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Publié le 15 Novembre 2010

Frano Petruša

 

 

Frano Petruša  naît en 1977 à Zagreb en Croatie. Il sort diplômé d’un lycée technique, puis intègre une faculté d’ingénierie mécanique d’où il s’échappe sans réfléchir, avant même d’avoir assisté à sa première conférence sur les sciences mathématiques. Ensuite, il est admis à l’académie des arts dont il se fait exclure pour cause d’absentéisme répété, ayant eu sa première fille à l’âge de 23 ans. Heureusement, il n’a pas cherché à fuir ce « travail » là. Durant un certain temps, il apprécie le statut d’illustrateur indépendant. Il dessine pour toutes les principales maisons d’éditions croates, ainsi que pour des agences de publicité. Il a illustré un très grand nombre de livres, d’ouvrages scolaires, d’albums pour enfants, et travaillé sur des animations, et bien sûr, des bandes dessinées. Il a gagné de nombreuses récompenses pour ses illustrations, mais sa favorite reste une médaille d’or obtenue lors d’un championnat de basketball junior. C’est d’ailleurs le sujet de son premier album BD, « Papak ».

 

 

 

Les Toits de Mostar, c'est l'histoire de Frano, ce garçon qui, après la mort de sa mère et de sa grand-mère à Zagreb, en Croatie, est placé dans sa famille, à Mostar, en Bosnie. Il découvre une ville superbe peuplée de catholiques, d'orthodoxes et de musulmans. Quelques mois avant le début de la guerre, Frano et son copain serbe font les quatre cents coups, découvrent la vie, jouent au basket, tombent amoureux d'une jeune Bosniaque. Et ne comprennent pas ce qui est censé séparer les gens de religion différente... Quand la guerre commence...

 

 

 

 

 

 

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Rédigé par brunorosar

Publié dans #Animation, #BD et caricaturistes

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Publié le 14 Avril 2010

 

La video indépendante en Croatie

 

 

Du 25 septembre au 3 octobre 1999 s’est tenu le 4ème Festival Film, Vidéo, Nouveaux Medias de Split en Croatie. Le contexte politique, culturel et économique dramatique et complexe laisse supposer combien il est courageux (et à encourager) de mener à bien une telle entreprise. J’ai été invité en tant que membre du jury de la compétition vidéo, en compagnie de l’artiste visuelle de Zagreb Sanja Iveković et de la jeune vidéaste de Split Renata Poljak. Il ne s’agira pas, dans le texte qui suit, de faire une présentation exhaustive de la création vidéo et multimédia en Croatie mais de rapporter quelques impressions saisies pendant mon séjour. Il m’est en effet à ce jour difficile de prendre une distance suffisante pour objectivement établir un état de la situation de la création vidéo en Croatie. Les oeuvres croates que j’ai pu voir sur place, les rencontres, mes errances dans la ville, mes souvenirs de l’actualité récente telle qu’elle m’est parvenue par médias interposés… brouillent encore les pistes de ma réflexion. Mais tout de même…

Un petit aéroport situé en bordure de l’Adriatique. Entrée dans Split, en voiture : de laids immeubles et des usines. La vieille ville : une petite merveille architecturale contenue dans l’enceinte de ce qui fut à l’origine (IVème siècle) le palais de l’empereur romain Dioclétien. Imperturbablement, la ville va se développer à travers les siècles et s’enrichir des styles les plus divers, Roman, Renaissance, Gothique, austro-hongrois, italien, turc, français… La cité n’est cependant pas un musée. Les gens y vivent, du linge pend aux fenêtres, des terrasses de café occupent les petites et grandes places, des boutiques de fringues “dernier cri”, une halle aux poissons. Ce pourrait être une incrustation électronique du vingtième siècle dans des vestiges stratifiés de plus de seize siècles d’Histoire.
Le Centre du festival est situé dans un bâtiment qui était encore, il n’y a pas si longtemps, le Musée de la Révolution. Entre temps, un vent de folie a parcouru les Balkans. Les décennies de l’Histoire d’après-guerre (après 1945) se sont matériellement effacées. L’Histoire est révisée. Le socialisme, le fédéralisme, sont considérés comme une malheureuse parenthèse de l’histoire de la Croatie.
Etre un artiste multimédia, aujourd’hui en Croatie, nécessite beaucoup d’audace. Les Pouvoirs Publics semblent  plutôt se concentrer à cultiver une hypothétique identité croate dont les racines appartiennent bien évidemment au passé. Certains politiciens évoquent même, avec nostalgie, la Croatie d’avant-guerre pourtant néo-fasciste. Ö amnésie, tu as de beaux jours devant toi !
L’Ecole d’Art, exemple symptomatique, où existe un département multimédia en mal d’équipement et de reconnaissance officielle, fut délogée de son site (au profit d’ ecclésiastiques à nouveau en odeur de sainteté) pour intégrer un bâtiment peu adapté, mitoyen du Musée de la guerre.
Pour des raisons diverses et singulières, dans des contextes historiques différents, quand on s’attarde à lire dans le catalogue du festival la biographie des artistes, force est de constater que beaucoup vivent et exercent leur art à l’étranger. D’autres résistent malgré tout sur place. Alors on s’interroge. On questionne. On émet des hypothèses. On comprend mal. On cherche dans les vidéos et films programmés quelques réponses, quelques pistes.

J’ai eu plaisir à assister à une rétrospective de l’artiste croate Ante Bozanich, né en 1949 à Vis, immigré aux Etats-Unis en 1967. Il pratique la vidéo depuis 1974. Son travail est souvent minimaliste. Il semble dans ses premiers travaux s’attacher à une expression radicale du corps, où cohabitent violence et intimité (“I am the light” 3’57 1976, “Return” 2’15 1974). Dans des oeuvres plus récentes, il met en évidence le déchirement qui sépare dramatiquement la réalité sociale de celle de l’individu. Dans “Pale of night” 5’57 1986, il fait un parallèle surprenant entre un chat qui a peur d’une paire de chaussures et la peur provoquée par la guerre dans un monde régi par l’argent. Cette surprenante analogie renforce le sentiment d’absurdité de la réalité humaine actuelle. Dans “Massacre in Hegins” 7’ 1990, il use aussi d’un montage parallèle. D’une part, nous assistons à un montage d’images de guerres et de répressions de toutes sortes. D’autre part, mystérieusement, nous contemplons deux pigeons qui tournent en rond. Enfin, nous abordons la séquence finale où des hommes font joyeusement un concours de tir aux pigeons, à Hegins. Est-ce ainsi que les hommes vivent ? La violence de son propos, parfois proche de la provocation (il fut comparé à Antonin Artaud), apparaît nettement dans “Woof Woof (?)” 6’05 1982. Il porte dans ce travail, qui débute comme une parodie de clip, un regard acide sur le monde contemporain, la représentation du corps, le star-système, l’amour, l’érotisme, le sexe, le fantasme zoophilique. C’est parfois difficilement supportable quand, par exemple, l’héroïne se pénètre avec un os d’animal encore garni de viande. Il explore un territoire où l’être humain est en exil de lui-même, en marge des convenances sociales, des sentiments et des pensées corrects. Il n’est pas loin d’atteindre ce qu’Aristote appellait la catharsie,  une purge de l’esprit. Cependant, le point d’horreur qu’il touche n’est rien comparé au déferlement de haine qui s’est emparé des populations des Balkans ces dernières années. L’art est là pour nous faire prendre la mesure des choses.

Je suis dans un village. Stobrec. J’attends le bus. Un vieil homme arrive en boitant. Je l’aide à descendre quelques marches. Il veut me parler, en croate bien sûr. Il fait des gestes, des bruits d’avions, de bombes, un éclat d’obus dans sa jambe, rafistolée avec quatre vis. Il mime l’opération, en haut du fémur. Il me dit Tito. Je ne comprends pas les autres mots. Il sourit et laisse tomber ses bras le long de son corps. Il ne bougera plus jusqu’à l’arrivée du bus, plongé dans des souvenirs auxquels je n’accèderai jamais. Il s’agit certainement d’un ancien partisan. Je l’appellerai l’homme de Stobrec
Renata Poljak, une jeune artiste de Split qui vient de passer huit mois à Nantes pour son post-diplôme des Beaux-Arts, me montre sa dernière vidéo, “Souvenirs” 7’30 1999. Je me souviens bien,  entend-on, de deux personnes qui m’observaient jusqu’à mes dix ans.  Puis elle se lance dans une frénésie d’écriture répétitive sur des pages de cahier d’école, Tito, Tata, Tito, Tata, Tito, Tata (ce qui en croate signifie Papa ). Enfin, l’ironie est à son comble quand, dans son modeste atelier, nous la retrouvons dansant sur une musique à la mode et chantant Tito, Tata.  J’ai une pensée pour l’homme de Stobrec.  Deux générations se fondent dans mon esprit. Deux histoires.
Dans un travail plus ancien, “I, The housewife” 7’30 1996, elle porte un regard tout aussi ironique sur la condition féminine et les tâches ménagères. Elle fait le ménage, le repassage… sous l’eau. Soudain, elle s’émancipe en tentant d’un geste assuré de jeter son balais, son fer… mais sa violence est atténuée par l’environnement sub-aquatique. Se révolter n’est pas une mince affaire. Une manifestation de colère peut si vite se transformer en un mouvement chorégraphique quand la société dans son ensemble est devenue un spectacle absorbant.
Elle a vingt-cinq ans. Je crois que nous entendrons parler d’elle.

Il est bon de déguster un café ou ce délicieux alcool qu’est le Rakija sur le Péristyle, une magnifique place devant la cathédrale, où cohabitent des éléments architecturaux romains, des colonnades corinthiennes, un sphinx égyptien, une chapelle Renaissance, un café du siècle dernier. Bref, dans ce lieu sacré de Split s’est déroulé, une nuit de 1968, un acte qui allait marquer profondément les consciences artistiques d’avant-garde. Le jeune peintre Pave Dulcic (qui ressemble à Jim Morrison) et ses amis du groupe “Le Péristyle Rouge” allaient maculer la place de rouge. Ce geste sacrilège provoqua un véritable scandale. Un défi contre l’ordre, la morale, le passéisme. Dulcic se suicidera quelques temps après. En 1998, une main traça au centre du Péristyle un cercle noir, pour ne pas oublier.
J’ai longtemps regardé la mer, depuis le port de Split. J’ai imaginé les navires militaires de l’ex-Yougoslavie, les canons pointés vers la ville. Il y a si peu de temps de cela. Ils ont tiré deux ou trois fois. Près de moi, un immeuble. Une bombe le transperça. Aujourd’hui, plus aucune trace du délit. Des gens, chaque jour se sont approchés des rives pour jeter à la mer des messages de paix dans des bouteilles. Résister, toujours et encore.

Alors, je fus irrationnellement saisi d’optimisme. J’ai ainsi pu me laisser caresser les méninges par une phrase entendue dans une vidéo d’une artiste de Zagreb, Kristina Leko, intitulée “L’histoire d’un gâteau” 20’57 1999 : Chaque histoire ouvre la voie à une fin heureuse… Et comme nous assistons, au début de ce travail, à la fabrication d’une délicieuse pâtisserie locale, cette affirmation peut se prolonger ainsi … ce gâteau est une conclusion heureuse d’une malheureuse histoire d’amour.  Leko entreprend ensuite par quatre fois, en croate, français, allemand et anglais, son malheureux récit : un véritable chant d’amour pour allèger son pas et survoler les frontières, la barrière du langage. Avant de vivre une passion amoureuse avec un homme qu’elle ne reverra plus (un Américain), dans les années quatre-vingt dix, n’importe où où j’allais, l’Europe de l’est, les Balkans, la Croatie, étaient mes frontières lourdes. Elles me faisaient faire des faux pas, partout. Des pas que tout le monde remarquaient.  Ce gâteau, que nous avons pu savourer avant d’entrer dans la salle de projection, est l’objet d’un don, une douceur, une communion, une affirmation qui s’expose malgré tout, malgré l’impossible, malgré l’Histoire et ses armes cruelles, ses Etats qui séparent arbitrairement les êtres. C’est fou ce que peut contenir un gâteau, quelque part entre le miel et les raisins secs.
Une anodine pâtisserie peut ainsi devenir un “passeur” qui mène dans son sillage  des idées, des perspectives, des sentiments clandestins. Une gâtoésie  !

Split est belle. Les filles sont ravissantes, habillées à la dernière mode. Tout semble serein. Et puis soudain, vous croisez des gens de trente-cinq ou quarante ans qui produisent des actes violents gratuitement, qui crient, qui menacent. On dirait des gens profondément blessés qui se débattent contre je-ne-sais-quoi  ou je-ne-sais-qui. Une guerre pourquoi-pour-qui-?  est passée par là. Une amie croate m’a donné à peu près cette explication.
Où est l’espoir ? L’espoir est en l’homme ? Dans ses profondeurs obscures ? Au-delà des apparences, des évidences ? Dans l’indicible ? Au bout d’une écriture qui jaillirait de soi ? C’est ce chemin que j’ai cru reconnaitre dans cette récente installation vidéo du grand artiste croate Dalibor Martinis, “Heartburn” 1999. Une salle noire. Un écran suspendu. Sur le recto, un plan rapproché de l’artiste sur son torse nu. Il écrit. De temps en temps apparaît un étrange point lumineux qui frétille à l’endroit du coeur, de la poitrine ou de l’estomac. Sur le recto, une scène sous l’eau. Une table. Un homme apparaît. Il fait une soudure. Le feu réalise l’impossible. Ou bien c’est l’eau. Fédéralisme d’éléments contradictoires ?
Ah, la merveilleuse inutilité de l’art ! Celle sans qui la vie ne serait qu’un paysage extérieur, consommable. Celle qui peuple le monde d’hypothétiques formes.
Dan Oki est un bel exemple d’artiste qui sait se faire tout un monde d’une machine électronique. Croate, il vit actuellement à Amsterdam. Il a reçu, dans la section Nouveaux Media, une mention du jury pour un CD Rom intitulé “Environment of chimeras” 1999. Il a créé en images 3D différents types d’animaux (finement ciselés) que le spectateur peut croiser à son gré. Cela donne d’étonnants, effrayants ou drôles, hybrides. Un zoo mythologique électronique. L’art n’est-il pas là pour nous faire aimer la vie plus que l’art ? Certes. Mais où sont les vrais monstres ? Certainement pas dans le paysage fanstatique conçu par Dan Oki. Certainement pas dans l’imaginaire électronique. Ils sont bien réels. Les bêtes immondes veillent, attendant leur heure pour nous ensevelir sous leurs lourdes pattes crochues. Au bout du compte, les chimères de Dan Oki sont rassurantes. Elles apparaissent et s’effacent selon notre volonté. C’est la loi de l’interactivité. C’est un jeu.

En même temps que se déroulait le festival de Split, se tenait à Zagreb le procés d’un ancien Oustachi, Dinko Šakić, qui dirigea le camp de concentration croate de Jasenovac, en 1944. 85 000 personnes y ont péri, des juifs de Croatie et de nombreux Serbes. Le monstre dit cependant avoir la conscience tranquille. Le témoignage d’un survivant, Vinko Ecimovic, sur les conditions de détention au camp a, paraît-il, fait rire l’ignoble Šakić. Il a écopé de vingt ans de réclusion criminelle.

Le festival s’est achevé par la remise des prix. En ce qui concerne la vidéo, le premier prix fut remis à Valérie Pavia (Fr) pour “De la séduction”. Une mention fut donnée à la canadienne Laurel Swenson pour “How to be recluse”. Une mention spéciale hors de prix  fut inventée par le jury pour le pertinent “South” de Chantal Akerman et pour le sublime poème électronique “Ich Tang” de David Larcher.
J’ai demandé, avant de partir, à une réalisatrice croate combien coûtait une journée de montage vidéo simple à Split. Le salaire mensuel moyen d’un travailleur ! Voilà une raison suffisante pour encourager ce festival à poursuivre sa lutte acharnée pour exister. Il faut espérer que la synergie qu’il saura développer participera à un développement mérité et prometteur de la jeune création croate. C’est nécessaire. C’est à suivre.

texte de Marc Mercier paru dans la revue Bref n°43, déc 1999

 

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Rédigé par brunorosar

Publié dans #Animation, #BD et caricaturistes

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Publié le 3 Février 2010

Miroslav Sekulić

 


http://www.lexpress.fr/medias/486/147.jpg

Né à Rijeka en 1976, dessinateur de bande dessinée.

Début 2010, Miroslav Sekulić a été sélectionné comme finaliste parmi plus de 450 candidats dans le cadre du concours Jeunes Talents du Festival d'Angoulême.

"Dans l'espace Nouveau Monde, un jeune homme, la mine froide, dessins sous le bras, accompagné d'un ami parlant français, déambule entre les stands. Après quelques minutes avec lui, on apprend le parcours étonnant de ce jeune Croate, Miroslav Sekulić, qui vient de débarquer à Angoulême, après avoir entendu parler du festival dans la presse. Il décide alors de quitter la Croatie, sans parler un mot de français, afin de trouver un public pour ses dessins, car en Croatie, explique-t-il, la BD est un genre mineur, quasi-inexistant. Véritable auto-didacte, n'ayant jamais pris de cours, il souhaite présenter son histoire "L'homme qui acheta un sourire" à des éditeurs présents sur le stand des jeunes talents du festival. L'histoire retrace avec brio le destin touchant d'un orphelin roumain, une histoire précise-t-il totalement autobiographique, pour cet enfant "sans famille", pour reprendre les termes de son ami.

"On vendait des souvenirs fait de porcelaine précieuse, de céramique et de verre aux couleurs vives..." ainsi commence le récit touchant de cette bande dessinée remplie de couleurs chaudes et de poésie, avec des paysages de bord de mer et un grand souci du détail. Un talent qui ne devrait pas rester dans l'ombre bien longtemps.
"

 

 

 

Pelote dans la fumée

I. Eté-Automne

Premier volume d'un dyptique. Ces deux premières saisons croates content la vie affreuse, sale et méchante des enfants dans un orphelinat pendant la guerre. Magnifié par le dessin de Miroslav Sekulic.

 


 

Traduit du serbo-croate par Aleksandar GRUJICIC

 

 

 

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Rédigé par brunorosar

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