Vojin Bakić

Publié le 21 Juillet 2011

Vojin Bakić

 

Né à Bjelovar en 1915 et décédé à Zagreb en 1992, Vojin Bakić est un sculpteur croate d'origine serbe.

Sorti diplômé de l'Académie de Zagreb en 1939, il a séjourné à Florence et Milan et a participé à l'exposition des "Artistes de Zagreb" en 1939.

Durant la Seconde Guerre mondiale il perd ses quatre frères. 

Figure importante de la scène artistique croate, en particulier dans les années 50 et 60, Bakić collabora avec le groupe  EXAT 51 et le mouvement Nove tendencije (Nouvelles tendances). Il a réalisé de nombreuses sculptures publiques dont L'Appel aux armes ou "L'homme de Bjelovar" (Bjelovar - 1946), le Monument à la Révolution (Kamensko 1958-1968), le Monument dédié aux victimes de l'accident de train à Zagreb (1975-1978), ainsi que des monuments installés à Kragujevac, Dotrščina et Petrova Gora.

Après 1945 il s'oriente vers un traitement impressionniste de la surface. Cette période est surtout marquée par ses portraits d'Ivan Goran Kovačić (1946) et de Silvije Strahimir Kranjčević (1948). Durant les années cinquante Bakić réduit les volumes de ses sculptures en utilisant des fractures anguleuses comme arêtes et plus tard en fondant les détails d'une masse sculpturale (Autoportrait, 1952 et des ébauches pour le Monument dédié à Marx et Engels, 1950-1953).

 

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A cette époque, il réalise une série entière de taureaux en plusieurs dimensions (Bik, 1950, 1960). La série intitulée Nus, Bustes et Têtes vient clore le chapitre concernant son étude des formes organiques et associatives. A partir de 1958 il s'attaque aux formes ouvertes, aux espaces intérieurs et aux réverbérations lumineuses.

Au début des années 90, une grande partie des oeuvres de Vojin Bakić ont été détruites en Croatie.

 

 

Vojin Bakić, le sculpteur moderniste du titisme triomphant

 

Le sculpteur zagrebois Vojin Bakić a été une figure incontournable de la scène artistique yougoslave dans les années 1950 et 1960, réalisant quelques uns des monuments les plus impressionnants du titisme triomphant, avant de sombrer dans l’oubli dans les années 1990. Le Musée d’art contemporain de Zagreb lui consacrera une rétrospective en décembre.


 

Le Musée d’art contemporain de Zagreb prépare une exposition rétrospective sur l’œuvre du sculpteur zagrebois Vojin Bakić (du 6.12.2013 au 2.2.2014). Décédé en 1992, Bakić était une figure incontournable de la scène artistique yougoslave, en particulier dans les années 1950 et 1960. Il est surtout connu pour avoir érigé de nombreuses monuments notamment l’Appel aux armes (l’homme de Bjelovar) à Bjelovar (1946), le Monument à la Révolution de Kamensko (1958-1968), le Monument aux victimes de l’accident du train à Zagreb (1975-1978), ainsi que des monuments à Kragujevac, à Dotrščina (Vallée des Graves) et le mémorial aux partisans et à la résistance de Petrova Gora (1982).

L’engagement politique antifasciste de Bakić, ainsi que sa nationalité serbe, ont joué en sa défaveur pendant les conflits des années 1990 et une grande partie de ses monuments ont été détruits. Aujourd’hui, son œuvre et sa réhabilitation représentent un enjeu politique. Ces quinze dernières années, des groupes engagés à gauche se sont emparés de la question et demandent la rénovation et de l’assainissement du mémorial de Petrova Gora. L’oeuvre de Bakić est problématique avant tout à cause de son contenu idéologique. Il y a cinq ans, l’artiste contemporain Dejan Kršić affirmait à son sujet : « La question est de savoir comment reconstruire un monument antifasciste alors que nous vivons dans une société qui célèbre Thompson et qui réhabilite les Oustachis et le nationalisme. Si le monument est rénové mais qu’il perd sa fonction principale de mémorial antifasciste, c’est vraiment problématique. C’est à l’État de répondre à la question de savoir comment réintégrer l’héritage antifasciste dans notre quotidien, comment le représenter. C’est une question qui touche aux politiques culturelles, comme aux choix idéologiques du pouvoir ».

Deux pétitions ont déjà tenté de sauver les œuvres de Bakić. Le travail de groupes d’artistes et de curateurs, tels que les zagrebois de WHW, ont beaucoup aidé à la réhabilitation du sculpteur, au point que la plus grande institution artistique du pays, le Musée d’art contemporain de Zagreb, a décidé de préparer une exposition rétrospective de son œuvre.

Nous avons donc demandé à Nataša Ivančević, co-directrice du Musée de nous dire s’il s’agissait là de la réhabilitation définitive de l’artiste : « Au début des années 1990, sur tout le territoire yougoslave, on a détruit un grand nombre de monuments antifascistes construits pour commémorer des héros nationaux, des partisans, des civils, des lieux où des massacres et des exécutions avaient été commises. En Croatie, ces destructions ont surtout touchés les régions où se sont déroulés les combats. C’est comme ça qu’a été détruit le chef d’œuvre de Bakić, le monument de Kamenska, non loin de Požega, une des plus grandes réalisations architecturales et sculpturales de son temps. Cette sculpture antifasciste avait un caractère abstrait, suggéré par sa forme qui se réfère aux ailes déployées de la sculpture antique de Nike, déesse de la victoire. On a aussi détruit les monuments de Bakić à Bjelovar, Čazma, Gudovac, Bačkovica… Bakić n’a pas besoin d’être réhabilité dans la profession, tout le monde connaît le rôle qu’il a joué, tant sur la scène croate, que sur la scène européenne et son apport inestimable à la sculpture moderniste. Le problème, c’est que maintenant, ces monuments n’existent plus. L’état du mémorial de Petrova Gora est alarmant, il est en train de se décomposer. Toutes les initiatives prise jusque là n’ont pas réussi à arrêter sa destruction, ni à pousser les autorités locales à le protéger. La rétrospective insistera sur le problème de la démolition des monuments et sur la nécessité de leur préservation », explique Nataša Ivančević.


 

 
Mémorial de Petrova Gora

On se demande aussi quelle est l’origine de cet intérêt soudain pour l’œuvre de Bakić et pour le mémorial de Petrova Gora. Est-ce pour la modernité de son œuvre, ou bien Bakić ne serait-il intéressant que pour la connotation politique de son oeuvre ? L’artiste Dubravka Sekulić propose la réponse suivante dans un très bon texte publié dans la revue Zarez : « Si l’inachèvement du mémorial et du parc de Petrova Gora (le monument a commencé à être construit en 1972 et n’a jamais été complètement ouvert) représentent l’incapacité de la Yougoslavie socialiste à survivre et perpétuer les idées de la révolution, la manière dont le monument est en train de disparaitre à petit feu, fait de lui le symbole de la disparition des biens publics à travers les privatisations. La réduction de Petrova Gora et des autres monuments à leur forme originelle, leur décontextualisation dans une interprétation ’l’art pour l’art’, supprime leur potentiel émancipateur et le rôle qu’ils ont pu jouer dans la société ».

Nataša Ivančević souligne que l’exposition rétrospective au MSU couvrira un large éventail de l’œuvre de Bakić et pas seulement les monuments antifascistes. « Nous allons montrer les œuvres de jeunesse de l’artiste, conçues juste avant la Seconde Guerre mondiale, ainsi que les croquis et modèles qui sont à l’origine des monuments. On se concentrera sur les œuvres que Bakić a crée alors qu’il était un artiste déjà connu et mature, donc pendant la période qui date du début des années 1950 à la fin des années 1960. En analysant les formes, nous pouvons facilement comprendre le chemin qui l’a mené à l’abstraction et à la synthèse. Il cherchait à comprendre l’essence même de l’expression plastique. Dans cette rétrospective, nous allons suivre la naissance de l’abstraction, depuis les motifs reconnaissables des unités thématiques (le nu, l’animal, le portrait), jusqu’à la réduction radicale de la forme qui amène au signe abstrait et à la recherche de la liberté artistique. L’exposition montrera plus de 250 œuvres : des sculptures, des dessins, des maquettes, des croquis des monuments, des photographies mais aussi de la documentation vidéo qui commente le travail de Bakić, ainsi que le contexte social au moment de la naissance de ses œuvres. Les petites-filles de Bakić, les architectes Ana Martina Bakić et Vjera Bakić sont les auteures de l’exposition et une grande partie des œuvres exposées font partie de la collection personnelle de la famille ».

Nous avons aussi demandé à Nataša Ivančević pourquoi avaient-ils décidé de préparer cette rétrospective aujourd’hui : « Le but de l’exposition est de revaloriser l’œuvre de Bakić et de comprendre la genèse de son expression abstraite. Il y a tout simplement une grande nécessité et un intérêt de la profession à proposer une nouvelle lecture de sa contribution à l’histoire de la sculpture moderniste croate et européenne et du patrimoine que représentent les monuments en général. Il était temps de montrer ces œuvres qui n’avaient jamais été exposées dans un même espace. Vojin Bakić n’était pas très intéressé par la popularité, il concentrait tout son potentiel créatif et intellectuel sur son ouvrage et sur ses recherches. Il n’aimait pas exposer, et il a même dit une fois : ’Une exposition est pour un artiste une pierre d’achoppement’. Le Musée d’art contemporain a organisé deux expositions Vojin Bakić (en 1958 et en 1964), à l’apogée de sa carrière. A l’époque, le musée s’appelait la Galerie municipale d’art contemporain et était situé dans la haute ville de Zagreb. Nous pouvons dire que cette rétrospective fait un pas pour la revalorisation et la réhabilitation de l’œuvre de Bakić ».


 

Par Rade Dragojević

Traduit par Jovana Papović

 

Source : balkans.courriers.info, le 28 octobre 2013.

Article par à l'origine sur novossti.com, le 8 septembre 2013.


 

 

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Sculpteurs

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