Zoran Pusić

Publié le 4 Août 2010

Zoran Pusić

 

 

 

I. Biographie :

 

Zoran Pusić est né en 1944 à Zagreb. Aujourd'hui il travaille comme professeur de mathématiques à la Faculté de Graphisme de l'Université de Zagreb et il oeuvre comme volontaire au sein du Comité civique pour les droits de l'homme. Ces vingt dernières années il a participé à la mise sur pied de la société civile en Croatie et dans la région et à l'éclosion de nombreuses initiatives civiques, que ce soit le rétablissement du nom de la Place des victimes du fascisme à Zagreb, la création du Forum démocratique d'opposition, de l'organisation non gouvernementale GONG, de l'Initiative d'Igman, du centre Documenta, de l'association CIVIS ou encore de la Maison des droits de l'homme. Il est co-président de deux associations internationales pour la protection des droits de l'homme, CIVIS et l'Initiative d'Igman, et président du Conseil d'administration de Documenta. Zoran Pusić représente la Croatie au sein de la Fédération internationale des ligues des Droits de l'Homme et du Réseau européen contre le racisme.

 

 


II. Interviews :

1- Entrevue avec Zoran Pusić, mathématicien et militant des droits de l'Homme



Par Miljenko Jergović

Feral Tribune : Vous êtes mathématicien de profession et pourtant vous militez pour la défense des droits de l'Homme. N'est-ce pas là une combinaison un peu  étrange ?

Zoran Pusić : Non seulement suis-je mathématicien, mais je suis également un homme ! C'est encore plus étrange, puisqu'en Croatie, depuis les dix dernières années, ce sont surtout les femmes qui ont été présentes dans la lutte pour le respect des droits humains, beaucoup plus que leurs confrères masculins. Le fait que je sois mathématicien n'a joué aucun rôle d'importance, sinon que je retrouve à présent le plaisir d'enseigner aux étudiants après une longue absence.

FT : Avez-vous des ambitions politiques ?

ZP : Pour le moment je n'en ai pas. Oeuvrer dans des organismes non-gouvernementaux me permet d'agir de manière  beaucoup plus libre que si j'étais impliqué dans un mouvement politique. Nous ne sommes pas lié par la pression de l'opinion publique. Au sein des partis politiques, il y a une restriction que l'on pourrait nommer le paradoxe de la démocratie. Les politiques doivent tenir compte de l'humeur publique. S'ils n'en tiennent pas compte, ils vont être politiquement marginalisés. Cette attitude rend beaucoup plus difficile l'épanouissement de nouvelles idées, de nouveaux concepts, puisqu'au départ les idées  progressives sont presque toujours les idées d'une minorité. Voilà le rôle qu'ont joué les organisations non-gouvernementales et les médias indépendants. Ils ont été cette minorité impopulaire.

FT : Comment se portent les droits de l'Homme en Croatie suite aux dernières élections

 

ZP : Je l'ai déjà dit plusieurs fois : on respire plus facilement ! Le grand changement vient du fait que jusqu'au 3 janvier dernier, les violations des droits humains provenaient essentiellement des institutions d'Etat, qu'il s'agisse du pouvoir exécutif, des forces policières ou des instances judiciaires. Aujourd'hui la donne est différente. Certes, le changement de pouvoir ne va pas résoudre automatiquement les problèmes qui se sont accumulés pendant des années. Aujourd'hui, c'est à nous de résoudre tous ces problèmes. 

FT : Avez-vous peur de la marginalisation des organisations non-gouvernementales qui s'occupent des droits de l'homme ?

ZP : J'aimerais bien qu'il en soit ainsi ! Je me souviens de l'article d'une journaliste américaine qui fut publié dans Danas en 1985. Parlant de la Yougoslavie de l'époque, elle disait : "Je me trouve dans un pays où du point de vue politique, rien ne se passe et probablement rien ne va se passer". Je voulais la croire et j'espérais qu'elle aie raison, même si dans mon for intérieur je craignais le pire. Et elle a eu tort : la Croatie a fait les manchettes de CNN.

FT : Que voulez-vous dire lorsque vous souhaitez avoir le temps de vous attaquer aux problèmes marginaux ?

ZP : Jusqu'à maintenant, tout ce qui n'était pas meurtre, nettoyage ethnique, déplacement de population fut considéré  comme un dossier "marginal" ; c'est malheureux, mais nous n'avions pas assez de temps pour nous attaquer à tous les dossiers qui venaient jusqu'à nous. J'aimerais que, dans le futur, nous puissions passer plus de temps sur ces dossiers oubliés. De semi-dictature, nous sommes entrés dans une semi-idylle où tout est bon et magnifique, sauf la vie quotidienne qui est restée la même  pour la grande majorité de la population croate, c'est-à-dire mauvaise. J'espère qu'à partir d'aujourd hui nous aurons le temps de nous attaquer à ces problèmes.

FT : Peut-il arriver que nous glissions de cette semi-idylle vers une catastrophe ?

ZP : Oui, bien sûr la dernière étape politique a été particulièrement heureuse, tant pour les questions intérieures que pour les relations internationales. Ce pays est soudainement devenu populaire, on l'a applaudi de tous côté, ici même à Zagreb, en Europe et dans le monde. Ce dont j'ai peur maintenant, c'est du temps qui passe, des mois qui s'écoulent et, ensuite, de la révolte de ceux qui n'ont pas de boulot, qui ne reçoivent pas leur salaire ou n'ont pas de pension de retraite, et qui risquent d'oublier les exactions du HDZ [ancien parti au pouvoir, ndlr], le vol et les fraudes. Ils risquent de s'insurger contre ce nouveau gouvernement qui n'aura pas réussi à leur rendre la vie meilleure. Depuis les dernières semaines j'essaie, en tant que représentant du Comité civique pour les droits de l'homme, de parler avec les membres du gouvernement, de leur transmettre nos peurs, leur faire comprendre ce qui peut nous arriver dans un an ou deux. Il suffit qu'en Croatie apparaissent des forces politiques qui utilisent à leur escient une période de mécontentement civique et de perte de mémoire collective des causes qui ont provoqué ce mécontentement. Ces forces vont simplifier les problèmes sociaux en utilisant la démagogie et le mensonge, et la Croatie peut aboutir à la catastrophe. Nous vivrions une vraie tragédie si dans quelques années un parti politique qui nourrit sa popularité de peur, de nationalisme et de xénophobie retourne au pouvoir.

FT : De quelle manière est-il possible d'empêcher cette tragédie ?

ZP : Dans toutes les sociétés, les minorités sont toujours un peu retranchées, repliées par la force sur elles-mêmes. Je suis en faveur d'un système de discrimination positive, pour pouvoir accorder plus de droits aux minorités afin que leurs membres puissent se sentir complètement libres et heureux. Tous devraient se réjouir devant la diversité de leur société, parce que cette variété élargit la culture, rend la vie plus agréable. L'uniformité est la pire chose qui puisse arriver à un peuple.

Feral Tribune, 6 mai 2000

traduit par Vinko Bakija
mis en forme par Alexandre Billette

Source : balkans.courriers.info, le 22 mai 2000.

 

 

 

 

2 - "La Croatie a le choix entre rester à la périphérie ou impulser une vision pour les Balkans"

 

Zoran Pusic, président du Comité des droits de l'homme de Zagreb explique à Libération le chemin parcouru par son pays pour entrer ce 1er juillet dans l'Union européenne.

 

Par Hélène Despic-Popovic

 

L’entrée dans l’Europe a longtemps été le rêve partagé, pour des raisons différentes, de l’élite nationaliste croate au pouvoir pendant plus de dix ans, et de la société civile, aspirant à une vie normale dans un Etat de droit. Dans la dernière phase des négociations avec l’Union européenne, les ONG ont surveillé le développement de la réforme judiciaire en émettant 112 recommandations. Parmi les 77 ONG regroupées dans cette Plate-forme 112 se trouve le Comité des droits de l’homme de Zagreb. Son président, Zoran Pusic explique à Libération le chemin parcouru par son pays.

 

Rejoindre l'Europe a été pour la Croatie un parcours du combattant. Comment la société civile s'est-elle développée dans un pays en guerre ?

En 1991, quand nous avons créé le comité des droits de l’homme, nous pensions que l’adhésion à l’UE était une question d’importance vitale pour la Croatie. Nous vivions une guerre que nous croyions appartenir à une période révolue, une guerre entre voisins comme en 1941. Elus, les dirigeants de Croatie et de Serbie, Franjo Tudjman et Slobodan Milosevic, ont conduit leurs partisans à la guerre. L’entrée dans l’UE nous paraissait alors une garantie de paix dans la région. J’ai d’abord milité pour qu’on rende son nom à la Place des Victimes du fascisme rebaptisée la Place des Grands hommes. Parce que si les victimes du fascisme dérangeaient quelqu’un, c’est parce que ce quelqu’un voulait réhabiliter le fascisme. Je trouvais cela dangereux et choquant.

 

Comment avez-vous orienté votre action ?

J’ai créé le comité civique des droits de l’homme. Les premiers qui se sont adressés à nous sont les Serbes, car les institutions de l’Etat ne voulaient pas s’en occuper. Il y avait ceux qui n’arrivaient pas à obtenir leur certificat de nationalité, même s’ils étaient nés ici. Et sans ce papier, ils ne pouvaient plus avoir ni sécurité sociale, ni accès accès à leur compte bancaire, ni voyager. Et puis, il y a eu les évictions des appartements. Personnellement je me suis occupé de dix personnes. Neuf d’entre elles étaient Serbes et huit des femmes seules. Entre 1992 et 1995, nous avons beaucoup travaillé sur ce dossier. Nous avons réussi à faire rentrer des gens chez eux jusqu’en 2005. A cause de cette activité, nous avons été longtemps stigmatisé comme des ennemis de la Croatie. Cela a duré jusqu’à l’an 2000. Nous avons aussi travaillé avec les réfugiés.

Nous avons ensuite travaillé sur les crimes de guerre. Il y a des crimes dans toutes les guerres. La vraie question est : que font les politiciens? Jugent-ils les criminels ou poussent-ils au crime? En 1995 (ndlr: après la reprise de la Krajina aux mains des rebelles serbes depuis 1991) Tudjman a dit à ses partisans : «à ceux qui nous reprochent de brûler les maisons serbes, je dis, il est écrit dans la Bible : œil pour oeil, dent pour dent. Les Serbes sont partis en emmenant leurs culottes sales. Mais il en reste encore». Cette déclaration est un vrai appel au pogrom. Nous avons suivi le déroulement de tous les procès pour crimes de guerre depuis la seconde partie des années 90. Lors des premiers, la justice était très partiale. Nous avons fait venir des observateurs internationaux, cela a joué.

 

Comment le pays a-t-il évolué ?

Une coalition formée par les sociaux-démocrates et les libéraux a gagné les premières législatives qui ont suivi la mort de Tudjman en 1999. L’opposition était forte bien avant cela. En 1997, nous avons créé le Gong, une ONG chargée de surveiller les processus électoraux, parce que Tudjman avait refusé de valider l’élection du maire de Zagreb. A cette époque, on nous attaquait même physiquement. Lors d’un rassemblement, Stipe Mesic, qui nous avait rejoint a reçu un coup de latte dans le dos. Six mois plus tard, en février 2000, il était élu président de la République. Et pendant les dix  ans qui ont suivi, il a été le facteur crucial des changements en Croatie.

Certaines de nos attaquants sont maintenant députés au parlement européen sur la liste du HDZ (le principal parti de droite fondé par Tudjman). Maintenant que la Croatie intègre l’UE, elle envoie au parlement européen des nationalistes. Je ne sais pas comment ce sera utile à l’UE.

 

Pourquoi est-ce si important pour vous d'intégrer l'Union ?

L’entrée dans l’Union européenne garantit la paix, des standards en matière de droits de l’homme plus élevés, et offre un marché de 500 millions de personnes. Mais que se passera-t-il si un jour des partis comme le Jobbik (extrême-droite hongroise), devenaient dominants?

Je pense que c’est important d’entrer dans l’Europe pour d’autres raisons aussi. Il y a 13 ans, nous avons créé, avec des Serbes, des Bosniaques, et des Monténégrins, l’Initiave d’Igman, dans le but de promouvoir la coopération régionale. Maintenant que la Croatie entre dans l’UE, les politiciens croates ont le choix entre devenir un petit pays à la périphérie d’une grande union, sans importance stratégique, ou un pays qui a une vision de comment transformer les Balkans, aujourd’hui synonyme de conflits, en une zone de paix et de coopération. Il y a de bons exemples, notamment dans les pays d’europe du nord. Il vaut toujours mieux vivre en bonne intelligence avec ses voisins.

Un vieil adage dit que Dieu est puissant, mais qu’il ne peut pas changer l’histoire. C’est pour cela qu’existent les historiens. Ici et en Serbie, les historiens sont très partiaux. Chez nous, on ne condamne pas l’oustachisme [ndlr : mouvement des partisans des collaborateurs du régime pro-hitlérien qui a régné entre 1941 et 45]. On aborde les épisodes de la dernière guerre de manière sélective en essayant de minimiser les événements négatifs. S’il n’y avait pas eu le Tribunal pénal de la Haye, aucun des 169 condamnés n’aurait jamais comparu devant la lustice. Ni en Serbie, ni en Croatie, ni en Bosnie. Grâce à cela, personne ne peut dire que son peuple n’a pas commis de crimes. Pour un nouveau départ des relations de bon voisinage, il faut que chacun balaye d’abord devant sa porte.

 

 

 

 

 

III. Article

 

Acquittement de Gotovina : la Croatie à l'heure du choix

 

L’acquittement par la chambre d’appel du TPIY des deux généraux croates Ante Gotovina et Mladen Markač, le 16 novembre dernier, a déchaîné les passions en Croatie et en Serbie. Triomphalisme d’un côté, amertume de l’autre. De façon surprenante, la réaction la plus mesurée est venue d’Ante Gotovina lui-même, qui a appelé les deux peuples à se tourner vers l’avenir et invité les réfugiés serbes de Croatie à revenir. Déclaration sincère ou calcul politique ? En tout cas, la Croatie est aujourd’hui confrontée à un choix : savourer sa victoire... ou rendre justice aux victimes serbes de l’opération Oluja et condamner clairement la politique du nettoyage ethnique.

 

L’acquittement d’Ante Gotovina par la chambre d’appel du TPIY a provoqué en Croatie et en Serbie des réactions passionnelles opposées : peu d’hommes politiques ont pu se permettre de ne pas partager l’euphorie générale de « la victoire de la justice » ou la frustration de « l’évidente injustice ».

 

Bon indicateur du niveau de rationalité de ce jugement, les prophéties les plus précises ont été faites par le clergé catholique, qui a longtemps « satanisé » le TPIY, mais prédit l’acquittement grâce à l’influence des prières lors de la veillée de soutien aux généraux Gotovina et Markač… Des éléments juridiques supplémentaires ont-ils influencé ce verdict ? Cela fera l’objet de vifs débats qui dureront sans doute plus longtemps que ce tribunal, l’une des institutions judiciaires internationales considérée jusque-là comme des plus respectables, très professionnelle et très morale, et supposée être au-delà de toute corruption et influence politique. Aujourd’hui, les experts ès conspiration en sont convaincus : la chambre de première instance, qui avait condamné Ante Gotovina à 24 ans de prison, a agi sous le diktat de la Grande Bretagne ; la chambre d’appel, qui l’a acquitté, sous celui des États-Unis. Mais l’exode des Serbes de Croatie, les victimes, les crimes et l’impunité de ces crimes, les destructions massives de maisons, les discours de Tuđman [1], Jure Radić [2], Bosiljka Mišetić [3] et la création d’une politique des frontières qui a empêché, puis rendu difficile le retour des réfugiés serbes… sont des réalités qu’aucun tribunal ne pourra changer.

 

Ces derniers jours, on cite souvent la phrase d’Ante Gotovina, extraite du discours qu’il a tenu sur la place principale de Zagreb : « Tournons-nous vers l’avenir ». La Croatie a le choix entre deux partis : savourer un triomphalisme myope et ne pas prêter attention au profond sentiment d’injustice des réfugiés serbes qui comptent déjà leur dix-huitième année d’exil ; ou faire preuve de sagesse (celle qui a manqué à Tuđman et aux dirigeants politiques croates après l’opération Oluja) et « dans la victoire, de grandeur d’âme ».

 

Que les hauts dignitaires de l’État condamnent publiquement la politique du « nettoyage ethnique » et entament des procédures. Qu’ils adressent aux victimes des paroles témoignant qu’aujourd’hui, la politique croate officielle n’est pas insensible à leur souffrance, et que ces paroles soient accompagnées de mesures d’aide concrètes. Pour l’heure, à part deux demi-phrases prononcées par le président, le Premier ministre et quelques ONG croates, le message le plus direct a été envoyé, à la surprise générale, par Ante Gotovina lui-même. Son discours sur la place Ban-Jelacic, appelant les Serbes à revenir en Croatie, fut bref et calme, tandis qu’autour de lui se pressaient des gens qui attendaient un discours sans doute moins tolérant…

 

Cela nous a rappelé que l’on en sait peu sur les positions actuelles d’Ante Gotovina, même si quelques suppositions traversent l’esprit. Ni avant ni après Oluja, alors que de nombreux politiciens, académiciens, écrivains et militaires renchérissaient de déclarations enflammées que l’on pourrait aujourd’hui colliger, lui s’est tenu coi. Lors d’un entretien avec une journaliste du tabloïd serbe Kurir, Ante Gotovina a déclaré que chaque réfugié serbe de Croatie qui vit aujourd’hui en Serbie avait les mêmes droits en Croatie que lui, Ante Gotovina. « À tous ceux qui veulent revenir, la Croatie est leur maison comme elle est la mienne », a-t-il dit. Cela a surpris, mais paru sincère et noble. Pour être précis : cela m’a paru sincère et, pour la Croatie, il serait important, et je le souhaite vraiment, que cela l’ait été effectivement.

 

L’initiative qui calmera la situation, corriger les injustices par un traitement égal de tous les crimes de guerre, doit venir de la Croatie. Le côté serbe est blessé par ce qu’il considère comme une profonde injustice. Pas tant à cause de l’acquittement d’Ante Gotovina et de Mladen Markač, mais des implications de ce jugement : les crimes dont les Serbes ont été victimes n’ont quasiment pas eu lieu, des paysans ont quitté leur maison, propriété, bétail et fui en un long exode, après tout pas vraiment nécessaire…

 

Il serait trop simple de conclure que le problème principal vient de la Serbie, incapable d’assumer qu’elle a été l’agresseur. Imaginons combien seraient amères et irrationnelles les réactions de l’opinion publique et des politiciens croates si la mince majorité de la chambre d’appel du TPIY avait fait pencher la balance dans le sens inverse.

 

Il ne s’agit pas d’un match de football qu’une équipe remporte grâce aux tirs au but ou à des penalties discutables, mais d’un choix qui peut décider de l’avenir des relations entre Croates et Serbes. La rationalité et l’empathie, qui ont toujours fait défaut dans ces domaines, et qui rappellent aujourd’hui que le monde est parfois plus complexe qu’il n’en a l’air, c’est Ante Gotovina qui, paradoxalement, en a fait preuve plus que les autres.

 

[1] Franjo Tuđman, dans son discours à Karlovac le 26.8.1995, 18 jours après la fin de l’opération Oluja : « Et à ceux qui nous accusent de brûler les maisons serbes dans les parties libérées de la Croatie, qu’ils se rappellent qu’il s’agit d’un principe biblique de l’Ancien Testament, œil pour œil, dent pour dent. » Ou : « Les Serbes ont honteusement disparu de ces régions comme s’ils n’y avaient jamais été. Mais il y en a encore, et ici chez vous ! »

[2] Jure Radić, ministre de la Reconstruction au sein du gouvernement croate en 1995, lors d’une réunion avec Tuđman le 22.8.1995 : « On ne devrait pas autoriser plus de 10 % de Serbes dans ces régions [d’où les Serbes se sont enfuis] ». Tuđman : « Ni même 10 % »

[3] Bosiljko Mišetić, vice-Président du gouvernement croate en 1995, dans un discours en août 1995 : « La Croatie ne veut pas que vivent chez elle des gens d’une autre nation »

 

Traduit par Claire Vallet

 

Source : balkans.courriers.info, le 24 novembre 2012

Article original publié sur h-alter.org, le 21 novembre 2012

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Intellectuels et activistes

Repost 0
Commenter cet article