemble, l'atmosphère qui prévalait en Dalmatie au 19ème siècle restait conservatrice et passablement léthargique, du moins jusque 1848 lorsque nombre d'ambitions politiques se cristallisèrent et que plusieurs partis politiques émergèrent pour les revendiquer. A Split, la seule véritable activité intellectuelle provenait du séminaire où de jeunes individus lisaient avec enthousiasme les classiques de la littérature latine et italienne. Ce fut à ce séminaire que Niccoló Tommaseo acquit sa formation. Quoique lui-même non italien, il a largement contribué à la formation du mouvement du Risorgimento.

 

Le poète le plus connu de l'époque romantique à Split était un jeune homme dont la courte existence aurait pu faire l'objet d'un de ses poèmes. Il s'agit de Luka Botic. Né en 1830 dans une famille de laboureurs, il était le deuxième d'une famille de neuf enfants. Il travailla en assistant le concierge dans l'école secondaire afin de couvrir ses frais scolaires. C'est à Zadar qu'il étudia la théologie puis il passa un certain temps en Bosnie avant d'aller à Zagreb où il travailla pour Ljudevit Gaj, le meneur du Mouvement illyrien. On lui confia alors un poste comme secrétaire de l'évêque de Djakovo. Il fut marié mais pour une courte période seulement car son épouse et son enfant en bas âge décédèrent rapidement. La même année il dut abandonner son poste pour avoir refusé de prêter serment d'allégeance à l'empereur. La tuberculose l'emporta en 1863. Au cours de sa brève existence il a néanmoins légué une oeuvre assez fournie. Dans l'ensemble, elle consiste en récits romantiques versifiés et les accents de la tradition romantique y résonnent fortement. Le plus connu d'entre eux est le poème narratif Bijedna Mara qui fera l'objet de deux opéras et d'un drame.

 

L'histoire se réfère à un événement réel des relations turco-croates que le 15ème siècle avait enregistré et qui illustre les problèmes typiques de l'existence quotidienne étant donné la proximité des Turcs. Même si ce genre d'incidents n'était en rien comparable à ceux que provoquaient les attaques incessantes des Turcs, il n'en était pas moins récurrent et effectif. Le récit nous parle de l'amour d'une jeune fille croate envers un marchand turc. Celui-ci était venu au marché et avait chanté en son honneur avec pour effet qu'elle se retrouva séduite par ses mélodies langoureuses. On l'envoya au couvent où elle décéda. Cette histoire avait accaparé l'imagination populaire et le premier poème à avoir été écrit à ce sujet est de Frano Boktulija, un contemporain de Marulić appartenant à son cercle. Le refrain de ce poème "bidna Mara" offrit le titre de l'oeuvre de Botic.

 

Source : Celia Hawkesworth, Split tisuću godina pismenosti (Split - Cent ans de littérature), Matica Hrvatska, Hrvatski P.E.N. Centar, Zagreb 1997, p. 80-87. 

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Publié le 22 Novembre 2009

L'Académie Illyrienne - Une des premières sociétés académiques en Croatie


 

Il ne faut guère s'étonner si dans les conditions déplorables du 16ème siècle la littérature n'a pas fleuri à Split. Même si l'esprit de Marulić avait laissé subsister des traces et que certaines de ses oeuvres continuaient à être imprimées il était clair que Dubrovnik était devenue le principal centre culturel en Dalmatie. Il en alla ainsi jusqu'à l'écroulement de la République vénitienne.

 

Malgré cela, la vie intellectuelle à Split et dans ses environs ne s'était jamais éteinte et elle avait continué de progresser à un rythme plus lent. Le 17ème siècle engendra un certain nombre de personnalités intéressantes. L'une d'entre elles procédait des proches environs de Split, à vrai dire de Trogir. Il s'agit du fameux historien Lucius - Ivan Lucic (1604-1679) - dont l'oeuvre principale De regno Dalmatiae et Croatiae fut publiée à Amsterdam en 1666. En annexe à cette oeuvre, Lucic avait publié la traduction latine que Marulić avait faite de La Chronique du Prêtre de Dioclée datant du 12ème siècle.

 

Une personnalité littéraire intéressante appartenant à cette période fut Jerolim Kavanjin (1643-1714). Il se révéla un écrivain très prolifique. Par ailleurs grand patriote, il s'inscrivait ainsi dans la droite ligne d'une tradition déjà bien établie. Kavanjin est le seul poète renommé qui se soit distingué à Split depuis Marulić. Il est surtout remémoré en raison de son gros ouvrage : Povijest vandjelska bogatoga a nesrecna Epuluna i ubogoga a cestita Lazara - plus connue sous le titre de Bogastvo i ubostvo. Le poème constitué de 30 chants est écrit en habiles octosyllabes. Bien qu'il n'ait pas une grande valeur littéraire, il nous fournit tout de même un précieux document historique, une source riche en informations sur les circonstances historiques, sociales et politiques à l'époque du poète. On l'a décrit comme "une encyclopédie slave en vers", dans laquelle toutes les branches du savoir sont virtuellement réprésentées.

 

Kavanjin fut l'un des premiers membres de l'Académie illyrienne ayant été fondée à Split en 1703 dans le but de promouvoir l'emploi de la langue croate dans la littérature. Son premier président en fut Ivan Peter Marchi, un membre éminent de l'intelligentsia de Split en ce temps-là. Et elle eut pour premier secrétaire le chanoine Frane Critton du chapitre de Split. Le grand-père de Critton était un Ecossais qui avait servi comme officier dans l'armée vénitienne et avait obtenu un poste à Split où il s'était installé. Si l'académie n'a pas longtemps survécu, nombre de sociétés savantes furent quant à elles fondées au cours du 18ème siècle. La plus importante étant l'Agrarna akademija, créée en 1767. Elle avait pour objectif d'étudier les nouvelles méthodes dans le domaine de l'agriculture, la pêche, l'artisanat et le commerce ainsi que d'appliquer ces méthodes au travers de la Dalmatie.

 

Le 18ème siècle fut pour Split une période de relative prospérité quoique les relations avec Dubrovnik en matière de commerce aient suscité des problèmes constants étant donné que chaque cité s'efforçait de préserver ses positions sur un marché restreint. Le commerce était la source d'autres problèmes car malgré les mesures très strictes la peste ressurgissait constamment. En 1784, elle sévit pendant deux mois et laissa un bilan de 1080 morts.

 

Source : Celia Hawkesworth, Split - Tisuću godina pismenosti (Split - Cent ans de littérature), Matica Hrvatska, Hrvatski P.E.N. Centar, Zagreb 1997, p. 64-71.

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