Zoran Oštrić

Publié le 2 Mars 2011

Zoran Oštrić

 

 

I. Biographie

 

 

Né le 8 mai 1957 à Zagreb, où il continue de vivre. Célibataire, sans enfants. Militant, il vit de ses honoraires. Il a travaillé dans diverses associations et partis - Zelena lista (secrétaire général 2004/08). En 2009 il assume la coordination de l'association "Zajednica Humanitas".

 

C'est en 1976 qu'il achève le lycée à Zagreb. Il étudie la physique à la Faculté des sciences et des mathématiques à Zagreb (pour deux ans), puis la philosophie et l'histoire à la Faculté de philosophie (qu'il abandonne après trois semestres). Il travaille dans divers secteur y compris à titre temporaire.

 

A partir de 1987 il se lance dans le journalisme freelance (il publie dans le "Studentski list", "Danas", "Start, "Mladina", etc.). Comme journaliste il a souvent abordé les mêmes thèmes dont il s'est occupé en tant que militant : l'environnement, l'antimilitarisme, les droits humains, la démocratisation. Durant les années 90 et au début des années 2000 il ralentit ses publications.

 

Il collabore aux titres Arkzin, Hrvatski obzor et Fokus et par intermittence à diverses revues. Il travaille un certain temps comme collaborateur d'une agence internationale. A partir de 2003 il ne publie que quelques articles et se remet plus intensément au journalisme en 2009.

 

Zoran Oštrić a été membre de l'Association des journalistes croate (HND). Il est le fondateur du Collège des journalistes pour l'environnement en 1997. Plus tard il sera radié de l'association pour ne pas avoir pu démontrer qu'il vit du journalisme ("Fokus" le payait au noir).

 

Sa première activité politique remonte à 1985, lors des "Filozofijada", rencontre entre les étudiants des facultés de philosophie de la Yougoslavie, qui ont lieu sur les monts Šar au Kosovo. Un peu plus tard il prend part à la compagne de protection de l'environnement pour que la centrale électrique "Plomin II" ne puisse être construite sans équipement pour limiter les rejets soufrés (ce qui sera couronné de succès).

 

A partir de 1986 il devient militant dans le groupe écologiste pacifiste "Svarun". Particulièrement engagé dans le mouvement antinucléaire et dans la promotion du droit à l'objection de conscience au service militaire.

 

Depuis le début de l'année 1989 il prend part au mouvement grandissant en faveur de la démocratisation et suit de près la naissances des partis politiques majeurs. Il est membre de l'Association pour une initiative démocratique yougoslave (UJDI) depuis sa création, en janvier 1989. Il s'en retire en 1990 après avoir conclu à l'impossibilité d'une  Yougoslavie démocratique en raison de l'agressivité du régime fasciste en Serbie. (D'autres arriveront à la même conclusion par la suite et l'UJDI cessera son action).

Il est à l'origiine de l'association Zelena akcija (fondée en janvier 1990). Lors des premières élections démocratiques en avril 1990 il se porte candidat sur la Liste verte pour le Parlement croate dans l'arrondissement de Pešćenica où il récolte 4,8% des voix.

 

La guerre semblant inéluctable, il lance la Campagne de Croatie contre la guerre (AKR) en juillet 1991. Il travaille à la Cellule de consultation pour l'objection de conscience en 1992/94, et dans d'autres domaines.

 

 

II. Textes

 

 

Une note de Zoran Oštrić à propos des manifestations qui ont secoué la Croatie à partir de la fin du mois de février 2011.

 

 

a) Progrès notable lors des dernières manifestations

 

Tandis que j'écris on note encore des manifestants dans les rues de Zagreb même si la plupart se sont dispersés.

 

Avant tout je veux dire, sur base de ce que l'on sait jusqu'à présent, que les organisateurs ont cette fois pris leur travail plus au sérieux et ont réalisé ce que j'avais noté dans le commentaire posté la veille :

 

"Les Facebookiens (à défaut de meilleur terme), qui se sont rassemblés à l'appel d'Ivan Pernar, ont fait preuve d'inexpérience et de naïveté. Il y a eu diverses manifestations, y compris non déclarées et d'autres où l'on a volontairement enfreint la loi, toutefois il existait l'organisation et les préparatifs des participants pour que de telles idioties soient évitées. (...) Les Facebookiens vont maintenant faire face à une lourde responsabilité avant la manifestation dûment déclarée prévue pour demain."

 

Je les en félicite.

 

Un de mes textes dans le "Journal des étudiants" datant de 1987, un reportage sur les manifestations étudiantes à Novi Sad, était intitulé "Manifester ce n'est pas déconner". Que cela soit bien compris et que l'on continue à se comporter de la sorte. Il s'agit d'un travail sérieux.

 

A mon avis, il faut rendre hommage à la police, qui, à ce que je vois, a agi professionnellement. Elle n'a pas répondu aux provocations telles que celles consistant à montrer ses fesses - du reste déplaisantes, et dans des circonstances normales passibles d'une contravention, même si en l'occurence cela faisait partie de la "performance" de même que Tom Gotovac en son temps s'était promené nu sur la place du ban Jelacic.

 

Les manifestants ont bien appliqué la tactique "indienne", en utilisant leur mobilité et en changeant brusquement la direction de leurs allers. Ils ont également bien mis à profit la stratégie de la "guérilla", en mobilisant en route, sur le terrain, de nouveaux participants.

 

Ce mercredi offrira encore l'occasion d'affiner la tactique.

 

Il est également positif que cette fois deux revendications aient été clairement formulées :

1) la démission du gouvernement

2) des élections anticipées

 

Réellement on ne peut rien exiger de plus lors de telles manifestations. Ce gouvernement doit partir pour de bon. Tout le reste en son temps.

 

Peut-être aurons-nous besoin d'une campagne civique intensive, semblable à celle de 1999 (mais cette fois sans les 6 millions de dollars américains destinés aux professionnels des associations), pour appeler les gens à participer aux élections, pour qu'ils comprennent que leurs voix peut effectivement changer les choses. Nous nous sommes battus pour avoir des élections libres et c'est pour cela que nous avons renversé le régime à parti unique.

 

Hier lors des élections pour les comités locaux à Sibenik (certes pas un pouvoir étendu mais qui compte pour certains à même de décider), nous avons vu la démocratie menacée, l'abandon de certains droits fondamentaux. Moins d'un quart des votants ont pris part au scrutin, et le HDZ a remporté 50% des voix. "Une démocratie active" est l'un des éléments clés que nous devons mettre en place.

 

Bien entendu on ne peut en rester au simple acte de voter. La politique est une chose trop sérieuse que pour la laisser aux politiciens. (Et si je dois à nouveau être politicien - quoique pour l'instant j'aie mordu la poussière - je me tiendrai à cela).

 

Plutôt que des associations et le "troisième secteur", après vingt ans, il nous faut reconstruire un mouvement social.

La démocratie - participative, délibérative, prospective. (Comme je l'ai écrit dans l'article "Sept points de la politique en Croatie" publié dans le numéro zéro de "Zelena Politika").

 

Pour que ce gouvernement chute il va falloir se battre.

Choisir avec circonspection.

Puis alors construire. Et apprendre chemin faisant.

 

Sur ce point nous ne sommes nullement seuls puisque nous faisons partie du mouvement planétaire pour un autre monde... qui est possible. C'est ce que les étudiants ont été les premiers à réaliser il y a deux ans, en rejoignant le mouvement mondial pour une éducation libre et émancipatrice. C'est ainsi, et non pas en se faisant bien voir des bureaucrates et des spéculateurs, que nous construirons notre réputation et notre image de marque dans le monde.

 

Source : polliika.com, le 28 février 2011.

 

 

 

Toujours à propos des manifestations :

 

b) Le mouvement protestataire à un carrefour.

 

Aujourd'hui le mouvement protestataire réclamant la démission du gouvernement et la tenue de nouvelles élections a pour la première fois sérieusement débordé au-delà de Zagreb. Stratégiquement il est important que les manifestations aient lieu dans un maximum d'endroit. Toutefois cela place aussi les participants devant une nouvelle responsabilité.

 

L'initiateur de tous les événements, Ivan Pernar, a été sifflé et malmené à Osijek. Même si on pourrait n'y voir qu'un caractère local (le refus d'un chef issu de Zagreb dans la Slavonie autonome), il se pourrait aussi que cela en dise plus long. Car à Zagreb aussi on a pu noter parmi les participants du mouvement un mécontentement croissant à l'égard des envolées de l'initiateur.

 

Certaines personnes se rendent plus tard à la Place des Fleurs ou bien rejoignent le cortège une fois qu'il sillonne les rues, de façon à ne pas devoir écouter un mauvais spectacle.

 

Les chansonnettes déplacées conviennent aux bistrots et non pas à un haut lieu de la culture urbaine tel qu'il en va pour la Place des Fleurs.

 

Un tribun populaire ne peut en aucun cas verser dans le "nombrilisme", et encore moins utiliser sa place sur l'estrade pour régler ses comptes avec une partie des participants du mouvement. S'il a tout à fait le droit de militer contre le "socialisme", qu'il laisse néanmoins cela pour la campagne électorale. Et il est encore moins acceptable qu'il aille soigner à Osijek son orgueil blessé à Zagreb.

 

Il est de la plus grande importance que depuis lundi, grâce à un consensus obtenu directement sur place, le mouvement protestataire se soit tourné vers des méthodes non violentes, ce que vient rappeler le slogan "Ma-nifes-tation-paci-fique !" scandé de temps à autre.

 

Sauter les barricades est un geste de défi individuel qui n'est plus acceptable lorsque quelqu'un a pris la tête de plusieurs milliers d'individus. [Cela se rapporte toujours à Ivan Pernar, N.D.T.]

 

Deux revendications (la démission du gouvernement et de nouvelles élections immédiates, auxquelles s'ajoute la non violence) représentent la limite de ce qui peut emporter l'adhésion de tous les manifestants. Et cela suffit. Laissons maintenant les sages du 19ème siècle se désoler à la Chaire de l'esprit croate que nous ne soyons pas "articulés". Pas à pas. L'important est de s'être mis en marche.

 

Il n'est pas facile une fois lancé de développer de nouvelles méthodes et de créer un nouvel esprit commun. On compte peu d'exemples. Les manifestants en Egypte et en Tunisie ont appris à partir des méthodes éprouvées en Ukraine et en Serbie il y a une dizaine d'années, tandis que ces derniers ont appris à partir de manuels sur l'action non violente. Eux ont toutefois renversé des régimes despotiques, en réclamant l'introduction des institutions fondamentales de la démocratie libérale - chose que nous avons faite en 1990.

 

Le Plénum de la Faculté de philosophie, qui veille rigoureusement à ce qu'aucun chef ne s'impose, fonctionne toujours après deux ans. Il a engagé une dynamique qui à son tour génère d'autres initiatives. Nous pouvons renverser le gouvernement en un jour mais pour arriver à de véritables changements sociaux il faudra bien plus de temps et d'efforts. Tous nous sommes contaminés.

 

Maintenant franchissons un pas de plus en cherchant une issue à l'impasse de la particratie et du capitalisme de copinage (crony capitalism), pour aller vers la démocratie participative et délibérative.

 

Plus particulièrement construisons une nouvelle société civile, à l'opposé de celle qui durant la décennie précédente s'est fourvoyée dans le "monde associatif" et dans les fausses "relations de partenariat" avec la politique et l'économie (fausse parce que le partenariat implique pour le moins un pouvoir égal). A partir de la position statique du "troisième secteur" réenclencher la dynamique des mouvements sociaux.

 

Source : pollitika.com, le 5 mars 2011.

 

 

 

Une brève note à propos d'un exercice de démocratie directe à l'occasion de la journée "Occupy Zagreb" du 15 octobre 2011.

 

c) Pour un modèle de démocratie large mais réaliste

 

 

La manifestation sur la Place Jelačić du 15 octobre à Zagreb et le "plenum populaire" qui a suivi, répété une semaine plus tard, a suscité des controverses parmi les organisateurs et les participants.

 

La méthode d'une assemblée générale, où tous les participants interviennent sur un pied d'égalité, est utilisée avec succès depuis trois ans déjà par les étudiants de la Faculté de philosophie. Elle sert de base à l'action du mouvement Occupy Wall Street. La méthode n'est pas neuve - si vous avez regardé la série "Gilmore Girls", rappelez-vous les réunions de ses citoyens.

 

***

L'occasion s'est soldée par un fiasco. Il fallait s'y attendre. La méthode est exigeante. Elle requiert un esprit élevé de collégialité parmi les participants, que tous comprennent bien le processus et respectent la procédure. On ne peut pas se contenter de rassembler les gens "ad-hoc" et les investir d'une telle responsabilité.

 

Le plénum de la Faculté de Philosophie n'a pas encore débattu de cet échec. Son groupe chargé de propager la démocratie directe n'a encore rendu aucune conclusion.

Sont apparues les limites du "fondamentalisme de la démocratie directe", qui prône le rejet absolu d'intermédiaires dans la prise de décision. Ce qui est infaisable. Cela peut aboutir (l'histoire en est témoin) à des effets contraires.

 

Les institutions existantes de la démocratie représentative sont le résultat d'une longue lutte en faveur des droits civiques et du droit de vote universel. Nous ne saurions nous y maintenir pas plus que nous ne saurions simplement les rejeter. Il convient de combiner les institutions et les mécanismes de la démocratie indirecte et directe.

 

Un tel système a pour nom la démocratie participative et délibérative.

 

Dans l'article premier de la Constitution de la République de Croatie il est dit que "le peuple exerce le pouvoir par l'élection de ses représentants et par la prise de décision directe". Pour l'heure cela suffit. Il n'en reste pas moins que le système existant, les habitudes et la mentalité négligent entièrement la prise de décision directe.

 

Un des aspects essentiels, que les activistes doivent garder à l'esprit, est que la participation dépend de la volonté qu'ont les gens de participer. Chez nous règne l'apathie. Les messages et les revendications doivent être adressés non seulement aux organes du pouvoir mais aussi à chacun des citoyens.

 

Il faut utiliser les mécanismes existants de la démocratie et se battre pour de nouveaux.

 

Il n'est pas simple d'apporter une réponse à tout ce que cela implique et quels sont les problèmes de la participation et de la délibération en démocratie. La démocratie est une chose nouvelle. Elle est encore en phase de développement. Impossible de fournir une recette miracle sur un tract.

 

J'ai beaucoup réfléchi à cela et me suis plongé dans des lectures ces dernières années. La démocratie participative est l'un des quatre piliers de mon engagement politique. Un livre serait le bienvenu. Je pense être en mesure de l'écrire. J'ai l'intention de m'y attaquer. La théorie en action.

 

Source : zoranostric.blog.hr, le 27 octobre 2011.

 

 

 

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Intellectuels et activistes

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