ORaH

Publié le 26 Mai 2014

I. Les écologistes, la surprise des élections européennes en Croatie ?


 

Le parti vert croate, ORaH, se présente pour la première fois aux élections européennes. Créé il y a quelques mois par une ancienne ministre du gouvernement de centre gauche, Mirela Holy, ORaH est crédité de 8 à 10 % des intentions de vote. Si les sondages sont confirmés ce dimanche, les Verts deviendraient un protagoniste important de la scène politique croate. Le gouvernement devrait alors ternir compte de leurs positions, notamment leur opposition à l'exploitation pétrolière dans l'Adriatique.

 

 

ORaH, l'outsider 

"Nous avons créé ce parti fin octobre 2013, et ORaH a été officiellement reconnu en décembre 2013", raconte Andrea Feldman, candidate pour ORaH aux élections européennes. Ce n'est que depuis cinq mois que les écologistes croates font campagne sous cette nouvelle enseigne. ORaH, Održivi Razvoj Hrvatske, signifie littéralement "Développement durable pour la Croatie", mais "Orah" veut également dire "noix" en croate et ce fruit est le symbole du parti. "Quand nous avons démarré cette campagne, nous étions à la septième place d'après les sondages", poursuit Andrea Feldman. Aujourd'hui, ORaH devrait se classer troisième aux Européennes : un Croate sur dix est convaincu par les positions des Verts et le parti pourrait compter sur un ou deux eurodéputés au Parlement de Strasbourg.

"Nous avons mis en place une campagne informative. Nous voulions éduquer la population, apprendre aux gens ce que c'est le développement durable", explique la candidate des Verts au Parlement européen. "ORaH demande un New Deal vert pour l'Europe : nous voulons la fin de la sur-pêche, un passage aux énergie renouvelable, une approche soutenable au développement", affirme Andrea Feldman. Dans leur programme publié sur Internet, les écologistes croates demandent également plus de justice sociale, l'introduction de salaires minimaux communs dans l'UE, des mesures sévères contre l'évasion fiscale ou encore l'augmentation du budget de l'UE et la création d'un fonds de solidarité pour aider les pays en crise. Enfin, dans un pays qui a interdit en 2013 le "mariage pour tous", les Verts s'expriment sans hésitations en faveur des droits de la communauté LGBT. 

 

La question énergetique

Parmi les principaux points sur lesquels ORaH fait campagne en Croatie, figure l'opposition à toute exploitation du pétrole dans l'Adriatique. D'après les résultats d'une étude menée par la compagnie norvégienne Spectrum, la mer croate serait riche en hydrocarbures, notamment gaz et pétrole. Une excellente nouvelle pour le gouvernement de Zagreb, qui a déjà lancé un appel d’offres pour inciter les multinationales pétrolières à prospecter le long de la côte. Pour le ministre de l’Économie, Ivan Vrdoljak, la Croatie pourrait devenir "une petite Norvège", étant donné que - à en croire les estimations de la compagnie nationale INA, qui se dit plus que prêtre pour exploiter les gisements de la côte - le pétrole de l’Adriatique croate pourrait rapporter 100 milliards de dollars aux caisses de l'Etat. 

Les Verts, quant à eux, craignent un accident comme celui qui a détruit le Golfe du Mexique en 2010. "Nous sommes définitivement contre cette aventure pétrolière", déclare Andrea Feldman, "le moindre accident dans l'Adriatique signifierait tout simplement la fin du tourisme en Croatie, pour ne pas parler des conséquences sur l'environnement et l'écosystème marin". En Croatie, le tourisme représente aujourd'hui 7 milliards d’euros annuels, soit 15% du PIB. Difficile, pour les écologistes, d'imaginer comment les plateformes offshores pourraient coexister avec l'activité touristique. 

Pourtant, la Croatie exploite déjà des hydrocarbures (du gaz) le long de sa côte et cela n'a pas eu un impact sur le tourisme. Mais pour les Verts, il y a des différences entre l'exploitation du pétrole et celle du gaz. "On extrait le gaz et le pétrole de la même façon", explique Davor Škrlec, professeur universitaire et candidat aux Européennes pour le parti ORaH. "Cependant, en cas d’accident, le gaz peut être brûlé, tandis que le pétrole se déverse forcément dans les eaux". Le risque est donc trop élevé aux yeux des écologistes, qui appellent le gouvernement à poser la question directement aux citoyens. "Je suis sûre que la plupart des Croates ne sont pas assez bien informés sur les projets d'exploitation pétrolière en Croatie", affirme Andrea Feldman. "Si l'exécutif mettait cartes sur table, je ne pense pas que mes concitoyens seraient en faveur de ce projet". 

Concernant la question du pétrole, le résultat des élections européennes sera un indicateur important de l'attitude des Croates envers cette éventuelle exploitation. Si les écologistes devaient se classer en troisième position et obtenir un bon score, la course au pétrole pourrait bien connaître un coup d'arrêt.

 

 

Source : touteleurope.eu, le 24 mai 2014.


 

 

 

 

II. La percée inédite des verts aux élections européennes 

 

Créé il y a six mois à peine, le parti écologiste ORaH, dirigé par la charismatique Mirela Holy, a fait une percée fracassante aux élections européennes de dimanche, en recueillant près de 10% des voix. C’est la première fois qu’un parti vert parvient à s’imposer sur la scène politique croate.

 

 

Au quartier général d’ORaH, dans le centre de Zagreb, on a débouché les bouteilles de champagne jusqu’à deux heures du matin. Le parti écologiste a obtenu près de 10% des voix, envoyant son premier eurodéputé au Parlement européen.« Quand nous avons commencé la campagne électorale, il y a cinq mois à peine, les sondages nous plaçaient en septième position. Il semblait même difficile que nous dépassions le seuil des 5% », rappelle Andrea Feldman, candidate non élue du parti.

Održivi Razvoj Hrvatske (ORaH) signifie littéralement « développement durable de la Croatie », mais l’acronyme « Orah » désigne la noix, symbole du parti. « Nous avons créé ce mouvement à la fin du mois d’octobre 2013 », poursuit Andrea Feldman, « et nous n’avons été inscrits sur les listes officielles du ministère de l’Intérieur qu’en décembre dernier ».

Il y a donc une bonne raison de faire la fête : en cinq mois de campagne électorale, les Verts ont réussi à conquérir un espace non négligeable sur la scène politique croate. La plus grand mérite en revient à Mirela Holy, la dirigeante d’ORaH. Ancienne ministre de l’Environnement de l’actuel gouvernement social-démocrate, Mirela Holy a quitté le gouvernement, dont elle ne partageait plus la ligne politique. Cette rupture avec le Premier ministre Milanović, très impopulaire dans la population, valut au nouveau mouvement écologiste nouvellement la sympathie des électeurs. En quelques mois, les Verts ont réussi à mettre en marche une campagne électorale moderne et positive. À Zagreb, ils ont installé des stands colorés, organisé des actions à bicyclette, distribué des noix aux électeurs… « Nous avons mené une campagne informative. Il y a un grand besoin d’expliquer aux gens ce qu’est le développement durable », explique Andrea Feldman.

La campagne a donc payé, même si les derniers sondages plaçaient ORaH au-delà des 10% et si certains membres du parti imaginaient déjà de reporter non pas un seul, mais deux représentants au Parlement européen. Le soir du scrutin, tout le monde se disait pourtant content, à commencer par Davor Škrlec, le premier eurodéputé d’ORaH. Numéro deux sur la liste électorale du parti, ce professeur universitaire n’a eu que 2% des votes de préférence, à peine plus qu’Andrea Feldman (environ 1%). Sans surprise, c’est Mirela Holy qui s’est taillée la part du lion (60% des préférences), mais elle a déjà annoncé qu’elle ne voulait pas aller à Strasbourg, en cas d’élection. « Mirela a été élue au Sabor, en 2011, dans les rangs du Parti social-démocrate », explique Davor Škrlec. « Si elle démissionnait, ça serait un membre du SDP qui prendrait sa place ici à Zagreb. Ce ne serait pas bien pour nous ».

Le représentant d’ORaH au Parlement européen sera donc le moins médiatique Davor Škrlec, qui se prépare déjà à partir pour Strasbourg. « J’ai vu que la première plénière est en juillet. Je crois qu’il s’agit de la dernière avant la pause estivale, puis nous recommencerons en septembre ». Cependant, certains détails restent encore à clarifier :« Je n’ai pas encore pensé à qui je vais choisir comme assistant », plaisante-t-il. Par contre, il connaît déjà ses priorités au Parlement européen : « Tout d’abord, sortir des énergies fossiles. Cela peut paraître un sujet technique, mais c’est une urgence aujourd’hui : il faut un changement radical dans la production d’énergie en Europe ». Inutile de lui parler du pétrole dans l’Adriatique, il oppose un « non » sans appel.

« Le deuxième point est le développement durable de l’agriculture », poursuit le nouvel élu, « de la culture au transport, plusieurs volets sont à réformer et à améliorer ». Enfin, la troisième priorité s’éloigne un peu du programme classique des mouvements écologistes : « la protection des droits fondmentaux et le bon fonctionnement de la démocratie ne sont pas assurés partout en Europe, surtout dans les pays récemment entrés dans l’UE, comme la Croatie ».

Du point de vue interne, le bon score des Verts ne devrait pourtant pas altérer les équilibres politiques. « Il n’y a pas de raisons pour demander un vote de défiance », analyse Andrea Feldman,« nous avons un seul député au Sabor et les autres partis ne sont pas intéressés par des élections anticipées. Le HNS, par exemple, ne franchirait même pas le seuil électoral ». Le parti écologiste ne sera pas présent à l’élection présidentielle qui aura lieu fin 2014. Sa seule candidate possible, Mirela Holy, assure ne pas être tentée par le poste. Pour ORaH, l’horizon est donc celui des législatives de 2015 : « nous devons commencer à travailler en vue des prochaines élections politiques », affirme Andrea Feldman. « Il faut informer les citoyens sur les questions énergétiques, environnementales. Il faut convaincre les gens de la nécessité d’un New Deal vert ».


 

 

Par Giovanni Vale

Traduit par Laetitia Moreni

 

Source : balkans.courriers.info, le 28 mai 2014.

Article paru à l'origine sur balcanicaucaso.org, le 27 mai 2014.


 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Ecologie et nature

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