Petar Jeleč

Publié le 3 Février 2010

Fra Petar Jeleč



I. La campagne contre Josipović ne fait en rien honneur à l'Église


http://www.hkv.hr/images/stories/Osobe_01_s/Petar_Jelec_01.jpgFrère Petar Jeleč, professeur d'histoire à la Faculté de philosophie et de théologie franciscaine à Sarajevo, qui a obtenu son doctorat en 2006 à Rome sur le thème "L'Église catholique en Bosnie-Herzégovine et dans le NDH", commente le comportement dont a fait preuve l'Église catholique durant les élections présidentielles en Croatie. Nous entamons l''entretien pour le "Spektar" par un commentaire sur le nombre record d'électeurs qui se sont rendus aux bureaux de vote en Bosnie-Herzégovine.

- Nous avons été témoins, dit Jeleč, d'une campagne plutôt irritante de la part de l'Église catholique en faveur de l'un des candidats à la présidence, une campagne dont on n'a pas souvenir si ce n'est depuis l'époque où l'Église apportait son soutien à Franjo Tuđman. Sur ce point, les limites du bon goût ont été outrepassées : M. Josipović a été insulté sans aucune raison et arguments valables, ses électeurs ont été menacés de rester sans les sacrements, certains prêtres durant la bénédiction des maisons et lors des sermons ont ouvertement fait campagne en faveur de M. Bandić, certains Provinciaux franciscains ont expliqué qu'on "ne peut être chrétien et en même temps soutenir des opinions agnostiques et athées."

Sur les pages internet de certaines missions catholiques à l'étranger, les croyants ont été priés de voter "contre le communiste - ennemi de la croix du Christ", dans un journal catholique en Bosnie-Herzégovine il a été écrit à propos "du prince de la lumière et du prince des ténèbres", un "Charismatique" de Rome a adressé urbi et orbi ses recommandations disant pour qui voter, tandis qu'un autre de ses collègues du mouvement au niveau local, en plein milieu des infos de la Télévision publique croate (HTV), a expliqué que même Saint Paul dans son Épître nous recommande de voter pour le croyant Bandić, etc. Tout cela s'est déroulé avec la bénédiction et l'approbation de l'Église officielle, ce qui ne lui fait aucunement honneur.



Quelles sont d'après vous les raisons qui expliquent que l'Église, comme vous dites, se soit tournée vers Bandić, et non pas vers Josipović ?

- Cela s'explique par le fait que Josipović s'était déclaré agnostique, et Bandić en revanche croyant. Toutefois les raisons sont bien plus profondes, plus problématiques, et elles demanderaient un plus large développement pour lequel nous n'avons ni le temps ni la place ici. Les citoyens croates lors des élections ont clairement fait entendre, et notamment à l'Église, ce qu'ils pensaient de son implication active dans le duel politique.


Qu'en est-il maintenant que Josipović a été élu président de la République : comment vous semble-t-il construire ses relations avec l'Église ? Il a en effet déclaré qu'il ne soulèverait pas la question de l'accord entre la Croatie et le Vatican et qu'il ne bataillerait pas contre l'Église.

- Je ne veux pas spéculer sur la façon dont le président nouvellement élu, Josipović, abordera certaines situations précises, ni quel genre de président il sera et par quoi sera marqué son mandat présidentiel, car il est encore trop tôt pour en parler. On a néanmoins vu comment il a réagi en homme civilisé et cultivé aux injures que l'on a pu entendre sur son compte de la part de certains membres du clergé catholique, ainsi qu'aux commentaires déplacés dans certains journaux catholiques. Il ne convient pas que certains prêtres répandent en public des contre-vérités, notamment comment Josipović a rédigé et envoyé à La Haye des actes d'accusations contre les généraux croates, comment il est ennemi de "la croix du Christ", comment certains centres secrets du pouvoir s'abritent derrière lui, etc. En ce qui concerne l'accord entre la Croatie et le Vatican, c'est une question qui relève des arrangements entre États. Je ne suis pas certain jusqu'à quel point il est bon pour l'Église catholique en Croatie qu'elle recoive autant d'argent du budget de l'Etat.


Milan Bandić lors du second tour des élections a récolté presque 95% des voix en Bosnie-Herzégovine. Pourquoi ?

- Les Croates en Bosnie-Herzégovine, hélas, sont un peuple délaissé sur le plan spirituel, politique et éducatif, mentalement déraciné de sa propre patrie, un peuple qui au lieu de véritables autorités politiques et religieuses est doté de médiocrités qui ne font que le repousser un peu plus dans l'auto-isolement, dans l'auto-victimisation et dans la confrontation avec quiconque l'entoure. C'est un peuple qui en allant voter en masse lors des dernières élections en Croatie a clairement démontré qu'il adhère à la thèse catastrophique de Tuđman sur les Croates en Bosnie-Herzégovine en tant que diaspora de la République de Croatie, un peuple qui n'est pas capable d'estimer sa spécificité, sa culture et sa tradition bosno-herzégovinienne. C'est là un peuple dont les ténors politiques s'extasient devant Milorad Dodik et sa République ethniquement purifiée, en voulant avoir une sorte de Republika Srpska à eux, semblable à un fief personnel dans lequel ils pourront plus facilement piller leur peuple et le faire tourner en bourrique. 


Qui sont les principaux "coupables" pour un tel état d'esprit ?

- La responsabilité incombe avant tout justement à ces politiciens corrompus qui n'ont pas la moindre vision ni désir pour aider ce pays et ce peuple, mais qui l'effrayent par un péril venu de tout et de tous (en particulier des Bosniaques) et qui lui promettent un bonheur factice dans une fameuse soi-disant troisième entité ou réincarnation de l'Herceg-Bosna, laquelle n'a rien apporté de bon aux Croates de Bosnie ; ensuite vient l'Eglise catholique où règne le nationalisme, où la parole de l'annonce évangélique a presque disparu et qui depuis belle lurette s'est en bonne partie laissée acheter par quelques politiciens au pouvoir.

En définitive personne ne peut se soustraire à la responsabilité, par même le simple peuple croate en Croatie, un peuple, pour citer un de mes collègues et professeurs, qu'il est "difficile d'aider, car le plus souvent il se décide lui-même pour sa ruine et généralement choisit lui-même ses fossoyeurs".


Bien que les enquêtes montrent que l'Église en Croatie, en tant qu'institution parmi les autres institutions, continue à être la première à bénéficier de la confiance d'une bonne partie des personnes sondées, beaucoup estiment néanmoins que l'Église a perdu la réputation dont elle jouissait à l'époque de la dictature communiste. Qu'en pensez-vous ?

- "L'Église catholique chez les Croates" fait face à de gros problèmes en raison du nationalisme dans ses propres rangs, où le fait national a presque entièrement absorbé le fait religieux. L'Église, qui avec la chute du communisme a perdu "son ennemi juré", voit aujourd'hui dans toute critique, y compris la mieux intentionnée, les vestiges de la mentalité communiste. Et si par hasard elle provient de ses propres rangs, on la marginalise, on la fait taire et on l'accuse de détruire l'unité nationale et religieuse.

Lorsque vous lisez aujourd'hui certains journaux catholiques, il peut vous sembler que nous vivons toujours sous le communisme contre lequel il nous faut à nouveau nous battre. En revanche aucune parole critique n'est émise concernant la responsabilité des principaux politiciens croates qui ont laissé le pays en plan, ou concernant nombre d'institutions publiques liées entre elles par la corruption, auxquelles l'Église avait accordé jusque hier son soutien en raison de leur catholicisme proclamé et de certaines donations financières.

Le fait est que l'Église catholique perd de plus de plus de sa réputation et de son influence auprès de ses fidèles, avant tout parce qu'il lui manque la crédibilité. Il est difficile de trouver ses repères dans la société démocratique moderne et on compte de moins en moins de cadres bien formés qui sache faire face aux défis de ce temps et qui sache retransmettre le message du Christ de façon à ce qu'il soit compréhensible à l'homme d'aujourd'hui.

L'Église veut avec raison faire partie de la société et exprimer ses opinions sur certaines questions, mais elle doit être capable d'accepter la critique portant sur certains de ses engagements, de se libérer de la théorie du complot et du rabâchage sur certains centres secrets du pouvoir, les maçons, les communistes, les cercles anarcho-libéraux qui n'attendent que de la contrarier, elle et le peuple croate.

Le problème vient naturellement de l'éternel désir d'argent, de pouvoir et de puissance, dont aucune institution n'est exempte. Nous, dans l'Eglise, il ne nous ferait aucun tort d'être un peu plus humble, d'être un peu moins arrogant dans le contact avec les gens.


Comment réagissez-vous aux rubriques du principal rédacteur du Glas Koncila, Ivan Miklenić, portant sur les élections ?

- Miklenić dans son commentaire après le premier tour des élections avait écrit que l'Église catholique ne voit ni en Bandić ni en Josipović un candidat auquel elle apporterait son soutien. Cependant, après que le cardinal Bozanić eut reçu Milan Bandić au Captol, entre le premier et le second tour des élections présidentielles, envoyant ainsi un message aux électeurs catholiques, Miklenić dans son texte suivant a écrit que "les électeurs savent très bien qu'entre les deux candidats présidentiels restants il existe une énorme différence".

Dans l'avant-dernier commentaire du Glas Koncila, le même auteur minimise sans nécessité aucune le grand succès remporté par Josipović, en disant qu'il a été élu par "moins d'un tiers du nombre total d'électeurs de la République de Croatie". Miklenić en déduit ensuite que Josipović était "l'unique favori et qu'il est devenu le candidat officiel non seulement de son parti mais aussi de certains centres du pouvoir qui agissent loin des yeux de l'opinion", et il ajoute que "divers centres du pouvoir ont veillé à un très important soutien en faveur du président élu". Il serait bon que Miklenić finisse par nommer ces centres secrets du pouvoir !


Jusqu'à quel point la confession religieuse du président importe-t-elle ?

- Il s'agit de l'affaire privée de tout individu. Ce fait est sans incidence pour la réussite dans l'exercice des fonctions de président d'un pays démocratique, car lors de ces élections on n'a pas élu un homme pour une fonction religieuse, mais bien politique.

L'important est que le président d'un pays soit honnête et honorable, compétent dans son domaine et que, dans le cadre de ses compétences, il sache mener l'état dont il est à la tête. Je me demande quelle religion a-t-on là chez ceux qui se considèrent être de bons croyants catholiques, mais qui ensuite dénigrent, insultent de manière non chrétienne et collent une étiquette sur autrui pour la seule raison qu'il est agnostique, athée et membre d'un autre groupe religieux.


Qu'en est-il des sempiternels thèmes de Jasenovac et de Bleiburg qui continuent de peser sur la société croate actuelle ?

Jasenovac et Bleiburg sont deux grands crimes qui ont plongé dans le deuil des milliers de familles après la Seconde Guerre mondiale, et beaucoup de gens aujourd'hui encore supportent les traumatismes causés par ces événements où ils ont perdu leurs plus proches. C'est pourquoi il faut faire preuve de prévenance et de sensibilité lorsque l'on traite de ces thèmes. Remettre en question la dimension criminelle de l'un ou l'autre de ces deux lieux de massacres, relativiser l'un au profit de l'autre ne peut être accepté moralement pas plus qu'en termes de civilisation, car en ces endroits se sont accumulés beaucoup de souffrances et de maux chez des innocents. Ce sont des lieux où le mal a triomphé et où l'homme a perdu l'humain en lui.

La Seconde Guerre mondiale n'a pas pris fin dans la tête de bien des gens, et cela justement parce que l'une et l'autre tragédie ont été utilisées à mauvais escient pour en découdre avec des adversaires politiques et idéologiques. Aussi, les parties "adverses" campent-elles encore aujourd'hui dans leurs tranchées idéologiques, sans être prêtes à reconnaître leur propre faute et responsabilité.

J'ai déjà dit à une occasion que nous sommes dans "un cercle infernal" où nous tournons incessamment. L'idéologie communiste d'un côté, et de l'autre la martyrologie croate nationaliste et religieuse ainsi que l'interprétation de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. Chacune à sa façon a empêché que ne se produise dans notre peuple un processus qualitatif de saine confrontation avec sa propre souffrance, sa faute et responsabilité. Il faudrait immédiatement mettre fin à un tel modèle de comportement, justement pour le bien des jeunes générations et de l'avenir du peuple croate.

Source : croatia.ch, le 26 janvier 2010.

 

 

 

II. Tuđman a partagé la Bosnie-Herzégovine

 

 

Fra Petar Jeleč dans un entretien avec tportal commente les accusations déversées à l'encontre du président Ivo Josipović par le gouvernement et diverses associations de vétérans après son discours tenu au Parlement de Bosnie-Herzégovine. Il s'est également étendu sur la politique de division de la Bosnie-Herzégovine menée par Tuđman, qui a laissé sur le carreau les Croates de Posavina et de Bosnie centrale, et il a dénoncé la théorie du complot selon laquelle le communisme est responsable de la pédophilie au sein de l'Eglise.

 



Fra Petar, comment commentez-vous le discours du président Josipović devant le Parlement de Bosnie-Herzégovine où il a exprimé les regrets que la République de Croatie "ait par sa politique des années 90 du siècle dernier contribué aux souffrances des gens et aux divisions qui aujourd'hui encore nous tourmentent".

Le discours excellemment ficelé du président Josipović devant les parlementaires de la Bosnie-Herzégovine est un événement très important pour la région toute entière et il représente une des meilleures choses qui soient advenues ces derniers temps en Bosnie-Herzégovine. Ce geste courageux de Josipović et son repentir en raison de la politique croate (tuđmanienne) menée dans les années 90 ne sont, hélas, pas bien accueillis dans les rangs des Croates de Bosnie-Herzégovine. Les représentants des partis politiques croates en Bosnie-Herzégovine ne sont pas davantage enthousiasmés pas ce discours de Josipović, raison pour laquelle ils se sont mis par des acrobaties exégétiques à interpréter ce que le président croate a réellement voulu dire car, on s'en doute, ils le savent mieux que lui-même. Afin de démontrer ô combien ils peuvent être orthodoxes en politique, ils se sont surpassés les uns les autres en répétant les affirmations mensongères et serviles que la politique croate pendant toute cette période n'a fait que du bien aux gens de Bosnie-Herzégovine. Cet acte de Josipović ne va pas non plus dans le sens voulu par de nombreux politiciens serbes car il aide à stabiliser l'ensemble de la situation politique en Bosnie-Herzégovine, ce qui ne convient certes pas à Dodik qui par sa politique destructive, avec le consentement de plus en plus manifeste de la communauté internationale, veut montrer que dans ce pays il est impossible de vivre ensemble.



Pourquoi a-t-on vu des attaques aussi violentes de la part de la Premier ministre Jadranka Kosor, du HDZ et de diverses associations de vétérans contre le président Josipović après son discours et sa visite en Bosnie-Herzégovine ?

Le président Josipović a dit la vérité devant les parlementaires à propos de la politique croate menée envers la Bosnie-Herzégovine dans les années 90, une politique qui a effectivement contribué aux souffrances des gens et à leurs divisions dans ce pays. Cela a visiblement agacé de nombreux collaborateurs HDZ de Tuđman, qui aujourd'hui encore se trouvent à des postes élevés dans ce parti et qui portent en partie la responsabilité d'une telle politique. Visiblement il faudra encore pas mal de temps au HDZ en République de Croatie avant qu'il n'affronte les conséquences négatives de son héritage politique. Tuđman et Šušak par leurs menées dans les années 90 avaient remplacé toute la direction légalement élue du HDZ bosno-herzégovinien pour y intaller leur obligé Mate Boban, un homme au passé très douteux, intellectuellement et moralement pas à la hauteur de la fonction qu'il exerçait. Une conséquence encore plus tragique vient de ce que par leur appareil répressif, fait d'espionnage et de renseignements, par leurs manoeuvres, ils sont parvenus à détruire la possibilité que soit créé un parti politique autochtone, fort et sérieux, qui aurait mené une politique affirmative envers ce pays et leur propre peuple. Au lieu de cela ils ont crée une copie soumise du HDZ croate avec un seul et unique chef bien-aimé.

Jusqu'à leur mort, Tuđman et Šušak firent la pluie et le beau temps sur l'ensemble de la vie politique, sociale, économique et militaire des Croates de Bosnie-Herzégovine. Et sans leur autorisation le HDZ en Bosnie-Herzégovine ne pouvait prendre aucune décision importante. Ils menèrent une politique ambiguë envers la Bosnie-Herzégovine - d'un côté ils soutenaient en parole son intégrité (quoique pas toujours), et de l'autre par leurs actions militaires et leurs accords avec Karadžić (l'accord Boban-Karadžić), avec Krajišnik et Koljević (lequel fut solennemment reçu au siège du Gouvernement croate à Zagreb), ils épaulèrent l'agresseur serbe, agirent contre ce pays et leur propre peuple, en particulier contre les Croates de Bosnie et de Posavina dont ils livrèrent sans l'ombre d'un remord la terre natale à l'agresseur serbe, une première fois en 1992 puis en 1995 lorsqu'ils signèrent son arrêt de mort à Dayton. Sans morale et sans humanité, Tuđman accusa les Croates de Posavina de ne pas s'être défendus et il s'emporta lorsqu'ils osèrent protester contre ses initiatives "visionnaires" et "étatiques" prises à Dayton.



Est-ce que le président Tuđman a participé aux tentatives de diviser la Bosnie-Herzégovine ?

Bien sûr que oui. Et à ce propos il existe de nombreux témoins, livres, mémoires, sténogrammes, quoique le meilleur témoignage soit encore toute cette période où nous avons ressenti dans notre propre chair toutes les conséquences d'une telle politique de Tuđman qui a infligé des dommages imprévisibles à ce pays, en premier lieu aux Croates de Bosnie. Si quelqu'un par ses propres yeux et sa cervelle ne veut pas croire aux documents publiés et aux déclarations faites par ceux ayant pris part aux événements, alors qu'il lise les interviews de Tuđman et les sténogrammes dans lesquels sans ambiguïté et sans détours celui-ci parle de la Bosnie-Herzégovine comme d'un assemblage colonial appelé à disparaître et dans lesquels il défend la thèse qu'en divisant le territoire bosno-herzégovinien il faudrait complaire aux Serbes car c'est ainsi que disparaîtront les causes de l'hostilité entre les Croates et les Serbes (voir le journal Slobodna Dalmacija).

Par la guerre contre les Bosniaques dans laquelle aucune partie ne fut exempte de crimes, par la création de camps en Herzégovine occidentale, par la ruine systématique de Mostar et la destruction du Vieux Pont, la Croatie, selon le ministre Mate Granić lui-même, tomba dans l'isolement international et fut sur le point de subir des sanctions. Par les crimes commis durant cette guerre et par la création de camps de concentration pour les Bosniaques, la Croatie perdit définitivement le statut de victime ainsi que sa réputation aux yeux de la communauté internationale, ce que démontra clairement l'enterrement du président Tuđman auquel aucun politicien de dimension européenne et internationale ne vint assister.



Le président Josipović a visité deux sites où ont péri des Croates et des Bosniaques, à Ahmići et Križančevo selo, où il a été accompagné sur les lieux du massacre pour la première fois par des dignitaires de l'Eglise catholique et de la Commaunauté islamique en Bosnie-Herzégovine. Est-ce que cela va aider à améliorer les relations entre ces deux peuples ?

Cela mérite salutation et soutien quoi qu'il en soit, et je me réjouis que cela ait eu lieu. Personnellement j'espère que ce geste aidera à détendre les relations entre ces deux peuples, des relations derrière lesquelles se détache, comme pire tragédie pour ce pays, un sanglant conflit armé provoqué avant toute chose par les ressentiments anti-bosniaques et anti-musulmans que nourrissaient Tuđman et Šušak. Dans ce conflit, bien entendu, la partie bosniaque n'est pas non plus innocente, comme on le constate par les nombreuses victimes qu'ont laissées derrière elles certaines unités de l'Armée de la République de Bosnie-Herzégovine. En tout cas les analystes noteront peut-être le fait intéressant qu'un agnostique tel que Josipović, qui derrière l'autel et dans certains journaux religieux a été publiquement injurié de 'prince des ténèbres" (par le journal Katolik tjednik), a donné par son initiative l'exemple et l'élan aux dignitaires religieux locaux pour qu'ils se décident enfin à faire ce qui aurait dû être fait depuis bien longtemps.



Le président Josipović a rencontré en Bosnie-Herzégovine les présidents des partis croates représentés au parlement. Seul le président du HDZ, Dragan Čović, n'a pas assisté à la réunion. Qu'en dites-vous ?

Sans doute était-il occupé lors d'une de ses réunions de plus en plus fréquentes avec son collègue Dodik, avec lequel il a récemment conclu à Banja Luka un pacte pré-électoral. Ainsi, lors des prochaines élections en automne, les Serbes de la Fédération soutiendront les candidats du HDZ, tandis que les quelques survivants croates de la dénommée Republika Srpska soutiendront les candidats du SNSD. A cette occasion les deux hiérarques se sont émerveillés l'un de l'autre devant les caméras et ils se sont complimentés sur l'excellente politique que mènent sur place ces deux "partis responsables". Čović est resté impressionné par le fonctionnement de cette meilleure partie de la Bosnie-Herzégovine - profondément nettoyée de la présence des Croates et des Bosniaques. Visiblement elle lui sert d'exemple sur la façon dont devrait fonctionner cette troisième entité dont il phantasme ; encore une des supercheries électorales que vient de nous jouer ce politicien.

Ils ne sont pas venus pour parler de la Bosanska Posavina, des Croates de Banja Luka et de Kotor Varoš, afin de ne pas gâcher la nouvelle idylle née entre Mostar et Banja Luka. Ce n'est pas "d'abord chez les Croates" que les récents mensonges et manipulations de Dodik sur les 700.000 victimes dans le camp de Jasenovac ont suscité la gêne, pas plus que la toute dernière flétrissure infligée aux victimes du génocide de Srebrenica. Ces faits méritent de rentrer dans les annales des outrages moraux et politiques de ce politicien balkanique qui ressemble de plus en plus à Milošević. On prendra la peine de noter que cela se passe sans susciter de commentaires négatifs dans les milieux religieux et politiques des Croates de Bosnie-Herzégovines, tandis que, d'un autre côté, on les voit répéter comme des perroquets la thèse que Komšić ne peut pas représenter les Croates de Bosnie-Herzégovine dès lors où des Bosniaques ont voté pour lui.

Čović qui, aux cotés de divers individus tels que Jelavić, Bender, Ivo Miro Jović, Čordaš et autres représentants de la nouvelle élite politique fraîchement enrichie détient le plus de responsabilité pour la situation dans laquelle se trouvent les Croates de Bosnie-Herzégovine, n'avait semble-t-il pas de raisons de rencontrer Ivo Josipović à Mostar. En revanche, nous aurons bientôt l'occasion de le voir lui et son inévitable subalterne Čordaš dans les premières loges de nombreux sanctuaires ainsi que sur les premiers bancs de nos églises étant donné que les élections d'automne se rapprochent. Normal, il leur faut montrer que s'ils savent habilement profiter des maux et des malheurs des gens ils n'en savent pas moins prier Dieu pour un nouveau fructueux mandat de quatre ans.



Existe-t-il parmi les Croates de Bosnie-Herzégovine le moindre parti politique qui pourrait authentiquement et sincèrement représenter les intérêts du peuple croate ? Nous savons que le HDZ s'est scindé en deux partis - est-ce qu'il existe entre eux des différences substantielles ?

Il existe certaines différences entre ces deux HDZ, mais elle ne sont pas substantielles, ce que le président du HDZ 1999, Božo Ljubić, a tristement montré un beau jour lors de son passage dans une émission de la FTV. Pendant tout un temps le HSS-NHI a fait plus ou moins figure d'opposition contrariante pour la politique du HDZ. Toutefois, lors des dernières élections, le parti de Ljiljana Lovrić est devenu une sorte de parti satellite pour Dragan Čović, comme le révèlent les conflits toujours plus fréquents au sein de ce parti ainsi que le départ de certains de ces hauts fonctionnaires de la Posavina. Citons encore le HSP et quelques autres partis, mais je n'y vois aucun leader honnête et capable qui serait en mesure d'offrir à son peuple une politique authentiquement saine ainsi qu'une parade aux fiascos et erreurs commises jusqu'à présent. On a affaire à une simple lutte pour les fauteuils et à une basse approche machiavélique de la politique comme moyen pour s'enrichir personnellement avec le plus de facilité.



L'Eglise catholique est secouée ces derniers temps par des scandales de pédophilie. Est-ce que cela va sérieusement écorner le prestige de l'Eglise catholique dans notre société ?

Cela a déjà grandement écorné le prestige de l'Eglise catholique, comme peu de fois dans son histoire. Et toutes les conséquences de ces crimes horribles commis sur des enfants innocents sont à vrai dire imprévisibles. Encore une fois, il s'est avéré qu'aucun ennemi extérieur ne peut nuire à l'Eglise catholique autant qu'elle-même lorsqu'elle trahit sa propre authenticité et ses principes humains et évangéliques fondamentaux.



Avez-vous lu la récente missive de la Conférence épiscopale croate adressée au pape Benoît XVI, dans laquelle les évêques et leurs prêtres se dressent d'une seule âme contre les attaques dirigées envers l'Eglise, "le corps mystique du Christ", et envers le Pape. Comment commentez-vous le contenu de cette missive ?

J'ai lu cette lettre dans laquelle j'ai été frappé et peiné par le fait que les évêques croates n'ont pas trouvé approprié de citer dans une seule phrase les victimes - des enfants dont l'enfance et la vie ont été détruites à cause d'horribles traumatismes. Au lieu de cela, on y enfile les typiques thèses auto-défensives ainsi que les souvenirs de l'époque communiste lorsque l'on "frappait les pasteurs de l'Eglise", comme si cela avait un quelconque rapport avec les scandales de pédophilie au sein de l'Eglise. C'est à croire que le communisme est coupable aussi pour la pédophilie.



Dans les cercles cléricaux en Croatie et en Bosnie-Herzégovine on entend de plus en plus souvent ces derniers temps des voix qui dénoncent le fait que derrière les révélations de pédophilie se cachent certains centres secrets du pouvoir, qui après s'en être pris à l'Eglise en Irlande, dirigent leurs menaces vers l'Eglise catholique en Pologne et en Croatie. C'est ce qu'a également répété le cardinal Puljić il y a quelques jours dans une interview pour Radio Odžak. Comment commentez-vous cette théorie du complot ?

L'histoire des théories en tout genre est ancienne au sein de l'Eglise catholique, mais celle que vous venez d'évoquer appartient à l'une des plus imaginatives qu'il m'ait été donné d'entendre jusqu'à présent. Il est évident qu'elle n'a aucun lien avec la réalité et je verrais d'un bon oeil que ceux qui déclarent cela et qui "savent" nous révèlent quels sont ces centres secrets du pouvoir dont nous devons nous préserver. Malheureusement, il s'est avéré que l'institution qui prétend être la verticale morale dans la société n'est pas capable de prendre une juste posture et de faire face au terrible échec dans ses propres rangs ainsi qu'au crime commis contre des enfants sans défense. Plutôt que de se repentir sincèrement en raison des souffrances endurées par des victimes innocentes et de tenter de remédier à ce grand scandale, on voit naître chez les gens d'Eglise ce genre de théories insensées du complot, de même que la piteuse justification que la pédophilie existe aussi dans d'autres segments de la société, comme si cela était une circonstance venant atténuer ce qu'on fait certains prêtres et évêques ayant dissimulé leurs forfaits.


Si l'Eglise continue de se comporter de la sorte envers le problème de la pédophilie dans ses propres rangs, sa réputation en sortira sérieusement ternie y compris chez les fidèles les mieux intentionnés. J'aimerais que les responsables dans l'Eglise fasse tout le possible pour que cela n'arrive pas, car ce qui a été fait jusqu'à présent sur cette question n'est pas la juste voie qu'il faut emprunter.



Comment est-ce que vous commentez les écrits du journal Večernji list sur la création d'une commission pour le Medjugorje ainsi que les bruits de couloir selon lesquels il serait envisagé d'écarter de Mostar l'évêque Perić, opposé au phénomène du Međugorje, de façon à mieux résoudre ce problème ? http://www.braniteljski-portal.hr/files/portal/ZLATKO_SUDAC2-090609_thumb.jpg

Je ne pense pas être la personne qu'il faut pour répondre à cette question pour la simple raison que le "phénomène" du Međugorje représente dans ma vie personnelle et religieuse une affaire tout à fait dérisoire, avec tout le respect dû envers ceux pour qui cela représente quelque chose. C'est pourquoi seront tout aussi dérisoires pour moi les conclusions de cette commission qui, selon toute vraisemblance, s'arrangera pour que "tout le monde y trouve son compte". Il semble que pour longtemps encore cette histoire fournisse, outre "les plaies qui couvrent le révérend Sudac", un bon matériel afin de divertir les foules.

 

Source : h-alter.org, le 26 avril 2010. 

 

 

 

 

Zlatko Sudac, un garçon qui a reçu les stigmates. Il serait capable, dit-on, de bilocation, de lévitation et d'autres manoeuvres spatiales fort singulières...

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Hommes d'Eglise

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