L'Institut océanographique de Split

Publié le 28 Juin 2013

Mer adriatique : l'Europe à la rescousse de la recherche océanographique croate

 

Avec l’entrée de la Croatie dans l’Union, la mer Adriatique va devenir un « lac européen », rendant plus nécessaire que jamais la protection de cet espace. L’Institut océanographique de Split étudie depuis longtemps la Mer Adriatique et l’évolution de ses réserves halieutiques. Mais pour continuer et développer ces recherches, les Croates ont besoin de l’appui financier de l’Union européenne...

 

« La fosse de Jabuka est connue comme étant la zone la plus importante de toute l’Adriatique pour la reproduction et la croissance des juvéniles. Tous les scientifiques s’accordent sur ce point, mais au niveau politique, rien n’est engagé pour la protéger ». Un constat sévère que dresse le professeur Ivona Marasović, directrice de l’Institut océanographique de Split (IOR).

L’intégration de la Croatie dans l’Union européenne le 1er juillet prochain permettra peut-être de donner l’impulsion nécessaire pour dépasser ces blocages politiques et de mettre en place une véritable politique de protection de l’Adriatique. La collaboration scientifique transfrontalière autour de cette mer n’est certes pas nouvelle, mais l’UE et les projets européens devraient permettre de mettre en place un cadre meilleur. Certes, la Stratégie pour la mer Adriatique, mise en place en décembre 2012, n’a pas encore donné de résultats probants mais la Stratégie pour la Méditerranée fournit déjà des directives bien précises (Marine Strategy Framework Directive - MSFD), que tous les projets européens doivent respecter.

 

Un institut de recherche de niveau international

La recherche scientifique marine en Croatie est principalement conduite par l’Institut océanographique de Split (IOR). Cette institution publique compte 54 scientifiques travaillant dans huit laboratoires, elle mène des études en mer grâce à un bateau de recherche (le Bios II). C’est l’unique institut croate exclusivement spécialisé dans la recherche marine et le seul également à mener des recherches dans le domaine de la pêche. Il dépend du ministère des Sciences, de l’éducation et des sports.

Quelques autres institutions tentent également de participer à des projets européens : un petit laboratoire à Dubrovnik, dépendant de l’Université de la ville, le Centre pour la recherche marine de Rovinj (département de l’Institut multidisciplinaire Ruđer Bošković de Zagreb), ainsi que des organismes non-gouvernementaux de qualité.

« Malgré les réductions du budget de l’État pour la recherche, l’IOR a obtenu de bons résultats », explique Ivona Marasović. En 2011, l’Institut océanographique de Split a été admis comme membre du Marine Board of the European Science Foundation et ces deux dernières années, l’IOR a participé à une trentaine de projets, nationaux comme internationaux, dans le domaine de la biologie, de la chimie, de la physique océanographique, de la géologie. Des recherches sont aussi menées en aquaculture.

« Nous espérons que les chercheurs croates pourront bénéficier de l’accélération des échanges scientifiques, afin de mutualiser les connaissances et les expériences », souligne Oliveira Del Cont, du ministère pour le Développement régional et des fonds européens, responsable du programme IPA (Instrument for Preaccession Assitance) de collaboration transfrontalière pour l’Adriatique.

Les chercheurs croates espèrent aussi que l’entrée dans l’Europe leur permettra d’obtenir du carburant détaxé, afin de diminuer les frais des bateaux de recherche et d’être plus compétitifs pour remporter des appels d’offres européens, notamment face aux Italiens, qui bénéficient déjà de cette détaxe.

 

Des projets pour l'avenir

Jusqu’à aujourd’hui, les projets européens auxquels la Croatie pouvait participer étaient financés par des fonds de pré-adhésion et ils impliquaient une collaboration transfrontalière. A partir du 1er juillet, ces projets seront financés par des fonds structurels, plus destinés à l’amélioration des infrastructures.

Aucune agence ne recensant la totalité des projets européens menés en Croatie, il est difficile d’estimer leur nombre total. Le plus important d’entre eux, le programme Perseus coordonne beaucoup d’études qui porteront, jusqu’en 2020, sur l’état écologique de la Méditerranée et de l’Adriatique. Perseus dispose d’un budget de 14 millions d’euros et rassemble une soixantaine d’institutions et d’organismes, l’Institut océanographique de Split (IOR) étant le seul partenaire croate, il a obtenu 250.000 euros pour ses recherches.

Le programme Medits vise, quant à lui, à évaluer annuellement les réserves halieutiques disponibles en Méditerranée (une attention particulière est portée aux poissons pêchés pour être consommés) et le projet Sesame, doté d’une enveloppe de 15 millions d’euros, étudie les effets des changements climatiques sur la biodiversité marine de l’Adriatique.

 

Des difficultés financières et administratives

Les centres de recherche croates, qu’ils soient publics ou privés, ont de grandes difficultés à réunir les fonds nécessaires, ne serait-ce que pour préparer un projet susceptible d’être soutenu par les fonds européens. Ils manquent aussi de personnel pour assurer le suivi administratif de ces projets. Les conditions pour l’attribution des fonds sont complexes et conséquentes, elles demandent une connaissance pointue des directives de l’UE.

En Croatie, quelques cessions de formation ont bien été organisées, notamment à Split par l’agence de développement Rera. Mais de fait, les consultants croates sont encore très rares et ils pratiquent des tarifs souvent bien trop onéreux pour les instituts de recherche. Les tâches administratives sont donc bien souvent gérées par les scientifiques eux-mêmes, qui ont donc moins de temps pour se consacrer à leurs travaux.

Les scientifiques croates ont confiance dans la qualité de leurs recherches, ils peuvent sans rougir représenter la Croatie au niveau européen. « Mais la recherche océanographique demande des budgets importants et les fonds attribués par l’État croate sont insuffisants. Nous devons donc poursuivre nos recherches de financements internationaux pour mener à bien nos travaux », explique Ivona Marasović.

 

 

Par Claire Vallet

Source : balkans.courriers.info, le 26 juin 2013.

 

 

 

 

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Split

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