Miro Kovač

Publié le 29 Mai 2016

Il faut tout faire pour sauver Schengen et l'euro”

 


 

ENTRETIEN

Miro Kovac, ministre des Affaires étrangères de la Croatie, explique les orientations de la politique étrangère de son gouvernement.


 

La Croix : La Croatie semble entraver la poursuite des négociations d’adhésion entre la Serbie et l’Union européenne. Pourquoi ?

Miro Kovač : C’est une fausse impression. La Croatie fait partie des pays qui ont soutenu l’ouverture formelle des négociations entre la Serbie et l’Union européenne en janvier 2014, ainsi que le début des négociations sur les deux premiers chapitres en décembre 2015. Nous soutenons clairement le rapprochement de la Serbie avec l’UE. C’est dans l’intérêt de la Croatie.

La négociation sur les deux chapitres clés, relatifs aux droits fondamentaux et au système judiciaire, qui sont au cœur même de l’identité européenne, pourrait toujours s’ouvrir au mois de juin. Mais tout progrès dans ce domaine dépend en premier lieu de la volonté de la Serbie à appliquer les principes de l’État de droit. Je dois d’ailleurs me rendre à Belgrade après la formation du nouveau gouvernement.

 

La Croatie veut se rapprocher des pays du groupe de Visegrad. Est-ce par proximité idéologique ?

Miro Kovač : La Croatie entend entretenir des relations amicales avec l’ensemble de ses voisins immédiats : la Slovénie, la Hongrie, la Bosnie-Herzégovine, la Serbie, le Monténégro et l’Italie. Nous voulons coopérer étroitement avec les pays d’Europe centrale et orientale, mais aussi d’une manière intense avec notre voisinage sud-est européen.

Nous sommes fiers du rôle joué par la Croatie dans la crise migratoire. Nous n’avons jamais fermé nos frontières et nous avons accepté d’accueillir, en Croatie, temporairement 1 600 réfugiés. La Croatie a travaillé étroitement avec l’Autriche et la Slovénie, deux pays membres de l’Union européenne, et avec la Serbie et la Macédoine, deux pays candidats, et ainsi contribué d’une manière cruciale à la diminution significative du nombre de réfugiés et migrants venant en Europe.

C’est nous qui avons aidé à ce qu’il y ait aujourd’hui dans l’Union européenne une approche commune vis-à-vis de la crise migratoire. Le premier ministre de Bavière nous en a d’ailleurs récemment remerciés.

 

La Croatie est candidate à l’entrée dans l’espace Schengen. Certains déclarent les accords de Schengen obsolètes. D’autres veulent les réformer. Quelle est la position du gouvernement croate ?

Miro Kovač : Il faut tout faire pour maintenir l’espace Schengen et en faire un mécanisme plus efficace. La Croatie espère le rejoindre dès 2018. Nous y travaillons. Pour un Croate ou Français moyen, l’Europe aujourd’hui, ce qui est tangible, ce sont la libre circulation des personnes et des biens et la monnaie unique, l’euro. Il faut tout faire pour sauver Schengen et l’euro.

 

Certains Croates, y compris dans le parti HDZ, ont une vision négative de l’Union européenne et comparent les directives de Bruxelles à un nouveau communisme. Qu’en pensez-vous ?

Miro Kovač : Encore une fausse impression. Les Croates sont plus pro-européens que les citoyens de nombreux pays fondateurs de l’Union européenne. Regardez ce qui s’est passé récemment aux Pays-Bas avec le référendum sur l’accord d’association avec l’Ukraine, ou en France lors du référendum de 2005 sur la Constitution européenne. Un récent sondage montre que 60 % des Croates sont favorables à l’élargissement.


 

Certes, nous ne sommes pas « euro-enthousiastes », nous sommes « euro-réalistes ». L’indépendance de la Croatie est inséparable de l’idée européenne. Nous nous souvenons tous que l’indépendance de la Croatie a été reconnue par les États membres de la Communauté européenne en 1992. Dès 1990, notre premier président démocratiquement élu, Franjo Tudjman, s’était prononcé devant le Parlement croate pour l’« européanisation » de notre pays.

La Croatie est d’ailleurs un des rares pays au monde où, depuis 1990, le préambule de la Constitution fait explicitement référence au rejet des systèmes et valeurs totalitaires – fascistes et communistes. Nous dénonçons l’extrémisme de droite comme de gauche.


 


 

Par François d'Alançon


 

Source : la-croix.com, le 26 mai 2016.


 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Hommes politiques, #militaires et diplomates

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