Snježana Pavić (II)

Publié le 5 Juillet 2012

IV. Le "petit Milosevic" vous salue bien


 

 

Le leader des socialistes, Ivica Dacic, est devenu le nouveau Premier ministre serbe, au prix d'une alliance avec les nationalistes. Le principal quotidien croate dresse le portrait de cet ancien porte-parole de Slobodan Milosevic, qui a su si bien retourner sa veste. 

 

"Combien de fois j'étais mort et tu m'as ressuscité ?" a chanté Ivica Dacic lors d'un meeting électoral, aux côtés de la diva du pop-folk yougoslave Vesna Zmijanac. Pour ce qui le concerne, il est non seulement vivant et en pleine santé, mais il a aussi relevé de ses cendres le Parti socialiste serbe, dont il a hérité de feu Slobodan Milosevic. Les analystes sont unanimes : il est le principal gagnant des dernières élections législatives. Certes, avec ses 15 %, il a obtenu moins de voix que le Parti serbe du progrès (SNS) de Tomislav Nikolic ou le Parti démocratique (DS) de Boris Tadic. Mais, contrairement à eux, son score a doublé depuis les précédentes élections, en 2008. "Si la campagne avait duré plus longtemps, nous aurions fait un score encore meilleur", a-t-il fanfaronné. Donné mort il y a quelques années, il est aujourd'hui Premier ministre, et l'étoile montante de la scène politique serbe.


Il ne doit pas sa réussite aux chanteuses plantureuses, mais à la campagne intelligente qu'il a menée et à sa capacité à retourner sa veste. L'ex-porte-parole de Milosevic, surnommé "le petit Sloba", a réussi à faire dans ses discours la synthèse des rhétoriques de Milosevic et de Tito, en se faisant l'apôtre de l'ordre et de l'orgueil national. A cela s'ajoutent une couche de justice sociale et des propos menaçants à l'égard des "ennemis" de la Serbie, où qu'ils se trouvent.


Né en 1966 au Kosovo, Ivica Dacic arrive à Belgrade à la fin des années 1980 où il s'inscrit en sciences politiques. Il se distingue alors comme l'un des meilleurs étudiants de sa génération. Repéré par Milosevic et sa femme, Mirjana Markovic, il s'occupe de la jeunesse au sein du PS avant de devenir, à 26 ans, le porte-parole du parti. Député à partir de 1992, il entre dans les instances dirigeantes du parti après la chute de son mentor, le 5 octobre 2000, et s'empare, en 2006, du poste de premier secrétaire. A cette époque, il menaçait encore de traduire devant la justice ceux qui avaient livré Milosevic au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie [TPIY] de La Haye, et qualifiait les démocrates de "plus grande catastrophe naturelle" que la Serbie ait connue. Ce qui ne l'a pas empêché, quelques années plus tard, lorsqu'il était ministre de l'Intérieur dans un gouvernement dirigé par les démocrates, d'arrêter Ratko Mladic, le fugitif serbe le plus recherché par la justice internationale.


Cela s'appelle l'art de la politique. Entre 2006 et 2008, Ivica Dacic était devenu le plus fidèle allié de son ennemi d'hier, le Parti démocratique, de l'ex-président proeuropéen Boris Tadic. Dans un autre pays, cela aurait suffi à mettre fin à sa carrière. En Serbie, les électeurs ne l'ont pas sanctionné ; il a même été perçu comme un homme qui "évolue avec son temps". Et sa popularité n'a cessé d'augmenter, surtout depuis le jour où il est devenu ministre de l'Intérieur. Une fonction dans laquelle, aux dires de tous, il a été très efficace - les arrestations en série de criminels notoires, tout comme l'excellente coopération qu'il a mise en œuvre avec les pays voisins en la matière sont incontestables -, sauf en ce qui concerne le Kosovo.


Sur le sujet de l'ancienne province serbe [indépendante depuis 2008], Ivica Dacic s'est toujours montré intransigeant. "Si quelqu'un s'attaque aux Serbes du Kosovo, il doit s'attendre à la réponse de la Serbie", a-t-il averti. Lors d'un meeting à Kosovska Mitrovica [le chef-lieu des Serbes du Nord], il a déclaré que "la reconnaissance de l'existence des Serbes du Kosovo était la ligne rouge à ne pas franchir". Trop jeune pour être associé à la politique guerrière des années 1990, mais suffisamment proche de l'idéologie de Milosevic, il a ainsi bénéficié, pendant plus d'une décennie, du soutien de l'électorat de l'ancien despote, malgré la catastrophe dans laquelle celui-ci a précipité la Serbie et ses voisins. En 2011, Dacic s'est même vu décerner la médaille de l'Ange blanc, plus haute distinction de l'Eglise orthodoxe serbe.



Source : courrierinternational.com, le 2 juillet 2012.

Article paru à l’origine sur jutarnji.hr, le 5 mai 2012.

 

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Rédigé par brunorosar

Publié dans #Journalistes, chroniqueurs et photographes

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