Slavonski Brod et sa soeur jumelle

Publié le 7 Avril 2012

Entre Croatie et Bosnie, une frontière qui sépare et qui unit : Comment vivre à Bosanski Brod ?

 

 

 

Depuis vingt ans, la ville de Bosanski Brod est séparée de sa sœur jumelle croate, Slavonski Brod. La guerre et la frontière bosno-croate ont achevé de séparer les deux rives de la Save. Côté bosnien, le retour des réfugiés se fait difficilement, et la ville espère désormais que l’intégration européenne de la Croatie voisine, en 2013, améliorera les conditions économiques de ses habitants.

 

La vie à Brod, ou Bosanski Brod – comme on appelle parfois cette ville qui longe la Save près de la frontière croate – est très différente de celle d’il y a vingt ans. Même si les relations avec les voisins de Slavonski Brod sont bonnes, les deux villes jumelles ne sont plus celles qu’elles étaient dans le passé.

 

Deux décennies après le conflit, le Croates ne sont pas revenus à Bosanski Brod. Quelques-uns n’ont pas l’argent nécessaire pour réparer leur ancienne maison, ni de travail ; d’autres ont déjà une nouvelle vie de l’autre côté de la Save, en Croatie, qui est devenue leur deuxième patrie.

 

 

La frontière en partage


Pendant des années, Ivan Cindrić a voyagé presque tous les jours de Slavonski Brod à Bosanski Brod. Avant 1992, quand les deux villes étaient situées dans le même pays, il n’y avait rien d’extraordinaire : les Brođani fréquentaient l’école ou travaillaient à Slavonski Brod en Croatie, et avaient leurs maisons du côté bosnien.

 

Aujourd’hui, les deux villes ne partagent que la frontière, et tout ce que la guerre a laissé en héritage. Vers la fin de la guerre, Ivan est passé de Brod, où il est né, à Slavonski Brod, où il vit aujourd’hui avec sa famille. Sa maison et ses biens sont restés du côté bosnien : « je n’ai jamais réussi à collecter assez d’argent pour la restaurer, et on n’a jamais eu aucune aide ». Nous le rencontrons devant une maison détruite, en train de converser avec un voisin qui prend soin de ce qui a été abandonné.

 

 

Le difficile retour des réfugiés


« Les politiciens utilisent des mots importants comme « transparence », mais la reconstruction n’a pas été transparente du tout. Quelques-uns ont reconstruit une maison ou deux, mais on ne sait pas s’ils sont retournés ou pas. D’autres, qui n’ont pas eu de bonnes relations ou de pistons, ont eu des taudis ».

 

Dans la région de la Posavina bosnienne, 200.000 Croates se sont enfuis, dont une majorité qui n’est jamais revenue. Les raisons sont nombreuses, dit Ivan Brico, président de Phénix, une association pour le retour. Il est retourné dans sa ville natale, Derventa, il y a treize ans.

 

« Pour que ça arrive, il faut prendre en considération trois conditions. La première, c’est la volonté de revenir. Je suis revenu en 1999 car j’avais le désir de rentrer ici. Un autre facteur est la restauration de l’infrastructure. Nous avons visité le village où vivaient les Croates. L’an dernier, grâce à l’armée de Bosnie-Herzégovine, on a réussi ouvrir un passage. Les routes étaient complètement impraticables. Les gens n’ont pas pu revenir, même pour restaurer leurs maisons. Le troisième facteur, c’est l’emploi, auquel il faudrait ajouter la restauration. Je crois que les quelques organisations qui ont travaillé jusqu’à maintenant, et les communautés qui vivent où ces organisations ont opéré, n’ont aucun plan pour le retour des réfugiés ».

 

 

En vingt ans, la ville a perdu un tiers de ses habitants


La guerre a commencé dans cette région avant de se propager à toute la Bosnie-Herzégovine. Le conflit a duré quatre ans. À Brod, et dans ses environs, la vie est en train de revenir, lentement. Mais cette région, comme beaucoup d’autres dans tout le pays, n’est plus ce qu’elle était il y a vingt ans. La population a changé, et la ville a connu une chute démographique.

 

« Avant-guerre, Brod avait 33.400 habitants, dont presque 12% était Musulmans, avec des Serbes et des Croates, exactement comme partout. Mais on se déclarait Yougoslaves », explique le maire de Brod, Milovan Čerek.

« Aujourd’hui, nous sommes environ 22.000, même s’il n’y a pas encore eu de recensement officiel. La majorité des habitants sont serbes, même si beaucoup de Bosniaques sont revenus dans leurs anciennes maisons. Par contre, les Croates sont beaucoup moins nombreux qu’auparavant. Ils ne peuvent pas mener leur existence ici, ils ne trouvent pas de boulot et ne peuvent pas envoyer leurs enfants à l’école, car ils ont déjà commencé leurs études ailleurs », poursuit Čerek.

 

 

L’intégration européenne de la Croatie : une bonne nouvelle ?


La ville se trouve approximativement à la même distance de Belgrade, Sarajevo et Zagreb : 200 km. Sa première industrie est, depuis 1892, la raffinerie. En 2007, les installations ont recommencé à fonctionner et aujourd’hui elles appartiennent à l’entreprise russe Zarubeznjeft. La raffinerie ne travaille pas à pleine capacité, mais elle emploie déjà 1.600 ouvriers. Cas presque unique en Bosnie-Herzégovine, la population active de Brod est trois fois supérieure à celle des retraités. Le commerce, assure une part significative des revenus de la ville car les bas prix attirent beaucoup de clients venus de Croatie.

 

En juillet 2013, quand la Croatie deviendra membre de l’UE, Brod et les Brođani seront un peu plus proches de l’Union européenne. Les autorités locales disent que les deux villes coopèrent correctement, mais la situation pourrait être meilleure. Et personne ne sait comment évoluera le voisinage dans les prochaines années le long de la rivière Save.

 

 

Par Zana Kovacevic

Traduit par Rodolfo Toé

 

Source : balkans.courriers.info, le 5 avril 2012.

Article original paru sur slobodnaevropa.org, le 13 mars 2012.

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Localités

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