Nenad Popović

Publié le 14 Janvier 2011

Nenad Popović

 

 
Nenad Popović est né en 1950 à Zagreb en Croatie. Il étudie les langues et littératures allemande et yougoslave et devient chercheur à l'université de sa ville natale. À partir de 1980, il devient éditeur dans une maison d'édition à Zagreb puis, en 1991, il fonde sa propre maison, les éditions Durieux, qui publie de nombreux auteurs bosniaques en exil. Il écrit dans plusieurs journaux et magazines yougoslaves et allemands.


L'éditeur Nenad Popović favorise la culture commune dans les Balkans

Les guerres et le vacarme sont passés, maintenant dans les Balkans tous parlent de réconciliation. Peu nombreux sont pourtant ceux qui entre les Alpes juliennes et le lac d'Ohrid en Macédoine s'engagent réellement pour l'entente entre les peuples des Balkans. Qui s'y risque est souvent diffamé par les nationalistes qui traitent ces hommes et ces femmes courageux de "yougonostalgiques". A cela Nenad Popovic ne peut que sourire. Il dit que la Yougoslavie était un beau pays mais un état stupide dont la classe politique n'a pas été capable d'assurer une séparation à l'amiable tout en préservant une culture commune à la région. C'est pour cette région et son articulation avec l'Europe que se bat Nenad Popović. Lorsque la guerre a éclaté, il a fondé une maison d'édition et il l'a baptisée d'après une actrice viennoise :  Tilla Durieux. Durant la Seconde Guerre mondiale celle-ci s'était réfugiée à Zagreb.

Voici déjà deux décennies que Nenad Popović encourage et publie les jeunes auteurs de la génération post-yougoslave déracinée par la guerre. Il veille à ce que ses propres auteurs et maints autres des Balkans soient traduits, lus et reconnus. Cette année la maison d'édition de Popović est venue bousculer les esprits dans tous les Balkans avec le livre de l'auteur  Snježana Kordić. Dans son livre "La langue et le nationalisme" , la linguiste formée à Zagreb et Münster tend à conclure que les peuples slaves du sud - les Serbes, Croates, Bosniaques et Monténégrins - partagent une langue standard. Le livre a été une gifle en pleine figure des nationalistes qui désormais après les indépendances respectives tentent de saper le serbo-croate, la lingua franca de la région, et tentent d'inventer de nouvelles langues.

Popović, qui a accompli des études germaniques à Bonn et Freiburg, a déjà reçu de nombreux hommages. La foire du livre de Leipzig lui a décerné le prix du livre pour l'entente européenne. Ses efforts pour assister la ville assiégée de Sarajevo lui ont valu d'être proclamé citoyen d'honneur de la capitale de la Bosnie-Herzégovine. Lorsqu'au printemps 1999 des milliers de réfugiés en provenance du Kosovo ont trouvé refuge au Monténégro, Nenad Popović a organisé un convoi d'aide en compagnie d'amis. A la fois homme de mots et homme d'action. 

par Enver Robelli, éditiorialiste du Süddeutsche Zeitung.

 

 

Source : zamirzine.net, le 10 décembre 2010.  

 

 

 

 

 

 

Durieux : l'éditeur croate des auteurs “post-yougoslaves”


 

Fondée en 1991 à Zagreb par Nenad Popovic, la maison d’édition « Durieux » a réussi à asseoir sa réputation d’excellence, de tolérance et de pépinière de nouveaux talents. Malgré les difficultés financières qui n’ont pas manqué au cours de ses 13 ans d’existence, dans le contexte de guerre puis de paupérisation de la société et de fermeture du marché, Durieux est devenu une référence. Romans, essais, ouvrages théoriques, Durieux est un des rares éditeurs croates à s’intéresser à la région, au delà des frontières de l’actuelle Croatie.


Par Anne Madelain

Au dernier salon du Livre de Francfort, Durieux a voulu promouvoir ce qu’il appelle la génération « post yougoslave ». Plus qu’un concept pour l’export, c’est là le constat que la guerre et l’éclatement du pays ont fait émerger une nouvelle génération d’auteurs : « quand je dis auteurs post-yougoslaves, je veux parler ceux qui n’observent pas la désintégration de la Yougoslavie sur un mode émotif et politique (...) Je veux parler de ces écrivains aux styles très divers, qui refusent d’entrer dans les carcans des conceptions imposées par les traditions manipulées politiquement », écrit Balsa Brkovic, un jeune écrivain monténégrin dans la brochure de présentation de la collection. Ils se nomment Dalibor Simpraga, Andrej Nikolaidis, Miljenko Jergovic, Igor Lasic, Balsa Brkovic, etc. Ils sont Croates, Bosniaques, Serbes ou Monténégrins, ils commencent à être traduits à l’étranger mais restent souvent très critiqués dans leurs pays respectifs. « Ils écrivent dans notre langue commune comme nous l’appelons », explique Dusanka Profeta, éditrice. « Il y a toujours eu de nouvelles générations, mais celle dont on parle s’est formée d’une expérience commune forte : la guerre, explique-t-elle, on trouve chez eux un regard critique sur la mythologie nationale, l’épique et de tout ce qui a amené au nationalisme sauvage. Ils partagent une certaine idée du cosmopolitisme, d’une culture globale, qu’on retrouve en Grande-Bretagne ou en Pologne ». Dès le début des années 90, Durieux se fait connaître en éditant des écrivains bosniaques pris dans le siège de Sarajevo et crée la collection Ex-Ponto, dirigée par l’écrivain Semezdin Mehmedovic. Parmi eux, Miljenko Jergovic est traduit maintenant dans une douzaine de langues (plusieurs ouvrages à paraître chez Actes Sud) et son roman « les Malboro américaines » est un véritable best seller en Croatie. Aujourd’hui, Durieux relance la revue littéraire « Fantôme de la liberté » (Fantom Slobode), auparavant éditée à Sarajevo et consacrée à la littérature de l’ex-Yougoslavie, car « promouvoir une bonne littérature, c’est promouvoir la littérature qui par son esprit et son imaginaire va à l’encontre des frontières ». Ce projet tout neuf s’avère déjà fructueux : la revue anime le débat littéraire et permet au public de savoir ce qui se passe de l’autre côté des frontières, même lorsque les livres ne circulent toujours pas vraiment. « Les échanges sont essentiels pour la création. Pour moi, il est important de savoir ce qui sort à Sarajevo ou au Monténégro », explique encore Dusanka Profeta.

Ainsi, la ligne éditoriale de Durieux s’est-elle définie peu à peu en étroite relation avec l’actualité et les préoccupations du public : avec la série d’ouvrages consacrés à l’Europe centrale et qui interrogent tous d’une manière ou d’une autre l’identité (avec des auteurs comme Claudio Magris, Edgar Morin, Friedrich Dürrenmatt ou Ivan Lovrenovic), la collection « les Bosniaques » et la toute récente « jeunes auteurs post yougoslaves », Durieux affiche une ligne encore très audacieuse. C’est aussi l’un des rares éditeurs de la région à réellement promouvoir son travail à l’extérieur. Son directeur, très actif, est de tous les salons et entretient d’étroites relations avec ses homologues allemands et français ; ainsi sur les 190 titres du catalogue, une vingtaine ont fait l’objet d’une traduction à l’étranger.

Mais cette exigence de qualité et ce travail de longue haleine se heurte encore au principal problème que rencontre toute l’édition croate : l’étroitesse du marché national. Avec 5 millions d’habitants et une distribution très imparfaite sur le territoire, on est loin des quelques 20 millions de locuteurs du serbo-croate sur lesquels pouvaient compter les éditeurs avant 90. Chez Durieux, on constate une amélioration de la situation de l’édition ces dernières années, mais les tirages restent faibles (1000 exemplaires en moyenne pour un ouvrage de littérature). Ses ouvrages sont présents dans quelques libraires en Bosnie mais ne circulent toujours pas vers la Serbie. En effet, pour l’instant, aucun distributeur ne s’est lancé dans l’aventure. « C’est surtout une question économique, explique Drazin Toncic, responsable du marketing chez Durieux, les livres sont en Serbie 2 à 3 fois moins chers que chez nous, 5 euros en moyenne contre 10 à 15 en Croatie ! ». Du coup, les freins économiques à la circulation sont multiples (différence de prix, impossibilité d’effectuer des virements bancaires, concurrence jugée déloyale, etc.), même si l’épineuse question des susceptibilités nationales n’est pas close : pour le public en général, après des années de débats sur la pureté de la langue, il est encore difficile d’accepter de reconnaître que traduire la littérature croate en serbe et vice versa n’a pas de sens.


 

 

Source : balkans.courriers.info, le 23 juin 2004.

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Intellectuels et activistes

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