Montažstroj

Publié le 23 Juin 2013

Le collectif Montažstroj plante le drapeau rouge et noir de l'anarchie

Le drapeau rouge et noir flotte dans tout le pays, un nouvel ordre social est entré en vigueur, la démocratie directe a été établie, la monnaie a été abolie, tous les édifices religieux ont été transformées en musées et des « jardins sociaux » ont été créés. Nous sommes en 2023, et en Croatie règne l’anarchie socialiste...

Dans cette Nouvelle Croatie, les criminels sont expulsés vers l’Union européenne, dans ce nouveau pays, la catégorie de « migrants illégaux » n’existe pas, on ne reconnaît pas l’institution du mariage, les médias sont un bien public, l’éducation et les soins de santé sont dispensés à tous. Tout a commencé en août 2017, quand, malgré l’Union européenne, le pays a sombré dans la révolution...

Ce scenario futuriste, c’est celui préparé par le collectif Montažstroj dans un projet appelé Budućnost je sada (L’avenir, c’est maintenant). Contrairement au théâtre traditionnel, où, en achetant des billets, les visiteurs achètent le droit de devenir des observateurs passifs, le collectif Montažstroj, connu pour ses projets socialement engagés, a opté encore une fois pour une approche différente. Chaque mercredi, jeudi et vendredi de mai, des spectateurs apportaient un peu de nourriture, des boissons alcoolisées ou des livres pour pouvoir voir le spectacle.

« L’idée centrale de ce scénario tourne autour de l’abolition de la monnaie et de la propriété privée, il serait donc assez cynique de demander aux spectateurs de payer un billet pour assister au spectacle. Les contributions du public, qu’il s’agisse de textes, de nourriture ou de boissons, ont remplacé la monnaie courante. Nous souhaitons ainsi faire un geste politique et cela fonctionne jusqu’à ce jour très bien. Dans notre scénario, la Croatie est frappée par une grande famine en 2017 et les citoyens doivent s’organiser pour vivre, échanger de la nourriture et d’autres denrées indispensables à la vie de tous les jours. Je suis toujours très heureux de voir qu’à la fin de la pièce, le public reste pour discuter avec les membres du projet. Cela nous laisse penser que nous avons réussi a réaliser notre utopie, même si l’échelle est réduite », explique pour H-Alter, Borut Šeparović, le metteur en scène de Montažstroj.

« Le scénario du futur » a été créé par un groupe de jeunes gens qui avaient répondu à une annonce publiée par Montažstroj l’année dernière. Celle-ci faisait appel à des personnes de moins de 35 ans, des managers, des directeurs créatifs, des spécialistes des relations publiques, des rédacteurs et des experts financiers. Les personnes ayant répondu à l’annonce ont ensuite été convoquées pour un rendez-vous qui ressemblait à un entretien d’embauche. Le collectif a ensuite choisi 25 personnes pour continuer à travailler sur le projet avec eux. La plupart des gens sélectionnées ne convenaient en rien aux spécifications exigées par l’annonce. Il n’y avait pas de manager, ni d’entrepreneur. Finalement six jeunes croates tout à fait ordinaire ont été sélectionnés. Des personnes qui, à cause de la crise, ne trouvent pas de travail et des gens qui se sont fait renvoyer. Quelques-uns travaillent pour 1.600 kunas par mois (215 euros), grâce aux mesures du ministre du Travail Mirando Mrsić, d’autres n’avaient que des emplois temporaires. Certains d’entre eux étaient aussi étudiants.

Ce sont ces jeunes qui vivent dans la précarité qui ont élaboré le « Scenario du futur », dans les locaux de la Chambre de commerce croate, une institution qui travaille elle-même à l’avenir de la Croatie.

Le résultat de ce travail collectif a été présenté le 28 mai dans les bureaux de l’agence croate pour l’emploi. « Les personnes qui sont inscrites sur les liste de l’agence pour l’emploi ont un quotidien difficile. Comme elles sont obnubilées par la survie quotidienne, elles ne se projettent pas dans l’avenir. Si elles sont plus âgées, elles se croient sans avenir, si elles sont plus jeunes, elles voient leur futur vraisemblablement loin de la Croatie. Les chômeurs dans notre pays sont souvent accusés de paresse, de passivité, ils sont accusés d’abandonner trop vite. Souvent, ils ne sont pas considérés comme des citoyens à part entière », affirme Borut Šeparović.

Dans le scenario de Montažstroj, il n’y a pas de chômeur. Les notions de solidarité, d’égalité, de justice, de liberté et de coopération ne sont pas des concepts vains. « Le scenario du futur » peut être compris comme une fiction radicale, il remet en question les plans de campagne des partis politiques au pouvoir, car le droit à un avenir ne se gagne pas qu’en allant voter. Dans le programme de la pièce on peut lire : « Il n’est pas ici question d’un scenario pour lequel il faille voter mais plutôt d’une proposition qui demande à être retravaillée si un assez grand nombre de gens y voient les bases d’une société plus égalitaire ».

Le metteur en scène du collectif Montažstroj ne considère pas que les Croates souffrent d’apathie. « La constitution produit l’apathie et détruit la solidarité et l’action. Lors des élections locales, on pouvait lire dans les journaux que le jour du vote est ‘la journée où la démocratie travaille’. Si les citoyens d’une démocratie ne doivent travailler qu’une fois trous les quatre ans, alors, il n’y a pas de quoi les accuser d’être trop passif », conclut Borut Šeparović.

Par Tamara Opačić

Traduit par Jovana Papović

Source : balkans.courriers.info, le 23 juin 2013.

Article paru à l'origine sur h-alter.org, le 10 juin 2013.

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Théâtre et danse

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