Les gratte-nuages de Zagreb

Publié le 29 Avril 2013

Les 'gratte-nuages' de Zagreb expliqués aux Croates

 

Dans un article publié le 1er octobre 2011 dans le quotidien croate 'Večernji list' (Courrier du soir), la journaliste Javorka Lemo présente l’oeuvre des auteurs «des plus hauts bâtiments du pays», les architectes croates Marijan Hržić et Slavko Jelinek. Ces hommes de l’art, parlant de leurs projets, estiment que ces bâtiments ne sont pas si hauts.

 

Contexte


Zagreb, capitale et centre économique de la Croatie, compte 1.000.000 d’habitants. La ville a toujours su garder, à l’instar d’une grande majorité de villes du centre et du sud-est de l’Europe, un centre historique d’une grande beauté. Ainsi, la cathédrale Saint-Stéphane et le Théâtre National de Croatie sont des bijoux de l’architecture baroque.
Par ailleurs, la Croatie est un des rares pays de l’Est à avoir particulièrement bien réussi sa transition post-socialiste et, récemment entré dans l’Union Européenne, il est devenu la deuxième ancienne république Yougoslave, après la Slovénie, à en devenir membre.
Ainsi, les aspects économiques et modernes y sont chaque jour plus présents et Zagreb, la capitale, possède aussi son lot de centres d’affaires et de gratte-ciel.
Eurotower, Cibona Tower, Zagrebtower... Autant de noms qui invitent le passant à lever les yeux au ciel. Mais Zagreb n’est pas Manhattan, encore moins Dubaï et les 'gratte-nuages' zagrébois ne donnent pas vraiment le tournis.
Pour Hrvoje Hrabak, président de l’association croate des architectes, «ce ne sont pas les gratte-ciel qui font d’une ville une métropole». Excuse ?
 

L’IMAGE DE LA VILLE EN CHANGEMENT
 

ZAGREB - Prudents, les architectes veillent à ne pas pousser à l’exagération. Leurs constructions ne sont pas bien hautes. L’'Eurotower', la 'Zagrepčanka', la tour 'Cibona'... Retour sur les créations d’architectes célèbres.

En Croatie, on est loin de Dubaï ! Pas seulement en matière de richesses ou de distance mais aussi en terme de hauteur. C’est à Dubaï, capitale des Emirats Arabes Unis, que fut construite la plus haute tour de la planète. Cette merveille architecturale s’élève à 828m au-dessus du sol, en comptant l’antenne à son sommet. Autant dire que le plus haut bâtiment de Croatie - l’Eurotower - à Zagreb, ne lui arrive pas à la cheville. 726 mètres la sépare du sommet de la tour de Dubaï. Quelques mètres de plus pour la seconde plus haute tour de Croatie, la 'Zagrepčanka'.

 

«Mes nerfs, je les ai laissés sur le terrain»

«Combien de nerfs j’ai laissé sur le terrain», soupire l’architecte Marijan Hržić, concepteur de l’Eurotower, livrée en 2006. 

«L’Eurotower a été conçue pour accueillir les locaux commerciaux d’une banque autrichienne. Tout devait donc être aux normes autrichiennes. La construction a duré plus de trois ans et nous nous sommes souciés de chaque détail. L’Eurotower a été réalisée de manière à être rationnelle au maximum. C’est sa spécificité. Quand vous construisez un gratte-ciel, il faut être présent sur le site en permanence pour observer l’avancement des travaux. Le résultat de ce travail est un bâtiment qui possède une vraie efficacité énergétique et à la façade très élégante», explique fièrement l’architecte.

A cela s’ajoute un autre bâtiment : la Tour Cibona, haute de 92m sur la rue de Vukovar et 3e plus haut bâtiment de Croatie est devenue un vrai point de repère à Zagreb. Marijan Hržić, professeur à la faculté d’architecture, possède une longue liste de bâtiments à son actif et projette la construction de la bibliothèque nationale et universitaire.

«Quand on construisait la Cibona, j’arrivais sur le site à 8h30 du matin pour manger le goulasch - les ouvriers étaient là depuis 5h du matin -. On ne pouvait se permettre de s’éloigner du site», rappelle–t-il.

«La construction du complexe Cibona, avec son hall et ses bureaux, s’est déroulée dans le milieu des années 80. Plusieurs endroits étaient disponibles pour la construction, l’un d’eux était Tuškanac, là où il y a aujourd’hui un parking. Le choix était celui de l’emplacement actuel sur la rue Sava qui nous semblait alors beaucoup trop étroit. Mon idée était de construire cet immeuble de bureaux à un endroit plutôt vide, car cela pouvait mettre en valeur notre bâtiment. Lorsque l’on construit un haut bâtiment, il est très important qu’il se fonde pleinement dans le paysage de la ville. Ainsi, la tour Cibona est devenue un vrai symbole de Zagreb. Cela nous a valu plusieurs prix dont celui du meilleur bâtiment de Yougoslavie», explique l’architecte.

Ainsi, le «bâtiment sur la Sava» reçut plusieurs récompenses et son aspect incurvé lui a valu de devenir un symbole reconnaissable à Zagreb.

Une autre tour célèbre, la 'Zagrepčanka' a, elle, une hauteur de 99m et a été conçue par le célèbre architecte Slavko Jelinek, en coopération avec Berislav Vinkovic. «J’ai construit 37 tours, plus une», explique Slavko Jelinek. Dans «plus une», entendez la 'Zagrepčanka', toute première tour de l’histoire de Zagreb.

«Je ne m’attendais pas à ce que mon bâtiment devienne alors le plus haut de Zagreb mais j’en étais très fier car les récompenses se sont mises à pleuvoir. J’ai toujours été imaginatif. Tout ce que j’ai réalisé a toujours été 'something special' (en anglais dans le texte, ndt)»,se souvient l’architecte de 86 ans qui se plait à rappeler, non sans fierté, son don pour les langues étrangères (il en parle sept) et qui n’hésite pas à intégrer des mots allemands, anglais ou italiens dans chacune de ses phrases.

 

Rijeka a également mérité son titre.

En plus de la tour de Zagreb, Slavko Jelinek a conçu de nombreux autres gratte-ciel résidentiels, dont trois dans la rue Veslačka (rue de l’aviron, ndt). Lui-même vit d’ailleurs dans un des immeubles qu’il a conçu. Il avoue que «la modestie n’est pas une des grandes qualités qu’[il] possède».

Parmi les plus grands édifices de Zagreb, on peut également citer la tour 'Zagrebtower' de l’architecte Otto Barić. D’une hauteur de 79 mètres, elle se situe sur la route de Radnička.

Cependant, bien que la majorité des gratte-ciel se trouve dans la capitale, la palme de la plus haute tour résidentielle revient à la ville de Rijeka. Située dans la rue Franjo Čandek, elle compte 28 étages et s’élève à une hauteur d’environ 96 mètres.

La chute régulière de morceaux de façade, qui constitue un grand danger pour les passants, lui a valu le surnom de 'tour de la mort'.

Cela écrit, en tout état de cause, les gratte-ciel croates ne sont que de 'petits bébés' en comparaison de ceux dans le reste dsu monde.

«C’est vrai qu’à Zagreb il y a bien une tradition de construire des immeubles de grande hauteur mais il ne faut tout de même pas exagérer, dans l’ensemble on ne va pas très haut», soupire Marijan Hržić.

Les projets de gratte-ciel ayant vu le jour ces deux ou trois dernières années ne reflètent pas vraiment le caractère urbain ou le progrès économique. C’est ce qu’explique Hrvoje Hrabak, président de l'Association croate des Architectes (CAA). «Contrairement à l’idée que nous avons en province, les gratte-ciel ne sont pas la substance qui va faire de la ville une métropole», dit-il.

 

Par Javorka Lemo

Adapté par Kyrill Convenant

 

Source : lecourrierdelarchitecte, le 26 septembre 2012.

Article original publié sur vecernji.hr, le 1er octobre 2011

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Architecture et édifices

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