Mladen Juran

Publié le 16 Décembre 2009

Mladen Juran


1969d.jpgC'est par un beau jour de mai 1942 que Mladen Juran avertit, d'un cri puissant, le tout Zagreb de sa toute fraîche présence au monde. A partir de ce moment-là, il ne perdra jamais une occasion de se faire remarquer. A Paris tout d'abord, où il entre à 23 ans au Théâtre National Populaire (le fameux TNP de Jean Vilar), puis suit les cours de Lee Strasberg, co-fondateur de l'Actor's Studio. Il devient également assistant réalisateur, notamment pour Abel Gance. De retour en Croatie, il se consacre principalement à la réalisation de documentaire (plus de 200 films !). On lui doit également deux longs métrages de fiction "Trente et un chevaux" (Trideset konja) et "Transatlantik" avant de réaliser "Le Cimetière submergé" (Potonulo groblje) en 2002.



Le braquage de la Banque populaire de Rijeka

Tout récemment, en 2009, il a filmé le remake du tout premier film à avoir été tourné en Croatie : Le braquage de la Banque populaire de Rijeka (Assalto alla Banca Popolare di Fiume). Ce film avait été projeté au Cinématographe Minerva à Pula à partir du 1er décembre 1909. Son titre en allemand est un peu plus long (Der Überfall auf Banca Popolare di Fiume durch die russischen Übeltäter). Mais de quel film s'agissait-il ?

Le 11 août 1909, aux environs de 10h00 du matin, deux jeunes Russes avaient attaqué la Banque populaire, une agence installée sur la place Dante. Ils tuèrent le directeur de l'agence, Giuseppe Milos, s'emparèrent d'environ 50.000 krunas et prirent la fuite. Les citoyens se mirent à leurs trousses mais les malfaiteurs répondirent à coup de pistolets contre leurs poursuivants. Un gardien de la paix municipal, Giovanni Ratcovich, parvint néanmoins à en intercepter un et à le maîtriser (à l'aide d'un sabre !), pendant que l'autre réussissait à s'échapper. Il ne sera appréhendé que quelques jours plus tard à Zurich, puis livré aux autorités austro-hongroises. Ce fut là un événement marquant et spectaculaire sur lequel la presse austro-hongroise s'étendit largement. Plus tard, en décembre 1909, un procès aura lieu à Rijeka et l'un des assaillants sera condamné au bagne à perpétuité et l'autre à 15 ans.

On ne sait que peu de choses sur le film lui-même car jusqu'à présent nous ne sommes informés que de sa projection à Pula. Un journaliste du Giornaletto di Pola consacra à peine une phrase sur le film : "... ce film, quoiqu'il ne fût pas tout à fait réussi, offre pourtant aux spectateurs la possibilité de se faire une image exacte sur la façon dont les événements se sont déroulés...". Par ailleurs, dans le Polaer Tablatt, il écrivit que le film a été "... mis en scène" (.... zur Darstellung gelangen). Bien que fort succinctes, ces informations indiquent clairement qu'il s'agissait d'une reconstruction des événements, et donc d'un film mis en scène. La phrase "... offre aux spectateurs la possibilité de se faire une image exacte" nous conduit explicitement à conclure que le film avait été tourné, autrement dit que le film avait été reconstruit sur le lieu des événements et donc avait été tourné à Rijeka. Si des recherches ultérieures venaient à le confirmer, il s'agirait alors du premier film de fiction à avoir été tourné sur le sol croate.

Qui a pu tourner ce film ? Pour l'instant la question reste sans réponse. On peut seulement présumer qu'il s'agissait du pionnier du cinéma à Trieste, Salvatore Spina. Cette supposition repose sur le fait qu'à l'époque Spina avait pas mal filmé, non seulement à Trieste mais aussi dans d'autres parties de la Monarchie austro-hongroise. On a conservé son film de l'année 1909, Ljubljana ou Slavnostni dnevi slovenskoga delavskega pevskega društva Slavec, que Spina tourna probablement sur commande. Spina filma également en 1908 une autre mise en scène qui reposait elle aussi sur des faits réels - un crime qui s'était produit en juillet à Trieste. Il s'agit du film Le meurtre de la chanteuse Lucienne Fabry (Lo squartatore della canzonettista Lucienne Fabry). Ce film était lui aussi une reconstruction des événements et il fut notamment projeté à Pula, Zadar et Rijeka (au cinématographe Olimp, le 28.10.1909). Compte tenu de ces faits - à savoir que Spina avait pas mal filmé et qu'il avait déjà auparavant filmé cette reconstruction d'un crime avec des acteurs - nous pouvons avancer avec assez bien de certitude qu'il est également l'auteur du film Le braquage de la Banque populaire à Rijeka, datant de l'année 1909.

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Ci-dessus une photographie montrant le malfaiteur en présence du gardien de la paix qui l'a arrêté. (Le photographe ayant auparavant soudoyé ce dernier afin d'obtenir la pose - une preuve irréfutable que les faits se bien sont déroulés en Croatie et non pas en Scandinavie!)


Rédigé par brunorosar

Publié dans #Cinéma

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