Lundi 5 décembre 2011 1 05 /12 /Déc /2011 10:08

Croatie : Zoran Milanović, un diplomate pour affronter l’UE

 

Au pays qui se targue d’avoir inventé la cravate, c’est déjà tout un symbole :  Zoran Milanović   aime à arborer, sous ses costumes de bonne facture, la chemise ouverte des dirigeants jeunes et modernes. Le vainqueur des élections législatives croates du dimanche 4 décembre (sa coalition de centre-gauche est en passe d’obtenir 79 sièges sur 151 à la Diète) entend incarner l’avenir européen d’une Croatie débarrassée de ses démons et prête à aller de l’avant.

De fait, cet homme de 45 ans à l’allure discrète restera dans l’histoire de la jeune République croate comme celui qui a mis fin à vingt ans de règne quasi ininterrompu de la HDZ (Union démocratique croate), le parti nationaliste fondé par  Franjo Tuđman, aujourd’hui miné par un clientélisme endémique, une crise économique sévère et des affaires de corruption qui ont fait chuter jusqu’à l’ancien premier ministre  Ivo Sanader. C’est aussi lui qui sera à la tête du pays quand la Croatie deviendra, en juillet 2013, le vingt-huitième Etat membre de l’Union européenne.

Déterminé à faire de la Croatie et de ses 4,4 millions d’habitants "un petit dragon de l’Europe", M. Milanović a décliné tout au long de sa campagne un programme essentiellement axé sur le redressement économique du pays et son arrimage à l’Europe, le tout "dans la sueur". Son parcours, celui d’un diplomate polyglotte naviguant entre Bruxelles et Zagreb, semble lui aussi aller dans le sens du renouveau des responsables politiques discrédités. "Il est capable de redonner foi dans la politique", veut croire un diplomate qui a travaillé avec lui et le dépeint en "bon professionnel aux capacités intellectuelles supérieures".

 

Mais Zoran Milanović est-il réellement capable de sortir la Croatie de l’ornière économique et morale ? D’abord, cet orateur moyen, décrit comme arrogant et peu charismatique, dont la seule aspérité semble être son caractère colérique, n’est pas populaire. "Même avec un masque de Mickey sur la tête, Milanovne peut pas perdre", écrivait pendant la campagne le commentateur  Tomislav Klauški, mettant en avant la soif d’alternance de la société croate.

 

"S’il n’est pas populaire, c’est qu’il n’est pas populiste", répond  Davor Butković, éditorialiste au quotidien Jutarnji list, lui aussi convaincu que le nouveau premier ministre va forger une administration dévouée au bien public et guidée par le respect de la loi. "Quand on va au restaurant, il insiste pour payer l’addition, mais seulement une fois sur deux. Cet homme est l’opposé de l’idée de corruption."

 

 

"COUPS D’ÉCLAT"

 

Davor Majetić, président du syndicat des employeurs, espère que M. Milanović aura le courage de rompre avec le clientélisme et d’assainir les entreprises publiques mais, selon lui, "le chef de la majorité risque de devoir donner des gages aux trois autres membres de sa coalition en distribuant les sphères d’influence sur l’économie".

 

Au-delà du volontarisme affiché, reste à savoir si Zoran Milanović aura les épaules pour résister aux groupes de pression – anciens combattants, réfugiés de la guerre, fonctionnaires, groupes industriels – qui paralysaient l’action de la HDZ. Personne ne songe à lui reprocher d’avoir embrassé, pendant la "guerre patriotique" (1991-1995), la carrière diplomatique, mais le fait est que M. Milanović n’est pas un homme de combat.

 

Depuis l’époque où, enfant de la classe moyenne communiste, il se battait contre les petites frappes de son quartier de Trnje, alors le plus mal famé de Zagreb, "Zoki" a mené sa barque en douceur, presque en dilettante. Il y a bien eu la prise du Parti social-démocrate (SDP), après la mort d’Ivica Račan  en 2007, mais le vieux chef avait si bien écarté ses rivaux que la place était chaude pour un jeune loup.

 

Autre source d’inquiétude, sa faible expérience du pouvoir. "Le plus haut poste qu’il a occupé dans la fonction publique, c’est directeur", remarque perfidement Andrej Plenković, secrétaire d’Etat aux affaires européennes et membre de la HDZ. Chef de l’opposition pendant quatre ans, Zoran Milanović a rarement pris part aux débats parlementaires et n’a jamais proposé de loi, explique le politologue Davor Gjenero : "Il n’existe que par des coups d’éclat ponctuels", comme la demande, pourtant irréalisable, en 2007, d’organiser un référendum sur l’adhésion à l’OTAN.

 

Une accusation que récuse  Vesna Pusić, sa partenaire libérale dans la coalition et probable ministre des affaires étrangères : "Au contraire, il gagnerait à être un peu plus showman. Parce que si nous avons besoin d’une vie politique apaisée et normalisée, nous avons aussi besoin de dirigeants forts."

 

 

Source : lemonde.fr, le 5 décembre 2011.

Par brunorosar - Publié dans : Hommes politiques, militaires et diplomates
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