Boris Pavelić (II)

Publié le 30 Juin 2013

Boris Pavelić

 

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4 - "Nous revoilà"

 

Certes, l'Union européenne traverse une crise économique qui affaiblit la confiance envers elle. Mais pour un pays au passé de guerres et de régimes autoritaires, adhérer à l'UE est avant tout rejoindre une communauté de valeurs et de progrès.

 

Des valeurs humaines communes – c'est cela, le sens de l'UE. La paix, la liberté individuelle, le rejet de la violence, l’art du compromis, l'Etat de droit... Ce sont ces valeurs que masque la situation chaotique dans laquelle se trouve l’Europe actuellement. Toutefois, même le chaos politique n’a pas pu jeter une ombre sur la volonté librement exprimée par les peuples européens : vivre dans la paix selon des règles communes qui garantissent la paix et les droits de l'homme.

Cela sonne comme de la langue de bois? Souvenons-nous : comment la Croatie a-t-elle vécu jusque-là ? Comment vivait-on sous l'Empire austro-hongrois ? Les Croates y avaient peu de pouvoir de décision, comme dans le royaume de Yougoslavie d'ailleurs. Démocratie en apparence, ce n'était qu’un Etat policier pro-serbe. Et à quoi ressemblait l'Etat Indépendant de Croatie (NDH) qui a existé de 1941 à 1945 ? C’était un Etat fondé sur le génocide (des Juifs, des Serbes, des Roms et des communistes), le racisme et le chauvinisme.

 

Un passé douloureux

Que dire de la République socialiste fédérative de Yougoslavie ? Officiellement Etat fédéral, c'était une version "allégée" d'une dictature communiste, un pays sans liberté d'expression et sans la liberté de vivre selon son choix. Et la Croatie de Tudjman [1989-1999] ? Officiellement démocratique, en réalité une "démocrature" nationaliste, un Etat au service du pillage de ses propres citoyens, de la dissimulation de crimes et de la tolérance du discours de haine. Aucun de ces Etats n'avaient pour principe actif la paix et les droits de l'homme.

Pour les Etats membres de l'UE, ce sont les bases. L'Union européenne est la première communauté politique qui soit parvenue à ouvrir les frontières, à réconcilier et à unifier les pays démocratiques dans le but de créer un idéal commun fondé sur la liberté des individus et la paix des nations. Il suffit de se rappeler ce qui ce passait dans les Balkans dans les années 90, ainsi qu'en Europe à cette période-là, pour s’apercevoir que la Croatie a fait le bon choix.

Pour cette raison, il ne faut pas tirer de conclusions hâtives en considérant seulement notre porte-monnaie. La pauvreté est une menace indépendante de l'UE. Si la Croatie restait en dehors de l’UE, ce serait encore pire. Paradoxalement, la Croatie sera moins dépendante de l'UE en tant que pays membre qu’elle ne l'était jusqu’à présent : la leçon tirée du contentieux portant sur la baie de Piran en est la meilleure preuve. Ce n’est pas l'argent qui importe, la paix et la liberté priment. Václav Havel, qui savait si bien relever les défis impossibles de la politique, n’a-t-il pas déclaré jadis : "L'Europe ne se résume pas au prix d'un sac de pommes de terre". Cette phrase prend tout son sens dans les Balkans où nous n'avons jamais eu l’habitude d'insister sur les valeurs. On peut le comprendre : trop souvent nous nous sommes sentis trompés. Ici, ces idéaux ont souvent été utilisés pour tromper le peuple.

 

Une renaissance

Voilà enfin l'occasion de changer tout ça. En acceptant les règles de l'UE, nous prenons la décision de rejeter "l'arbitraire". Il est important d'avoir assez de confiance en soi pour mettre en place, par nous-mêmes, les valeurs que nous avons choisies. A l'avenir, plus personne ne pourra mener une guerre contre un autre pays, en prétendant le faire pour le bien de la nation. Plus personne ne pourra dissimuler les crimes en prétextant que c'est mieux ainsi. Plus personne ne pourra baser sa politique sur le simple fait que « sa femme n'est ni serbe ni juive » [déclaration de Tudjman]. Et surtout, plus personne ne pourra changer les règles à sa convenance – ce qu'est justement en train de comprendre Milanović [le Premier ministre croate]. A partir de maintenant, nous savons ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas. C'est pourquoi, en ce moment important et solennel, laissons-nous porter par l'enthousiasme, tout en restant sur nos gardes. Rappelons-nous ce toast, plein de mélancolie, porté par le grand poète Ivan Lovrenović en 2004, lors de la réouverture du Stari Most [Vieux pont] de Mostar : "Tandis que volent les hirondelles qui jouent avec le vent sous les arches du pont, je porte un toast et je dis : nous revoilà".

 

Traduit par Anastazia Savic

 

Source : presseurop.eu, le 30 juin 2013.

Article paru à l'origine sur novilist.hr, le 27 juin 2013.

 

 

Rédigé par brunorosar

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