L'Art radionica lazareti

Publié le 1 Octobre 2013

L'Art radionica lazareti

Les projets de Art Radionica Lazareti (page Facebook), un centre pluridisciplinaire d’art contemporain situé à Dubrovnik, sont également tournés vers l’international depuis sa création en 1980. Très actifs dans les réseaux nationaux, leur action est réellement militante et basée sur la collaboration. S’ils ont de nombreux contacts avec des réseaux européens, comme Trans Europe Halles par exemple, ils ne sont membre d’aucun d’entre eux et cette démarche informelle leur convient bien, comme nous l’explique, Slaven Tolj, artiste et fondateur de l’association : « Nous ne sommes pas encore dans les réseaux. On commence à s’organiser, on voulait se mettre dans Trans Europe Halles mais finalement on n’y est pas entrés, même si on participe à des actions avec eux. Le problème est que nous sommes toujours dans la reconstruction et puis j’aime bien les partenariats informels. Lorsque l’on est dans une association, au bout de quelques années, les choses changent, tout devient plus formel, ils changent leur stratégie... Nous travaillons plus par contacts personnels et maintenant, beaucoup d’artistes nous connaissent et entrent en contact avec nous pour nous proposer des festivals, des projets ». La question de la rigidité chronique des réseaux que soulève Slaven Tolj est intéressante, car des structures comme le Art Radionica Lazareti sont en perpétuelle évolution et leur réorganisation constante ne peut pas correspondre à des réseaux dont la bureaucratie et l’organisation complexe ralentissent la flexibilité. Les réseaux et les rencontres qu’ils organisent peuvent s’avérer amener plus de contraintes que de plus values pour des structures telles ce celles-ci, comme on l’avait déjà constaté pour le

Pekarna de Maribor en Slovénie.

De fait, la situation de ce centre culturel situé à Dubrovnik, dans les bâtiments de la quarantaine face au port de la ville fortifiée, est particulière tant d’un point de vue géographique que d’un point de vue politique : il est extrêmement excentré par rapport à Zagreb (pointe est de la côte dalmate) et son espace est l’objet de nombreuses convoitises. Les bâtiments ont été mis à disposition de l’association afin qu’elle y établisse un centre culturel. La reconstruction du site, en partie détruit par les bombardements, a été reconnu patrimoine culturel de l’Humanité par l’UNESCO, et a reçu des fonds internationaux pour sa réhabilitation. Mais les autorités tardent à remettre à l’association les autorisations de construire. Slaven Tolj raconte : « L'ancien gouvernement local était d’accord, mais il y a eu des élections et depuis trois ans et tout est plus compliqué... En ce moment, ils nous mettent la pression pour que l’on parte du Lazareti, pour faire de cet espace un casino et un hôtel. On a résisté, on a fait appel à nos contacts internationaux, aux médias, même le gouvernement de Croatie nous a appuyé. Maintenant je pense que ça va aller mais à Dubrovnik, tout est différent, ils veulent faire de l’argent, l’immobilier devient fou... ». Les réseaux nationaux ont été d’un grand soutien dans la bataille médiatique avec le gouvernement local. Ils ont permis entre autres une dénonciation de la situation à un niveau national et international, offrant une visibilité qui a facilité la pression politique du gouvernement croate. On voit ici l’importance du dialogue avec les pouvoirs locaux : une relation conflictuelle entre l’association et l’institution mène à l’accroissement de la précarité de la structure.

Pourtant, Slaven Tolj sait que l’installation de ce centre culturel et le développement d’activités commerciale leur offrira une grande stabilité, ce qu’il recherche, c’est l’indépendance : « Notre problème dans cet espace, c’est la stabilité. On a des problèmes pour les fonds structurels, c’est pour cela que l’on veut développer les aspects commerciaux du Lazareti avec une librairie, un restaurant, un club pour financer le fonctionnement. Ce sera la solution pour survivre. Notre projet aujourd’hui c'est de finir l'espace et de mettre en place des programmes culturels ».

Source : Sur le rôle de l'art et de la culture indépendante dans la société : du développement local à la construction d'une identité européenne, 2003-2004. (Document PDF)

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Dubrovnik

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