Ivo Josipović

Publié le 21 Décembre 2012

1. La face B du président croate

 

 

 

L’année 2013 s’annonce chargée pour le chef de l’Etat croate : le 1er juillet, son pays entrera dans l’Union européenne. Ce chef d’Etat atypique devra donc attendre avant de retrouver son piano et de finir son opéra sur John Lennon.

 

 

Un piano blanc, rutilant, posé dans l'antichambre. Des CD qui passent de main en main, au milieu d'un entretien on ne peut plus officiel du maître des lieux. La scène pourrait se passer dans n'importe quel Opéra national, si ce n'étaient ces détecteurs d'explosifs passés sous les voitures à l'entrée du palais présidentiel de Zagreb. L'homme qui vit ici est musicien. Il est aussi président de la République de Croatie.

 

Ce n'est pas faire injure au pays que de constater la place modeste qu'il occupe sur la carte du monde. Un confetti balkanique de 4,5 millions d'habitants, découpé entre Méditerranée et Europe centrale. A l'avant-scène du déchirement de l'ex-Yougoslavie, la Croatie sera à l'honneur en 2013, à la faveur de son entrée, le 1er juillet, dans l'Union européenne. Pas de quoi, néanmoins, déclencher une émeute devant les kiosques à journaux.

 

Ancien professeur d'harmonie

Pourtant, la Croatie pourrait se parer d'un slogan choc : le pays où la musique est au pouvoir. Il y a ces écoles instrumentales qui prolifèrent dans toutes les bourgades. Ces groupes folkloriques et ces choeurs qui résonnent des plaines de Slavonie à la côte dalmate. Quant à l'immeuble de la radio et de la télévision nationales, à Zagreb, il abrite quatre formations permanentes : un orchestre symphonique, un choeur, un grand orchestre de jazz et un orchestre traditionnel.

 

Surtout, la Croatie est le seul pays au monde où le président de la République est aussi compositeur. Pas un saxophoniste amateur à la Bill Clinton, ou un accordéoniste du dimanche façon Valéry Giscard d'Estaing. Non, un vrai ! Dans la lignée des rois David et Frédéric le Grand, ou du grand Ignace Paderewski, pianiste et compositeur, Premier ministre de la République polonaise après la première guerre mondiale. “Le seul président capable de déceler la mauvaise doublure de la basse dans un renversement d'accord parfait”, s'amuse-t-on à l'Académie de musique de Zagreb, où Ivo Josipović enseignait l'harmonie il y a encore 3 ans.

 

Comment en est-il arrivé là ? Calé dans son fauteuil, costume bleu, chemise blanche, le président sourit. “J'ai toujours fait plusieurs choses à la fois.” Enfant, ce fut l'école et le conservatoire, double cursus classique de la nomenklatura d'alors. A l'heure d'entrer à l'université, le jeune Ivo rêve de physique. Mais pas question pour lui d'arrêter la musique. “Mon père était juriste. Dans la bibliothèque, je suis tombé sur un livre de droit romain qui m'a passionné. Ça tombait bien : en droit, il y avait peu d'heures de cours... “

 

Le jeune homme est intelligent, rapide, sérieux. “Pas un révolutionnaire, insiste son ami Berislav Sipus, compositeur et vice-ministre de la culture. Ses compositions, tout en puisant dans différents mondes, étaient assez classiques. Mais toujours réussies, justes. Surtout, je me demandais comment il faisait tout à la fois.”

 

Politicien populaire

Au cours des années 1980, tout en écrivant une vingtaine d'oeuvres, il passe sa thèse de droit, commence à enseigner, et préside le syndicat des compositeurs. Un poste essentiel quand éclate, en 1991, la guerre en ex-Yougoslavie. A Zagreb comme à Belgrade, chacun salue son rôle de modérateur. “Récupérer l'argent des droits d'auteur croates bloqué à Belgrade et trouver une solution légale qui satisfasse tout le monde, c'était un exploit”, ajoute Berislav Sipus.

 

Dans la foulée, il bataille à La Haye comme représentant croate au Tribunal pénal international, tout en poursuivant sa double carrière universitaire. Pendant les années 2000, il prend, en plus, la direction de la prestigieuse Biennale de musique contemporaine de Zagreb et entre officiellement en politique au Parti social démocrate.

 

Elu député en 2003, il est désigné en 2009 comme candidat du parti à l’élection présidentielle. On moque son manque de charisme. “Les gens en avaient assez des bateleurs d'estrade corrompus, tonne Niksa Gligo, autre compositeur et ami de trente ans. Lui rassurait.” Soutenue par la société civile et une myriade d'artistes, sa campagne anticorruption et en faveur de la réconciliation régionale fait mouche. Il est élu en janvier 2010 avec 60 % des suffrages. Presque 3 ans plus tard, il demeure le politicien le plus populaire du pays.

 

Rêves d'après

Que reste-t-il du compositeur, chez l'homme perché dans son palais présidentiel ? Peut-être la conviction que “la culture peut nous aider à sortir de la crise” et qu'”elle doit être au coeur du projet européen”. Le souci, donc, de préserver autant que possible le budget des arts en période de récession. Et cette volonté farouche de maintenir “l'harmonie” du pays.

 

Une harmonie qui manque parfois au musicien. Son piano, il n'y touche que le dimanche, “et encore...”. Il n'a plus rien écrit depuis quatre ans. Alors il rêve de l'après, de cet opéra commandé par la Biennale en 2010, qu'il avait officiellement accepté avant de renoncer quatre mois plus tard. Le sujet le fait encore frissonner : John Lennon “et surtout son assassin, Mark David Chapman”. Son regard redescend du plafond. Il sourit : “C'est ma seule promesse de président que je ne tiendrai pas. Je la laisserai au compositeur.”

 

 

Par Nathaniel Herzberg

Source : lemonde.fr, le 13 décembre 2012.

 

 

 

 

 

2. Ivo Josipović, compositeur et président croate en quête d'un second mandat

 

 

Favori de la présidentielle croate de dimanche, le chef de l'Etat sortant Ivo Josipovic, est un homme politique qui s'engage à sortir ce petit pays des Balkans de la crise économique dans laquelle ce dernier membre de l'UE est enfoncé depuis six ans.

 

Cheveux blancs, ce juriste de 57 ans qui est aussi compositeur de musique classique a conduit son pays au sein de l'Union européenne, en juillet 2013.

Il a lui-même célébré cette adhésion en interprétant au piano l'Ode à la joie de Beethoven, qui est l'hymne officiel de l'UE.

Après avoir emporté la présidentielle de 2010, M. Josipovic avait déclaré qu'il entendait notamment écrire un opéra sur la vie de l'assassin de John Lennon, un projet que ses obligations présidentielles ne lui ont pas encore permis d'achever.

En plaisantant, comme il aime parfois le faire, il avait alors dit espérer que l'écriture de ce morceau resterait la seule promesse non tenue à la fin de son mandat.

Dans un pays où un Premier ministre et plusieurs ministres ont été condamnés ces dernières années pour corruption, cet homme de gauche est exempt d'accusations.

Même si sa côte de popularité a été affectée à cause de mauvais résultats économiques du gouvernement dirigé par le Parti social-démocrate (SDP), dont il est candidat, M. Josipovic devrait arriver en tête au premier tour du scrutin.

Selon les sondages, il devrait affronter au second tour, le 11 janvier, la candidate de l'opposition conservatrice, Kolinda Grabar Kitarovic.

Calme et mesuré, parfois souriant derrières ses lunettes, M. Josipovic a l'air d'un professeur lorsqu'il s'adresse en public, toujours armé de patience.

Dans un récent sondage, les Croates affirmaient apprécier notamment son "expérience politique" comme principale qualité.

 

- Une attitude trop conciliante -

Mais son attitude conciliante lui a valu aussi d'être critiqué par certains comme un homme politique qui essaye de "rester dans les bons termes avec tout le monde" et de n'exprimer ainsi jamais une opinion ferme sur un quelconque sujet important. Ses détracteurs lui reprochent également son "manque de charisme".

Elu en 2010, il avait promis "le retour de la moralité dans la politique" et prônait une "nouvelle équité" pour tous les citoyens et la lutte contre "la profonde injustice sociale".

"Au cours des cinq dernières années, la Croatie a été un pays stable et sûr", s'est-il félicité lors d'un discours prononcé au cours de la campagne électorale.

Sa principale rivale lui reproche de ne pas avoir réussi dans sa mission.

M. Josipovic avait été membre du Parti communiste croate depuis 1980 et avait contribué à sa transformation en Parti social-démocrate (SDP) au début des années 1990. Expert en droit pénal, il avait quitté la politique en 1994 pour se consacrer à sa carrière universitaire et à la musique.

Elu en 2003 au Parlement sur les listes du SDP, réélu en 2007, il a officiellement réintégré cette formation en 2008.

M. Josipovic est le troisième président de la Croatie depuis la proclamation de son indépendance de l'ex-Yougoslavie en 1991.

Il a succédé au centriste Stipe Mesic (2000-2010) qui a dirigé la Croatie après le nationaliste Franjo Tudjman, considéré comme le père de l'indépendance croate, décédé en décembre 1999.

Né à Zagreb, M. Josipovic est marié et père d'une fille de 23 ans.

 

 

Source : lalibre.be, le 26 décembre 2014.

 

 

 

 

 

3. Ivo Josipović annonce son retour en politique
 

 

Battu en janvier, l’ancien président de la République fait son retour sur la scène politique. Ivo Josipović annonce la création d’un nouveau parti de « centre gauche » en vue des élections législatives de la fin de l’année. Il pourrait encore affaiblir le Parti social-démocrate (SDP) du Premier ministre Milanović, déjà en mauvaise posture.


 

Ivo Josipović organise son come-back. L’ancien Président de la République, battu par Kolinda Grabar Kitarović lors des élections du 13 janvier, qui a repris son enseignement à la Faculté de droit de Zagreb, a annoncé mardi 7 avril son intention de fonder un nouveau parti politique.

L’ancien chef de l’État est catégorique : il ne rejoindra pas les rangs du Parti social-démocrate (SDP), dont il a longtemps été militant. « Je n’ai pas reçu de réponses satisfaisantes à mes propositions politiques, je suis donc en train de chercher à former une nouvelle gauche, un nouveau centre-gauche », a-t-il expliqué lors d’une interview à la télévision N1. « Il s’agira d’un parti composé de nouvelles figures, de jeunes, mais aussi de personnes qui ont déjà derrière elles une solide carrière politique », a-t-il indiqué, avant de préciser la tenue d’une assemblée constitutive mi-mai, durant laquelle le nom de la formation sera dévoilé.

L’ancien Président s’affiche désormais comme un rival du Premier ministre social-démocrate Zoran Milanović. « Le manque de réformes est le plus grand problème de ce gouvernent », a affirmé Ivo Josipović, pointant du doigt une mauvaise gestion de la crise économique. De son côté, il promet des mesures « encore jamais mises en place ». Le juriste-musicien de Zagreb poursuit ainsi sa série de piques lancées à ses anciens camarades du SDP. Depuis les élections, il a en effet pris ses distances avec Zoran Milanović, tout en assurant ne pas vouloir prendre la place du Premier ministre.

Malgré sa défaite, Ivo Josipović bénéficie encore d’une bonne cote de popularité et vise désormais les prochaines élections législatives. À la fin de l’année, les Croates seront appelés aux urnes pour renouveler le Sabor, le Parlement national, et la campagne électorale débutera dans quelques mois.

Cette division de la gauche pourrait tourner à l’avantage de l’Union démocratique croate (HDZ, droite), qui demeure le grand favori. Toutefois, les jeux ne sont pas faits. Beaucoup dépendra du rôle que la nouvelle formation décidera de se donner. Malgré les divergences affichées, le SDP demeure le partenaire politique naturel de l’ancien chef de l’État, si celui-ci parvient à se faire une nouvelle place sur la scène politique.

 

 

 

Par Laetitia Moreni

 


 

Source : balkans.courriers.info, le10 avril 2015.


 

 

 

 

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Hommes politiques, #militaires et diplomates

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