Nikola Plečko

Publié le 7 Avril 2010

La caricature croate se bat pour survivre
 


Récemment les pneus crevés sur la voiture du caricaturiste croate le plus connu, Nik Titanik, ont révélé la mauvaise situation que traverse cette profession, autrefois très dynamique.

Les pneus crevés par trois fois en raison de caricatures provocantes sont hélas une risque professionnel que doit assumer le caricaturiste Nikola Plečko, plus connu sous le nom de Nik Titanik. A qui est-ce que son héroïne principale, Šefica Jambriščak "l'amie de la nuit", qui croise les politiciens et les fausses célébrités du show-biz en leur offrant ses services, a-t-elle bien pu marcher sur les pieds ? L'enquête y répondra. Quant à Nik Titanik, lui-même ne semble pas trop s'inquiéter de telles menaces. Même plus, elles lui servent comme source d'inspiration.

 

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                                            Les publicités ont tué la caricature


Mais pendant que Nik Titanik continue courageusement de nous dessiner sa vision de l'envers de la société, la tradition de la caricature croate disparaît elle peu à peu. Nikola Plečko est l'un des rares caricaturistes croates qui parvient à vivre de son travail car les revues et journaux qui commentent les événements du jour à l'aide de caricatures d'auteur se font de plus en plus rares. Jadis les principaux journaux n'étaient pas concevables sans commentaires graphiques - que l'on se rappelle seulement du légendaire "Grga" dessiné par le défunt Ico Voljevica, de "Pero" d'Otto Reisinger ou encore de "Felix" conçu par Srećko Puntarić toujours en activité. A l'inverse, aujourd'hui, selon Frano Dulibić, qui a écrit le livre récemment publié "Histoire de la caricature en Croatie jusqu'en 1940", l'espace pour les annonces a englouti celui pour les caricatures parce que les rédacteurs considèrent que l'humour ne fait pas vendre les journaux. "Etant donné qu'une annonce rapporte de l'argent, tandis qu'il faut payer pour la caricature, elles ont donc tendance à disparaître, tant est que le rôle de la caricature est aujourd'hui marginalisé", estime Dulibić. Ce point de vue est partagé par Nikola Plečko qui est convaincu que les lecteurs aiment la caricature, animée d'une force reconnaissable comme l'ont montré les événements au Danemark : "La caricature est un moyen particulièrement fort pour critiquer la société, mais les journaux sont en proie à un capitalisme déformé en ce sens que la plupart des rédacteurs ne la voient pas comme quelque chose qui puisse attirer les lecteurs, les annonceurs, l'argent..."

 

 

                                                  Des "célébrités" susceptibles


Toutefois, la raison pour laquelle une tradition à la fois riche et précieuse est en train de s'éteindre ne réside pas seulement dans l'"affreux" capital, mais aussi dans la vanité, ou plutôt tel que le perçoit Frano Dulibić, dans le peu d'entrain dont font preuve les pouvoirs, les politiciens et les puissants en général à affronter l'humour et la caricature. "Dans notre milieu, ils ne sont pas prêts à accepter de telles piques, ils ne sont pas aptes à rire à leurs dépens et à envisager qu'il faudrait peut-être changer quelque chose". Plečko, lui, n'a pas attendu qu'on lui crève ses pneus ou ceux de ses collègues pour prendre conscience de l'acuité visuelle de sa critique. Il admet que durant la phase initiale de sa carrière vieille de dix ans il était plus provocateur, plus incisif, moins scrupuleux, alors qu'aujourd'hui il connaît très bien la limite qu'il ne peut pas franchir. "Cependant, je veille toujours à ce que cette autocensure n'émousse pas mon tranchant, autrement dit à ce que je sois le plus critique possible envers ce dont je traite - pour piquer sans pour autant trouer", explique le populaire Nik Titanik.

 

Il a appris qu'au delà de savoir dessiner et traduire son idée, il lui faut être à la fois un journaliste et un chroniqueur de la société - en somme vivre la caricature vingt-quatre heures sur vingt-quatre. "Tu dois écouter ce que racontent les gens dans la rue, dans le tramway, la commère au magasin, les voisins, la famille, ce qui est écrit sur internet - il faut toujours être en état d'alerte, tendre l'oreille à tout ce qui t'entoure et réagir rapidement."

 

 

                                                        La satire est morte


Le public, poursuit Plečko, aime surtout rire des politiciens, mais selon lui c'est la preuve que nous vivons dans une époque en déroute où la politique nous a entièrement envahis, alors que d'un autre côté, dit-il, on a affaire à une variété totalement "débile" ainsi qu'à des quasi-vedettes qui sans tempérament font les titres et produisent des pseudo-oeuvres derrière lesquelles il n'y a rien.

Les commentateurs inspirés et courageux de la réalité, dont les travaux sont publiés dans les journaux, tendent à disparaître. En plaisantant, Plećko, dit qu'il en est resté "autant que les doigts d'un travailleur étourdi dans une scierie". Leur mission, estime néanmoins l'historien de l'art Dulibić, a été reprise par d'autre médias, parmi lesquels figure l'art supérieur : "En font certainement partie Siniša Labrović avec ses performances, Nikolina Ivezić qui fabrique des reliefs, ou encore le défunt Šutej et bien d'autres artistes."

En réalité, il leur arrive souvent d'exprimer leur critique sociale justement par un humour piquant propre à la caricature, quoique cela ne compensera pas le vide en train de naître dans les médias de masse suite à la disparition de commentaires sous forme de caricatures cinglantes, limpides et spirituelles, telles que nous en avons besoin dans un monde où dominent les politiciens corrompus, la pègre influente et les insolentes vedettes d'un soir.

 

Source : e-novine.com, le 5 avril 2010. 

 

 

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Animation, BD et caricaturistes

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