Vilma Radić

Publié le 23 Avril 2013

Vilma Radić (1865-1919)

 

Radić laissa derrière lui une veuve sans enfants, « l’ange gardien de sa vie », [1], « son amie la plus fidèle, son compagnon d’armes le plus dévoué », « son premier auditeur, lecteur, adhérant à ses idées », [2] qui avait toujours été à ses côtés, « à travers les vents et les tempêtes », « souriant toujours avec courage, audace et joie », [3] « méprisant le danger et partageant avec lui le pain noir comme si c’était de la galette, avec joie et bonheur ». [4] Vilma, avait déjà perdu son frère Aleksandar deux mois plus tôt et sa mère en mai 1915 et devait maintenant affronter un troisième deuil. Brisée par ce chagrin insurmontable, la pauvre femme était désemparée et inconsolable. Elle avait abandonné son poste d’institutrice pour épouser Antun et voué sa vie à son mari. Bosanac tenta de lui obtenir une pension de réversion en demandant au ministre de l’Instruction Ljuba Davidović la prise en compte et le rattachement des deux périodes d’activités de Radić dans l’enseignement (1892-1897 ; 1917-1918), car cinq années de fonctions ininterrompues étaient nécessaires pour faire bénéficier aux veuves d’une aide financière. [5] En avril 1919, Vilma reçut une réponse négative motivée par la prétendue démission du principal intéressé en 1897 « sans pression des autorités politiques et étatiques de l’ancienne Monarchie austro-hongroise ». [6]

Vilma sombra dans la dépression, d’autant que ses soucis n’en finissaient plus de s’amonceler. A la suite d’une inspection du presbytère d’Hadrović par des envoyés du Bureau du logement, elle apprit que les deux chambres dont elle disposait seraient réquisitionnées pour l’hébergement d’un militaire. [7] Ses démarches pour éviter l’expulsion furent infructueuses. Marija Radić, l’épouse de Stjepan, emprisonné depuis le 25 mars 1919 pour ses activités subversives, [8] lui offrit en vain l’hospitalité. Le 5 juillet, les nerfs à vifs, Vilma se rendit au cimetière Mirogoj et avala un poison sur la tombe d’Antun. Elle s’éteignit le lendemain après avoir été transportée à l’hôpital.

Stjepan Radić, très touché par le drame, imagina dans une lettre à sa femme les retrouvailles pour l’éternité entre Antun et sa bien-aimée : (…) Tu te souviens de la magnifique journée de février qui a accompagné les obsèques de mon frère, une journée à l’image de son âme douce et noble. De même, je suis ravi, je suis heureux que nous aurons à présent une très belle journée de juillet. Eux s’en moquent, car leurs âmes baignent dans la lumière et l’amour, mais pour nous c’est important parce que le peuple dit, lorsqu’il pleut pendant l’enterrement de quelqu’un : ce n’était pas un homme bien. [9]

 

Notes :

[1] S. BOSANAC, art. cit. p. 158.  

[2] Marija JURIć ZAGORKA, « Idealna družica života Antuna Radića”, Hrvatica, Zagreb, 1940, n° 3, p. 8.

[3] Ibid.

[4] Ibid.

[5] HDA, MNP-NDH, carton 467/267, Dossiers personnels, n° 5134 : Antun Radić, 231/1919 (Lettre de Stjepan Bosanac au ministre de l’Instruction Ljuba Davidović du 11 février 1919).

[6] HDA, MNP-NDH, carton 467/267, Dossiers personnels, n° 5134 : Antun Radić, 5199/1919 (Décision du ministère de l’Instruction du 3 avril 1919).

[7] Voir Obzor, 6 juillet 1919, n° 158 : 7 juillet 1919, n° 159 ; Narodna politika, Zagreb, 6 juillet 1919, n° 169 ; juillet 1919, n° 170 ; 11 juillet 1919, n° 173 ; Riječ Srba, Hrvata i Slovenaca, Zagreb, 10 juillet 1919, n° 241 ; 11 juillet 1919, n° 242.

[8] Voir B. JANJATOVIć, op. cit., p. 152-163.

[9] Lettre de Stjepan à Marija Radić du 7 juillet 1919, in B. KRIZMAN (éd.), op. cit., vol. 2, p. 230.

 

Source : EDI MILOš : Antun Radić et l’agonie de la Monarchie des Habsbourg

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Rédigé par brunorosar

Publié dans #Artistes et personnalités diverses

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