Tomislav Klauški (2)

Publié le 16 Octobre 2011

Articles (suite)

 

 

5. Le népotisme, quoi de plus naturel ?

 

Invitée à l'émission "Dimanche à 14h00", la présidente du Conseil communal de Split s'est révélée être un tempérament plus prudent et plus sage, plus mesuré et plus normal, que son frère. Certes en démontrant une brutale franchise mais sans y mettre ces manières bouffonnes. Elle a laissé l'impression d'être une femme rusée, le véritable cerveau qui se tient derrière cette tortueuse opération politico-oligarchique appelée Kerum.

Ainsi on ne l'a pas entendue lancer qu'elle "ne voudrait pas que sa fille se marie avec un Serbe", mais plutôt qu'elle "aimerait bien qu'elle se marie avec un Croate, si possible un voisin". Mais au fond qui dans ce pays n'en souhaiterait pas autant ? En particulier ceux dont on escompte les voix.


Le népotisme, quoi de plus naturel ?


Dans l'ensemble Nevenka Bečić a courageusement défendu l'honneur familial lors de son passage sur les plateaux de la télévision publique, y compris quand a été abordée la question délicate sur la nomination de membres appartenant au noyau familial ou à la famille élargie aux postes-clé de l'administration municipale.

"Le népotisme n'existe pas au pouvoir à Split", a-t-elle volontiers énoncé. "Les élections étaient directes et toutes ces personnes que vous mentionnez, en arguant de népotisme dans la répartition des fauteuils, figuraient en tête de liste".

Elle poursuit sur la même lancée : "Les citoyens savaient que nous entretenons des liens de famille et de cousinage et cela ne les a pas dérangé ; les citoyens nous ont élu... ce que certains ne peuvent leur pardonner".

Elle se targue d'avoir personnellement supervisé l'affectation des personnes qui n'ont pas intégré le Conseil municipal ou préfectoral à partir de la liste électorale. En l'occurence le critère de nomination était relativement clair : "Je me suis décidée pour les personnes auxquelles je me fie". Parmi ces personnes figure sa propre fille.


"Tous doivent être loyaux et de confiance", a bien précisé la soeur de Kerum.

C'est exactement le même langage que tient le parti qui dirige le pays lorsqu'avec ses alliés il distribue les sièges dans les entreprises de l'Etat en vertu de l'appartenance au parti. Tout comme "les Kerum" le font en fonction de l'appartenance familiale. C'est aussi le langage que tiennent les membres de l'opposition nationale lorsqu'ils installent aux organes de gestion, et récemment au gouvernement [de la ville de Zagreb], leurs collègues de parti, leurs parrains, leurs potes venant du même patelin, leurs amis, et même leurs petites amies. Ce sont des "gens de confiance". Ce sont des "gens loyaux".

Entre sa propre fille et quelqu'un disposant des mêmes qualifications professionnelles, mais qui lui est étrangère, la soeur de Kerum, éduquée dans un esprit conservateur, se décidera pour ceux qui partagent le même sang. De même entre un de leurs membres et un autre candidat tout aussi (peu?) qualifié, le pouvoir HDZ - éduqué dans l'esprit de parti - misera davantage sur celui qui s'est affilié chez eux avec l'idée de progresser dans la vie.

C'est ainsi que les choses fonctionnent dans ce pays. La seule nuance est que le favoritisme familial est plus frappant que le favoritisme des partis.


La famille Tuđman

Une telle pratique est acceptée par les électeurs du HDZ. Jamais cela ne les a dérangé à l'heure de remplir leur bulletin de vote. Et c'est à cela aussi, d'après Nevenka Bečić, qu'étaient préparés les électeurs du clan Kerum lorsqu'ils ont voté pour cette liste familiale.

D'ailleurs en son temps  Franjo Tuđman n'avait-il pas engraissé toute sa famille ? Que ce soit son fils qui dirigeait l'entreprise du parti, que ce soit son petit-fils qui avait fondé une banque en compagnie de Hrvoje Petrač*, ou encore sa fille qui avait reçu du ministère de la Défense des espaces commerciaux de haut standing. Si le Père de la Nation avait placé une telle confiance dans son fils au point de le nommer à la tête des services secrets, pourquoi donc la "Mère de Split" ne nommerait-elle pas sa fille pour qu'elle préside aux services d'entretien municipaux ?


Une pratique enracinée depuis des générations

Il ne faut pas y voir du cynisme. Il en va simplement ainsi dans ce pays. Il s'agit d'une pratique enracinée depuis des générations, sachant bien que ceux qui trouvent à y redire n'ont pas grande importance. Bien plus importants sont ceux qui votent régulièrement pour de telles listes.

Et c'est ainsi que Nevenka Bečić a pu sans la moindre gêne, et même non sans un brin de défi, expliquer devant des millions d'auditeurs qu'il est tout à fait normal de nommer à des charges publiques des membres de la famille. Normal puisque de tels politiciens - des succédanés de Berlusconi - considèrent qu'un pays ou une ville se dirigent comme une entreprise privée. (Quand bien même dans les entreprises privées on y réfléchit à deux fois avant de placer des membres de la famille aux postes de direction).

L'un dans l'autre, Nevenka Bečić n'aura pas fait pire que Željko Kerum lors de son passage à l'émission. Elle a même réussi à sembler normale pour ceux qui ne s'y attendaient pas.


* Hrvoje Petrač : ancien patron de la mafia croate, actuellement en prison. [N.D.T.]

Source : balkanikum.vefblog.net, le 26 juillet 2011.
Article original paru sur index.hr, le 25 juillet 2011.

 

 

 

6. Croatie : le torchon brûle entre Zagreb et le Vatican


 

Rien ne va plus entre la Croatie et le Saint-Siège. Au coeur de la querelle :  le monastère de Dajla, près de Novigrad en Istrie, dont la propriété est aujourd’hui contestée entre un monastère bénédiction italien et l’évêché d’Istrie. Le Vatican a pris position en faveur des Bénédictins, annulant la décision de la justice croate, ce qui a provoqué de vives réactions officielles de l’État croate, qui dénonce une « immixtion » de l’Église dans les affaires séculières... Le HDZ va-t-il entrer en conflit avec le pape ?


Deux mois seulement après avoir dévotement baisé la bague du Saint Père et salué son autorité morale suprême, les autorités croates, les politiciens et les évêques croates se dressent comme un seul homme contre lui, l’accusant d’avoir des prétentions territoriales et de cultiver le révisionnisme historique...

Et ce n’est pas tout. Dès que l’Etat s’est dressé pour défendre l’intégrité du territoire croate, rappelant l’esprit du traité d’Osimo [1], le pape, depuis le Vatican, a envoyé un avertissement, appelant les autorités civiles à « ne pas se mêler des affaires ecclésiastiques ». Comment répondre à cela ? Comment peut-on s’opposer au pape ?

Le temps est-il venu désormais pour les autorités croates de faire ce qui jusqu’alors était impensable : interdire à l’Église de se mêler des affaires de l’État ?



L’Église et l’État

Dans ce cas, l’Église devrait éviter de se mêler de la loi sur le commerce et le travail le dimanche, ne pas parler du « contingent fertile des femmes », ne pas essayer d’infléchir les lois sur la famille, l’avortement ou les couples du même sexe… Il faudrait aussi retirer l’éducation religieuse des écoles et ne plus payer les prêtres sur le budget public. Que l’Eglise s’en tienne aux affaires ecclésiastiques si elles lui tiennent tant à cœur.

Il est très impressionnant de voir notre Première ministre, Jadranka Kosor, la gorge serrée, déclarer « qu’elle ne cèdera pas aux exigences du Vatican », alors que la visite du pape, le 5 juin dernier, représentait le pilier de sa campagne électorale. Le pape est-il donc un modèle ou un agresseur ?

En juin, toute la Croatie était recouverte d’affiches du pape, alors que ce même pape est maintenant représenté comme l’homme qui affirme des prétentions territoriales qui violent les conventions internationales et ouvrent, comme le dit Ivan Jakovčić, le président de la županija d’Istrie, « un espace à d’autres revendications étrangères pour la restitution des biens confisqués ».

Autrefois, quand le Président italien faisait des déclarations problématiques sur les Italiens chassés d’Istrie et de Dalmatie (lire notre article « L’Italie et la Croatie se déchirent sur la mémoire de la Seconde Guerre mondiale »), ou bien encore lorsque les politiciens slovènes s’appropriaient des arpents du territoire croate, les autorités de Zagreb avaient, sans hésitations, rejeté ces prétentions de manière très rude. Mais comment être rude envers le pape ?

Comment dire au Saint Père « non » ou même « non merci » ? Surtout après avoir reçu du Vatican un télégramme diplomatique lançant sèchement l’avertissement que l’État « ne devait pas se mêler des affaires de l’Église ». C’est à vous couper les jambes !



Quand le HDZ doit dire « non » au pape

Nous avons vu jusqu’à présent comment l’Église se moquait des décisions de la justice croate, comment elle prenait ses propres décisions sur la fécondation artificielle, sur le travail du dimanche, l’avortement, le couple et les enfants, comment elle s’impliquait dans les projets étrangers et recevait des compensations du budget de l’État, mais voilà maintenant que le pape Benoît XVI nous apprend que l’Église n’est pas seulement autorisée à définir les lois croates mais aussi à ignorer celles qui ne lui conviennent pas. Comment répondre à cela en pleine période préélectorale ?

La violente réaction de son prédécesseur Stipe Mesić a contraint le Président Ivo Josipović à s’exprimer sur toute cette affaire. Quant à Zoran Milanović, le dirigeant du SDP, il prépare vraisemblablement une nouvelle déclaration par vidéo, tandis que la pauvre Jadranka Kosor annonce qu’elle va personnellement adresser une lettre au pape, bien que cette querelle ne se situe pas au niveau étatique. Elle pense probablement que le pape est son ami.

En somme, le HDZ se trouve placé dans une situation incroyable, celle de devoir dire « non » au pape. Comme Tito l’a dit à Staline à une époque. Si le HDZ a jusqu’à présent accepté ce qu’il devait refuser, il doit maintenant choisir entre la défense du territoire national et le respect qu’il voue au pape... Dans le faux dilemme entre la Zone exclusive de pêche (ZERP) ou l’UE, Ivo Sanader s’est décidé sans problème pour la seconde solution. Quelle va donc être la décision de celle qui a pris sa succession dans le dilemme : le territoire ou le pape ?

L’enjeu est important. Les relations avec l’Eglise ont toujours représenté la colonne vertébrale de la politique de survie du HDZ, et il n’est pas souhaitable d’entrer en conflit avant les élections. Les gardes suisses du pape ne vont probablement pas partir en croisade pour le monastère de Novigrad, mais le HDZ observera néanmoins avec inquiétude la façon dont les prêtres se comporteront lors de la campagne préélectorale. Seront-ils loyaux au pape ou au HDZ ?

Obéiront-ils au pape qui les encourage à ignorer les lois, ou bien au parti qui leur accorde depuis vingt ans des centaines de millions d’argent de l’Etat sans aucune limite ? Le dilemme est vraiment infernal. Heureusement, tout est dans les mains de Dieu.
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[1] Ce traité, signé le 10 novembre 1975 par l’Italie et la Yougoslavie, règle définitivement la question de Trieste, fixant les frontières entre les deux pays.


Traduit par Persa Aligrudić

Source : balkans.courriers.info, le 7 août 2011.
Article orignal paru sur index.hr, le 2 août 2011.

 

 

 

7. Supprimons le HDZ !

 

Si Jadranka Kosor est réellement disposée à retourner dans la baraque [l'endroit où a été fondé le HDZ, N.d.T.], alors c'est bon signe. Cela veut dire qu'enfin le HDZ se supprime en vue de se refonder.

En l'espèce cette fichue baraque devrait être brulée avant qu'il ne soit trop tard. Déjà il en est sorti une organisation criminelle, il conviendrait donc de tout faire pour que cela ne se reproduise pas. Une fois ça suffit. Une fois c'est déjà trop.

Mais soyons bref : avec un pareil passif l'heure est venue pour le HDZ de cesser ses activités. Que le portier éteigne la lumière, que la femme de ménage ramasse les drapeaux... et que Kosor nettoie le coffre-fort.

 

 

Tous font l'objet d'une enquête

 

De fait, tous sont visés par l'enquête : le parti dans son intégralité, son ancien président de même que la campagne de l'actuelle présidente.

Le HDZ est officiellement soupçonné d'avoir financé les campagnes électorales avec des "fonds occultes", c'est-à-dire avec de l'argent soutiré aux entreprises publiques. Chacune de ses victoire électorale est un délit.

Est également visée par l'enquête la campagne présidentielle de Jadranka Kosor en 2005. Certes Jadranka Kosor ne l'est pas elle-même bien que comme personne responsable elle ait signé le rapport financier fictif. Mladen Bajić [Le Procureur en chef, N.d.T.], on s'en est déjà rendu compte, n'attrape pas ceux qui sont encore en fonction. Seulement les cadavres politiques.

Justement un pareil spécimen, Ivo Sanader, l'ancien président du HDZ, comparait cette semaine à son premier procès. Le plus banal, celui où il est accusé d'avoir empoché une provision auprès de l'Hypo banka. Au moins quatre autres l'attendent, des procès bien plus sensationnels.

Mais alors comment un tel parti peut-il encore exister ?

 

 

Du chemin de croix à l'enfer

 

Aujourd'hui Jadranka Kosor a professé de grandes paroles. Elle a parlé du "chemin de croix" que traverse le parti depuis le premier juillet 2009, en cherchant ainsi à donner un lustre de sainteté à ses déboires politiques. Pourtant le HDZ ne s'achemine pas sur tel "chemin de croix", du moins pas dans son avant dernière station, mais plutôt vers le Purgatoire. Et avec peu ou presque aucune chance d'aboutir au Paradis.

En l'espèce il y a eu trop de vols, de mensonges, de tricheries et de dénis... et bien trop peu de véritable repentir.

Même maintenant que le HDZ se retrouve devant le banc des accusés, et que sa campagne présidentielle fait l'objet d'une enquête, Jadranka Kosor rejette avec indignation la possibilité de remettre son tablier.

Elle se comporte comme si elle n'avait rien à voir avec tout ça : comme si elle n'avait jamais été aux côtés de l'inculpé Sanader au sommet d'un parti sur le point de l'être aussi, et comme si elle n'avait jamais apposé sa signature sur un rapport financier fictif.

S'il est vrai que deux chemins débouchent du Purgatoire, le HDZ s'obstine sur le mauvais.

C'est pourquoi l'heure est venue d'abolir un pareil parti. De toutes façons depuis le tout début, dans la fichue baraque déjà, les cartes avaient été mal distribuées.

Trop de criminalité et de corruption, trop de crimes et de profits de guerre, de pillage et d'injustice qui au cours des vingt dernières années sont restés impunis. Alors maintenant que les choses sont enfin aux portes du tribunal, une occasion unique se présente pour qu'un pareil HDZ se dissolve tout bonnement.

 

 

Cela ne suffit pas que de perdre les élections

 

Ce n'est pas suffisant qu'il perde les élections. Il les a déjà perdues une fois et il est revenu encore pire, encore plus dangereux, encore plus délétère.

Maintenant il convient tout simplement de supprimer le HDZ, d'interdire à ses hauts fonctionnaires d'exercer des charges publiques et de retirer aux simples membres leur carte de parti, qu'ils aillent donc comme simples citoyens se réunir dans la baraque de leur choix pour tout y redémarrer à zéro. Bien entendu à condition que quelqu'un prenne la peine de raser la baraque par mesure de sécurité.

Tant qu'à faire, autant encore raser ça.

 

Source : balkanikum.vefblog.net, le 27 octobre 2011.

Article original paru sur index.hr, le 27 octobre 2011.

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Journalistes, chroniqueurs et photographes

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