Le Conseil pour traiter du passé des régimes non démocratiques

Publié le 9 Mars 2017

La Croatie entame son travail de mémoire

 

Le gouvernement croate vient de créer un « Conseil pour traiterdu passé des régimes non démocratiques ».

Ce nouvel organisme traitera aussi bien de la Croatie alliée du régime nazi que de la période yougoslave.

 

Pourquoi créer un organisme revisitant le passé récent de la Croatie ?

Le gouvernement avait promis, en décembre 2016, la création d’un « Conseil pour traiter du passé des régimes non démocratiques ». Il s’agissait alors de répondre à une provocation d’anciens paramilitaires de la guerre des années 1990, qui avaient posé une plaque dans la ville de Jasenovac.

Sur cette plaque figure le slogan « Za dom spremni » (« Prêts pour la patrie »), qui fut également celui de l’État indépendant de Croatie (NDH). Allié de Hitler de 1941 à 1945, ce régime fut responsable de la mort de dizaines de milliers de Serbes, Roms et opposants politiques, notamment dans le camp de Jasenovac.

L’absence de réaction de l’actuel gouvernement avait provoqué une polémique, d’autant que des scandales de ce type se sont multipliés ces dernières années. Il avait alors avancé le projet de créer une commission pour travailler sur les épisodes douloureux du pays.

 

En quoi la mémoire collective nationale pose-t-elle problème ?

La guerre d’indépendance de 1991-1995 a vu se réécrire l’histoire du NDH, dans une version patriotique et anticommuniste. Selon ses thuriféraires, le NDH n’était pas tant un satellite nazi qu’un État libéré de la domination serbe et dont le peuple a subi la vengeance de Tito après 1945. Le nombre de victimes du NDH est souvent minimisé par les partisans de cette lecture de l’histoire.

À cette narration s’oppose celle des antifascistes, qui peinent à reconnaître que la Yougoslavie de Tito avait aussi sa police secrète, aux méthodes violentes et dont la terrible prison politique de l’île de Goli Otok reste l’un des pires stigmates.

« Le conflit entre ces deux narrations n’est pas nouveau mais s’est renforcé avec la vague de populisme qui s’est emparée de l’Europe », estime Mario Zuric, directeur de la branche croate de l’Initiative de la jeunesse pour les droits de l’homme (YIHR), une ONG qui s’intéresse au traitement du passé. Il regrette « une incapacité à engager le dialogue ».

 

Qu’attendre de ce Conseil ?

Organe consultatif au service de l’exécutif, le Conseil devra proposer « des recommandations complètes ayant pour but de traiter le passé ». Par exemple sur l’utilisation des symboles du NDH et de la Yougoslavie titiste. Parmi ses membres, on trouve des professeurs de droit et de sciences politiques, six historiens et le président de l’Académie des arts et des sciences, nommé président du Conseil.

Mais sur la chaîne N1, le président du Conseil Zvonko Kusic a fait montre de maigres ambitions en se contentant d’espérer que « les tensions qui plombent la société… diminuent ». Deux membres de son équipe s’opposent déjà sur la question des rues portant le nom de Tito.

Vesna Terselic, de l’ONG Documenta, critique une manœuvre du gouvernement dominé par le HDZ, parti né de la guerre d’indépendance, qui « se décharge pour ne pas prendre position » alors que les mémoriaux et autres sites historiques manquent d’investissements. « Le gouvernement n’agit pas », alors que, par exemple, on « ne sait toujours pas combien de personnes ont été tuées par les communistes ».

Le Conseil manque surtout de soutien. Le YIHR et d’autres organisations de jeunesse ont refusé d’y participer. De même que des historiens et intellectuels, qui se méfient de ce qui ressemble trop à une écriture officielle de l’histoire.

 

 

Par Marion Dautry

 

Source : la-croix.com, le 9 mars 2017.

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Thèmes politiques et identitaires

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Angelilie 11/03/2017 18:52

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une belle découverte et un enchantement.