Denis Romac (II)

Publié le 29 Juin 2013

Denis Romac

 

Articles (suite)  :

 

4. TPIY : un tribunal qui n'est plus crédible

 

Après une série d'acquittements, le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), déjà très critiqué, semble avoir perdu sa raison d'être, considère le journal Novi list.

 

Le tribunal de La Haye vient de mener une dramatique réinterprétation historique des guerres post-yougoslaves et une redéfinition expéditive de la guerre d’agression en guerre civile classique.

Les derniers verdicts du TPIY sont en train de réécrire une histoire que l'on croyait déjà écrite. En dépit des 400 000 vétérans de guerre officiellement répertoriés en Serbie, à en croire les derniers verdicts du TPIY, la Serbie n’a rien eu à voir avec les guerres en Bosnie-Herzégovine et en Croatie.

Aucun des généraux de haut rang de l’Armée populaire yougoslave (JNA) n’a été condamné pour les crimes commis en Croatie. Slobodan Milosevic, premier chef d’Etat à être jugé pour les crimes de guerre après la Seconde Guerre mondiale, non plus, car il est mort [en détention] avant la fin de son procès. Compte tenu de ce contexte, le procès de Jovica Stanisic (chef du renseignement serbe sous Milosevic) et de Franko Simatovic (l’officier de ce service) devant le TPIY était considéré comme l’un des plus importants des points de vue historique et politique, notamment pour la Croatie et la Bosnie-Herzégovine.

L'acquittement, en février dernier, du général Momcilo Perisic (ancien chef de l’état-major général de l’Armée yougoslave, accusé de crimes commis à Sarajevo et à Srebrenica entre août 1993 et novembre 1995) nous avait ainsi appris que les livraisons d'armes ne rendaient pas responsable des crimes commis avec ces armes. L’affaire Stanisic et Simatovic était donc la dernière occasion pour condamner la politique criminelle de Milosevic. C'était la seule affaire qui permettait de juger les plus hauts responsables du régime de Belgrade pour les crimes commis en Croatie et en Bosnie-Herzégovine.

De nombreux éléments de l’acte d’accusation contre Milosevic ont été repris dans l’accusation contre Stanisic et Simatovic, notamment la guerre brutale contre les non-Serbes qui se sont trouvés sur la voie de la création de la Grande Serbie, de même que l’épuration ethnique mise en œuvre par les Bérets rouges, les Scorpions, la Garde des volontaires serbes et les autres unités paramilitaires par le biais desquelles Belgrade menait la guerre en Croatie et en Bosnie-Herzégovine.

 

Un des verdicts les plus scandaleux prononcés par le TPIY

Ces escadrons de la mort ont été organisés, armés et financés par le service de renseignement de la sûreté de l’Etat (DB) de Milosevic, dont Stanisic était le chef, et Simatovic, le principal agent opérationnel. En effet, le procès de Stanisic et de Simatovic a été une sorte de procès par contumace de Milosevic. Cependant, en les acquittant [le 30 mai dernier], le juge Alphons Orie a coupé le cordon ombilical qui reliait le régime de Belgrade, à savoir Milosevic, par le biais du DB, aux massacres commis en Croatie et en Bosnie-Herzégovine. Ce verdict, l’un des plus scandaleux et le plus incroyable prononcé par le TPIY, est en contradiction éclatante avec le bon sens et la morale élémentaire.

Car qui de raisonnable et de moral peut qualifier de "conquête réussie de la ville" l’occupation de Vukovar et amnistier les responsables de l’épuration ethnique avec l’explication qu’ils voulaient "seulement garder le contrôle sur une grande partie du territoire de la Croatie et de la Bosnie-Herzégovine" ? Comment qualifier alors la dernière amnistie des criminels de guerre prononcée par le TPIY si ce n’est par "un pas en direction de la zone sombre du droit international", comme l’a fait la juge Michèle Picard [membre du TPIY], qui s'est opposée à la décision du juge Orie.

L’acte d'accusation contre Milosevic, dressé à la fin des années 1990, donnait à croire, grâce au courage et à l’intégrité de l’ancienne procureure du TPIY, Louise Arbour, qui l’a établi en dépit de l’opposition des grandes puissances, que le tribunal se prenait au sérieux. Or, les derniers verdicts prouvent que le TPIY s’empresse de démolir ce qui reste de sa crédibilité. Un tribunal qui n’est plus crédible n’est pas digne de ce nom.

 

Source : courrierinternational.com, le 3 juin 2013.

Article paru à l'origine sur novilist.hr

 

 

 

 

 

 

5. Aller de l'avant, même si... 

 

L’adhésion à l’Union européenne tant attendue, le 1er juillet, se fait plus inquiétante aujourd’hui que la crise frappe. Les politiques d’austérité prônées par Bruxelles refroidissent l’enthousiasme des Croates. Pourtant, un retour en arrière est impensable.

 

Pourquoi les Croates ne se réjouissent-ils pas de leur entrée dans l'UE ? A quoi bon en avoir rêvé pendant plus de 20 ans, à l'époque ou le vieux monde s'effaçait au profit du nouveau, à quoi bon quand on constate que cette adhésion se construit aux dépens du peuple ?

Seulement 7% des Croates interrogés souhaitent assister à un feu d'artifices le 1er juillet prochain – date de l’entrée du pays dans l'UE – signe de l'indifférence avec laquelle nous attendons ce moment. Il est évident qu'un sujet aussi complexe mérite une réponse complexe, mais on peut expliquer cette réaction par le fait que l'Europe vit une crise sans précédent.

Pour tous ces pays comme la Croatie, longtemps gouvernés par des élites irresponsables, l'Europe représente un certain cadre institutionnel et politique qui, à plus ou moins long terme, assurera le bien-être et garantira l’Etat de droit.

 

Question d'humanité

Cependant, cette crise a bien montré que tout cela n'était qu'une grande illusion. L'Union européenne n'assure plus le bien-être d'un pays. L'Europe d'aujourd'hui est gouvernée par la politique d'austérité, même si les plus grands économistes signalent que les dettes ne sont pas la cause de la crise mais bien ses conséquences. Mais laissons ça de côté pour le moment et analysons le résultat de cette politique. La politique d'austérité a poussé plusieurs pays "mineurs" vers une catastrophe économique et sociale – ce qui était impensable il y a quelques années. Non seulement la politique européenne anti-crise ne fonctionne pas, le FMI l'admet maintenant, mais pour couronner le tout, cette politique de récession s'applique uniquement au peuple, afin de satisfaire les oligarchies financières et les banques.

Résultat : La Génération Perdue. En Espagne, presque 55 % des jeunes sont au chômage, en Grèce ils sont 58 % ! Le reste de l'Europe ne se porte pas mieux, un jeune sur quatre est sans emploi.

Il ne s'agit plus uniquement de politique, mais d'humanité. La Commission européenne impose sans relâche des mesures qui punissent toutes les couches de la population. Comment se fait-il qu'aujourd'hui, Angela Merkel s'oppose à la plus petite réduction de la dette grecque alors qu'en 1953 l'Europe avait effacé 60% de la dette allemande ? Comment se fait-il que l'Allemagne refuse à la Grèce ce qu'on lui a permis à elle ?

Même en Slovénie, nous avons pu entendre à de multiples reprises des déclarations choc, annonçant la sortie de la zone euro, puis de l'UE comme unique alternative à la situation désastreuse. Qui aurait pu s'attendre à de telles idées venant de la Slovénie, pays pro-européen par excellence !

 

La peur a remplacé la solidarité

La crise a complètement mis à nu l'Union européenne. Il y a dix ans, nous rêvions d'une union des peuples et non de l'union de marchés financiers. Aujourd’hui, les marchés détruisent la vie de millions d'Européens. La solidarité s'est envolée avec la crise.

Les Européens d'aujourd'hui ont peur de demain, surtout ceux des pays en périphérie. Parmi eux, les Croates ont également peur. Ils se sentent trahis, trompés. C'est ce que doivent ressentir les Croates, qui ne voient plus l'UE comme un abri sûr, encore moins comme une planche de salut. Les gens comprennent très bien ce qui se passe autour d'eux.

Cela dit, nous n'avons pas le choix. La seule alternative à l'Europe serait de faire marche arrière, et revenir au point de départ. Revenir à ce que nous avions hier, tout ce qui nous a justement poussés à nous tourner vers l'Europe. Et ça, nous savons que nous n'en voulons plus.

 

Traduit par Anastazia Savic

 

Source : presseurop.eu, le 24 juin 2013.

Article paru à l'origine sur novilist.hr, le 7 juin 2013.

 

 

 

 

Rédigé par brunorosar

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