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Publié le 7 Décembre 2014

Karino Hromin Sturm

 

 

Karino Hromin Sturm, né en Sibérie en 1946, est un économiste, essayiste, diplomate et politologue.

Il est né dans un camp stalinien en Sibérie où ses parents furent internés après la Seconde Guerre mondiale. Il y a vécu 11 ans. Il s’est spécialisé dans les relations internationales à la Faculté d’économie puis a terminé la Faculté de philosophie muni d’un master. Il a travaillé comme professeur d’université à Almaty au Kazakhstan. Pendant quelques années il a réalisé des affaires dans le commerce international.

Après la dislocation de l’URSS, à partir de 1992 il a dirigé le Bureau de la République de Croatie à Moscou, a œuvré à la reconnaissance de la République de Croatie et à l’établissement de relations diplomatiques et consulaires avec la Russie, notamment l’ouverture de l’Ambassade à Moscou, ainsi qu’à l’établissement de relations avec le Tadjikistan, le Turkménistan, l'Ouzbékistan, le Kazakhstan, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et le Kirghizstan.

En 1995 il a inauguré l’Ambassade de la République de Croatie à Almaty au Kazakhstan et exercé les fonctions d’ambassadeur de la République de Croatie tout en représentant les intérêts croates sur le territoire des pays d’Asie centrale jusqu’en 1998.

Il a écrit la « Bible politique 1 », une œuvre de 1500 pages qui lui a valu d’être nominé pour le prix « Kliklop » 2011 dans la catégorie « œuvre lexicographique de l’année ». Karino Hromin Sturm a collaboré avec l’économiste Branko Horvat.

Il est l’auteur du livre « Stratégie de développement de la République de Croatie ». Il préside le mouvement « Zajedno », un projet économique qui prône un réexamen des processus de privatisation et de la transformation de la propriété sociale en propriété privée, un changement de la politique économique de la Banque nationale de Croatie et une autre stratégie économique pour la Croatie. Il s’oppose vivement au néolibéralisme et à l’Union européenne et est connu pour avoir affirmé que l’oligarchie financière internationale a volontairement provoqué la crise mondiale et détruit les banques croates.

 

 

Source : http://hr.wikipedia.org/wiki/Karino_Hromin_Sturm

 

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Publié le 6 Septembre 2014

Croatie : l'illusion économique du tourisme et le déficit démocratique de l'UE

 

 

Il a suffi d’un été maussade... Depuis des années, la Croatie mise exclusivement sur le tourisme pour assurer son développement économique, avec la bénédiction des instances européennes. Mais il a suffi d’un mois de juillet pluvieux pour comprendre les limites de cette stratégie à courte vue. L’analyste de l’économiste Mislav Žitko, professeur à la faculté de philosophie de Zagreb.

 

Novosti (N.) : La saison estivale touche à sa fin. Que représente le tourisme pour l’économie croate ?

Mislav Žitko (M.Ž.) : Le tourisme est une bouée pour l’économie croate, un abri sous lequel on pense que l’on pourra toujours se protéger. La Croatie a la chance d’avoir une côte ensoleillée et une infrastructure touristique solide héritée de l’époque yougoslave. Ce sont des conditions pré-requises que l’on croit exploitables à l’infini... Pour cette raison, tous les gouvernements se tournent vers le tourisme, qu’ils perçoivent comme le seul secteur capable de créer des emplois instantanés et qui génère un afflux de devises qui a un effet positif indéniable sur le budget de l’État. Pourtant, et comme chaque année, il se révèle impossible de baser le développement la croissance de tout un pays sur ces seuls deux ou trois mois productifs de l’été.

 

N. : C’est en effet le piège. Comment interpréter la panique provoquée par cet été très pluvieux ? Par le fait que nous n’avons pas d’autre industrie capable de prendre la relève ? Il y a quelques semaines, Bruxelles nous a mis en garde et conseillé de ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier, après nous avoir pourtant incité à le faire pendant de nombreuses années...

M.Ž. : Ce qui est dangereux, c’est de focaliser toute son économie sur un secteur en particulier, il s’agit d’un piège dans lequel tombent de façon récurrente les pays en voie de développement. Prenons par exemple la concentration sur l’exportation de matières premières. Des économistes tels que Prebisch et Singer ont montré les conséquences à long terme pour les pays de la périphérie qui ne compte que sur l’export de matière première, en comparaison avec les pays de capitalisme avancé qui produisent des produits complexes à forte valeur ajoutée. L’industrie du tourisme est un secteur trop passif, qui oriente principalement l’économie vers les services. Bien entendu, cela ouvre un grand nombre de question supplémentaires : par exemple, serait-il possible de rentabiliser nos côtes d’une autre manière ? Comment faire face aux conflits sociaux qui sont le résultat inévitable des changements de mode de vie qu’engendrent les exigences de la marchandisation de tourisme ?

 

N. : On nous accuse sans cesse de ne pas être assez bons dans ce domaine, par exemple de ne pas avoir anticipé pour amortir les effets des fortes pluies de juillet... Que dire de la politique économique croate qui ne compte pour sa survie que sur les données incertaines de la météo ?

M.Ž. : Il est difficile d’être « bons », quand on n’a qu’une seule corde a son arc. La politique économique croate a beaucoup été critiquée ces dernières années et ses faiblesses sont plus ou moins connues de tous. Il n’y a pas de planification économico-politique sur le long terme, il n’y a aucun pas réel en direction d’une logique de développement durable. Il ne s’agit que d’utiliser ce qui existe déjà, de piocher dans les ressources naturelles sans se soucier de l’avenir. Si cela n’était pas encore clair pour tout le monde à l’époque d’Ivo Sanader et de l’illusion de prospérité, ça devrait l’être aujourd’hui, en période de crise. Il s’agit là des causes structurelles des déséquilibres économiques qui mettent un pays périphérique comme la Croatie dans une situation très désavantageuse.

 

N. : Vous avez publié récemment sur le site Bilten une étude sur les fameuses réformes structurelles... Où se situe la Croatie par rapport à ces ajustements, de quoi s’agit-il concrètement ?

M.Ž. : Avant la crise, les pays du centre étaient dans une position où ils pouvaient facilement dégager des excédents sur leur compte courant, cela leur a permis de prendre la place du prêteur. De l’autre côté, les pays de la périphérie généraient systématiquement des déficits, ce qui les mettait dans la position des emprunteurs. Avec l’arrivée de la crise, les prêteurs ont été privilégiés de façon outrancière sur les marchés. Les élites européennes n’ont pas essayé de trouver un mécanisme d’ajustement symétrique. La politique menée était biaisée par la prémisse que la périphérie devait être punie pour son « péché originel » : l’endettement via les dettes « souveraines ». On est finalement arrivé à ce que Fisher appelle la déflation par la dette : dans une situation où les gouvernements des pays de la périphérie ont les mains liées en matière de politique monétaire et budgétaire, le marché du travail s’impose comme le lieu privilégié de l’ajustement économique. Un rapide coup d’œil en arrière nous montre qu’une telle situation ne peut pas perdurer sans engendrer de graves conflits sociaux.

 

N. : Dans le texte que j’ai mentionné plus haut, vous parlez aussi de la « suspension de la démocratie » qu’impliquent ces ajustements structurels. Aujourd’hui, il est devenu presque naturel de voir des instances démocratiques être balayées ou négligées, et nous nous habituons à la domination sans partage de la Commission européenne.

M.Ž. : En entrant dans l’Union européenne, la Croatie a accepté de faire partie d’une machine économique dont les composantes principales sont le déficit excessif et le déséquilibre macroéconomique. On peut remarquer aussi une tendance qui vise à faire de ces décisions structurelles stratégiques des objectifs qui dépassent les questions économiques pour s’immiscer dans toutes les strates de l’appareil supranational. Le déficit démocratique était observable déjà avant la crise, mais il semble aujourd’hui encore plus prononcé. Après la perte de la souveraineté monétaire, la responsabilité de la crise financière semble complètement déplacée sur la population active. Dans ce contexte, il semble plus judicieux de parler d’un capitalisme non-démocratique sur tout le territoire de l’UE et de l’euro-zone, plutôt que d’un déficit démocratique en Croatie. Les États n’ont aucune garantie de la Banque centrale que leur dette sera monétisée. La prise de décision sur ces questions économiques et politiques cruciales échappe de plus en plus aux dirigeants élus et se déplace vers des organismes qui n’ont pas de légitimité démocratique. Dans les faits, les médias célèbrent souvent le début d’une procédure de déficit excessif, car elle apporterait la capacité de rationaliser ou de discipliner les pays incapables ou déraisonnables. Bien entendu, cela pourrait équilibrer les finances publiques, mais à quel prix ? La vraie question est de définir le processus politique dans le cadre duquel la démocratie et le débat public démocratique seront autre chose qu’une simple façade.

 

 

Propos recueillis par Igor Lasić

Traduit par Jovana Papović

 

Source . balkans.courriers.info, le 6 septembre 2014.

Article paru à l’origine sur novossti.com, le 18 août 2014.  

 

 

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Publié le 19 Décembre 2013

Crise en Croatie : pourquoi il ne faut pas que le FMI intervienne

 

Le ministre des Finances a récemment promis que la Croatie ne devrait pas faire appel à l’aide du FMI. Des propos qui se veulent rassurants au moment où le pays s’enfonce dans la crise, avec tous les indicateurs au rouge. Pour l’économiste Domagoj Mihaljević, c’est une bonne nouvelle au vu des résultats obtenus par la troïka dans les pays périphériques de l’UE. Explications.

 

 

Domagoj Mihaljević, membre de BRID, mouvement pour le droit des travailleurs et la démocratisation, diplômé de la Faculté d’Economie de Zagreb, préparant actuellement une thèse sur la dissolution de la Yougoslavie.


 

Novosti (N.) : Le ministre des Finances Slavko Linić a assuré que la Croatie ne devrait finalement pas faire appel au FMI. Quels arrangements pourrait-on néanmoins passer avec le FMI si la crise se poursuit ?

Domagoj Mihaljević (D. M.) : Selon le rapport de la délégation du FMI qui est venue en Croatie début novembre, on peut s’attendre à un durcissement de la situation. Les représentants du FMI sont satisfaits des progrès dits d’ajustements structurels et soutiennent le gouvernement dans son processus de privatisation, dans ses efforts à rendre plus flexible la législation du travail, à réduire les incitations à la retraite anticipée, à restructurer les entreprises publiques, bref, sur toutes ses actions poussant l’économie un peu plus chaque jour dans l’abîme. Ils demandent également à ce que le gouvernement continue à accélérer la réforme des retraites et à renforcer un climat entrepreneurial. En d’autres termes, l’emploi sera encore plus incertain, et s’il existe, encore plus mal payé. La durée de cotisation pour la retraite va augmenter, retraites dont s’occupent les spéculateurs financiers. Le capitalisme à grande échelle sera favorisé grâce à des allégements fiscaux et des subventions.

 

 

N. : Selon les dernières nouvelles, la Commission européenne va bientôt proposer au Conseil européen que la Croatie fasse l’objet d’une procédure pour déficit excessif. En effet, le déficit du budget de l’Etat croate est supérieur aux 3% autorisés et sa dette publique dépassera l’année prochaine les 60% du PIB [1]. Qu’est-ce que cela signifie ?

D. M. : La procédure de déficit excessif est un processus de discipline budgétaire en cas de dépenses excessives de l’État : le gouvernement doit prendre des mesures concrètes pour lutter contre le déficit et la dette publique. Pour augmenter les recettes, on peut s’attendre à de nouvelles privatisations en plus de celles déjà annoncées des Assurances croates, de la Banque postale et de la mise en concessions des autoroutes. Les investisseurs n’ont plus qu’à choisir parmi les propriétés de l’État que le gouvernement brade : les ports, la loterie, l’entreprise pétrochimique Petrokemija, les marinas ACI, la compagnie maritime Jadrolinija, etc. Sans compter que le projet de loi sur les investissements d’intérêts stratégiques, en débat depuis l’automne dernier, devrait, s’il passe, extrêmement simplifier et accélérer ces ventes. Pour réduire les dépenses, des coupes ont été annoncées dans les retraites les plus avantageuses, dans la santé et une réduction des salaires n’est pas encore exclue. Il est évident que ces mesures auront pour effets immédiats l’augmentation du coût et la baisse de la qualité des services publics en matière de santé, d’éducation et de services sociaux.


 

N. : Quel est le rôle du FMI dans les pays en crise ? Y a-t-il une leçon à apprendre des pays qui ont conclu des accords avec le FMI ?

D. M. : Selon nos observations ces dernières années, l’intervention de la troïka (FMI, Banque centrale européenne et Commission européenne) dans les pays européens périphériques comme la Grèce, le Portugal, la Lettonie, l’Espagne, l’Italie n’ont causé que des catastrophes sociales. La politique d’austérité draconienne et la privatisation agressive des biens communs ne présentent qu’un avantage : celui pour les élites politiques et financières au pouvoir de préserver leur position et de continuer à s’enrichir. Après tout, le rôle de la troïka n’est pas d’encourager le développement économique et la croissance ni de s’inquiéter des conséquences sociales destructrices mais de surveiller le déficit et la dette publics. L’objectif est de maintenir la stabilité financière internationale et une faible inflation pour garantir le remboursement de la dette et la tranquillité des créanciers étrangers. Cela renforce le pouvoir des banques d’investissement qui élargissent d’autant leurs réseaux et l’exercice de leur influence quand certains de leurs membres obtiennent un poste institutionnel.


 

N. : Est-il possible de refuser de payer a dette comme l’ont fait l’Argentine ou l’Equateur ?

D. M. : La dette est désormais l’instrument d’un nouveau colonialisme : celui des banques et des institutions qui, au nom de la nécessité de rembourser les prêts soumettent une population à des pratiques abusives et à des réformes obligatoires. L’audit de la dette est un outil puissant pouvant détecter l’accumulation de dettes illégales, la fraude et la corruption, punir les auteurs de ces crimes et permettre de construire un système politique plus juste. Mais cela nécessite une force politique extrêmement déterminée, indépendante de l’élite financière et ultra résistante aux pressions internationales. L’une des principales revendications économiques et sociales de la révolution populaire en Tunisie après la chute de Ben Ali était précisément l’audit de la dette nationale. Tous les politiciens ont soutenu cette demande avant les élections législatives et même le Parlement européen a reconnu le caractère odieux de la dette des pays touchés par le printemps arabe mais les pressions internationales ont rapidement suivi. Le nouveau gouvernement de coalition en juillet 2012 avait déjà entamé la révision ; puis la cote de crédit a diminué rapidement et les pressions diplomatiques et les menaces des acteurs internationaux ont, par une pression insupportable, poussé le gouvernement élu à abandonner en février 2013 le projet de loi sur la révision de la dette. Cela nous montre l’hypocrisie de la politique occidentale qui dit soutenir les processus démocratiques et sa totale congruence avec les milieux financiers anti-démocratiques pour lesquels elle est prête à réprimer énergiquement les revendications démocratiques. Le cas de la Tunisie nous montre tout le caractère anti-démocratique du système capitaliste actuel. Il nous indique la nécessité d’une résistance politique encore plus déterminée et exige que nous ne renoncions pas.


 

[1] critères-seuils redéfinis en 2005 par le Pacte de stabilité et de croissance, nécessaires pour rejoindre la zone euro, NDT


 

Propos recueillis par Rade Dragojević

Traduit par Claire Vallet


 

Source : balkans.courriers.info, le 18 décembre 2013.

Article paru à l'origine sur novossti.com, le 2 décembre 2013.


 

 

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Publié le 30 Avril 2013

Vinko Kandžija, professeur d'économie à l'Université de Rijeka

 

Les effets de la crise de la zone euro ne nous ont pas épargnés

La crise dans la zone euro persiste et ses séquelles aussi. Même les pays non membres de l’Union européenne en font les frais du fait de leurs relations économiques en partenariat. C’est le cas de la Croatie, un pays de 4 millions d’habitants et dont l’économie est dépendante des revenus du secteur du tourisme. C’est ce que nous a affirmé Vinko Kandžija, professeur d’économie à l’Université de Rijeka en Croatie, que nous avons rencontré en marge du colloque international sur l’évaluation des investissements publics en Algérie qui s’est tenu la semaine dernière à l’Université de Sétif.

 

 

Malgré la multiplication des plans de soutien et des actions gouvernementales de l’Union européenne et de la Banque Centrale pour trouver une issue à la crise, celle-ci ne lâche pas la zone euro. Pourquoi cet échec ?

La crise est le résultat de l’incapacité de plusieurs pays à faire face aux évolutions de la situation financière de la zone. Chaque pays vit une crise monétaire, ce qui rend encore la situation plus difficile et plus compliquée. La solution requiert un processus qui ne peut aboutir du jour au lendemain. C’est un processus à long terme qui peut prendre au moins une dizaine d’années et avec beaucoup d’efforts. Tout d’abord, il faut résoudre la crise aux Etats-Unis, par ce que celle-ci est directement liée à la crise européenne. Ce sont les effets de la mondialisation. La crise américaine a engendré le problème de commercialisation de la production européenne, il y a du monde mais il n’y a pas de l’argent pour acheter. Ce qui fait régresser alors l’industrie et fragiliser la machine productive.

 

Quelle est la situation de votre pays au milieu de cette crise et comment agit-il d’autant plus qu’il s’apprête à intégrer l’Union européenne ?

Je ne peux pas dire que la situation est bonne quand le chômage atteint la barre de 18%. Notre économie n’est pas développée dans le sens que nous voulions. Même si nous ne pas membre de l’Union Européenne ses conséquences n’ont pas épargnée notre économie. Celle-ci est dépendante à 80% des revenus du tourisme alors qu’actuellement ce secteur traverse une période difficile à cause de manque des produits de consommation importés et qu’on offre à nos touristes. Parce que dans notre pays, nous n’avons pas une grande industrie, nous sommes dépendants du marché de l’importation européen. Et puisque celui est en crise, nous en subissons également les effets. Actuellement, nous n’avons que la mer et le soleil à offrir aux touristes. Nous n’avons pas de marchandises sur le marché. Pis encore, une crise sociale est née suite à cette crise économique ; il n’y pas de logement, il n’y a pas d’emploi par ce qu’il n’y pas d’industrie.

 

Vous ne craignez pas pour votre adhésion à cet espace ?

Non. Par ce que pour les effets de la crise sont déjà là sans que nous soyons membres. Bien au contraire, nous sommes très contents des actions menées par les pays de l’Union jusque-là. Pour notre pays, nous serons membre de la communauté à partir du 1 juillet 2013. Nous avons déjà signé 24 contrats bilatéraux avec les pays membres.

 

Ne pensez-vous pas que les politiques de licenciements européennes sont en contradiction avec les fondements de l’Union et des conventions internationales qu’elle a ratifiées ?

Oui certes. D’ailleurs on parle de liberté des personnes, des marchandises et des capitaux mais dès que vous êtes membre de l’Union, vous êtes tenus par d’autres limites. Ce qui est effectivement contradictoire. Il n’y pas asymétrie des hommes au sein de l’Union, bien au contraire.

 

Certains experts de l’Union européenne préconisent de réduire les dépenses publiques, comme solution à la crise. Partagez-vous cet avis ?

A mon avis, s’il n’y a pas de dépenses publiques, il n’y aura pas d’investissements et donc pas de développement et pas d’issue de la crise. Il faut que les banques et les entreprises riches accordent des crédits abordables aux pays en difficulté pour relancer l’industrie dans la zone.

 

 

Source : leconews.com, le 18 mars 2013.

 

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Rédigé par brunorosar

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Publié le 13 Mars 2010

Branko Horvat



Né à Petrinja en 1928 et décédé à Zagreb en 2003, Branko Horvat était un économiste, un pédagogue et un politicien.

Il suivit l'école primaire et secondaire dans sa ville natale de Petrinja et rejoignit les partisans au beau milieu de ses études secondaires. En 1955, il obtint son doctorat sur le thème de l'industrie pétrolière. A Manchester il défendit un second doctorat sur le thème de l'économie planifiée. En dépit de ses aptitudes il lui faudra attendre l'année 1975 pour qu'il obtienne un poste à la Faculté de Zagreb où il travaillera jusqu'en 1992, lorsque pour des raisons politiques son statut d'enseignement ne sera pas prolongé.

Pendant tout un temps il a travaillé à l'Institut des Sciences économiques, l'ancien Institut de planification de la République fédérale socialiste de Yougoslavie. Il fut l'éditeur du journal Economic Analysis and Worker's Self-Management ainsi qu'un collaborateur du journal Praxis, auquel il contribua surtout du point de vue économique sans pour autant être membre de ce groupe. Il fut également membre de l'Institut d'économie de Zagreb.

Horvat tenta d'unir les forces démocratiques sur une plate-forme commune mais sans grand succès. Il fut très critique envers la politique économique du gouvernement de Franjo Tuđman (de même qu'il l'avait été vis-à-vis des communistes). Il prônait une sorte de socialisme de marché, une combinaison entre la social-démocratie et l'économie de marché. En 1992, il fonda et devint président de l'Union social démocratique. Horvat organisa une conférence dont le but premier était de restaurer une coopération entre les forces yougoslaves.

Son étude la plus connue est The Political Economy of Socialism (publiée en 1982 en anglais, en 1984 en croate et en 2001 en chinois). L'American Society of Economists a proposé Horvat pour le prix Nobel d'économie pour cette étude.

 

Interview

 

Crise économique et conceptions fausses


On assiste actuellement en Yougoslavie à un "déballage" de critiques, parfois très acerbes, du système en place. Soupape tolérée ou mouvement plus profond, ces "pavés dans la mare" surprennent, lorsqu'on les rencontre dans les colonnes de la presse. Nous publions ici de larges extraits d'une interview de Branko Horvat, économiste de premier plan, publiée dans Poslovna politika (mars 1983).*

 

La crise


Pour Branko Horvat la crise existe depuis dix ans et si le pays a pu la dissimuler si longtemps, c'est grâce à "l'exportation des travailleurs" (...) L'économie, et la société avec elle, se sont habituées à ce que chaque année les 'gastarbeiter' envoient de plus en plus de devises, car chaque année nous en avons exporté de plus en plus. Avec la crise occidentale, depuis trois ans, la source s'est tarie.

(...) La conception du système économique, introduite pendant les dix dernières années était fausse et un système construit sur une fausse conception ne peut fonctionner. Ceux qui ont bâti ce système ignorent tout simplement comment fonctionne un système économique. Ou il s'agit d'ignorance, ou il s'agit de sabotage. Je crois plutôt qu'il s'agit d'ignorance. (...) Notre système économique, et, par-delà, le système politique, sont construits d'une manière qui non seulement ne développe pas l'autogestion, mais l'annihile. La crise est la conséquence naturelle de cette situation. Parmi les lois instaurant ce système (sur les prix, la planification, les devises etc.), aucune n'est réalisable. (...) L'autogestion signifie la liberté, l'autonomie pour les collectifs des travailleurs, la possibilité de prendre des décisions autonomes. Or les concertations, les accords, les négociations et je ne sais quoi encore, sans parler des interventions de l'Etat, entravent cette autonomie.

 

Marché et autogestion


L'intervention administrative est inadmissible, car nous devons avoir un marché. Ces derniers temps nous subissons des pressions idéologiques visant à abandonner le marché, et le remplacer par des mécanismes administratifs. (...) D'autre part, on ne peut pas avoir des décisions autonomes des acteurs économiques et en même temps l'insécurité en ce qui concerne leur réalisation. Quand on conclut une affaire au marché on doit être sûr qu'elle sera réalisée. (...) Une insécurité totale n'est pas compatible avec une économie du marché, et sans marché, c'est le chemin le plus sûr pour liquider l'autogestion et introduire l'intervention d'Etat. C'est ce que nous avons fait. (...) Enfin, un système économique est constitué de parties interdépendantes. Les "économies indépendantes" des républiques fédérées yougoslaves sont donc absurdes, pour une raison logique : ou nous avons un système, ou nous n'en avons pas.

(...) Un système socialiste ne peut pas être fondé sur la dictature d'un sommet qui décide "ce qui est bien pour le peuple", mais sur un contrat social au sens de Rousseau. La Yougoslavie possède deux "contrats" semblables : la Constitution et le "Plan social". Lorsque ces deux documents sont adoptés, on ne peut pas les changer sans cesse, comme on le fait en Yougoslavie. Le Plan social est une obligation pour le gouvernement fédéral ; il en est responsable et s'il ne parvient pas à le réaliser il doit partir. Sous le pouvoir des conservateurs en Angleterre, sous la junte militaire en Argentine, les ministres coupables démissionnent, mais en Yougoslavie, où l'on sait exactement de quoi un ministre des finances, du commerce, de l'agriculture ou même le chef du gouvernement sont responsables, ils ne démissionnent pas. Bien entendu, personne ne le leur demande. (...)

 

Les remèdes


Les collectifs doivent avoir une liberté totale dans leurs décisions en ce qui concerne les prix, l'assortiment, l'achat et la vente, les investissements, le choix de leur partenaire, le commerce extérieur et les choix gestionnaires. Bien entendu, le marché doit être libre. Pour que le plan soit réalisé d'un côté, et que de l'autre le marché indispensable à la liberté des collectifs puisse fonctionner, un mécanisme régulateur est nécessaire. (...)

Branko Horvat définit ce mécanisme comme une politique du crédit, de la monnaie et des investissements.

(...) Nous nous alarmons de l'insuffisance des fonds d'investissement dans nos entreprises : tous vivent sur leurs crédits et "se conduisent mal". Or, du fait de l'inflation, le taux d'intérêt est "négatif" et ce serait une véritable folie d'utiliser ses propres moyens financiers pour investir, quand on peut obtenir des crédits qui, dans un an, perdront la moitié de leur valeur. Donc l'Etat ou plutôt la société font des cadeaux. Fou serait celui qui ne les accepterait pas. Certes, si le taux d'inflation est de 40% nous ne pouvons pas avoir un taux d'intérêt de 45%, car dès le lendemain la moitié de l'économie serait obligée de s'arrêter. Mais ce qui ne peut être réglé du jour au lendemain peut être réalisé dans un délai raisonnable.

Les crédits eux-mêmes sont, comme vous le savez, sous l'influence directe de la bureaucratie. Il faut les faire fonctionner sur les mêmes bases que l'économie de marché occidentale. Que celui qui offre plus et qui est donc capable de rendre plus soit celui qui reçoive le crédit. Les inégalités qui peuvent se produire parallèlement, par exemple quand une région sous-développée ne peut obtenir un crédit faute de moyens, ne sont pas à résoudre par le mécanisme du crédit, mais par un autre. (...)

B. Horvat préconise une politique d'investissements qui passerait par le Fonds du développement, interviendrait lorsque le Plan social est menacé dans ses réalisations, agirait sur la structure de l'économie par branches et sur les déséquilibres régionaux : Notre économie ne peut pas fonctionner correctement si l'écart entre la Slovénie et le Kosovo est de 6 contre 1. Cela donne le même résultat comme si l'on réunissait l'économie d'Algérie et celle de l'Angleterre, en disant qu'il s'agit d'une "'économie unifiée". (...)

 

La conclusion est optimiste :


Selon mon estimation, il faudrait seulement un an au Comité économique pour tirer l'économie yougoslave de la crise et l'amener à un taux de croissance élevé. Notre économie a déjà réussi une fois une telle entreprise. C'était en 1952, quand nous sommes sortis de la crise administrative et étatique, et avons pris le chemin de l'autogestion. Aujourd'hui la tâche est semblable : d'un étatisme régionalisé, il faut de nouveau revenir sur le chemin fondamental de l'autogestion.

* Ce texte nous a été aimablement communiqué par Alexandre Popovic. La traduction est de Tatjana Globokar.

Source : L'autre Europe, L'âge d'Homme, 1984, pp. 46-48.

 
 

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Rédigé par brunorosar

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