L'exploration de pétrole et de gaz dans l'Adriatique

Publié le 11 Mars 2015

Faux départ de la Croatie dans sa course à l'or noir

 

Critiqué par les écologistes, le premier ministre croate Zoran Milanovic a annoncé un référendum sur la question pétrolière. Italie et Slovénie demandent à Zagreb de participer à l'étude d'évaluation d'impact environnemental.


 

La Croatie va-t-elle devoir abandonner son aventure pétrolière ? La question se pose car, depuis quelques semaines, les opposants à l’exploitation des hydrocarbures dans l’Adriatique donnent du fil à retordre au Premier ministre Zoran Milanović. 

Initialement prévue pour le 2 avril 2015, la date de signature des contrats entre l’Etat et cinq géants de l’énergie pourrait bien être reportée de quelques mois. Tandis que l’exécutif fait face à des pressions à la fois internes et externes avec ses voisins frontaliers, les gagnants de l’appel d’offres (OMVENIINA, Marathon Oil et MedOilGas) devront sûrement patienter pour explorer les gisements de gaz et pétrole dans les eaux croates. 

Le 16 février 2015, le débat public organisé par le gouvernement sur les risques environnementaux de l’opération pétrole prend fin. Insatisfaites, les associations écologistes lancent alors leur campagne “SOS pour l’Adriatique”. Des manifestations se déroulent dans plusieurs villes de la côte dalmate et dans la capitale, devant le ministère de l’Economie et de l’Energie. Sur la toile, les activistes appellent les internautes à souscrire une pétition et récoltent rapidement un large soutien. Leur page Facebook compte à ce jour plus de 12 000 inscrits. 



Querelles de voisinage avec Italie et Slovénie

Face à cette opposition grandissante, le Premier ministre annonce le 4 mars 2015 un référendum à ce sujet. “En Croatie, nous avons voté sur des questions qui relèvent moins de l’intérêt national, alors pourquoi pas décider via référendum sur cette question aussi ?”, déclare Zoran Milanović à la presse. Les écologistes exultent. Et l’opposition de droite l’accuse de populisme, alors que les élections législatives se préparent et se tiendront d’ici la fin de l’année. Quoi qu’il en soit, avec cette annonce le chef du gouvernement s’éloigne de son ministre de l’Energie, Ivan Vrdoljak, - tête pensante de l’aventure pétrolière - qui, de son côté, écarte l’éventualité d’un référendum. 

Alors que l’opposition interne met des bâtons dans les roues à l’exécutif de Zagreb, à l’étranger aussi une certaine résistance prend forme face aux projets énergétiques du vingt-huitième membre de l’UE. L’Italie et la Slovénie ont demandé de participer à la procédure d’évaluation d’impact environnemental, notamment prévue par la directive 2001/42/CE et par la Convention d’Espoo (EIE). Avant la signature des contrats entre l’État croate et les cinq compagnies concernées, ces voisins frontaliers veulent avoir leur mot à dire.

 

La Commission européenne informée

Rome a envoyé sa première note diplomatique le 14 janvier 2015 et s’est vue obligée de relancer son partenaire méditerranéen un mois plus tard, le 18 février 2015. Cette fois-ci avec davantage de fermeté. “Nous estimons utile d’envoyer cette lettre également à la Commission européenne pour qu’elle en soit informée”, a précisé dans le deuxième document pour le ministre italien à l’Environnement, Renato Grimaldi, responsable de la direction évaluation et autorisations environnementales au sein du ministère. Ce détail significatif a poussé Zagreb à répondre une semaine plus tard, le 26 février 2015. Jusqu’au 4 mai 2015, l’Italie pourra soumettre ses commentaires et remarques aux autorités croates. Malgré ce couac, les relations bilatérales demeurent officiellement très bonnes et, selon nos informations, le retard de la Croatie dans la réponse à la première note aurait été dû à “un problème dans la réception du mail.” 

Si les Italiens prendront finalement part aux consultations sur l’étude d’impact environnemental, les Slovènes ont moins de chance. Envoyé le 24 février 2015, leur appel demeure à ce jour lettre morte. Les autorités de Ljubljana ont pourtant cité la Convention d’Espoo, mais ont probablement oublié de mettre en copie Bruxelles… “
Nous espérons recevoir bientôt un message de la part du gouvernement croate”, affirme le ministère slovène de l’Agriculture et des Forêts, avant d’ajouter : “La mer Adriatique est une mer fermée et étant donné cette spécificité, toute activité pourrait avoir des conséquences environnementales et socio-économiques dans les eaux slovènes.


 

Des compagnies pétrolières en suspens

Les gagnants de l’appel d’offres devaient commencer dès ce printemps 2015 leurs activités de recherche dans dix des vingt-neuf blocs qui composent la superficie exploitable. Mais, sans l’accord de la Croatie, ils se voient obligés d’attendre. 

Le début de la phase de recherche qui devrait rapporter à la Croatie quelques 2,5 mrds€ sur cinq ans, selon le ministre Ivan Vrdoljak, se trouve donc repoussé d’au moins quelques mois. Une victoire pour les écologistes et un mauvais message aux investisseurs étrangers qui, après douze mois d’appel d’offres, pourraient devoir faire leurs valises et quitter l’Adriatique. 


 



 

 

Par Giovanni Vale

 

Source : econostrum.info, le 11 mars 2015.

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Ecologie et nature

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