Tomislav Sunić

Publié le 2 Août 2010

Tomislav Sunić

 

 

 

 

1 - Biographie :

 

Tomislav Sunić est écrivain, traducteur et ancien professeur en sciences politiques aux Etats-Unis.

Né en Croatie en 1953, il étudia l’anglais et le français à l’université de Zagreb, avant de partir en Californie étudier les affaires internationales. Docteur de l'Université de Californie. Il est également un ancien diplomate de l'Etat croate.

Pamphlétaire et contestataire de la droite antilibérale croate, il est l'auteur d'ouvrages et d'articles en français, allemand, anglais et croate sur des thèmes traitant du pessimisme culturel, de l'usage et de l'abus du langage moderne par les pourvoyeurs de l'idéologie libéralo-communiste, ainsi que de la géopolitique dans les Balkans, de la démocratie et de l'utopie égalitaire. Tomislav Sunić dénonce inlassablement le danger de la globalisation mondialiste en train d'éclore sur les décombres du communisme dans les pays de l'Est.

Tomislav Sunić est le correspondant en Croatie de la revue Nouvelle école et membre du Comité d'honneur de l'Académie de recherches sociales et politiques.

Aujourd'hui, il milite notamment pour un véritable rapprochement entre les deux frères ennemis croate et serbe. Cette guerre larvée servant, selon lui, les intérêts des ennemis de l'Europe.

 

 



2 - Livres :
 

  • Against Democracy and Equality : The European New Right (1990)
  • Titoism and Dissidence (1995)
  • Američka Ideologija
  • Cool Croatia
  • Homo americanus: Child of the Postmodern Age (Mars 2007)
  • Postmortem Report : Cultural Examinations from Postmodernity (Recueil d'essais) (Février 2010)
  • La Croatie : un pays par défaut ? (Juin 2010) (préfacé par  Jure Vujić)(voir la critique sur Euro-Synergies par Georges Feltin-Tracol)

 

***

 

L'identité moderne, lorsqu'elle est basée sur l'intérêt économique, semble moins préoccupante pour la société moderne que lorsque cette identité sous-tend le message politique. Dans le système mondial, les intérêts économiques constituent la base de l'idéologie dominante, alors que les identités, qui mettent en relief un style de vie particulier ou incitent à un comportement communautaire, risquent de fragmenter la société. Toute identité politique, même sous sa forme la plus douce et post-nationaliste, est dans son essence polémogène : elle est fatalement obligée d'entrer en conflit avec une autre identité politique. Certes, tant que la nouvelle identité reste dans le domaine du folklore, du commerce ou du tourisme de masse, elle est la bienvenue ; inversement, dès qu'elle évoque ses victimes, ses morts, et commence à exalter ses mythes fondateurs, elle devient suspecte aux yeux de la société marchande. La société du loisir est actuellement le meilleur moyen d'écraser la conscience nationale croate et de recycler son identité en une marchandise convoitée. "Le folklore est très prospère dans les petites nations que le pouvoir soviétique a écrasées. On pourrait à ce propos multiplier les exemples. Les pièges du folklore sont donc ceux dont doivent se défier avec le plus de vigilance tous ceux qui rêvent de libérer leur culture de toutes les formes d'oppression". [16] Le folklore de masse qui fut l'unique manifestation de l'identité croate à l'époque yougoslave et communiste, fut après l'éclatement de la Yougoslavie, vite suivi par la coca-colisation des esprits au point que la symbolique nationaliste croate est devenue une marchandise - au grand plaisir des classes régnantes en Occident. La Croatie n'est pas un cas isolé, mais dans ce petit pays, les mutations symboliques sont plus visibles que dans des pays plus grands. D'ailleurs, cette déformation des identités nationales est visible aux quatre coins du monde.

 

 

Source : Tomislav Sunić, La Croatie : un pays par défaut ?, Avatar Editions, 2010, pp. 57-58. [books.google.com]

 

 

3 - Interviews :

 

1. Tomislav Sunić interviewé par Méridien Zéro (partie 1/4)

 

 

 

 

 

2. Tomislav Sunić interviewé par lepoint.fr

 

 

 

Je crains que l'Europe ne devienne une nouvelle Yougoslavie

 

Pour l'essayiste croate, Tomislav Sunic, qui regrette l'adhésion de son pays, l'Union européenne a sacrifié la politique sur l'autel de l'économie.

 

 

C'est une voix discordante dans le concert de célébrations organisées en Croatie pour l'entrée du pays au sein de l'Union européenne, officialisée ce 1er juillet 2013. Tomislav Sunic, croate et américain, ancien diplomate et professeur en sciences politiques, désormais intellectuel à plein temps, a grandi dans la détestation du communisme version Tito. En janvier 2012, il a voté contre l'entrée de son pays dans l'Union européenne. Lui qui a appris le français en lisant "les lettres de Daudet" et "la plume d'Aron" dit naviguer librement entre la pensée économique de gauche et une approche de la culture de droite. Conflit serbo-croate, situation économique difficile, corruption..., l'auteur de La Croatie : un pays par défaut ? (2010, éd. Avatar) se montre plus que pessimiste quand on lui demande si cette adhésion peut aider à régler les problèmes de son pays. Entretien.

 

Le Point.fr : Quel regard portez-vous sur l'entrée de la Croatie dans l'UE ?

Tomislav Sunic : Pour l'heure, je pense que l'Union européenne, telle qu'on peut l'observer, relève plus d'un "constructivisme académique" que d'une réalité politique qui refléterait la volonté de ses peuples. C'est le problème essentiel. En fait, le projet européen tel qu'il est, je le crains, me rappelle beaucoup l'ancienne République de Yougoslavie.

 

Si c'est le cas, on peut s'attendre à un avenir qui déchante...

Bien sûr, la désintégration yougoslave ayant abouti à des guerres inutiles et désastreuses. Conçu sur papier à la fin de la Première Guerre mondiale, le projet yougoslave semblait tout à fait valable, sauf que plusieurs mythologies nationalistes (slovène, serbe, croate, etc.) allaient finalement conduire à son éclatement sauvage. Au niveau européen, il me semble que l'on procède là aussi à des élargissements sans vraiment sonder le terrain.

 

Que voulez-vous dire?

Je ne suis pas le seul à penser que le projet européen est mal défini. Depuis le Traité de Rome en 1957 jusqu'à aujourd'hui, il se dirige d'abord vers "l'économisme", soit un capitalisme sauvage, et favorise la création d'une oligarchie mondialiste... Fatalement, cela va rejaillir sur le sort des peuples. Regardez par exemple le Mécanisme de stabilité européen, qui donne une immunité quasi totale à des décideurs non élus. Ils échappent au triage démocratique !

Que la Commission et la Banque centrale européenne rédigent nos lois, dans la grammaire comme dans la substance, voilà un projet qui me paraît particulièrement anti-démocratique. C'est ce qui me fait prédire que l'on se dirige malheureusement plus vers une rupture que vers une consolidation européenne. Bruxelles parle un langage économique, mécanique, super-capitaliste, qui nous fait mal, qu'on soit croate, français, de gauche ou de droite.

 

L'adhésion de la Croatie a pourtant été entérinée par un vote démocratique [66,67 % des votants ont dit oui, NDLR].

Certes, mais ce référendum a souffert de 60 % d'abstention [56,46 % exactement, NDLR]. Ce n'est donc qu'une petite couche de la population qui a voté oui. Si l'on compare à 1991, 85 % de Croates s'étaient déclarés pour la sécession d'avec la Serbie. Voilà un plébiscite qui était non seulement légal mais doté d'une légitimité à part entière. Dans le cas du référendum pour l'UE, on a fait chuter à dessein le palier de votes pour rendre le référendum valide...

De plus, il faut savoir que l'immense majorité de la classe politique croate est composée des nostalgiques de la Yougoslavie de Tito, que ce soit le président, Ivo Josipovic, ou même le Premier ministre, Zoran Milanovic (centre gauche, élu en 2011), issu d'une célèbre famille communiste. Des gens qui, paradoxalement, sont devenus les principaux supporters de l'"intégration" ! Ils pensent que tous nos problèmes vont être résolus à Bruxelles, par une pluie d'argent. Je caricature, mais c'est l'esprit.

 

Justement, l'économie croate compte 20 % de chômeurs, 50 % chez les jeunes. L'Europe a promis une enveloppe de 14 milliards d'euros au pays. N'est-ce pas là un signe positif ?

Tout à fait, nous sortons de quatre années sans croissance, même si notre dette souveraine reste bien inférieure à celle de la France par exemple [59 % du PIB contre 91,7 %, NDLR]. N'oublions pas aussi que toutes les familles ont leur expatrié (en Europe, en Amérique du Sud, etc.), ce qui permet de s'entraider. On a une vraie culture de la débrouille, aussi. Je ne pense pas que notre situation soit catastrophique.

En revanche, je pense que ce sont les grands apparatchiks de l'UE, tel M. Barroso, qui ont besoin de la Croatie plutôt que le contraire. Pour se donner bonne conscience, pour dire : "Regardez comment on continue d'intégrer." Et de faire un peu oublier au passage les cas grecs et portugais, qui ont pourtant été, à l'époque, les premiers bénéficiaires des aides européennes...

 

La Croatie est classée 62e sur l'indice de perception de la corruption par l'ONG Transparency International. Que faire pour lutter contre ?

C'est un de nos grands problèmes, c'est certain. Nous n'avons pas eu, comme vous en France en 1945, une "épuration" en 1945 après la fin de la guerre. Nous aurions dû nous débarrasser des membres de la police secrète, nous n'avons pas assez fait table rase de la période communiste.

 

L'entrée dans l'UE peut tout de même constituer une étape pour tourner la page du passé. Par exemple, en aidant à enterrer la hache de guerre avec Belgrade ?

N'oublions pas que, dans les années 90, quand beaucoup de Croates étaient pro-européens, Bruxelles ne s'était pas donné beaucoup de peine pour stopper les atrocités entre la Croatie et la Serbie.

Par ailleurs, je pense que cette adhésion ne résout en rien la question de la vérité historique, qui nous mine d'un côté comme de l'autre de la frontière. Je plaide pour une grande conférence qui réunirait des intellectuels de tous horizons pour qu'on règle une fois pour toutes la question de la "victimologie". C'est-à-dire qu'on se débarrasse de cette bataille de chiffres, dans laquelle on compte nos morts de part et d'autre sans souci des faits. Mes compatriotes construisent trop souvent leur identité de "bon Croate" en opposition avec le "mauvais Serbe". Il faut vraiment sortir de cette nécessité d'exister dans le dénigrement de l'autre...

Mais que ce soit à Bruxelles, Zagreb ou Belgrade, tout le monde est imprégné du même "économisme". Tout se résume aux mathématiques, aux chiffres. Il faudrait plutôt mettre en valeur nos idées spirituelles, intellectuelles, culturelles. Je suis pour une Europe culturelle, que l'on parle tous les langues des uns et des autres, plutôt qu'un mauvais anglais.

 

 

Propos recueillis par Jason Wiels

Source : lepoint.fr, le 1er juillet 2013.

 

 

 

 

 

3. Un article de Tomislav Sunić pour les Éditions BIOS

 

L'identité croate : état des lieux, état d'urgence.


 

Depuis l’éclatement de la Yougoslavie, en 1991, jusqu’ à ce jour, les Croates sont obligés de faire face à une identité mal définie.  Leur récente guerre de sécession, appelée maladroitement « la guerre patriotique » et « la guerre défensive », se prête à de sérieux malentendus juridiques. Nulle part on n’emploie ce qui serait une dénomination plus exacte, à savoir « la guerre de libération croate contre le communisme et contre la Yougoslavie ». Or il y a une différence considérable entre les deux. La classe politique en Croatie, la classe médiatique, toutes converties aujourd’hui à l’américano-occidentalisme, se composent en grande majorité d’anciens cadres yougoslaves, d’anciens communistes et de leurs rejetons. Si donc la récente guerre de sécession croate ne fut qu’une « guerre défensive », on est en droit de se poser la question de savoir si la Croatie, entre 1991 et 1995, était en train de protéger et de sauvegarder les acquis du communisme et de la Yougoslavie ou bien si elle exprimait le désir de s’en débarrasser. Il ne faut pas non plus exagérer le rôle des nationalistes croates comme le font souvent les médias étrangers. Beaucoup de nationalistes croates peuvent être décrits comme « Croates par défaut », ou comme des « Croates réactifs », vu que leurs sentiments nationalistes s’expriment souvent en fonction de la haine de l’Autre, à savoir de la prétendue menace serbe.  En Croatie, la classe politique fait délibérément abstraction des causes profondes de l’éclatement de l’ex-Yougoslavie. En se focalisant sur la menace réelle ou prétendue des Serbes, les partis politiques croates, et notamment les nombreux suiveurs ou sympathisants de l’ex-maréchal communiste Tito, se donnent ainsi une commode échappatoire pour masquer leur sanglant héritage.

L’adhésion de la Croatie à l’OTAN en 2009, et à l’Union européenne en 2013, complique davantage l’identité croate. Malgré le fait que l’OTAN n’ait aucune raison d’être en Europe, vu que son adversaire, le Pacte de Varsovie, a été dissout depuis bien longtemps, l’OTAN constitue dans la conscience populaire croate le symbole de l’appartenance à l’Ouest et donc la meilleure défense contre les prétendus appétits russes et grand-serbes. D’ailleurs, qu’on le veuille on non, l’OTAN constitue le bras armé de l’hégémonie américaine à laquelle tous les pays européens sont censés se soumettre, y compris la nouvelle Croatie. Il faut néanmoins souligner que les sentiments pro-américains et pro-otaniens chez les Croates, à l’instar des peuples majoritairement catholiques, tels les Baltes, les Polonais, les Slovaques, sont traditionnellement plus prononcés que chez les peuples chrétiens-orthodoxes. Quant aux anciens yougo-communistes et à la gauche croate post-yougoslave, ils sont devenus aujourd’hui, à l’instar de la gauche en France, des otaniens acharnés. En cas de grave crise russo-américaine, il ne faut aucunement exclure que l’OTAN puisse miser sur les nationalistes croates, baltes, polonais, etc. Le scénario similaire en Ukraine saute aux yeux. Les Croates semblent oublier que l’Amérique a des intérêts qui changent au gré des circonstances géopolitiques. Jusqu’en 1992, et contrairement à ce que quelques auteurs français de renom disaient, l’Amérique était l’avocat de l’unité et de l’intégrité de la Yougoslavie. Ce ne fut que plus tard qu’elle changea radicalement de cap.

Il en va de même en Croatie où, mis à part quelques partis mineurs de l’extrême droite, tous les partis politiques se font les porte-parole de « l’intégration euro-atlantique ».  L’adhésion de la Croatie à l’UE est considérée comme le meilleur bouclier contre la Serbie chrétienne-orthodoxe et par détour contre la prétendue hégémonie russe, ainsi que comme le meilleur moyen contre toute tentation d’un nouvel avenir balkanique. Ce n’est pas exact. À quoi bon vouloir se débarrasser de la Yougoslavie pour se lancer aussitôt dans un semblable cadre multiculturel et supra-étatique, portant cette fois-ci le nom plus attrayant d’ « Union européenne » ? Les oukases bruxellois furent pourtant fermes. Quoiqu'un tiers seulement des Croates se soient exprimés en faveur de l’entrée dans l’Union européenne, lors du référendum de janvier 2012, on a délibérément baissé le quorum des votes pour rendre l’adhésion valide.

Certes, dans les années 90, l’idée européiste avait un certain prestige en Croatie, alors qu’aujourd’hui, à l’instar des autres pays membres, les Croates commencent à déchanter. Même les Croates les plus naïfs se rendent compte que l’UE n’est plus une machine à fric. Il n’est donc pas à exclure que la Croatie, comme d’ailleurs d’autres pays membres, commence bientôt à se poser la question non pas de comment garder sa place au sein de l’UE mais de comment en sortir.

 

Le grand remplacement dans la perspective croate

Le fléau des fleuves migratoires non européens complique davantage la construction de l’identité croate. Certes, les fleuves migratoires qui se déversent sur l’Europe ont déjà eu un énorme impact psychologique sur les Européens qui se réclament de l’idée identitaire ou qui se réclament des divers nationalismes européens. Ce qui saute aux yeux, c’est que le grand remplacement ethno-racial en cours, pour utiliser des termes exacts, passe pratiquement inaperçu dans les médias croates. La migration afro-asiatique est traitée comme un fait divers qui va s’arrêter miraculeusement tout seul. Et peut-être que les Croates n’ont pas tort. Ils savent fort bien que les fleuves migratoires veulent rejoindre, coûte qui coûte, le pays de cocagne, l’Allemagne, et non s’arrêter en Croatie. Au sujet de cette marée migratoire non européenne, la Croatie, comme d’ailleurs tous les pays de l’Est, n’y est pour rien. Ceux qui portent la responsabilité d’avoir déclenché le grand remplacement ethno-racial, ou mieux ceux qui l’attisent, sont les politiciens allemands et bruxellois. Cela dit, il ne s’agit d’aucun complot allemand, ni d’aucun besoin d’une prétendue main d’œuvre à bon marché, comme on l’évoque dans certains milieux de droite en Europe. La raison principale de cette « culture d’accueil » – dont la classe politique allemande se fait aujourd’hui le principal chantre – réside dans le complexe de culpabilité historique des politiciens allemands, complexe qui remonte à 1945, et qui pousse actuellement la classe dirigeante allemande ainsi que de nombreux intellectuels allemands de gauche à se montrer plus catholiques que le pape, à savoir plus démocratiques et plus multiculturels que tous les autres pays de l’UE. Paradoxalement, la Croatie, ainsi que toute l’Europe de l’Est, grâce à la poigne communiste d’antan, a su préserver son visage européen, sa face blanche, et sa mémoire historique. Pour combien de temps encore. 

En revanche, l’Allemagne, vu son passé qui ne passe pas, doit jouer à la surenchère humanitaire et altruiste envers les migrants, s’imaginant ainsi que son turbulent passé va finalement passer. Soumis, après la Deuxième Guerre mondiale, à une rééducation exemplaire, il n’est pas étonnant que Mme Merkel et son entourage fassent des discours ultra humanitaristes et multiculturalistes à outrance. En revanche, le problème pour les pays voisins, y compris pour son ami traditionnel, le peuple croate, est autrement plus grave. Par ses gestes grotesques et expiatoires, l’Allemagne risque de devenir à nouveau le paria européen - mais en sens inverse, bien sûr. Les pays de l’Est voisins, tels la Hongrie et la Croatie, ne pourront pas éternellement conserver leur statut d’enclaves blanches. Les fleuves migratoires vont fatalement se déverser sur eux, avec les effets que l’on peut imaginer. Force est de constater pourtant, que le peuple croate, ou le peuple serbe, souffre beaucoup moins de complexe de culpabilité historique.

 

Le cas « Hasanbegović » et les nouvelles idées dominantes

Sur le plan de sa politique culturelle, ce qui saute aux yeux c’est que la Croatie, malgré le nombre élevé d’anciens cadres communistes et yougoslaves, surtout dans son corps diplomatique et dans son éducation supérieure, porte toujours dans les médias étrangers le stigmate d’un pays d’extrême droite, à forts résidus nazis-oustachis. Sur le plan déductif, c’est un constat faux et malhonnête. Mieux vaudrait qualifier la Croatie d’aujourd’hui de pays à fortes tendances néo-communistes et yougo-nostalgiques. L’ancien ministre de la Culture, M. Zlatko Hasanbegović, a dû subir un vrai lynchage médiatique en raison de ses prétendues opinions révisionnistes et néo-oustachies. Il fallait s’y attendre. Lors de son court mandat, M. Hasanbegović s’est fait l’avocat acharné de la lustration des anciens cadres yougo-communistes. De surcroît, en tant que ministre de la Culture, il a refusé de distribuer pêle-mêle des subventions à de nombreuses organisations non gouvernementales liées aux divers centres du pouvoir culturel et médiatique occidental. Le lynchage médiatique, déclenché par les médias occidentaux tels que Libération et Le Monde, ne devait pas tarder. La plus efficace méthode pour fermer la bouche à un identitaire ou à un nationaliste européen quelconque, que ce soit en France, en Croatie ou en Allemagne, est de recourir aux amalgames et de le qualifier d’antisémite, d’oustachi et de fasciste. Hasanbegovic en a fait l’amère expérience.

Suite aux élections du 11 Septembre 2016, le nom de Hasanbegovic figure toujours en premier sur la liste du parti victorieux, le HDZ. Or même avec le succès du HDZ (parti centre droite) auquel il appartient, le nouveau gouvernement, par manque d'une majorité absolue, sera obligé d'entrer en cohabitation avec d'autres partis, tous à l'écoute, bien sûr, des  oukases  bruxellois. Force est de constater que dans le système parlementaire  « plus ça change, plus c'est pareil ». À part les formules à la mode sorties de l’évangile des droits de l’homme, de la théologie du marché unique, et de l’idéologie du progrès, répétées inlassablement sur toutes les ondes et par toute la classe politique croate - certes au travers de différentes syntaxes -, il n’y aura rien de neuf en Croatie avec le nouveau gouvernement dirigé  par le HDZ.

Cette fois-ci, pour la Croatie et pour toute l’Europe, les enjeux se situent ailleurs. Le phénomène Donald Trump en Amérique témoigne non seulement d’un basculement profond du paysage politique mais également de la montée des nouvelles idées et des nouveaux mythes dominants en Amérique et en Europe.  L’Allemagne, avec sa politique actuelle d’ethno-masochisme, reste également, et comme toujours, un grand imprévu. Dans les mois à venir, tout ce qui se passera à Berlin et Washington aura fatalement des conséquences sur la Croatie — et sur toute l’Europe.  



 

 

 

Par Laurent Hocq

 

Source : editionsbios.fr, le 12 septembre 2016.

 

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Intellectuels et activistes

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