Les Albanais de Zagreb

Publié le 21 Février 2013

Les Albanais de Zagreb, une communauté bien intégrée


 

Selon le dernier recensement de 2011, près de 5.000 Albanais habitent la capitale croate. Après les Serbes et les Bosniens, ils sont la troisième minorité. Longtemps confinés à la boulangerie ou à la joaillerie, les Albanais de Zagreb occupent aujourd’hui des postes dans tous les secteurs. Reportage de Radio Slobodna Evropa au sein d’une communauté qui revendique sa bonne intégration.

 

 

Avant, ils n’étaient que confiseurs, boulangers ou bijoutiers, mais aujourd’hui les Albanais de Zagreb sont présents dans toutes les professions : médecins, athlètes, entrepreneurs du BTP ou artistes. Ceux que nous avons rencontrés se disent bien intégrés et ne se sentent aucunement isolés, même s’ils ont leurs propres cercles communautaires et associations.


Frok Buqaj, originaire du village Uz, près de Djakovica/Gjakovë au Kosovo, habite depuis plus de 20 ans à Dugave, un arrondissement de Novi Zagreb. Avec son frère Leki, il a ouvert la plus grande boulangerie du quartier où ils emploient une vingtaine de personnes.


La majorité du personnel est croate ou bosnienne, et le reste sont des membres de la famille. Ils ont commencé en louant un local et après vingt ans de travail acharné ils ont réussi à bâtir leur propre maison où ils vivent et travaillent. « Au début c’était difficile, tout était fait à la main, il n’y avait pas de machines et on faisait des journées de 15-20 heures ! Maintenant on fait 8 heures par jour et le samedi est libre. C’est beaucoup plus facile », se félicite Frok.



« C’est ceux avec qui tu joues à l’école qui deviennent tes amis »

 

Roki, comme on l’appelle à Zagreb, dit adorer Dugave. Il reconnaît qu’il y en a toujours qui n’aiment pas les autres ethnies, mais il se sent bien dans son entourage à Zagreb et dit n’avoir jamais vécu de malaise. « Notre boulangerie est ouverte 24 heures sur 24 et Nous n’avons jamais eu de problèmes. J’adore travailler ici. »


Roki a quatre enfants tous bien intégré à la vie sociale du quartier. Le plus âgé joue au foot pour le club Zelengaj et travaille également à la boulangerie. « Franchement, je socialise peu avec les Albanais parce que je suis arrivé ici quand j’avais un an, et c’est difficile de trouver des gens qui parlent aussi bien les deux langues. C’est souvent ton premier voisin qui devient ton meilleur ami. C’est ceux avec qui tu joues à l’école qui deviennent des amis », raconte-t-il avant de préciser : « Mais je resterai toujours Albanais, et je vais aux fêtes albanaises ou aux événements comme le jour de l’indépendance du Kosovo ».


Pashkë Kaqinari, 63 ans, est un joailler connu dans le centre de Zagreb. Il a grandi à Gornje Vrapče, au nord-est de la capitale croate. Ses amis l’appellent Paško, un surnom dalmate. Ça ne le dérange pas, lui, ce qui l’embête, c’est la situation économique en Croatie et notamment la taxe de 30% sur les produits de luxe qui a, selon lui, « tué » l’orfèvrerie. Cette taxe a finalement été abolie le 1er janvier 2013, « trop tard » selon Pašk : les gens n’ont plus d’argent pour acheter de l’or sauf pour le mariage et l’engagement.


« J’ai la bijouterie depuis 1973 et si je compare l’état des affaires d’avant avec aujourd’hui, je peux dire que cela s’est détérioré. Auparavant, pour des fêtes comme le 8 mars je gagnais en deux semaines ce que je gagne aujourd’hui en un an ! », se désole-t-il.

 


Pas de ghettos en Croatie


Le président du Conseil de la minorité albanaise de Zagreb, le Dr. Gëzim Rexhepi, souligne également que les Albanais de Zagreb ne sont pas repliés sur eux-mêmes. « Avec le temps, les Albanais ont choisi l’éducation et l’intégration dans la société. En Croatie en général, les minorités ne sont pas ghettoïsées comme cela peut être le cas dans d’autres pays. En Autriche ou en Allemagne, par exemple, à 300 kilomètres de Zagreb, il y a des quartiers croates, albanais, bosniaques, turcs ou pakistanais. Les gens sont destinés à y vivre et rares sont ceux qui réussissent à sortir de cet environnement pour s’intégrer ailleurs. Il n’y a pas ce problème ici. Dans l’immeuble où j’habite, j’ai des voisins serbes de Banja Luka, deux Croates et nous, Albanais. Je crois qu’il importe peu d’où on vient et ce qu’on fait tant que la paix et une vie commune agréable règne. »


Les parents du Dr. Rexhepi étaient boulangers. Son grand-père est arrivé à Zagreb en 1949 de Tetovo et son père, Muzafer, a publié un livre de desserts dans les années 1980, Slatki Zagreb, le Zagreb sucré, dans lequel figure la recette du célèbre gâteau Zagreb, reconnu par l’Office du tourisme comme du patrimoine culinaire. Gzim a hérité de la boulangerie familiale, qui se trouve dans le centre-ville depuis déjà 60 ans.


Selon les vœux de son grand-père, il a fini ses études de médecine et il est aujourd’hui pneumologue à l’hôpital spécialisé Jordanovac. Le temps où les Albanais étaient exclusivement boulangers et pâtissiers est révolu, rappelle-t-il. Parmi les vingt membres du Conseil de la minorité albanaise de Zagreb, on compte sept médecins, deux ingénieurs, deux professeurs, deux économistes et plusieurs avocats.


« Si vous demandez à un amateur de sport, vous entendrez probablement dire que l’Albanais le plus respecté et le plus connu est Enver Idrzi, ancien membre de l’équipe nationale de karaté, ou les footballeurs Arijan Ademi et Fatos Beqiraj. Si vous me posez la question en tant que docteur, je vous dirais que c’est le docteur Daka, le père de l’ancien président du Conseil des minorités nationales de Zagreb, un médecin très connu en Croatie… donc ça dépend de quel domaine il est question ! »


Il existe 15 associations culturelles et artistiques albanaises à Zagreb. Les gens participent à des soirées littéraires, à des concerts ou des promotions de livres. Beaucoup d’événements ont été organisés en 2012 à l’occasion du centième anniversaire de l’État albanais.


« 2013 fera également partie de cet esprit, d’autant que le Conseil des Albanais de la ville de Zagreb et le Forum des intellectuels albanais ont obtenu un local prêté par la mairie sur la rue Radnička. Nous sommes justement en train de l’arranger et nous espérons l’ouvrir d’ici la fin de l’année. Ce sera le centre culturel albanais de Zagreb où les gens pourront se côtoyer dans un même lieu, lire le journal, boire du café ou regarder une émission de télé en albanais. »


 

Par Ankica Barbir-Mladinović

Traduit par Siniša Obradović


Source : balkans.courriers.info, le 8 février 2013.

Article paru à l’origine sur slobodnaevropa.org, le 18 janvier 2013.

 


Rédigé par brunorosar

Publié dans #Démographie et populations

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