Vjeran Katunarić

Publié le 13 Juin 2011

Vjeran Katunarić

 


I. Biographie : http://www.057info.hr/include/slika_water.php?slika=vjeran_katunari__1264839478.JPG&staza=../images/vijesti/velike/&type=2


Vjeran Katunarić, né en 1949 à Travnik, est professeur de sociologie au Département de sociologie de la Faculté de philosophie de l’Université de Zagreb. Il enseigne les relations inter-ethniques et la sociologie historique. Il a été professeur invité aux Etats-Unis (1985, 2000) et en Suède (1992-93).


Vjeran Katunarić est chercheur ; ses principaux domaines de recherche sont l’interculturalité et les politiques culturelles. Il est par ailleurs expert en matière de politique culturelle auprès du Conseil de l'Europe. Il est actuellement directeur du Projet La politique culturelle de la Croatie - rapport national ainsi que du Projet La stratégie culturelle de la Croatie au 21e siècle.

 

 

II. Interview :

Question : Pourquoi parle-t-on aujourd’hui d’un conflit entre les cultures et/ou les religions ?

Vjeran Katunarić : Je ne crois pas à l’existence d’un conflit entre les religions et les nations. Il me semble en revanche que nous pouvons parler de la façon dont certains groupes ou institutions utilisent les religions ou les groupes ethniques. Nous disposons d’un langage analytique qui nous permet d’identifier qui est qui et qui est quoi. Si nous employons l’expression «conflit religieux» ou «conflit ethnique», nous devons alors falsifier la réalité parce que les affrontements ne se produisent pas entre catégories mais entre certaines personnes qui visent des buts politiques. Créer ou orchestrer le conflit est parfois un moyen, pour des groupes particuliers, d’acquérir du pouvoir. Ainsi, dans une certaine mesure, le conflit permet de fixer les priorités politiques de la société contemporaine, dans les sociétés démocratiques comme dans celles qui ne le sont pas.

Question : Le motif principal du prétendu conflit interculturel ou inter-religieux serait donc politique ?

Vjeran Katunarić : Je ne vois pas en quoi la diversité culturelle pourrait générer des conflits, parce que la diversité est omniprésente. La question est la suivante : qui cherche à utiliser la diversité pour susciter le conflit ? Le fait que tout ce qui est différent ne soit pas nécessairement incompatible relève de la logique la plus élémentaire.

Question : Quels sont les enjeux de la diversité culturelle ?

Vjeran Katunarić : On peut d’abord parler du danger de l’extrémisme ; les extrémistes utilisent les différences ethniques et les religions pour justifier leurs actes passés ou futurs. Selon eux, le monde serait divisé en unités hermétiquement séparées, entre lesquelles aucune communication ne pourrait s’établir. Il s’agit d’une vue de l’esprit, parce que le monde réel est un monde de différences. Il n’existe pas, par nature, de divisions tranchées entre les êtres humains mais, au contraire, une continuité, un éventail, et les extrémistes n’aiment pas la continuité. Ils n’aiment pas l’imprévu. Ils n’aiment pas les lieux de rencontre. Ils n’aiment pas le mélange. Ils n’aiment rien de ce qui regarde la réalité en face. Ils sont d’une certaine manière déconnectés de la réalité, et créent leur propre version de la réalité à l’intention de nous tous. Or on ne peut vivre de cette façon.

Question : Nous vivons sous le règne de la mondialisation. Que signifie la diversité culturelle dans ce contexte de mondialisation économique ?

Vjeran Katunarić : La diversité culturelle peut désigner à la fois un produit marchand, le mode de vie traditionnel de la population ou encore l’œuvre d’un groupe particulier d’intervenants culturels ou d’artistes ; il existe donc de nombreux degrés de diversification au sein de la mondialisation. Les ténors de la mondialisation de l’économie de marché cherchent à faire, sur le plan économique, ce que les extrémistes visent sur le plan politique, à savoir homogénéiser le monde afin de vendre leurs produits et uniformiser la culture mondiale. Mais lorsqu’on s’interroge sur le rapport entre culture et économie, il est assez stupéfiant que, lorsqu’on parle de mondialisation et d’économie mondialisée, on n’envisage absolument pas la possibilité d’économies différentes. Je ne crois pas qu’il existe une seule possibilité de système économique fondé sur le libre-échange. Dans le passé, l’économie était une composante très concrète de la vie locale. La diversité culturelle devrait donc à bien des égards répondre à la dimension économique.

Question : Comment ?

Vjeran Katunarić : L’économie doit être intégrée à la vie humaine, à un mode de vie sociale qui préserve un certain équilibre et permet la viabilité. L’économie, telle que nous la concevons aujourd’hui, cherche à détruire le principe de l’équilibre et à convertir une société « routinière » en système auto-entretenu de production et d’échange. Or cela ne correspond pas aux besoins de l’homme. L’économie mondialisée sert ses propres intérêts, sans égard pour la vie humaine, ce qui constitue l’aspect le plus tragique du monde actuel.

Question : Mais avec la mondialisation de l’économie, nous constatons aussi l’émergence d’une culture mondialisée.

Vjeran Katunarić : La culture peut être interprétée de différentes manières. Ce que vous évoquez, c’est un exemple d’impérialisme culturel. Parce que si vous imposez au reste du monde une seule partie de la production culturelle de masse, la culture populaire américaine ou occidentale par exemple, vous reproduisez les règles du jeu économiques plus ou moins impérialistes. Parce que seule une petite partie du monde profitera de cette production culturelle particulière. Il s’agit d’un processus que ne peut pas gérer le système unique d’économie de marché dominé par un nombre limité de grands intervenants, les autres étant plus ou moins cantonnés au rôle de destinataires.

Question : Quelles sont les principales tendances de la diversité culturelle et les principaux défis qui nous attendent, en Europe comme dans le reste du monde, dans un avenir proche ?

Vjeran Katunarić : On assiste selon moi à un processus d’adaptation des Etats Nations actuels vers une édification de grandes entités telles que «l’Europe». Les Etats-Unis, l’Europe et le Japon sont les principales plate-formes de l’économie mondiale. Si nous devions imaginer ce que l’Europe sera dans 20 ou 30 ans, je dirais qu’elle aura totalement changé. Selon toute vraisemblance, il existera une sorte de «gouvernement mondial». Vous avez d’un côté les intérêts de groupes très restreints d’acteurs privilégiés dans le domaine commercial, financier, etc., et de l’autre, un océan de personnes qui souhaitent vivre dans un Etat en prise avec le monde réel, qui prendra tout en charge. C’est pourquoi l’Europe doit être un lieu multiculturel, c’est même la condition de sa survie. Il s’agit à mes yeux du principal défi à relever.

Source : http://www.coe.int/t/f/com/dossiers/evenements/2002-10-dialogue-interculturel/Interview_katunaric.asp



III. Texte :

 

L'Europe multiculturelle et les horizons du dialogue [ document pdf ]





Rédigé par brunorosar

Publié dans #Intellectuels et activistes

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