La Loi littoral ouvrant la voie à la privatisation des plages

Publié le 2 Août 2017

En lutte pour la préservation des plages


 

Les habitants de plusieurs îles croates sont mobilisés contre la Loi littoral ouvrant la voie à la privatisation des plages. Avec un certain succès.

 

Les plages naturelles occupent 26,3 % de la surface du littoral de l’île de Rab, un pourcentage qui fait des envieux ! Car sur l’ensemble de la côte croate il est quatre fois inférieur. Ce sont des plages qui n’ont subi aucune intervention de l’homme et qui ont gardé leur aspect naturel. Mais cela risque de changer d’ici à la fin de l’année : leur nombre pourrait diminuer.

La ville de Rab a lancé des projets qui menacent de modifier l’aspect naturel de quatre plages locales. La tendance à réaménager les plages se répand de plus en plus sur le littoral adriatique. Les fonds naturels de ces plages sont ensablés, les rochers nivelés et couverts de gravier, les serviettes remplacées par les transats… Apparemment, ce sont les touristes qui demandent plus de confort, et le client a toujours raison !


 

Toutefois, les habitants sont de plus en plus nombreux à s’opposer à cette logique. L’initiative citoyenne “Protégeons les plages de Rab” s’est soulevée contre le réaménagement sur son île. Sur sa page Facebook, elle avertit que les modifications apportées au plan d’aménagement du territoire de la ville de Rab, daté de 2016, sont contraires aux intérêts des citoyens. La majorité de ses objections concerne le manque de transparence de la procédure et la dévastation de l’environnement.

L’intérêt public est bafoué par la redéfinition du terme ‘aménagement’ dans lesdites modifications, l’aménagement n’impliquant ni entretien ni conservation du littoral, mais la modification de la côte par le remblayage, ces travaux visant à augmenter les capacités des plages ou à les doter de restaurants et autres activités de loisir”, explique-t-elle. L’initiative craint aussi que le plan d’aménagement du littoral vise à limiter l’accès libre et gratuit aux plages.

 

 

Près de 17 000 m3 de béton et de gravier

 

Au-delà de l’accès réduit aux plages, c’est la dévastation du littoral qui préoccupe les habitants de Rab. Le projet d’aménagement des plages prévoit de déverser 17 000 m3 de béton et de gravier sur les plages de Banova Vila et de Skver, ainsi que plus de 89 000 m3 de pierres et 12 400 m3 de béton sur les trois plages de Padova. Ces travaux pharaoniques demanderaient une noria de 12 800 camions pour acheminer le matériel. À titre d’illustration, cela représenterait une colonne ininterrompue de poids lourds à la queue leu leu, de Zagreb jusqu’à Rab [215 kilomètres].

Par les modifications de la loi du domaine public maritime, on a supprimé l’obligation de réaliser une estimation de l’impact environnemental avant les travaux de remblayage et de modification de la côte. L’étude des capacités d’accueil des touristes qui justifierait l’élargissement du domaine des plages fait aussi défaut, ainsi que le programme local d’aménagement et de gestion des plages”, a-t-on souligné à Rab.

Mais derrière le problème d’aménagement se cache la possibilité de la mise en concession de plage – autrement dit, de leur privatisation – par le pouvoir des régions, ce qui risque de priver le pouvoir local, en l’occurrence la municipalité de Rab, de la gestion de cette ressource naturelle et, par conséquent, d’une bonne partie de ses revenus.

 

 

À Bol, un appel d’offre annulé

 

Le premier mouvement de défense des plages a vu le jour sur une autre île croate. À Bol, une station balnéaire prisée de l’île de Brac, les habitants se sont insurgés contre la décision de l’Assemblée régionale de Split et de la Dalmatie d’accorder la concession de la plage de Zlatni Rat [“cap d’Or”, l’une des plus belles plages d’Europe] à l’entreprise de Zagreb Sport B. Or l’entreprise en question a été créée en 2013 et n’a jamais accumulé que des pertes ; elle n’emploie aucun salarié et n’a aucune activité sur l’île de Brac (sa seule qualité étant d’être proche du parti de droite au pouvoir, le HDZ).

Sport B n’en a pas moins gagné l’appel d’offres et devancé tous ses concurrents, dont l’un présentait une offre bien plus avantageuse (les deux autres ont été disqualifiés en raison de “pièces manquantes au dossier”). Les citoyens de Bol ont organisé une action en faisant une chaîne humaine autour de Zlatni Rat et en écrivant avec leurs serviettes : Occupé jusqu’à nouvel ordre”. Ils ont exigé l’annulation de l’appel d’offres et la modification de la loi définissant le domaine public maritime pour que les concessions de plage soient confiées en priorité aux communes locales.

Une partie de leurs revendications a été entendue : le ministère de la Mer, des Transports et de l’Infrastructure a annulé l’appel d’offres pour irrégularités de procédure. Ces deux beaux exemples de défense des plages par la population locale ont donné des idées à d’autres.

 

 

Le besoin de confort des touristes

 

Il faut toutefois s’interroger sur ce que veulent les touristes. Edurad Mazic, entrepreneur et propriétaire du camping Simuni, considère que la côte croate n’est pas suffisamment aménagée et que le pays ne profite pas du potentiel de ses côtes : Tous les étés, des millions de vacanciers viennent en Croatie. La nature vierge et les plages naturelles ont une grande attractivité, mais les touristes ont aussi besoin de confort, sinon ils ne reviennent plus. 60 % des touristes viennent en Croatie pour la mer, mais 40 % pour d’autres activités.

Ivo Kunst, de l’Institut du tourisme, considère que les touristes choisissent les plages en fonction de leurs affinités. Qu’on recherche des plages pour leur romantisme ou pour la plongée sous-marine, des plages familiales ou accessibles aux chiens, ou bien encore des plages réservées à la fête et à la vie nocturne, c’est un choix personnel. Aussi bien pour la population locale que pour les touristes”, explique-t-il.

Selon Kunst, une plage aménagée ne signifie pas forcément une plage bétonnée ni un accès payant. L’aménagement des plages peut les améliorer et les protéger. Mais il y a toujours un risque que les concessionnaires en changent l’aspect initial en y installant des transats ou des parasols”, estime-il. Quant aux touristes, les enquêtes montrent que la majorité d’entre eux préfère les plages aménagées, dotées de cafés, de restaurants et d’installations en lien avec les loisirs balnéaires.


 

Par Matija Boltizar


 

Source : courrierinternational.com, le 21 juillet 2017.

Article original publié sur jutarnji.hr, le 10 juin 2017.

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Ecologie et nature

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