Slaven Bilić

Publié le 18 Juin 2012

Slaven Bilić : football, rock 'n' roll, patrie

 

 

 

Le sélectionneur croate, dont l'équipe affronte l'Espagne lundi soir à Gdansk (Pologne) tranche dans le milieu du football. Qualifié d'intello dans son pays, Bilic est autant connu pour son amour du rock que pour son patriotisme exacerbé, jusqu'au soutien de criminels de guerre. 

 

Si vous voyez Slaven Bilic (né à Split, en 1968) la main dans une de ses poches, c'est qu'il est probablement en train de caresser une photo de Jean-Paul II. Car pour lui, aucune précaution n'est superflue quand il s'agit de terminer en beauté son mandat d'entraîneur de la sélection croate (Bilic vient de signer au Lokomotiv de Moscou) en faisant au moins aussi bien que lors de la Coupe du monde 1998, lorsque l'équipe au maillot à damiers avait conquis la troisème place. Une équipe légendaire, qui réunissait Suker, Boban, Jarni, Vlaovic et Prosinecki, mais aussi un certain Bilic, alors en défense.

 

Diplômé en droit, chroniqueur pour le Daily Telegraph lorsqu'il jouait encore et fils d'un docteur en économie de l'université de Split qui mena plusieurs révoltes étudiantes contre le dictateur Tito, Slaven Bilic, en qui les Croates ont toujours vu un intellectuel, n'a pour autant jamais tourné le dos à la puissance divine. Ainsi, avant le match contre l'Italie du 14 juin, à en croire les médias croates, l'entraîneur a reçu la visite d'un prêtre du nom de Zlatko Sudac, célèbre pour les stigmates apparus sur son front, ses poignets, ses pieds et son flanc. Un coup de pouce spirituel et messianique, donc, demandé par un sélectionneur vénéré en Croatie pour son patriotisme affiché.


Slaven Bilic n'a pas tremblé quand il s'est agi de défendre les généraux Ante Gotovina et Mladen Markac, tous deux condamnés par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie à 24 et 18 années de prison, respectivement, pour des crimes contre l'humanité commis durant la reconquête de la République serbe de Krajina, au cours de la guerre d'indépendance croate. Tous deux ont été jugés responsables de la mort de 150 civils et de la déportation de quelque 250 000 Serbes au cours de ce que l'on a appelé l'opération Tempête [en 1995]. "J'avais l'espoir qu'ils seraient absous. J'ai été choqué. Ce verdict entendait faire la preuve que la Croatie est un Etat criminel", n'a pas hésité à déclarer Bilic dans son pays. Le sélectionneur a même soutenu à l'époque un projet de match amical destiné à réunir des fonds pour la défense des deux généraux. "Ce sont des hommes qui nous ont beaucoup donné. Et si un match peut les aider, évidemment que nous le jouerons", a dit Bilic dans le journal croate Vecernji List.


Coutumier des réunions techniques émaillées de références nationalistes, Bilic n'a pas hésité, durant l'Euro 2008, à motiver son équipe en passant des morceaux du chanteur ethno-rock Marko Perkovic, qui se fait appeler "Thompson" en mémoire du pistolet mitrailleur qu'il maniait pendant la guerre croate. Perkovic aime aussi porter l'uniforme du régime oustachi, un mouvement qui soutenait Hitler pendant la Seconde guerre mondiale et prônait l'expansion de la Croatie et la persécution des Serbes, des Juifs et des Roumains. Ses concerts sont d'ailleurs interdits dans une bonne partie de l'Europe.


En revanche, Slaven Bilic s'est toujours efforcé de prendre ses distances avec les nombreux incidents racistes dans lesquels se sont illustrés ces dernières années les supporters croates, capables de former un svastika humain lors d'un match amical contre l'Italie à Livourne. Dernier scandale en date : l'attaque xénophobe contre le footballeur italien d'origine ghanéenne Mario Balotelli, qui a reçu une banane lancée depuis les gradins au cours du dernier Croatie - Italie. "Nous n'aimons pas ces fans-là", a tranché Bilic lors de sa conférence de presse du 17 juin à Gdansk. "Nous avons un gros problème avec les supporters. Je suis très déçu, en tant que sportif et en tant que père. Dans notre pays, tout le monde est le bienvenu. J'ai vécu de nombreuses années en Croatie, et il n'y a ni racisme ni intolérance. Il s'agit juste de quelques cinglés qu'il faut définitivement empêcher de nuire."


 

Source : courrierinternational.com, le 18 juin 2012.

Article paru à l’origine sur elmundo.es


Rédigé par brunorosar

Publié dans #Mafia et football

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