Tomica Bajsić

Publié le 26 Juin 2011

Tomica Bajsić


 

http://croatian.traduki.eu/bilder/aktuelles/bajsic_tomica.jpgTomica Bajsić est né à Zagreb en 1968. Il est poète et traducteur. Après avoir reçu le prix de Goranovo proljeće en 1998, il publie  le recueil Južni križ (« La Croix du Sud »). En 2004 paraît son deuxième recueil Pjesme svjetlosti i sjene (« Poèmes sur la lumière et les ombres »).

Il publie en 2002 Španjolske pjesme ljubavi i izgnanstva (« Poèmes espagnols d’amour et d’exil »). Un an plus tard sort un choix de poèmes de Blaise Cendrars dans sa traduction : Sve do srca svijeta – Izabrane pjesme Blaise Cendrarsa (« Jusqu’au cœur du monde – Poèmes choisis de Blaise Cendrars »). Il publie en 2007 Dva svijeta i još jedan, en 2008 Pobuna obješenih, en 2009 Zrak ispod mora et Južna pošta.

Tonko Maroević, poète et critique croate, en parlant du recueil Južni križ (« La croix du Sud ») constate: « Tomica Bajsić, un trentenaire, possède une réelle expérience de la vie et une large culture générale. Il est évident qu’il a erré et lu, essayant de relier ces actions dans un esprit d’aventure… Toutefois, la guerre et la participation aux combats ont signifié non seulement un défi existentiel, mais ont aussi profondément élargi les registres de sa sensibilité poétique. A la tendance à faire de l’ironie et du sarcasme s’ajoutent une solidarité amère avec sa génération et une détermination impitoyable dans les situations limites. « La grande porte de la guerre » qui s’est ouverte devant lui l’a attiré dans des labyrinthes et des cauchemars d’une envergure sensiblement rimbaldienne. Son témoignage exorcisant et très convaincant est d’une force rarement atteinte dans la réalité croate actuelle… »

U Krugovima (version audio )

                                                       čovjek hoda mirnije prema noći
                                                                       koji u svom srcu nosi mnoge ponoći
                                                                                        Edvin Rolfe

kojiput mi se čini da živim posuđeno vrijeme
moji prijatelji mrtvi rasuti po grobljima
izbrisani s ploče nijedan nije dohvatio tridesetu
ti ljudi s kojima sam dijelio kruh
spavao u istim bunkerima hodao kroz istu
travu i noć penjao se na tenkovima i padao
licem u zemlju pritisnut mecima i granatama
(o slatka mirna zemlja koja poznaješ naše molitve)
njihovi duhovi sada dolaze u posljednjim glasovima:
ima li još soka? pita jedan koji će poginuti napadajući
čuvaj mi brata kaže drugi koga će ubiti tenk
treći se pokušava sjetiti tko je i odakle dolazi
dok mu se mozak polako gasi (pogođen je u glavu)
što ima tamo? pita četvrti i steže čašu bevande
pogleda uprtog u brda u kojima ga čeka zasjeda
a peti šuti ali njegove oči mogu reći:
                                      smrt.

kojiput mi se čini da sam prekinuo lanac
probudim se u noći bez zraka kroz
otvoreni prozor šumi četrnaest katova
(iz drvenih sanduka penje se miris spaljenog mesa)
Krist Iskupitelj je uvijek svježa rana u crnim oblacima
električne krijesnice jurcaju i proklinju i slave
vrijeme kada su se svinje hranile ljudima
ima dolje jedna kuća koja je prije sto godina bila plava
a sada nema krova i prozori su joj otvorene duplje
iznutra je ruševina ali čudno noću oživi
zaboravljeni balkoni pune se cvijećem i svjetlošću
okrugle crnkinje u turbanima naslanjaju se na
zahrđalu ogradu i mali odjeci njihova razgovora
šapuću da je tristo tisuća ljudi mrtvo na onim poljima
gdje su moje čizme ostale bez đonova
gdje su moje oči potonule u blato svemira a
srce mi je kao željezno uže otkinuto od sidra
prozviždalo kroz zrak u slijepim krugovima:
                                                bez cilja, bez cilja.


en ronds

                l’homme qui dans son cœur porte de nombreux minuits
                marche plus calme vers la nuit – Edwin Rolfe

parfois il me semble vivre un temps emprunté
mes amis morts épars dans des cimetières
effacés du tableau aucun n’a atteint la trentaine
ces hommes avec qui je partageais le pain
dormais dans les mêmes bunkers marchais dans la même
herbe dans la même nuit montais les chars et tombais
le visage dans la terre écrasé par les balles et les obus
(ô terre douce et paisible qui connais nos prières)
leurs esprits viennent à présent dans les dernières voix :
y a-t-il encore du jus ? me demande celui qui mourra lors de l’attaque
prends soin de mon frère dit l’autre qui sera tué par un char
le troisième tente de se rappeler qui il est et d’où il vient
lorsque son cerveau s’éteint doucement (il a été touché à la tête)
qu’est-ce qu’il y a là-bas ? demande le quatrième qui serre son verre de vin
les yeux fixés dans les montagnes où l’attend une embuscade
et le cinquième se tait tandis que ses yeux racontent :
la mort.

parfois il me semble avoir rompu la chaîne
je me réveille la nuit manquant d’air par
la fenêtre ouverte bruissent quatorze étages
(des caisses en bois remonte l’odeur de la chair brûlée)
le Christ Rédempteur est toujours une plaie fraîche dans les nuages noirs
des lucioles électriques se précipitent et maudissent et glorifient
le temps où les cochons se nourrissaient de gens
là-bas il y a une maison qui était bleue il y a cent ans
à présent elle n’a pas de toit et ses fenêtres sont des orbites ouvertes
à l’intérieur c’est une ruine mais curieusement la nuit elle s’anime
les balcons oubliés se remplissent de fleurs et de lumière
des femmes noires et rondes aux turbans s’accoudent sur
la balustrade rouillée et de petits échos de leur conversation
susurrent que trois cent mille hommes sont morts sur ces champs-là
où mes bottes sont restées sans semelles
où mes yeux ont sombré dans la boue de l’univers et
mon cœur telle une corde arrachée de l’ancre
a volé en l’air sifflant en ronds aveugles :
sans but, sans but.

 

 

 

 La page personnelle de Tomica Bajsić






Rédigé par brunorosar

Publié dans #Ecrivains

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