Le site de Vindija

Publié le 15 Septembre 2010

1. Le site de Vindija

 

 

En exploitant le site de Krapina et en publiant les résultats de ses fouilles, Gorjanović est devenu le premier scientifique à avoir fouillé un site paléolithiqe en Croatie, débutant ainsi la recherche scientifique du Paléolitique en Croatie.

 

Les grottes de Krapina et de Bukovac, près de Lokve dans la région de Gorski Kotar (fouillées par T. Kormos), ont été pendant des années les seuls sites paléolitiques connus en Croatie. Vindija le troisième site paléolithique mis au jour (le deuxième dans la région de Hrvatsko zagorje), a été découvert en 1928. En fait, la grotte était connue et visitée depuis longtemps mais les scientifiques n'étaient pas au courant de l'existence d'un site archéologique. Ce n'est donc qu'en 1928 que les premiers outils lithiques et les restes de la faune furent découverts par S. Vuković, qui les a d'ailleurs publiés bien plus tard. Durant plus de 30 ans, avec des pauses plus ou moins longues, il a fouillé aussi bien à l'entrée de la grotte qu'à l'intérieur, généralement par sondages, peu profonds, des couches supérieures.  

 

Après la seconde guerre mondiale, S. Vuković reprend les fouilles de Vindija tandis que M. Malez commence les fouilles de Velika pećina, près du village de Goranc sur la montagne de Ravna Gora. Ces fouilles, avec quelques courtes interruptions, durèrent de 1948 à 1970. M. Malez a également fouillé la grotte de Veternica située au-dessus du village de Gornji Stenjevec sur la montagne Medvednica près de Zagreb. Ce site paléolithique a été identifié en 1951.

 

Les fouilles systématiques de Vindija sous la direction de M. Malez ont duré de 1974 à 1984. Une grande quantité d'ossements et de dents d'animaux du Pléistocène, d'outils lithiques et d'ossements d'hommes fossiles a été retrouvée, ainsi que de la poterie préhistorique et de la monnaie romaine dans les couches supérieures.

 

Source : Le Moustérien en Croatie, par Igor Karavanić [document PDF]

 

 

 

 

 

 

2. Les Néandertaliens de Vindija vieillissent de 8 000 ans !
Une datation plus précise repousse les restes néandertaliens à 40 000 ans arrière… 


 

Vindija : des Néandertaliens intéressants à plus d’un titre 
La grotte de Vindija, située à 20 km de Zagreb, en Croatie, a été découverte en 1974. Elle fut un endroit de passage pour des hominidés (Néandertaliens et Homo sapiens) mais également des canidés et des ursidés. Preuve d’occupations nombreuses, la stratigraphie a délivré des artefacts sur une période de presque 150 000 ans au Paléolithique. 
Les restes d’
Homo neanderthalensis étaient les plus remarquables, car leur datation radiocarbone donnait un âge compris en –28 000 et – 29 000 ans. Puis une nouvelle étude avait « vieilli »  ces restes à - 32 000 –34 000 ans. Ils faisaient donc partie des Néandertaliens les plus récents connus, ultimes survivants d’une espèce éteinte. Il était donc cohérent de penser que ces « derniers Néandertaliens » s’étaient mélangés avec les premiers Sapiens arrivés en Eurasie.  
C’est également les ossements néandertaliens de Vindija qui ont richement contribué à la recherche génétique sur Néandertal. En 2008, les chercheurs avaient pu séquencer le premier génome mitochondrial complet de Néandertal à partir de matériel de la grotte de Vindija. En 2010, c’était toujours l’ADN néandertalien de la grotte qui avait permis de montrer les correspondances de 1 à 4% avec le génome des 
Homo sapiens
Vue sous différents angles d’un fragment osseux néandertalien de la grotte de Vindija, en Croatie. 


Une nouvelle datation à 40 000 ans B.P. 
Une nouvelle étude des ossements a été publiée par les archéologues Thibaut Devièse et Thomas Higham (Université d'Oxford). Les scientifiques ont repris les ossements déjà étudiés (ainsi qu’un fragment récemment identifié) et ils ont appliqué une nouvelle méthode pour éliminer la pollution des échantillons par des sédiments plus récents. 
La nouvelle technique de datation a pour caractéristique de purifier le collagène qui sert de base à la datation et d’éliminer ainsi tous les contaminants possibles. Appellée 
ZooMS (pour Zooarchéologie par spectrométrie de masse), cette méthode consiste à dater l’hydroxyproline (un acide aminé contenu dans le collagène). 
Tous les prélèvements ont donné la même date de 40 000 ans BP au minimum, reculant donc la datation de 8000 ans par rapport à ce qui était admis précédemment. Le nouveau fragment a même été daté de -46 200 ans B.P. (± 1 500 ans). 


Des éléments pour repenser la chronologie de la grotte 
Les chercheurs indiquent que les strates archéologiques qui présentaient côte à côte des artefacts et des ossement d’animaux récents et des ossements néandertaliens plus anciens avaient probablement été mélangés par un autre habitué de la grotte : l’ours des cavernes. C’est l’espèce dont on a trouvé le plus de restes dans la stratigraphie. 
Par ailleurs, avec cette nouvelle datation il apparaît que les Néandertaliens de Vindija ne font plus partie des ultimes survivants de leur espèce. Leurs plus anciennes traces data,nt de 40 000 ans au minimum il devient peu probable qu’ils aient pu rencontrer les premiers 
Homo sapiens qui arrivaient.

Pour 
Thibaut Devièse, auteur principal de l’étude, « Cela signifie que le groupe de Néandertaliens a disparu juste avant l'arrivée des hommes modernes en Europe ». 

«
Les Néandertaliens de Vindija ont été, depuis des décennies, considérés comme une population survivante qui végétait à proximité des premiers colonisateurs humains modernes en Europe», a déclaré le professeur Tom Higham, co-auteur de l'étude.
«
Les résultats de cette nouvelle étude démontrent, encore une fois, l'importance cruciale d'une chronologie fiable en archéologie. »

Pour l’anthropologue 
Erik Trinkaus (Université de Washington à St. Louis) "Cette étude met fin à une présence anormale de Néandertaliens récents dans cette région…"

Le 
Dr Thibaut Devièse, a déclaré: «La recherche que nous avons menée montre les grands avantages à développer de méthodes chimiques plus performantes pour la datation de matériel préhistorique qui a été contaminé, soit sur le site lors de la découverte, soit dans le musée ou le laboratoire dans un objectif de conservation».

Les deux chercheurs pensent que cette méthode de « purification » des prélèvements devrait être généralisée sur tous les restes humains du Paléolithique. Ils jugent que les ossement devraient être datés en utilisant ZooMS pour contrer « l'impact, même mineur, de petites quantités de contamination des temps modernes».


 

 

Source : hominides.com, le 8 novembre 2017.

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Archéologie

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