Articles avec #espagne-croatie tag

Publié le 21 Janvier 2010

Les volontaires yougoslaves après la défaite de la République espagnole


Après la défaite de la République espagnole, les volontaires yougoslaves ayant survécu à la Guerre civile (520) se retrouvèrent dans les camps de concentration en France : Gurs, Vernet, Argelès. Dans ces camps, plus de 5.000 combattants d'Espagne furent internés (des Yougoslaves, des Allemands, des Italiens, des Polonais, des Hongrois, des Roumains, des Bulgares, des Tchèques, des Slovaques et d'autres). En Yougoslavie, le PCY organisa (Lengel-Krizman, 1986 ; Pešić 1986) massivement la collecte et l'envoi d'aide (en argent, nourriture, habits, médicaments, livres), aux Yougoslaves prisonniers en France ; par la suite, il développa une large action politique en vue de leur retour sans encombre en Yougoslavie. C'est ainsi qu'il récolta plus de 300.000 signatures de citoyens demandant au gouvernement Cvetković-Maček, d'autoriser le retour au pays des volontaires de la Guerre d'Espagne.

Comme on le sait, les autorités yougoslaves se refusèrent instamment à accorder l'autorisation au retour pour ces volontaires : "En ce qui concerne le retour de ces volontaires de chez nous, qui pour la plupart sont des communistes, il a été décidé par le Ministère des affaires intérieures, que chacun d'entre eux doit annoncer par écrit à notre légation de Paris, qu'il se repent de s'être porté volontaire et qu'il se détourne de toute activité communiste à son retour au pays" (Position du Quartier-Général de l'armée yougoslave du 20 novembre 1939, in : Petranović, Zečević, 1988, 393). Des émissaires du gouvernement se rendirent même dans les camps, dans le but de convaincre les internés de remplir des déclarations individuelles dans lesquelles ils auraient, de manière convenue, exprimé leurs regrets pour leur action volontaire aux côtés de l'Espagne républicaine (aucun n'a accepté !).

Lorsque la France capitula, le 22 juin 1940, grand fut le danger que les anciens combattants d'Espagne ne fussent abattus ou transférés dans des camps en Allemagne. Les Comités nationaux du PCY, à l'intérieur des camps, prirent la décision d'organiser rapidement des points pour le rapatriement des internés. Des 250 volontaires yougoslaves d'Espagne ayant réussi à gagner la Yougoslavie depuis la France - par les canaux illégaux du PCY - 130 sont morts dans la guerre de libération nationale (1941-1945). Lors des grandes opérations finales contre les forces fascistes sur le territoire yougoslave, toutes les quatre armées yougoslaves de libération nationale furent dirigées par d'anciens volontaires yougoslaves de la guerre d'Espagne (Koča Popović, Peko Dapčević, Kosta Nadj et Petar Drapšin). Il ne fait aucun doute que les "Espagnols" représentèrent une idée supérieure auprès du peuple et des combattants et participèrent d'un véritable culte du courage personnel, du patriotisme et du dévouement à la lutte contre le fascisme.

Par Avgust Lešnik

Source : Les volontaires yougoslaves/slovènes dans la Guerre civile espagnole (1936-1939) [document PDF]

Voir les commentaires

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Espagne-Croatie

Repost 0

Publié le 18 Novembre 2009

Lea Kraus


 

La révolte en 1936 des généraux espagnols d'orientation fasciste avec Francisco Franco à leur tête signifia un tournant dans les guerres modernes. Pour la première fois allait presque entièrement être effacée la frontière entre le front et l'arrière (ce qui se répétera à un degré bien plus destructif durant la Seconde Guerre mondiale), et c'est également la première fois que de manière organisée des femmes allaient se joindre à des unités militaires.

 

Par ailleurs, même si dans l'histoire il n'y avait rien de nouveau à ce que des volontaires aient lutté aux côtés de l'un des belligérants, ce fut le premier exemple d'unités militaires internationales organisées à ne pas être composées de soldats professionnels.

 

En guise de réplique aux Jeux Olympiques d'Hitler à Berlin avaient été organisées le 25 juillet les Olympiades ouvrières internationales, dont certains participants, tels que la nageuse allemande Clara Thalmann, rejoignirent l'armée républicaine sans avoir fini la compétition. Dès le 10 octobre 1936, en raison du grand nombre de volontaires, les unités internationales furent intégrées dans l'armée sur décret gouvernemental et l'une des premières à y prendre part fut la peintre anglaise Felicia Browne qui vivait en Espagne.

 

La même année, les médecins français conduits par Pierre Rouqués organisent l'accueil et le transfert du personnel médical, puis l'année suivante est fondée la Centrale sanitaire internationale, qui envoie les médecins et le personnel médical vers le centre des Brigades internationales à Albacete; d'où ils sont dirigés vers les troupes ou les hôpitaux selon les besoins.

 

Durant la seconde moitié de l'année 1937, plus de 2.000 personnes venues de vingt-huit pays se retrouvèrent parmi le service sanitaire des Brigades internationales. Parmi ces gens figuraient quelque 250 médecins. Pour la fin de l'année 1938, la Centrale sanitaire avait envoyé en Espagne plus de quatre cents médecins et infirmières.

 

Selon les données officielles, 1.665 volontaires de la Yougoslavie dont quatorze femmes ont participé à la guerre civile espagnole. Les travailleurs sanitaires furent au nombre d'une trentaine, dont sept femmes : trois doctoresses (Adela Bohunicki, Nada Dimitrijević et Dobrila Šiljak-Mezić), deux étudiantes en médecine et deux infirmières.

 

La seule participante originaire de Zagreb fut l'infirmière Lea Kraus. Née le 12 mai 1914 à Zagreb, elle avait rejoint le mouvement communiste après avoir terminé l'école médicale et elle avait été arrêtée en 1935 pour avoir manifesté et distribué des tracts à Trešnjevka, sur lesquels il était écrit "Vive la Croatie soviétique ouvrière et paysanne". Le Tribunal national pour la protection de l'Etat l'avait condamnée le 28 octobre à dix mois de "prison sévère" qu'elle purgea au pénitencier à  Požarevac. En juillet 1937, elle part pour Paris où elle se présente à la Centrale sanitaire internationale, puis elle est transférée en Espagne où elle passera quinze mois. Après l'effondrement de l'armée républicaine, elle passe à Marseille via la Catalogne. Jusque l'occupation allemande, elle y travaille dans une institution américaine en s'occupant d'enfants. A l'égal d'autres volontaires espagnols il lui fut interdit de rentrer au pays et elle sera temporairement privée de sa nationalité. Malgré les requêtes qu'elle adressa par l'entremise de ses soeurs à Zagreb, le retour lui fut refusé comme le montre un écrit de la Direction policière à Zagreb datant du début 1941 :

Compte tenu du comportement de Kraus Lea avant qu'elle ne parte pour l'émigration, de même que compte tenu de son mode de vie dans l'émigration où il apparaît qu'elle n'a eu d'étroites relations qu'avec les émigrants politiques d'orientation gauchiste, cette direction a pour opinion que son retour au pays ne serait pas opportun, et en particulier que son retour à Zagreb serait mal venu.


Durant la Seconde Guerre mondiale, elle fut active dans la Résistance à Marseille, où avec d'autres travailleurs médicaux d'Espagne elle forma un régiment yougoslave. Elle revint à Zagreb après 1945, puis elle émigra en Israël.

 

***

 

Source : Barbara Blasin & Igor Marković - Ženski vodić kroz Zagreb (Guide féminin au travers de Zagreb), Meandar - Zagreb, 2006, p 195-199.

Voir les commentaires

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Espagne-Croatie

Repost 0