Une pointe d'indifférence

Publié le 2 Mars 2012

L'Europe et la Hongrie perçues par la Croatie

 

 

 

L’Institut des peuples et des migrations de Zagreb a réalisé en 2001 une étude des représentations que se font la jeunesse croate de l’Europe. 821 lycéens des quatre plus grandes villes du pays (Zagreb, Split, Osijek et Rijeka) ont été interrogés. Il ressort de cette étude que la jeunesse croate a une vision de l’Europe directement héritée de l’ancien clivage Est-Ouest. L’espace européen est mentalement divisé par les jeunes croates entre un bon et un mauvais côté, un Ouest attractif, idéalisée et proche et un Est répulsif, dénigré et lointain. Dans cette opposition binaire, comment les jeunes Croates situent-ils la Hongrie, ancien membre du bloc de l’Est mais presque adhérente à l’UE (à l’époque de l’enquête) ?

 

Un premier test montre que lorsque ces Croates font référence à l’Europe, ils ne désignent en fait que les pays d’Europe de l’Ouest. Les pays ex-communistes et les pays des Balkans ne sont pas cités, à quelques exceptions près : la Bosnie-herzégovine, sans doute en raison de sa proximité et du nombre important de Croates qui y vivent, la République tchèque, qui bénéficie d’une image résolument moderne en Europe et dans le monde (en partie dû à ses résultats footballistiques), et… la Hongrie. 

 

De 25 à 50% des sondés sont déjà allés en Hongrie, ce qui représente la même proportion que les voyages à destination de l’Autriche, la République tchèque, l’Espagne, l’Allemagne et la France. C’est plus que les pays frontaliers situés à l’Est de la Croatie (Bosnie et Serbie), mais moins que ceux situés à l’Ouest (Autriche, Italie et Slovénie).

 

A la question « Dans quel Etat souhaiteriez-vous résider ? », l’Ouest est plébiscité. Pas la Hongrie, qui est cette fois rattaché au bloc des anciens pays communistes et qui n’attire pas plus de suffrages que la Pologne, la Slovaquie ou les Etats baltes. L’auteur de l’enquête classe la Hongrie dans le groupe des Etats européen méconnus des Croates mais objets de jugements sévères de leur part, ce qu’a appelé l’auteur « l’espace de l’ignorance et de l’indifférenciation » et qui rassemble tous les pays anciennement à l’Est du rideau de fer (excepté, encore une fois, la République tchèque). 

 

Les Croates sondés ont une perception encore binaire de l’Europe. La Hongrie est encore perçue comme un pays « de l’Est ». Cependant, sa proximité géographique la démarque un peu des autres pays. Il aurait été intéressant de disposer des résultats comparés entre les quatre villes. Peut-être aurions-nous observé qu’à Osijek, beaucoup plus proche de la Hongrie que les autres villes, les étudiants ont une vision plus juste de la situation hongroise.

 

Il n’y a pas de contentieux entre les population hongroise et croate. Mais, d’un côté comme de l’autre, il n’y a pas d’engouement pour son voisin. Ces deux pays ne s’attirent pas. Ceci est vrai pour les Hongrois, bien qu’une partie d’entre eux profitent de la côte dalmate depuis de nombreux étés. Ceci est encore plus vrai pour les Croates qui ne montrent pas un grand intérêt pour des Hongrois caricaturés comme des « ploucs ».


 

Source : Corentin Léotard, Les espaces frontaliers du Baranya en Hongrie - Des espaces de coopération avec la Croatie, Université d'Orléans, 2003-2004, p. 88.

 

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Rédigé par brunorosar

Publié dans #Hongrie-Croatie

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