Articles avec #turquie-croatie tag

Publié le 4 Novembre 2016

La Turquie y est un des pays partenaires

 

 

Le 3e Salon mondial des produits halal a ouvert ses portes dans la ville croate d’Opatija.

Durant ce salon où la Turquie figure parmi les pays partenaires, les producteurs et consommateurs de produits halal se rencontrent afin de prendre en main l’avenir du secteur “halal”.

La première édition de ce salon avait eu lieu en Inde et la seconde à Singapour.

Le 3e Salon mondial des produits halal est organisé en Croatie dans le cadre du 100e anniversaire de la reconnaissance officielle de l’islam dans ce pays.

La Turquie est représentée par le vice-ministre de l’Economie Fatih Metin.

Quant au président du salon Aldin Dugonjic, il a affirmé que la Turquie était un des acteurs importants du secteur des produits halal et que son pays avait pour objectif de renforcer sa coopération avec la Turquie.



 

Source : trt.net.tr, le 3 novembre 2016.

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Rédigé par brunorosar

Publié dans #Turquie-Croatie

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Publié le 29 Avril 2016

Les investissements turcs en Croatie ont décuplé en dix ans


 

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a souligné, mercredi, que le volume des investissements turcs en Croatie a décuplé au cours de la dernière décennie.

Le chef d’Etat turc s’exprimait en co-présidant, mercredi, avec la présidente croate, Kolinda Grabar-Kitarović, au Forum d’affaires croato-turc, à Zagreb, en présence de 600 hommes d’affaires des deux pays.

Erdogan a précisé qu’en dix ans, « les investissements turcs sont passés de 35 millions d’euros à 350 millions d’euros », relevant que de « nouveaux projets turcs en Croatie, d’une valeur totale de 200 millions d’euros, sont envisagés ».

Le président turc a fait part également de sa « joie » quant à la relance de l’économie croate qui a renoué avec la croissance au cours de l’année 2015, après la crise financière qu’a connue le pays à partir de l’année 2008.

« Tous les pays du monde subissent de temps à autre des crises et bénéficient de phases de croissance ensuite », a commenté Erdogan à ce propos.

« L’économie turque a failli atteindre l’impasse lors de la crise de 2001 mais elle a réussi à la surmonter à la faveur des réformes structurelles lancées par l’AK Parti », a-t-il rappelé.

« Lorsque l’AK Parti avait accédé au pouvoir en 2002, l’économie était toujours sous le contrôle de l’Etat. En 2003, ce parti a lancé avec célérité et avec force le processus de privatisation ce qui a généré un bond qualitatif majeur », a mentionné le chef d’Etat turc.

De son côté, Grabar-Kitarovic a dit que la Turquie fait « partie intégrante de l’Europe, aussi bien au plan économique que culturel et géographique ». « Nous soutenons l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne », a-t-elle lancé.

Elle a, par ailleurs, mis l’accent sur l’importance du rôle de médiation joué par la Turquie dans les régions du Moyen-Orient, du Sud-est de l’Europe et de l’Asie centrale.

La présidente croate a exprimé le respect qu’elle voue au rôle de la Turquie dans la prise d’initiatives régionales, estimant que la visite d’Erdogan « consolidera les relations entre les deux pays ».


 

 

Source : turquie-news.com, le 29 avril 2016.

 

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Rédigé par brunorosar

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Publié le 18 Juin 2015

 

Suleyman Demirel : disparition d'un ami de la Croatie

 

 

Après la mort de l'ancien président turc Suleyman Demirel mercredi, le quotidien libéral Jutarnji List rappelle que l'homme d'Etat s'était rendu en Croatie à une époque où les politiques européens évitaient le pays : "Lorsque la Croatie était complètement isolée sur le plan international, Demirel était l'un des seuls amis du pays, et la Turquie l'unique pays avec lequel on entretenait de bonnes relations, en dépit de la guerre en Bosnie. Suleyman Demirel est venu à Zagreb en 1997. Une visite au cours de laquelle il a eu droit à tous les honneurs. Demirel s'était également accommodé de certains éléments protocolaires qui cadraient davantage avec la venue de dirigeants autoritaires qu'avec celle de politiques autocrates. … Demirel a été le premier président étranger à prendre la parole au Parlement croate. … Une partie de l'opinion publique croate se souviendra également de Suleyman Demirel comme l'un des rares chefs d'Etat à avoir assisté aux funérailles du président croate Franjo Tuđman, le 14 décembre 1999." (18.06.2015)

 

 

Source : eurotopics.net, le 18 juin 2015.

 

 

 

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Rédigé par brunorosar

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Publié le 16 Mars 2014

Ante Starčević : père du nationalisme croate et turcophile

 

 

 

"Le père du nationalisme croate, Ante Starčević (1823-1896), dont l'ambition était précisément d'arracher la politique croate au provincialisme et de susciter l'émergence d'un Etat et d'une communauté nationale croates élargies à leurs frontières historiques, ne partageait aucunement les préjugés anti-musulmans de beaucoup de ses compatriotes. L'Etat et la communauté nationale qu'il appelait de ses vœux avaient vocation à intégrer les Croates de toutes confessions, catholiques, orthodoxes et musulmans, juifs et protestants. Mais son approche de l'islam bosniaque ne se réduisait pas au fait de le compter au nombre des composantes essentielles de la nation croate. Starčević avait quitté le séminaire en 1848, après avoir estimé que « seule la foi turque valait quelque chose ; toutes les autres étant dépourvues d'intérêt ». Il envisagea en 1853 de s'établir à Sarajevo, d'y créer une maison d'édition et d'y mener campagne dans le but d'inciter les sujets chrétiens du Sultan à lui rester loyaux2. Starčević considérait avec justesse que l'Empire ottoman était plus tolérant que n'importe quel Etat chrétien et que l'ordre social y était plus supportable qu'en bien d'autres pays d'Europe dans la mesure où les paysans n'y étaient pas attachés à la glèbe et les non-musulmans n'y étaient pas astreints au service militaire. Aussi refusa-t-il de prendre le parti des insurgés bosniaques en 1875 et de soutenir les projets d'annexion de la Bosnie-Herzégovine à l'Empire austro-hongrois. Il qualifiait les Bosniaques musulmans de Croates à part entière et disait d'eux qu'ils étaient « la plus ancienne et la plus pure noblesse d'Europe ». A l'inverse des nationalistes serbes, y compris les mieux attentionnés à l'égard des Bosniaques musulmans, les disciples de Starčević n'exigeaient donc pas de ces derniers qu'ils renoncent à leur religion, qu'ils renient leur culture et leur histoire, puisqu'elles témoignaient à leurs yeux de leur hyper-croacité. Les romanciers de l'école réaliste croate acquis aux idées nationalistes dépeignaient volontiers les Bosniaques musulmans comme des figures positives. Le public croate était ainsi invité à voir en l'islam bosniaque un parangon des vertus nationales. Cette prise de position se situait aux antipodes du dénigrement systématique auquel se livraient la plupart des auteurs serbes, pour lesquels les Bosniaques musulmans n'étaient, à tout prendre, que des « renégats ». (...)

La Croatie offrait donc un exemple unique de nationalisme européen célébrant les valeurs de l'islam comme des valeurs profondément enracinées dans son peuple. (...)

2. Les révolutionnaires polonais en exil, sous l'égide du prince Czartoryski, poursuivaient les mêmes objectifs que Starčević : contrecarrer l'influence autrichienne et russe dans les Balkans en exhortant les chrétiens à trouver un compromis avec la Sublime Porte, et cette dernière à leur accorder d'importantes concessions (M. Kukiel, op. cit., p. 245-246 et 275)."

 

 

 

Thierry Mudry, Guerre de religions dans les Balkans, 
Paris, Ellipses, 2005, p. 149-150 : 


Source : http://turquisme.blogspot.com/2013/12/ante-starcevic-
pere-du-nationalisme.html

 

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Rédigé par brunorosar

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Publié le 15 Février 2012

Les lacs de Plitvice : barrage aux Turcs !

 

 

L’étape antérieure commença avec le recul de l’occupation turque à la fin du XVIIe siècle. La nouvelle frontière passait tout près de lacs qui étaient perdus dans la forêt et évités. Les tours de garde de la frontière et les passages des patrouilles militaires étaient les seules traces de vie sociale.


Cette étape fut marquée par les lents mais radicaux changements dans les habitudes des habitants et de la vie sociale en général. L’orientation vers la vie sédentaire et le développement de l’agriculture caractérisait la situation dans les territoires occupés. Le recul et la défaite des Turcs tenait au conflit des deux civilisations : d’un côté une dure autarcie, basée sur les modestes revenus d’élevage, et de l’autre l’économie agraire et l’artisanat ranimés par le développement des échanges commerciaux ; le régime de la Marche militaire  jouait un rôle positif (Blanc - 1957). La population augmentait et l’agriculture progressait ; on a eu besoin des moulins. D’où la colonisation le long de Korana : en descendant son cours en amont (Bijela Rijeka) et en remontant le cours principal.


Au cours de presque quatre siècles de conflits entre Chrétien et Turcs, on avait tout fait pour retenir la population sur place et coloniser de nouveaux villages en vue d’assurer la force militaire. Dans ces conditions difficiles, la zone des conflits était fort ravagée et l’équilibre naturel perturbé. Bien des lacs, dans les vallées d’Una, Krka, Pliva, etc., ont été remblayés et les barrages du travertin exposés à la destruction.


Les lacs de Plitvice dans la « forêt du diable » n’étaient pas attirants. La zone des forêts sombres et humides fut évitée. Encore en 1777 un homme du pays, D. Vukasović d’Otočac (à une quarantaine de kilomètres de Plitvice) écrit : « les cinq lacs de Plitvice se trouvent dans la forêt très dense près de la frontière turque ». Les premières représentations cartographiques des lacs datent de la deuxième moitié du XVIIIe siècle (1760, 1786 et 1789). En 1818, François Ier visite la Marche militaire et passe à côté des lacs de Plitvice ; ses officiers ont trouvé que cela ne valait pas la peine de visiter l’endroit « où on n’a que quelques scieries et moulins ».


Les données du passé plus ancien sont très fragmentaires et on ne trouve pas de preuves que les lacs furent attirants : on avait beaucoup de raisons d’éviter une région boisée et humide dans un milieu montagnard.


 

Source : Josip Roglić : Les lacs de Plitvice [document PDF]

 

 

 

 

 


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Rédigé par brunorosar

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Publié le 7 Novembre 2009

Les Croates et l'Empire ottoman


 

Quelques réflexions sur leurs rapports


La période dite "turque" de l'histoire croate a commencé vers 1400 avec les incursions des Akinci ottomans mais aussi avec la participation des soldats croates dans les batailles entre les Ottomans et leurs adversaires dans les Balkans. On admet généralement que le territoire de l'actuel Etat croate a été délimité lors de la paix de Karlowitz en 1699. Les Croates sont désormais divisés en deux groupes : la majorité est passée sous l'autorité des Habsbourg tandis que les autres, ceux de Bosnie-Herzégovine, sont demeurés sous la domination ottomane jusqu'en 1878 qui voit alors l'ensemble des Croates réunis dans l'empire d'Autriche. Cette séparation entre Croates de Croatie et Croates de l'extérieur durant près de deux siècles pèse sur le développement du sentiment national croate, phénomène de "longue durée" dans lequel les perturbations provoquées par la conquête et la présence des Ottomans ont joué un rôle considérable.

 

Les artisans de l'intégration croate depuis le XVe siècle (nobles, officiers, membres de l'Eglise, poètes et, plus récemment, politiciens et historiens) ont cru, ou bien ont voulu croire, que les conquêtes ottomanes ont été un obstacle formidable à l'intégration nationale ainsi que la cause principale du retard général sur le plan du développement social et économique. [1] Aujourd'hui, l'état actuel de la recherche nous offre un tableau bien différent de cette vision notamment dans les domaines politiques, démographiques, économiques et sociaux.

 

L'intégration territoriale et nationale entre la rivière Drava et l'Adriatique s'est vraisemblablement effectuée sans intervention du "facteur ottoman". Il y avait là, une langue commune à tous et une culture commune, au moins pour une forte majorité de la population, et il n'est nullement prouvé que l'absence des Ottomans eut abouti à une Croatie plus grande, plus stable et plus développée qu'elle ne l'est aujourd'hui. A côté de l'absence d'unité économique entre le royaume de Croatie et le royaume de Slavonie au nord, le seul, ou presque seul lien qui les rapprochait politiquement de Dubrovnik et de la Bosnie était la personne du roi à Buda, l'autorité suprême pour ces deux derniers Etats. Les institutions politiques et sociales y étaient très différentes. Dans la Croatie ancienne, et surtout en Bosnie, on avait affaire à une féodalité assez archaïque à connotation tribale, tandis que la Slavonie, plus étroitement liée au système administratif hongrois, était partagée en comitats royaux. Sa partie occidentale était une sorte de vice-royauté hongroise, alors que les Comitats de l'Est, jusqu'au Danube, faisaient partie de la Hongrie proprement dite. Enfin on faisait peu usage du nom "Croate" hors de l'ancienne Croatie bien que le sentiment d'une communauté ethnique, linguistique et culturelle ne peut être nié.

 

Après la bataille de Mohacs et la mort de Louis II de Hongrie, en 1526, les Croates ont élu roi Ferdinand Ier de Habsbourg, indépendamment de la noblesse hongroise, et le ban croate agissait effectivement comme un vice-roi. Une des plus importantes conséquences de l'avancée ottomane, qui s'est arrêtée en 1593, a été la fusion des restes du territoire de la Croatie et de la Slavonie, organisée désormais en un seul royaume, avec une diète commune depuis 1538. Ainsi la "menace turque" qui a forcé les Croates à chercher appui auprès de la puissance des Habsbourg et, par conséquent de l'Empire, a contribué à l'acquisition d'un plus grand degré d'indépendance des Croates. L'influence hongroise fut considérablement réduite, tandis que la pression des mesures visant à la centralisation absolutiste de la part des Habsbourg ne se sentait pas encore.

 

Ces changements politiques ont été précédés et accompagnés par des mouvements migratoires du sud vers le nord. Les migrants appartenaient à des couches sociales diverses et venaient en majorité des zones particulièrement exposées aux attaques ottomanes dès le XVe siècle. A de rares exceptions près, les déplacements de la population n'étaient pas des fuites désordonnées. La noblesse, qui possédait des domaines dans les régions mieux protégées et plus éloignées des frontières, a souvent organisé les transports de leurs sujets, généralement avec succès. Les marchands et les artisans suivaient à leur tour et trouvaient un abri où ils avaient des parents et/ou des partenaires.

 

On distingue deux régions migratoires principales : le Sud (la partie montagneuse de la Bosnie actuelle et la Dalmatie) et le Nord (la Lika, le bassin de la rivière Una et l'espace pannonien et péripannonien). Certains groupes de migrants sont allés très loins, jusqu'en Italie centrale (Abruzzes), au Burgendland (Hongrie occidentale) et en Slovaquie. Mais la grande majorité s'est arrêtée en pays croate soumis au Habsbourg et à Venise. Ajoutons que les migrations de la grande région méridionale, allant de l'est vers l'ouest, elles aussi, s'effectuèrent plus spontanément, mais dans la plupart des cas d'une manière relativement organisée.

 

Dans le cas d'une véritable fuite il s'agit presque toujours de petits groupes qui se retrouvaient à l'extérieur d'un système de protection, qu'il soit seigneurial pour les serfs du Nord, militaire des Confins (Militargrënze) au Sud, voire des autorités ottomanes. Tel est, par exemple, le cas des agriculteurs des alentours des villes fortes de Dalmatie, très souvent assaillies par leurs voisins ottomans. Un autre groupe non négligeable était composé de gens en conflit avec les autorités ottomanes : des dizaines de documents édictés par les cadis de Klis, Skradin et autres places proches des possessions vénitiennes, sont pleines de références aux cas criminels où un ou plusieurs zimmi se sont enfuis à Split ou ailleurs, hors du territoire ottoman. [2] Au nord, en Slavonie, on trouve des mentions de fuite de raya au Darülharb. [3] On en ignore les raisons, mais il est probable que les conditions de vie tout près de la frontière étaient précaires, et que les raya qui devaient supporter les exigences légales des sipahis, les demandes illégales des voyvodes du sancakbeyi avaient en outre à subir les incursions des soldats-paysans des confins militaires ou d'autres sujets des Habsbourg.

 

Le plus remarquable effet des "grandes migrations" vers les territoires croates demeurés hors du domaine ottoman a été, sans doute, une atténuation des régionalismes médiévaux. Ce phénomène est bien visible dans l'oeuvre des idéologues du communautarisme "slave" et/ou "illyrien". Bien que leurs projets utopiques aient parfois englobé les pays de la mer Adriatique jusqu'à l'océan Pacifique, ils ont exercé une influence certaine parmi les Croates des Balkans occidentaux. [4] Le nom "Croate" est devenu beaucoup plus fréquent au détriment des noms régionaux et on a commencé à chercher une langue littéraire commune, fondée sur des dialectes populaires. Ceux retenus étaient celui de la population croate sous administration ottomane, ainsi que celui utilisé dans la riche littérature de Dubrovnik, petite thalassocratie croate indépendante de fait qui devait sa prospérité commerciale et culturelle à sa situation de vassal ottoman privilégié, particulièrement au XVIe siècle, son "âge d'or". 

 

Il n'est pas difficile de comprendre que la plupart des propagandistes du communautarisme croate de cette époque croyait à l'utilité du "facteur turc" dans un sens négatif, défini comme une force ennemie du progrès et de la liberté, propre donc à mobiliser les énergies du peuple croate pour combattre l'ennemi. L'idée selon laquelle la Croatie était un antemurale christianistatis, exprimée pour la première fois par un magnat croate à la Diète de l'Empire à Nuremberg en 1522 (bouclier et porte du monde chrétien), a été reprise par les communautaristes "du XVIIe siècle avant de passer aux intellectuels du "siècle des lumières". Ceux-ci ont amplifié cette notion en la complétant d'un appel au peuple afin qu'il abandonne tout ce qui est primitif et irrationnel défini comme un mauvais "héritage turc" : agriculture extensive, superstitions, alcoolisme ! etc. [5] Enfin au XIXe siècle, lors de l'effondrement de la domination ottomane dans les Balkans, l'historiographie croate a réclamé le thème "croato-turcica" sous l'angle de la "défense nationale". En fait les sentiments "anti-turcs", aussi bien dans l'historiographie que dans les belles-lettres, dans l'opéra etc. dissimulaient, fort mal, un refus du système politique de l'Autriche-Hongrie.  

 

Dans de telles conditions, les thèses sur l'irrationnel et le violent, considérés comme les caractéristiques principales de l'ordre ottoman dans les pays croates, dominent les ouvrages des historiens, même les meilleurs, jusqu'à un passé récent. Les jugements arbitraires sur les conflits sociaux, "lutte pour la liberté nationale" et la condition économique et sociale des raya-s, "oppression et intolérance", ont été quelque peu atténués après 1945, à la suite des travaux des chercheurs bosniaques. Il ne s'agit toutefois pas d'un changement décisif d'autant plus que les opinions de l'historiographie en question était dans une large mesure encombrées de phraséologie marxiste. 

 

Les recherches ont montré que la situation était bien différente. Comme dans le cas des migrations, il faut tenir compte de deux zones, celle du sud et celle du nord. Au sud (je ne veux pas parler de la Bosnie centrale et orientale, fortement islamisée), une économie et un Etat légal "mi-valaque" prédominaient. Dans cette zone faiblement urbanisée où il y avait peu de terres arables de bonne qualité, la majorité de la population était, selon les lois ottomanes, soumise au payement d'une pièce d'or par unité fiscale. Elle devait aussi servir dans les troupes auxiliaires en temps de guerre. Enfin, conformément aux lois ottomanes, ces gens étaient tenus de fournir des prestations aux bénéficiaires des terres cultivables, dont la majorité appartenait aux garnisons des forteresses locales. Leurs conditions étaient donc rudes d'autant plus qu'ils étaient souvent exposés aux attaques des sujets vénitiens ou habsbourgeois voisins. Révoltes et brigandage étaient donc fréquents. Mais l'image qui s'est conservée d'eux dans bon nombre de sources non-ottomanes [6] est celle de guerriers libres ou presque indépendants, fait qui ne pouvait que renforcer les opinions à priori des historiens qui négligent les études ottomanes.

 

Au nord, en Slavonie actuelle, on trouvait une majorité de raya-s ordinaires, dans des bourgades bien développées avec un certain nombre de "valaques", paysans-soldats, dans les confins militaires autrichiens. Là, en cas de circonstances favorables, la récolte pouvait atteindre annuellement jusqu'à 4.000 kg de céréales par unité fiscale, ce qui signifie qu'il restait des surplus considérables pour être vendus au marché.

 

Quant aux conflits sociaux, on peut dire que le brigandage y était une constante liée aux voies commerciales menant de Serbie et de Bosnie vers la Hongrie à travers un pays parsemé de forêts et de marécages. Près d'un quart des raya-s devait servir dans le corps des gardiens de route. Si aucune révolte sérieuse n'est enregistrée en temps de paix, il y a, en temps de guerre, en 1593-1606, et après 1683, des insurrections animées par des notables, marchands ou moines franciscains. Leur but était de profiter de l'arrivée des armées chrétiennes pour en tirer certes des avantages personnels bien que la solidarité religieuse et nationale ait certainement joué un grand rôle dans leur comportement. On observe des phénomènes identiques dans le Sud où les initiateurs des révoltes sont surtout les chefs de clans.

Il faut souligner qu'une des conséquences de la domination ottomane en Bosnie réside dans le rapprochement entre les Croates qui y vivaient. Privés de leur noblesse traditionnelle, ils n'ont pour cadre sociaux et spirituels, à l'intérieur du système ottoman du millet, que les moines franciscains qui ont renforcé le sentiment communautaire et national croate.

 

Il nous reste à conclure qu'on peut, avec raison, placer l'ensemble des "croato-turcica" parmi les thèmes qui ont une importance majeure dans la recherche historique concernant l'interférence entre régions géographiques et zones culturelles, d'autant plus que les procès d'intention dont on a parlé ici ne sont pas encore terminés. [7] 

 

Notes :

 

[1] Cf. Šišic (F.), 1917, Geschichte der Kroaten, L. Hartmans Akademische Buchhandlung, Zagreb, XIV+407 p. ; Macan (T) et Šentija (J.), 1992, A Short History of Croatia, Croatian Writers Association, Zagreb, 150 p. ; Goldstein (S), Miric (M.), C. Šain-Senegic (V.) et Zorzut (K), éd., 1974, Povijest hrvatske književnosti, Liber, Zagreb, T.3, 398 p. 

[2] Fonds turc des Archives capitulaires de Split (Kaptolski arhiv Split/KAS). 

[3] Istanbul, Basbakanlik Asivi, TT 351 (Požega 1565). 

[4] Bogišic (R.), 1990, "Juraj Križanić u kontekstu hrvatske književnosti 17. stoljeća", dans R. Filipović éd., Znanstveni skup u povodu 300 obljetnice smrti Jurja Križanića (1683-1983), JAZU, Zagreb, T.3, 31-55. ; Voncina (J.) éd., 1970, Zrinski-Frankopan-Vitezović, dans K. Špoljar éd., Pet stoljeća hrvatske književnosti, Matica Hrvatska, Zagreb, T. 17/10, 549 p.

[5] Gligo (V.), éd., 1983. Govori protiv Turaka, Logos, Split, 670 p. ; Matić (T.), éd. 1916, "Djela Matije Antuna Relkovića", dans Stari pisci hrvatski, JAZU, Zagreb, T. XXIII, 50-125. 

[6] Ce sont avant tout les chants populaires épiques. Leur remaniement de la part de A. Kačić Miošić (poète franciscain, 1794-1760) a eu un succès énorme. 

[7] Moacanin (N.), 1993, "Über die lage des kroatischen Bauerntums zur Zeit der Osmanherrschaft", Österreichische Osthefte, Wien (sous presse). 

 

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Rédigé par brunorosar

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