Mario Lozančić

Publié le 3 Juin 2013

Mario Lozančić, tête de liste de « Action des Jeunes pour le Parlement européen»

 

 

La campagne pour le Parlement européen a député ou plutôt la chasse pour des sièges confortablement rémunérés à Bruxelles pour représenter le peuple ? Les listes des partis croates ont été publiées, on entend surtout le SDP (sociaux-démocrates) et le HDZ (conservateurs), mais il y aura aussi de petits partis et des initiatives qui sont moins connues du grand public mais qui proposent d’intéressants programmes et des idées innovantes. Dans ce sens, nous nous sommes entretenus avec Mario Lozančić, candidat de « Action des Jeunes pour le Parlement européen ». C’est un jeune activiste diplômé qui a longtemps vécu en Allemagne et qui rassemble désormais des jeunes qui souhaitent peser sur l’avenir politique croate sur la scène européenne.

 



Pouvez-vous nous parler concrètement de l’initiative « Action pour les Jeunes au PE »? Quelles sont vos motivations et objectifs?


Au cours des six derniers mois, je me suis fortement engagé en faveur de ce mouvement avec des jeunes de Croatie et de la diaspora. Nous avons réussi à réunir beaucoup de jeunes avec les conseils, recommandations des uns et des autres, nos parcours personnels pour nous aider. A l’initiative d’un membre, nous avons décidé de nous lancer en politique pour transmettre un message : les jeunes veulent le changement. Les jeunes en ont tout simplement marre de la situation en Croatie qui est catastrophique depuis 6 ans, au plan politique et économique. Indépendamment de la crise survenue en 2008, les raisons de la crise sont à chercher en Croatie même. Depuis 10 ans, on détruit systématiquement l’économie croate. La croissance du PIB que nous avons connue jusqu’en 2008 était basé sur l’expansion du crédit et l’endettement de tous les acteurs : l’Etats, les entreprises privées et publiques et les ménages. Une bulle court-termiste de prospérité a été créée et elle a rapidement explosée. D’autre part, la caste politique n’est pas mure qui ne sait pas comment diriger l’Etat ni comment en faire un acteur de développement efficace. Ils ont choisi une technique consistant à se faire peu d’ennemis en endettant tout un chacun et en maintenant une stabilité de façade.

 


Et maintenant il faut passer à la caisse, c’est ça?


Oui, on voit maintenant quels sont les résultats de cette paresse et cela va durer jusqu’en 2020. C’est précisément dans ces conditions qu’a grandit une génération de jeunes qui a été exclue. Le chômage des jeunes a dépassé 52% ! Nous occupons la troisième place peu glorieuse derrière la Grèce et l’Espagne. C’est dans ce contexte, au fond du trou qu’est née l’idée d’un changement pas seulement en attendant que cela se passe, mais en agissant. Les jeunes ont conscience que le choix est soit de quitter le pays soit de se battre pour le changement. Voilà comment est née cette initiative consistant à réunir des jeunes bien formés et éduqués et à offrir à l’électorat la possibilité de choisir. Jusqu’ici, on a connu une alternance gauche-droite, mais ils ne se distinguent pas vraiment sur le fond. L’affaire « Ingrid Antičević Marinović » a été l’élément déclencheur ; nous nous sommes dit que nous ne devions pas laisser libre cours à cette oligarchie politique catastrophique, cette incompétence à représenter les citoyens croates et leurs intérêts. Notre objectif est de renforcer une image positive de la Croatie et de représenter note pays au niveau européen. Nous voulons être un canal de communication pour les citoyens, leurs convictions et leurs intérêts mais surtout un instrument lointain de pression politique sur ce gouvernement et les autres pour mettre fin aux maux de notre société, la corruption, le népotisme politique, les insuffisances de l’Etat de droit, le manque de libertés civiles et économiques, un secteur public inefficace… Outre les thématiques croates, nous nous engagerons en faveur des jeunes en Europe, la lutte contre le chômage des jeunes et de hauts niveaux d’enseignement sur tout le Continent, une croissance économique durable et la liberté économique des individus, surtout concernant l’endettement. Nous voulons soulager le poids de la dette pour les générations futures.



On vous connaît comme quelqu’un qui promeut l’idée que les jeunes doivent partir à l’étranger. Pensez-vous que les jeunes en Croatie n’aient vraiment aucune perspective d’avenir ? En tant qu’euro-parlementaire, vous engageriez-vous aussi pour l’émigration des jeunes?


Les chiffres ne mentent pas ! On peut les garder les jeunes, mais s’il n’y a pas d’économie qui puissent leur fournir un emploi et utiliser leurs capacités, alors toute jeune personne qui souhaite faire quelque chose de sa vie devra quitter le pays pour une certaine période. Je m’engagerais pour que le plus grand nombre de jeunes partent faire des études à l’étranger, avec le programme Erasmus, aillent faire des stages durant les vacances dans un pays européen. La plus grande expérience, c’est celle de l’amitié avec d’autres jeunes de toute l’Europe. Plus il y a d’échanges et d’interactions, plus il y a de chances pour un changement de mentalité dans notre société qui est encore malheureusement prisonnière du passé. Les jeunes en ont assez de cela, ils souhaitent le changement et l’ouverture sur le monde extérieur.



Avez-vous vous même vécu à l’étranger et pensez-vous qu’il y soit plus facile qu’en Croatie de trouver un emploi et de sur-vivre?

Durant la guerre des années 90, j’ai eu la chance dans mon malheur d’aller en Allemagne. Ma famille, moi et mes compatriotes avions été expulsés de la région de Bosanska Posavina, un événement traumatisant. Arriver en Allemagne, c’était comme atterrir sur une autre planète. Ces quelques années en Allemagne ont laissé une trace profonde et positive en moi. Ce n’est qu’après ma maîtrise à la faculté d’économie de Zagreb que j’ai de nouveau ressenti l’envie d’élargir mon horizon. J’ai débuté en poursuivant mes études à Vienne. J’aime cette ville, son multiculturalisme, cette diversité, la manière dont la société est organisée…Puis je suis allé travailler en Allemagne. D’abord dans le secteur de l’énergie à Essen puis pour le député allemand Klaus Peter Willsch au Bundestag. J’ai eu de la chance, tout s’est parfaitement enchaîné. J’ai acquis une expérience du travail à l’allemande et de leur rapport au travail.

 


Est-ce que votre mouvement ne va faire qu’une incursion de courte durée en politique ou souhaitez-vous créer un parti de long terme, peut-être une troisième voie qui manque à la Croatie?


Le projet de créer un mouvement « Action des Jeunes » est née il y a dix ans. Indépendamment des élections aux PE, il nous faut trouver si possible 10.000 jeunes dans toute la Croatie qui pussent se porter candidat aux élections locales. Il faut qu’ils soient pro-actifs, autonomes, capables de prendre seuls des initiatives pour des jeunes qui en ont assez des lamentations, qui veulent le changement et non pas attendre que celui-ci «arrive». Sur le marché politique, la Croatie est encore sous-développée. Nous avons 127 partis et le code électoral favorise les grands blocs partisans et leurs satellites. Malheureusement, la mentalité socialiste reste dominante en Croatie et cela s voit auprès de l’électorat de droite et de gauche. La seule différence est que les uns se prétendent modernes et urbains tandis que les autres seraient ruraux et conservateurs et arriérés. D’autre part, plus de 50% des électeurs a perdu tout espoir de changer la donne en votant. On voit bien qu’il y a là un manque patent de conscience politique et démocratique et que les citoyens sont insuffisamment éduqués au plan politique.Nous avons dit et nous redirons qu’une troisième voie est nécessaire, un bloc ou une union citoyenne non pas pour obtenir des sièges mais pour un tournant programmatique de la politique économique. Ce n’est pas du maintien du niveau social dont nous avons besoin mais d’une politique de développement économique. Les libertés politiques et civiles des individus vont dans le même sens. Pour qu’un troisième bloc émerge, il faut que la société murisse, que les individus élargissent leur horizon, que la culture et la communication politique se développent ainsi que l’aptitude des individus au compromis. La clé, ce sont les gens ! Sans un changement du mode de réflexion et de conduite du dialogue, il n’y aura pas de troisième bloc. Seuls les jeunes peuvent parvenir à créer ce troisième bloc.

 


L’euroscepticisme a gagné du terrain en Croatie ces derniers mois. Qu’est-ce que notre pays va gagner en adhérant à l’UE?


C’est un phénomène intéressant comme le calme avant la tempête. Bien sur que les gens sont sceptiques puisque la moitié de l’Europe est en crise, comme la Croatie d’ailleurs. Ils n’ont pas eu accès aux informations sur notre avenir après l’adhésion à l’UE. Même la classe politique ne sait pas quelle sera la situation de la Croatie après sont entrée dans l’Union européenne. L’acquis communautaire a été transposé mais seulement sur le papier. La Croatie a eu 13 ans pour bien se préparer au marché de l’EU mais elle ne l’a pas fait. Nous sommes trop isolés, renfermés et cela porte à conséquence comme en témoigne l’euroscepticisme. La Croatie fera face a de nombreux défis, bien des projets inaccomplis. Mais ça n’est pas la faute de l’UE mais les hommes politiques qui n’ont pas su préparer les citoyens croates à cette échéance.

 


On a l’impression que la lutte a été âpre en Croatie pour les sièges au PE. Le salaire est conséquent, les frais de représentation et de déplacement sont couverts, tout cela est très séduisant. Mais on parle moins des véritables tâches et de l’influence potentielle des parlementaires européens. Est-ce que vous savez, vous, à quoi vous atteindre si vous deviez être élu ?

Merci de poser cette question. Effectivement, les médias parlent beaucoup des avantages d’un tel mandant au PE mais pas des responsabilités qui en dérivent. On fait de la désinformation en prétendant que les parlementaires européens ne décident de rien et ne porteraient donc aucune responsabilité, ce qui va mettre du baume au cœur de notre classe politique. Mais les choses changent, le regard sur le monde évolue. Du point de vue national, on évolue sur le plan et les thématiques européennes. Le plus important, c’est le lien entre les parlementaires élus et les citoyens et non pas les partis. Les gens doivent savoir qu’ils peuvent s’adresser à leurs parlementaires, les informer des thèmes et des problèmes qui les préoccupent, que ce soit brûler de l’alcool pour sa propre consommation ou la vente de fromages locaux sur le marché, la protection de l’environnement ou sa dégradation en raison de normes trop faibles pour les fourneaux d’usines.


D’accord mais comment comptez-vous faire pour résoudre ces problèmes?

C’est précisément lorsque j’ai travaillé au Bundestag allemand que j’ai pu être au plus prêt de la réalité de thèmes traités au niveau local, national et international avec le travail des commissions. Le parlementaire n’est pas important en tant que tel, ce qui compte c’est aussi son équipe qui travaille en amont et en aval des propositions. C’est un travail qui prend 16 heures par jour, tout simplement. Ca va être un grand choc pour notre classe politique que de venir travailler à Bruxelles. Appartenir à un parti ne sera pas suffisant, ils vont se sentir perdus et déconcertés. Ecoutez donc la réponse d’Ingrid Antičević Marinović qui témoigne de son incompétence. Si c’est ce type de personne qui est choisi, alors il faudra dire Adieu à toute avancée et influence croate au sein de l’UE.
Voici des informations de première main que j’ai reçues d’une amie qui travaille à la Commission européenne : elle s’est déclarée choquée du manque de maîtrise des dossiers avec laquelle nos politiques nous représentent à Bruxelles. Même les délégués de Serbie sont plus actifs et présents que nous, alors qu’ils n’ont même pas de représentants au Parlement européen ! La représentation de la ville de Kragujevac compte plus de collaborateurs que celle de Zagreb qui ne compte qu’une personne qui en plus ne répond pas aux courrier électroniques! C’est avec ces gens que nous reculons et continuerons de reculer. Et en 2030, on s’étonnera que la Serbie soit plus avancée et développée que la Croatie.



Quelles sont les chances de succès d’un mouvement tel que « Action des Jeunes » ou d’autres initiatives semblables sur les grands appareils que sont le HDZ et le SDP?


Bien sur, avec leur machine à ratisser des voix, le HDZ et le SDP vont emporter une partie du gâteau. La participation sera probablement faible, ce qui est négatif mais pourrait être réversible. Les citoyens sont pessimistes et ce sont précisément ces personnes qu’il faut encourager à aller voter en nombre. C’est la seule possibilité de contrer l’électorat du HDZ et du SDP et d’en tirer profit pour notre liste. Il est vrai qu’il y a 28 listes, mais nous allons tout entreprendre au cours des 12 derniers jours de campagne pour que les citoyens retrouvent confiance et courage et qu’ils se rendent aux urnes.



Parlons de la diaspora croate, surtout de la jeune génération bien éduquée. Pensez-vous qu’ils pourraient être utiles à la Croatie d’une manière ou d’une autre? Quel est votre position sur ce point?

Les échanges sont nécessaires. Quand je suis rentré en Croatie, j’ai travaillé pour une entreprise allemande. Les cadres étaient tous de jeunes immigrés croates très bien formés. Ce n’est qu’un exemple mais il y en à d’autres de plus en plus nombreux en dépit de la crise. Ils ne vont pas être « exploités » par la Croatie, ils paieront leurs impôts, les taxes et l’assurance-maladie, un point c’est tout. La Croatie n’a le droit d’exploiter ni ces propres citoyens ni ceux qui sont désireux de s’y installer. Les règles doivent être les mêmes pour tous.


Après l’adhésion de la Croatie à l’UE, la crise de notre pays ne va pas cesser pour autant. A quoi devons-nous nous attendre après le 1er juillet 2013? Le gouvernement actuel ou l’opposition du HDZ peuvent-ils nous sortir de la crise?


Il est totalement utopique de croire que ceux qui nous ont plongés dans la crise pourraient nous en sortir ! Quoique les politiciens disent sur les perspectives de bien-être, tout cela c’est de la manipulation des citoyens. La pression du marché va s’intensifier et l’Etat continuera de s’endetter. Les 5% les plus aisés continueront de bien vivre. Une chose est certaine: plus nous repoussons les réformes, pire ce sera. Ni le tourisme ni les fonds européens ne pourront nous sauver.

 


A chaque nouvelle élection en Croatie, il y a de nouveaux partis. Aucun d’eux ne parvient à laisser de trace durable. Les travaillistes de M. Lesar sont peut-être les seuls à avoir connu un certain succès. Pourquoi les Croates sont-ils si peu souples dans leur choix électoraux?

A cause du manque de conscience politique. Friedrich Ebert a dit un jour : « nous avons peut-être la démocratie mais pas encore de démocrates”. Il est important que les citoyens se forment et s’informent politiquement. M. Lesar a réussi avant tout grâce à son réseau syndicaliste qui lui est favorable.

 

 

Entretien avec Edi Zelić

Source : balkans.courriers.info, le 30 mars 2013.

Article paru à l'origine sur crodnevnik.de, le 17 mars 2013.

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Hommes politiques, militaires et diplomates

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