Révisionnisme au programme

Publié le 17 Novembre 2009

La Croatie s'attend au soutien de la Bulgarie dans le contentieux avec la Hongrie


 

Le révisionnisme hongrois appuyé par les Allemands était dirigé contre la Croatie (Medjumurje), la Slovaquie (Ruthénie) et la Roumanie (Transylvanie). Il convient de rappeler qu'à partir de 1918 le Medjumurje - le territoire entre la Drave au sud et la Mure au nord - était revenu à l'Etat des Slovènes, Croates et Serbes conformément au Traité de Trianon. Ce territoire recouvrait 724km² et il était habité par environ 100.000 habitants, pour la plupart des Croates.

 

Selon l'accord germano-italien sur le partage du territoire yougoslave conclu à Vienne le 24 avril 1941, le Medjumurje et le Prekomurje devaient échoir à la Hongrie dans la mesure où n'interviendrait pas d'arrangement particulier entre la Hongrie d'un côté et de l'autre l'Allemagne et la Croatie. L'armée hongroise instaura le 10 juillet 1941 l'administration militaire hongroise dans le Medjumurje tandis qu'au parlement hongrois fut adoptée le 16 décembre 1941 la Loi sur le rattachement des régions méridionales, notamment le Medjumurje. Cet acte d'annexion allait geler les relations entre la Croatie et la Hongrie. Le gouvernement croate considérait le Medjumurje comme faisant partie intégrante de son territoire national. [333] Le parlement hongrois ayant rendu une décision unilatérale concernant le rattachement des régions méridionales, le ministre croate des Affaires étrangères Mladen Lorkovic adressa le 15 janvier 1942 une note de protestation au gouvernement hongrois dans laquelle il ne reconnaissait pas le caractère hongrois du Medjumurje.

 

Le gouvernement croate ne cachait pas son désir de renforcer avec l'aide de la Bulgarie sa position vis-à-vis de la Hongrie. Bien qu'il eût offert un appui moral aux Croates, le gouvernement bulgare ne souhaitait pourtant pas s'immiscer dans le contentieux hongro-croate relatif au Medjumurje. La Bulgarie avait soutenu les gains territoriaux de la Hongrie aux dépens de la Roumanie et de la Yougoslavie. La frontière hongro-croate dans le Medjumurje était tenue comme une question en suspens. Cependant, on estimait que Zagreb et Budapest avaient manifesté "des symptômes en vue d'un règlement à l'amiable de ce litige". Dans l'article "La voie de l'unification nationale hongroise" que publia le journal gouvernemental "Zora", daté du 12 septembre 1941, on avançait que la Hongrie avait été "démembrée" et "délestée" par le Traité de paix de Trianon de l'année 1920. C'est pourquoi par le rattachement de "79.000 km² d'ancien territoire hongrois et de 5.600.000 habitants" elle avait finalement "retrouvé sa position centrale dans l'Europe centre-européenne du Danube inférieur". [334]

 

Quelques ministres bulgares jugèrent cependant que la Hongrie avait excédé ses dimensions et qu'elle avait trop mordu sur le territoire extérieur. En 1941, Popov ne put s'empêcher de faire l'association à propos de la Bulgarie comme d'un pays "qui se targue d'être un grand état (...) et ne voit pas que sur 15 millions d'habitants seulement la moitié sont des Hongrois." [335]

 

L'opposition bulgare prônait un engagement plus actif de Sofia aux côtés de la Croatie. D'après les combattants, le gouvernement devait s'opposer plus fermement au pacte entre l'Italie et la Hongrie à l'encontre des pays slaves balkaniques. Le chef des combattants, Kantardziev, accusa sans ambages la Hongrie, laquelle "flirte avec l'Italie qui souhaite avoir en mains l'entièreté des Balkans". Selon lui, l'amitié entre la Bulgarie et la Hongrie "ne peut reposer que sur des arguments sentimentaux tant qu'il lui manque toute base réelle". Assurément cet argument sentimental était l'hostilité hongroise à l'égard des Serbes et des Roumains qui "coïncidait" avec les sentiments des nationalistes bulgares. Les nationalistes bulgares critiquèrent le régime hongrois comme en atteste clairement la déclaration du général Lukov. D'après lui, "la clique maçonnique, les Juifs et les ploutocrates" régnaient à Budapest. [336]

Si l'on en croit Radev, la Bulgarie aurait dû oeuvrer plus activement à la réconciliation entre la Croatie et la Hongrie car il était dans l'intérêt des trois pays de renforcer par l'amitié leur propre situation par rapport à la Serbie en tant qu'ennemie commune. [337]

 

Toutefois le gouvernement croate redoutait un rapprochement excessif entre la Bulgarie et la Hongrie. L'importante publicité que la presse hongroise accorda à la venue du ministre Filov à Budapest en octobre 1941 déclencha la rumeur que la Hongrie souhaitait conclure un pacte avec la Bulgarie au détriment de la Croatie (de la Roumanie, de la Slovaquie et de la Serbie). Zidovec après une vérification officielle rejeta une telle possibilité. L'ambassadeur italien était également sceptique quant à un accord hongro-bulgare susceptible d'attiser les tensions entre l'Italie et la Bulgarie à cause de la Macédoine occidentale. Compte tenu de ce fait, Zidovec affirmera qu'il est "difficile de croire que par cette circonstance à Budapest la Bulgarie entre dans un quelconque bloc avec la Hongrie, un bloc qui bien sûr aurait été plus ou moins sous influence italienne". Au final, le ministre Filov démentit de telles intentions en déclarant que sa visite à Budapest avait eu pour objet de conclure une convention culturelle et "n'a absolument rien eu de signification politique". Pour tout dire, Filov confia à Zidovec que les Hongrois s'étaient plaints des Croates qui ne voulaient pas trouver un consensus quant au Medjumurje. [338]

 

Vladimir Kosak, qui avait exercé la fonction d'ambassadeur croate à Budapest de juillet 1943 à mars 1944, décrivit les relations entre les deux pays comme tout à fait "floues". C'est pourquoi son activité diplomatique était "limitée et relativement minime" ; elle se ramenait principalement à obtenir un meilleur statut pour "les habitants du Medjumurje et de la Bacva en Hongrie" ainsi qu'à une juste reconnaissance de la Communauté culturelle croate à Subotica. Kosak ne réussit pas à amener les Hongrois à ce qu'ils légalisent le statut de la Communauté culturelle croate à Subotica. Les Hongrois arguèrent que les Allemands leur auraient dès lors adressé les mêmes revendications. [339]

 

En septembre 1942 le ministère croate des Affaires étrangères fut placé devant le fait accompli de devoir accepter l'accueil "provisoire" "des éléments croates de Bunjevac et de Sokac". Ceux-ci avaient émigré en Croatie sous la pression d'une "action de magyarisation en dépit de leur volonté". Les hautes autorités sommèrent le grand comitat (velika zupa) de Vuk d'accueillir tous les Croates qui s'étaient expatriés même si l'on savait que par l'émigration de la Backa et de la Baranja la communauté croate locale "devient de moins en moins résistante à la magyarisation". [340]

 

Le ministère des Affaires étrangères demanda à plusieurs reprises que la Hongrie traite les Croates dans le Medjumurje sur un pied d'égalité. Cependant, le problème du Medjumurje dépassait pour l'instant les possibilités politiques du gouvernement croate comme en témoigne l'appel du clergé catholique du Medjurmurje. Celui-ci s'était directement adressé à Pavelic lors d'une assemblée organisée le 15 janvier 1942. Le clergé avait invoqué la promesse faite par Pavelic qu'"au peuple croate en dehors de la patrie seront assurées la langue, l'éducation et la religion". Ladite promesse remontait au mois de mai 1941 lorsque avait été signé l'accord de démarcation entre la Croatie et l'Italie (Accords de Rome). Etant donné que la promesse n'avait eu aucune signification le clergé se considéra lui-même "comme le seul représentant du peuple dans le Medjumurje qui compte environ 112.000 Catholiques". Le sort réel des Croates dans le Medjumurje était assimilé "à un esclavage envers les Hongrois qui nous usurpent notre nationalité, notre éducation, notre culture et également nos biens". Il était indiqué dans le document que "les fonctionnaires hongrois sont dans toutes les écoles et dans tous les bureaux. On ne réglemente qu'en hongrois, on n'enseigne qu'en hongrois". Les Hongrois vont jusqu'à exiger que l'on "ne chante qu'en hongrois dans les églises". C'est pourquoi les prêtres protestent à bon droit de la manière la plus ferme "à l'encontre de tous ceux qui nous ont tout simplement placés dans l'étreinte des Hongrois, les mêmes qui pour la troisième fois nous ont annexés à la Hongrie ou qui y ont procédé par eux-mêmes à l'insu de tous". L'appel s'achevait par la demande que le Medjumurje habité à cent pour-cent par le peuple croate "soit immédiatement intégré à sa mère patrie la Croatie". [341]

 

Dans l'impossibilité de résoudre par des moyens bilatéraux la question du Medjumurje, l'administration croate exerça des contre pressions sur la Communauté culturelle hongroise qui comptabilisait environ 30.000 membres en Croatie. Cette communauté n'obtiendra pas la confirmation administrative de leurs réglementations statutaires de la part des autorités croates. Le service de surveillance oustachi n'autorisa pas la Communauté culturelle hongroise, ni les partisans du parti pro-nazi de Ferenc Szalasi, les Croix fléchées, de se produire publiquement en tant que "groupe particulier avec le drapeau hongrois". [342]

 

L'ambassadeur hongrois à Sofia, Jungerth Arnothy, avait tenté en novembre 1941 d'utiliser les bons offices du ministre bulgare des Affaires étrangères Popov dans les pourparlers avec les Croates. Arnothy avait offert comme base de négociation les points suivants : la Hongrie maintiendrait la souveraineté sur le Medjumurje, l'administration sur ce territoire serait laissée à la Croatie. En retour la Hongrie demandait un corridor en direction de l'Adriatique. C'est une telle solution que la partie hongroise avait offerte aux Croates en juin 1941 mais elle fut refusée. Popov avait suggéré à Zidovec de rencontrer Arnothy. Dans une conversation avec Zidovec datant du 15 novembre Arnothy avait déclaré : "Nous sommes disposés à céder le Medjumurje aux Croates, bien entendu en  escomptant que la Croatie montrera de la compréhension pour notre point de vue et qu'elle nous fera ces petites concessions que nous demandons." Zidovec en informa Lorkovic mais sans accorder de poids politique à la conversation en elle-même. Le soudain désir de discuter du Medjumurje qu'avait manifesté l'ambassadeur avait été selon lui la conséquence d'un regain d'effervescence chez les Hongrois en raison de la tentative roumaine de créer une alliance défensive sur le modèle de la Petite Entente (l'alliance entre la Roumanie, la Yougoslavie et la Tchécoslovaquie signée à Belgrade en 1929). C'est pourquoi Zidovec supposa que les Hongrois marchandaient à propos du Medjumurje afin que la Croatie reste neutre dans le conflit opposant la Hongrie à la Roumanie au sujet de la Transylvanie. [343]

 

Le ministre des Affaires étrangères Lorkovic démentit l'affirmation suivant laquelle les négociations de juin 1941 avaient échoué par la faute de la Croatie. Le gouvernement croate avait offert aux Hongrois un contrat de transit pour les chemins de fer en direction de l'Adriatique, il avait proposé l'échange de populations une fois la guerre finie mais n'avait point consenti à ce que la Hongrie maintienne la souveraineté sur le Medjumurje. Lorkovic déclara que ce territoire qu'il avait appelé "le grenier à blé de toute le Zagorje croate (...) appartient depuis des siècles à la Croatie". Par l'intermédiaire de Popov, il fit savoir aux Hongrois que la Croatie "ne peut baser sa politique sur les promesses nébuleuses des Hongrois mais qu'elle souhaite une position claire". [344]

 

Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Laszlo Bordossy, rencontra Lorkovic à l'occasion de la signature du pacte dirigé contre le Komintern en décembre 1941 à Berlin. Ils discutèrent à nouveau du Medjumurje mais sans parvenir à rapprocher leurs points de vue. Le ministre bulgare des Affaires étrangères, Popov, qui avait accepté à contrecoeur le rôle d'intermédiaire entre les deux parties résuma la responsabilité des Hongrois lorsqu'il déclara qu'ils étaient "trop rigide et intransigeants". [345]

 

Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Gabor Kemény, visitera Zagreb à la fin de l'année 1944 mais la question du Medjumurje ne sera pas davantage résolue à cette occasion. [346]

 

***

 

[333] Lorsqu'en octobre 1941 avaient éclaté des incidents entre les soldats croates et hongrois autour de Cakovec, le gouvernement croate avait adopté une position claire à propos du Medjumurje. Dans la directive du ministère de la Défense nationale qui fut signée par V. Vrancic, l'adjoint du ministre, il est explicitement établi : "Le gouvernement croate considère le Medjumurje comme partie intégrante de l'Etat indépendant de Croatie, et son occupation par les Hongrois comme une mesure provisoire tant que les instances responsables n'auront pas fixé la frontière étatique sur ce segment, lorsque la situation politique à cet égard aura mûri pour une telle décision. En conséquence de quoi entre le Medjumurje et la partie libre non occupée du NDH il n'existe aucune frontière étatique mais seulement une frontière entre le territoire effectivement occupé par l'armée et les autorités hongroises (dont le gouvernement croate n'a jamais reconnu l'occupation). et le territoire de l'Etat Indépendant de Croatie". HDA, MVP NDH OPBI T. num. 588/41, ministère de la défense nationale à la Présidence du Généralissime, Zagreb, 16 octobre 1941.

[334] HDA, MVP NDH, PS, V. Zidovec, V.T. num. 132/41, traduction de l'article de N. Nikolov "La voie de l'unification hongroise" du journal "Zora" en date du 12 novembre 1941.

[335] HDA, MVP NDH, PS, V.T. num.87, V. Zidovec, Notes sur l'entretien avec le ministre Popov datant du 27 octobre 1941.

[336] HDA, MVP NDH, PS, V. Zidovec, IPI, num. 1 datant du 3 mars 1942 ; V. Zidovec, TPI, num. 10 datant du 7 mars 1942.

[337] HDA, MVP NDH, PS, V. Zidovec, TPI. num. 13 datant du 27 mars 1943.

[338] HDA, MVP NDH, PS, V. Zidovec, Notes sur l'entretien avec l'ambassadeur italien datant du 20 octobre 1941 ; V. Zidovec, V.T. 67, Notes sur l'entretien avec le ministre président Filov datant du 21 octobre 1941.

[339] HDA, RSUP SRH, 013.0.49. Dossier V. Kosak, Déclaration de V. Kosak annexée au procès verbal de l'audition, Zagreb, 6 mai 1947.

[340] HDA, MVP NDH OPBI, T. num. 11396/41, La question de l'exil des Croates de la Backa et la Baranja, Zagreb, 22 septembre 1941.

[341] HDA, MVP NDH, OPBI, Direction du Comitat auprès du Poglavnik. L'appel sera adressé le 24 janvier 1942 au ministère des Affaires intérieures du NDH et au ministère des Affaires extérieures. Il était dit dans l'appel que les Hongrois affirment qu'ils "n'ont pas demandé le Medjumurje mais qu'il leur a été donné par l'Allemagne prétendument pour la raison que des chemins de fer qui mènent à travers le Medjumurje leur sont nécessaires".

[342] HDA, MVP, OPBI, T. num. 22091/42, Communiqué du Service de surveillance oustachi à la Velika zupa de Vuk, Zagreb, 24 avril 1942.

[343] HDA, MVP NDH, PS, V.T. num. 158/41, Lettre de Lorkovic à Zidovec en date du 19 novembre 1941. Voir N. Kisic Kolanovic, Mladen Lorkovic, Ministar urotnik (Mladen Lorkovic, Ministre conspirateur), 123.

[345] HDA, MVP NDH, PS, V. Zidovec, V.T. num. 190/41. En mai 1942, l'ambassadeur hongrois exprima l'espoir que serait malgré tout établie une collaboration hongro-croate. Il déclara que le régent hongrois Horthy est "un vieil ami convaincu de la Croatie qui comprend les nécessités croates car il a lui-même servi en Croatie, à Susak, à Rijeka et ailleurs, qui a pour but devant les yeux de réaliser un jour l'amitié hongro-croate qui renforcerait et la Hongrie et la Croatie, offrirait un jour la possibilité à la Hongrie d'un débouché en mer, et fournirait à la Croatie un solide et puissant arrière-pays." V. Zidovec, TPI num. 23 datant du 30 mai 1942.

[346] En tant que ministre des Affaires extérieures, M. Alajbegovic assista aux entretiens croato-hongrois à Zagreb. Il confirma que la partie hongroise avait marqué son accord au transfert des Croates de Bunjevac dans le NDH. Elle avait également promis qu'elle cesserait de poursuivre illégalement les Croates et qu'elle permettrait que la presse croate soit distribuée dans le Medjumurje. La partie croate avait promis qu'elle soutiendrait les aspirations hongroises relatives au port de Rijeka. En définitive, aucun accord ne sera atteint parce que Pavelic aurait été très irrité par la déclaration de Kemény après son retour de Zagreb, quand celui-ci avait indiqué que la Hongrie "a un rôle dirigeant dans le bassin du Danube". HDA, RSUP, SDS, 013.0.50, Dossier M. Alajbegovic, Procès verbal de l'audition auprès de l'Udba pour la Croatie datant du 13 mars 1947.

 

Source : Nada Kisic Kolanovic - Zagreb-Sofija - Prijateljstvo po mjeri ratnog vremena 1941-1945 (Zagreb-Sofia - Une amitié à l'aune des temps de guerre), Hrvatski Drzavni Archiv - Dom i Svijet, 2003, pp. 156-161.

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Hongrie-Croatie

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T
<br /> En moment d'être investi en fonction du Présidence de l'UE Hongrie avait montré d'un doigt nationalist ses anciens aspiration vers les pays de son voisinage. Le Soire belge a indiqué les sentiments<br /> hongrois montrant que le comportement de jubilation à la transmise du drapeau européen entre les mains de son président veux dire une nostalgie visible causé par pèrte de 2/3 de "son" téritoire.<br /> Leur territoaires sont: Croatie, Vojvodina, Transilvanie, Slovaqie doivent-ils être transférés aux Hongrois!? Faite attention les voisins l'Europe n'est pas unie pour votre imperialisme!!!<br /> <br /> <br />
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