Les forêts de chêne en Slavonie

Publié le 3 Juillet 2010

Les forêts de chêne d'autrefois


 

Les forêts de chêne de Slavonie sont bien décrites dans la littérature forestière croate. La plus belle description nous a été donnée par notre grande écrivain Josip Kozarac, Ingénieur forestier, dans son ouvrage : La forêt de Slavonie » (1888), (Slavonska Suma, 1888). Josip Kozarac est né en Slavonie (1858) ; il fit ses études forestières à Vienne, puis travailla toute sa vie comme forestier en Slavonie, tout spécialement dans la forêt de Lipovljani (1885-1895) et aussi à Vinkovci, où il a publié plusieurs romans et contes.

 

On trouve aussi dans la littérature française quelques renseignements sur le chêne de Slavonie (par exemple Perrin, 1932 - Venet, 1953 - Silvy-Leligois, 1954 - Pardé, 1975 - XXXVII e voyage du Comité des forêts, Bad ré, 1978, etc .) Les renseignements sur notre foresterie avant 1699 sont assez modestes. Cette année-là, l'Autriche conquit la Slavonie après de nombreuses batailles contre les Turcs. La Slavonie fut alors partagée en deux parties : une sous administration militaire (Vojna Krajina), l'autre sous administration civile (Provincijal). Dans la première, les forêts appartenaient au roi. La population était obligée de participer aux opérations lors des très fréquentes batailles contre les invasions turques . En contrepartie, elle recevait régulièrement et gratuitement bois de feu et bois d'oeuvre pour ses besoins domestiques. Elle avait aussi droits de pâturage et de panage gratuits en forêts . Dans la deuxième zone (sous administration civile), les féodaux possédaient les forêts, tandis que les droits des paysans étaient réglementés par des ordonnances spéciales. Cela dura jusqu'en 1871, quand l'administration militaire en Slavonie fut suspendue . On procéda à un cantonnement » des droits et les populations locales devinrent propriétaires d'une partie des forêts (environ la moitié de leur superficie totale).

 

C'est là l'origine des forêts communales et domaniales de Slavonie (1873). La Slavonie était autrefois très riche en forêts ; elles occupaient en 1750 environ 70 % du territoire, contre 35 % actuellement . Il s'agissait de forêts très variées. Parmi elles, les plus remarquables étaient les nombreuses forêts de chêne pédonculé, âgées de 150 à 350 ans. Le diamètre moyen à 1,30 m était d'environ 120 cm, mais il y avait des tiges beaucoup plus grosses : tel ce chêne de 260 cm de diamètre à hauteur d'homme et 65 m 3 de bois d'oeuvre envoyé à titre d'exemple à l'Exposition internationale de Paris de 1900 (Metla, 1926). La hauteur totale moyenne était couramment d'environ 35 mètres, mais il y avait beaucoup d'arbres qui dépassaient les 40 métres.

 

Généralement, les tiges étaient bien élancées avec des fûts sans noeuds, sans branches, jusqu'à souvent 20 et quelquefois même 30 mètres. La qualité du bois était extraordinaire : couches annuelles étroites, texture du bois très régulière avec une couleur dorée très appréciée. C'est pourquoi le chêne de Slavonie jouissait d'une très haute réputation sur le marché mondial. En ce temps là, il n'y avait pas de moyens de transports autres que les rivières et de mauvaises routes. C'est pourquoi l'exploitation des forêts et le commerce du bois étaient très réduits. II n'y avait pas de scieries. On utilisait des bois équarris (charpentes) et fendus : les chênes en Slavonie étaient de droit fil, sans noeuds, à accroissements égaux et minces, donc parfaits pour les merrains. Encore aujourd'hui, on se rappelle du façonnage de merrains pour la fabrication des tonneaux français, si répandu autrefois dans nos forêts de chêne.

  

Le développement des chemins de fer amena l'utilisation du chêne pour les traverses. Mais, le chêne était aussi bois de marine et de construction. Aujourd'hui encore, bien des jolies maisons en bois de chêne témoignent de la richesse des chênaies de Slavonie. Une seconde étape commença avec l'introduction des scieries, au début du XIX e siècle. Alors, l'exploitation des forêts devint plus intensive, et de plus en plus jusqu'à nos jours.

 

En ce qui concerne la sylviculture et l'aménagement des forêts croates, on cite très souvent l'ordonnance de 1769 (rédigée en croate et en allemand) de l'impératrice autrichienne Marie-Thérèse. Cette ordonnance prescrivit une méthode d'aménagement très semblable à laméthode française du tire et aire ». Il est intéressant de savoir qu'elle prévoyait une révolution de 200 ans pour les forêts de chêne. Ce fut, en fait, la première loi forestière croate. A vrai dire, sylviculture et aménagement organisés ne commencèrent en Slavonie qu'après la deuxième loi forestière (1852). Mais les instructions les plus anciennes pour l'aménagement des forêts (1755, 1764, 1881, 1903, etc .) divisèrent toutes les forêts en parcelles de forme carrée ou rectangulaire d'une surface d'environ 35 hectares. Nous bénéficions aujourd'hui encore de ce parcellaire d'autrefois et nous l'utilisons toujours. On change simplement parfois les limites des sous-parcelles. Et, nous utilisons aussi quantités de petits canaux de drainage qui datent de ce temps là et contribuent à l'amélioration des terrains sujets à l'inondation. 

 

En ce temps là, la forêt de Slavonie était vraiment une véritable biocénose bien équilibrée, où vivaient divers grands animaux sauvages, beaucoup d'oiseaux et des animaux domestiques : vaches au pâturage, porc au panage.  

 

Source : Les forêts de chêne en Slavonie   [document pdf] 

 

 

Vieux chêne (environ 200 ans) à proximité de Slavonski Brod

 

   

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Ecologie et nature

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