Diana Budisavljević

Publié le 18 Mai 2010

Diana Budisavljević

 


Diana Budisavljević dans les manuels scolaires



http://www.novosti.rs/upload/images/2010/04apr/1004/rep-diana.jpgA l'occasion de l'action Dokumenta par laquelle on célèbre à Zagreb et en Croatie les lieux de résistance et de souffrance ayant marqué la Seconde guerre mondiale est revenu à plusieurs reprises le nom de Diana Budisavljević. Il s'agit d'une femme qui au cours de la Seconde Guerre mondiale a sauvé plusieurs milliers d'enfants de Kozara. En Croatie elle n'est pratiquement pas connue du grand public même si elle aurait mérité tous les honneurs sous de meilleurs auspices. Nataša Mataušić, Conservateur du Musée croate d'Histoire, nous parle des activités de cette femme exceptionnelle.



Diana Budisavljević se lança dans une action qui fut sans précédent à Zagreb et en Croatie sous l'occupation. Qui fut à vrai dire cette Zagréboise ?  

Diana Budisavljević était d'origine autrichienne, née à Innsbruck en 1891. Elle arrive à Zagreb en tant qu'épouse du Dr Julije Budisavljević, alors professeur de chirurgie à la Faculté de médecine qui venait d'être fondée. Dès octobre 1941, en compagnie d'un grand nombre de collaborateurs, elle s'efforça d'aider les femmes et enfants orthodoxes enfermés dans les camps du NDH, mais aussi les personnes qui via Zagreb étaient acheminées en grand convoi pour le travail forcé en Allemagne. Cette action fut connue parmi les initiés sous le nom d'"Action Diana Budisavljević". Au cours de la guerre et plus particulièrement tout au long de l'année 1942, cette action, par son ampleur, le nombre de participants et à peu près dix mille enfants sauvés, s'est transformée en l'une des actions les plus complexes et sans aucun doute l'une des plus humaines réalisées sur le territoire du NDH et de toute l'Europe occupée.



D'où les enfants provenaient-ils et comment fonctionnait le réseau ?

- La terreur exercée sur la population serbe dans le NDH atteignit son apogée en 1942, lorsque les forces conjointes allemandes, domobranes, oustachies et tchetniks attaquèrent Kozara et les villages environnants qu'avaient libérés les partisans. Dans la foulée, quelque 68.000 personnes se retrouvèrent sur le chemin de l'exode. Elles furent dirigées vers les camps de Jasenovac, Stara Gradiška et d'autres lieux, où une partie d'entre elles furent liquidées. Les hommes aptes au travail furent emmenés au travail forcé en Allemagne. Dans les camps subsistèrent un grand nombre d'enfants - allant des nourrissons aux enfants âgés de quatorze ans. Après avoir appris leur existence, Diana Budisavljević entreprit de les sauver au risque de sa propre vie, car n'oublions pas qu'elle était mariée à un Serbe. A son instigation, le Dr Kamilo Bresler du Département des soins auprès du Ministère des Affaires sociales du NDH (Ministarstvo udružbe NDH) se joignit à l'action, de même que la Croix-Rouge croate parmi laquelle figuraient divers  participants du Mouvement de Libération nationale. Etant donné que les enfants ne pouvaient être transportés que par voie légale, elle parvint à obtenir auprès du capitaine de l'armée allemande Albert fon Kocian une autorisation pour les transférer à Zagreb. Revêtue d'un uniforme d'infirmière de la Croix-Rouge, elle se rendit à deux reprises dans le camp de Stara Gradiška, par trois fois à Jablanac et une fois à Mlaka afin de récupérer les enfants. Ces derniers étaient dans un état effroyable, sous-alimentés, malades, mal habillés voire pas du tout, couverts de puces et d'autres parasites, épouvantés et à demi-morts - de vrais squelettes vivants. Le voyage dura 36 heures, le nombre d'heures qu'il fallut pour parcourir le chemin d'Okučani à Zagreb où finiront par arriver ces enfants - ennemis de l'Etat. Jana Koh, écrivain et engagée auprès de la Croix-Rouge, de même que l'une des infirmières de la Croix-Rouge et le Pr Kamilo Bresler prirent un enfant avec eux dès ce premier convoi, malgré que ce soit interdit, ce que nombre de Zagrébois firent également par la suite. A Zagreb les enfants furent d'abord hébergés dans divers hôpitaux et instituts, puis on les emmena dans des asiles pour enfants à Jastrebarsko, Reka, Sisak et Gornja Rijeka - celui à Sisak étant un véritable camp pour enfants, sans nul doute le seul camp pour enfants en Europe. Ce n'est qu'en août 1942 que l'autorisation fut délivrée pour que les enfants des camps soient accueillis parmi des familles. L'accueil se faisait au travers du "Caritas" de l'archevêché de Zagreb.

 

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                                        gare de Zagreb en 1942 - des enfants réchappés des camps



Pouvez-vous citer certains de ses collaborateurs et collaboratrices ?

Son collaborateur le plus proche et en même temps l'un des principaux organisateurs des placements fut le Pr Kamilo Bresler auparavant cité, enseignant de métier, humaniste et antifasciste dans ses orientations. On compta néanmoins bien d'autres Zagrébois, tels que certains médecins et infirmières ou encore des ouvriers et des intellectuels qui prirent part à l'action de sauvetage. Dans son journal intime, Diana détache comme ses plus proches collaborateurs Marko Vidaković, Đuro Vukosavljević, Ljubica Becić, épouse du peintre Vladimir Becić et leurs deux filles Mira et Vera, ainsi que Vera Černe et Dragica Habazin, laquelle était l'infirmière en chef de la Croix-Rouge et dirigeait un centre d'accueil situé à la gare. C'est là qu'ils purent compter sur l'aide précieuse du Dr Eugen Pusić en tant qu'officier de réserve domobrane. Certains participants de l'action furent arrêtés et pendus ou emmenés dans les camps allemands et oustachis où ils périrent.



Après la guerre le fichier tenu par Diana Budisavljević attira l'attention des services secrets. Pouvez-vous nous fournir des détails ?

A partir des listes de transport et d'autres sources telles que les fichiers d'hôpitaux, elle et ses collaborateurs établirent un fichier avec les données de base concernant environ 12.000 enfants qui à cette époque étaient passés par Zagreb. Elle avait également établi une correspondance avec les parents en travail forcé en Allemagne. Elle rassembla des aides pécuniaires ainsi que des contributions en nourriture et médicaments qu'elle envoyait par intermittence aux enfants dans les camps au travers de la Croix-Rouge. Dès la libération, en mai 1945, et sur demande du ministère de la Politique sociale, à savoir le Département pour la protection des personnes (Ozna), il lui fallut remettre les fichiers aux autorités. Les carnets comportaient diverses données d'identification sur les enfants ainsi que cinq albums de photographies. Après cela elle cessa ses activités et se retira de la vie publique. Elle est morte à Innsbruck en 1978. Son activité pour sauver les enfants ainsi que son aide apportée aux prisonniers dans les camps oustachis sont encore tenues sous silence par nombre de contributions historiques, de façon injustifiée voire mal intentionnée. Il suffit de feuilleter les manuels scolaires, les dictionnaires et les encyclopédies, où son nom n'apparaît presque nulle part.

Source : novossti.com, le 14 mai 2010.

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Dissidents et persécutés

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